DES MÀRCRI8 DB FLANC
En règle générale, il nd faut jamais prêter le flanc ; mais il est des circonstances où non-seulement on ne peut pas l'éviter, mais où une marche de flanc est ce quil y a de plus convenable, et où il faut se présenter ainsi momentanément pour atteindre un but important. Tel serait le cas où un corps ne pourrait opérer sa jonction avec d'autres qu'en longeant les positions de l'ennemi, et où il y aurait urgence à ce qu'il arrivât promptement et par le plus court chemin pour prendre part à une grande bataille. Ce serait appliquer faussement la règle que de faire un long détour pour ne pas prêter le flanc, car l'inconvénient d'arriver trop tard est pire que celui qu'on aurait évité» À la guerre il n'y a aucun principe absolu ; toute règle a ses exceptions, et, bien qu'en général on ne doive pas exécuter des mouvements de flanc, il arrive cependant quelquefois, dans les marchesmanoBuvreS) qu'une colonne se trouve dans cette position. Il faut donc dire ici quelles sont les précautions dont elle doit user pour se mettre à l'abri de tout événement fSicheux.
Le plus grand danger que la colonne ait à courir étant d'être attaquée sur son flanc pendant sa marche, on doit placer du côté de l'ennemi un fort détachement qui suivra la colonne parallèlement à sa direction, et à une distance assez rapprochée pour rester continuellement en rapport avec elle et ne pas se compromettre. Il faut qu'il puisse être promptement renforcé ou soutenu, suivant le besoin. Une distance d'une demi-lieue serait déjà considérable ; cependant on ne peut en fixer la limite, parce qu'elle dépend des circonstances et de la nature des localités.
Cesl ordinairement l'avant-garde qui devient corps flanquant dans une marche de flanc ; mais il est bon de l'augmenter de quelques bataillons, parce qu'elle court pfus de chances d'être attaquée que dans une marche en avant, et qu'il est encore plus nécessaire qu'elle puisse maintenir sa position contre une attaque sérieuse. Ainsi, par 'exemple, pour notre division fédérale, nous mettrions une brigade entière d'infanterie au corps flanquant, tandis que la moitié nous a suffi pour l'avant-garde ; nous y laisserions l'artillerie et la cavalerie dans les mêmes proportions.
Le corps flanquant aura son avant-garde, son arrière-garde et ses propres flanqueurs, chacun de ces détachements envoyant en avant i% lui et sur le côté un nombre suffisant d'éciaireurs pour que toute turprise aoit impossible. La colonne principale n'a plus besoin que
116 DBS MARCHES ST DES HANÛEDVRSS.
d'une petite avant-garde, qui marche à quelques centaines de pas de la tête ; elle est suivie de son arrière-garde ordinaire qui, toutefois, s'en est rapprochée davantage.
Les bagages sont encore plus embarrassants dans cette circonstance que de coutume : il faut, ou les renvoyer sur les derrières de Tarmée par un détour qui les éloigne de l'ennemi, ou, si cela est possible, les faire cheminer parallèlement à la colonne, du côté opposé à celui où une attaque est à craindre et de manière qu'ils soient toujours couverts.
Telles sont les dispositions générales de la marche de flanc : elles sont retracées dans la figure 9, où M indique la position de l'ennemi supposé étabhsur quelque hauteur ; A est la colonne principale, avec son avant-garde a, et son arrière -garde a' ; Best le corps flanquant , ayant aussi une avant - garde particulière 6 , et une arrière - garde h ' , avec un détachement de flanqueurs 6 * du côté de l'ennemi. Les éclaireurs ne sont que sur le flanc droit parce qu'il n'y a pas de motif d'en avoir à gauche. Les bagages D sont censés marcher sur une route parallèle à celle que suit la colonne.
Pour ce qui est des dispositions particulières et intérieures, il &ut qu'à chaque instant la colonne, aussi bien que le corps flanquant soient en mesure de recevoir l'attaque , et pour cela il est indispensable que les colonnes soient formées à distance entière pour que, par un simple à droite de toutes les subdivisions, la ligne de bataille soit promptement formée. Marcher dans un ordre parfait et conserver ses distances comme à la manœuvre, sont les conditions nécessaires des marches de flanc, et c'est ce qui les rend d'une exécution difficile. Ce serait un contre-sens, dans cette occasion, de marcher en colonne serrée, ou seulement à demi-distance comme dans les autres marches-manœuvres, puisqu'il faudrait, pour recevoir l'ennemi, changer de direction et se déployer sur la tète des colonnes, ce qui prendrait nécessairement beaucoup de temps. En général, marche-t-on droit à l'ennemi, il faut se serrer autant que possible, sans cependant que les manœuvres en soient gênées ; le côtoie-t-on, il faut, au contraire, se former à distance entière et garder soigneusement ses intervalles.
Si le corps flanquant trouve en chemin quelque déûlé latéral, par lequel l'ennemi pourrait déboucher , et qui n'exige pas trop de monde pour le garder, tel que serait un pont, une chaussée entre marais, un village, etc., il y laisse un détachement qui reste là jusqu'à ce que la colonne ait défilé, et vient ensuite rejoindre ou remplacer l'arrière-garde. Cette mesure de précaution serait inutile
dans un pays ouvert, puisque ces petits détachements ne suffiraient pas à leur objet et que là d'ailleurs les surprises ne sent pas aussi à craindre que dans un pays coupé. C'est surtout dans les montagnes, et en côtoyant les rivières, que les débouchés latéraux doivent être convenablement occupés.
Il va sans dire que si on peut dérober une marche de flanc, soit à la faveur d'un brouillard ou de la nuit, soit en profitant de quelque accident de terrain qui empêche l'ennemi de s'apercevoir de ce mouvement, cela vaudra toujours mieux que de la faire à découvert. Toutefois il n'en faut pas moins protéger la marche par un corps détaché ; et, si celui-ci rencontre les patrouilles ennemies, il doit prendre ses mesures pour soutenir une attaque vigoureuse de manière à faire croire que tout le corps d'armée est là. Pendant ce temps, la colonne gagne du terrain sans se laisser détourner de son but, et, lorsqu'elle est assez éloignée pour n'être plus en prise, le détachement abandonne sa position et se retire lestement en sui* vaut, s'il le faut, une autre direction que la colonne, pour aller, plus tard, la rejoindre par un détour. L'ennemi ne le poursuivra pas bien loin, parce qu'il prêterait lui-même le flanc aux troupes qui l'ont dépassé.
C'est surtout dans les marches de flanc qu'il est nécessaire d'avoir des renseignements exacts sur la qualité des routes et sur la nature des obstacles qu'on y rencontrera ; car, dans ces marches, le moindre retard peut devenir fatal. Si donc on apprend qu'il y a quelque défilé à passer, on envoie d'avance ce qu'il faut de troupes pour l'occuper et empêcher l'ennemi de s'en emparer. Sans cette précaution la colonne pourrait être arrêtée à ce défilé, et le combat qu'elle serait obligée de livrer pour le forcer, indépendamment du temps qu'il lui ferait perdre, l'exposerait encore à attirer sur elle des forces considérables.
Lorsqu'en 4809 l'empereur Napoléon, voulant concentrer son armée sur la rive droite du Danube entre Ratisbonne et Augsbourg, fit exécuter ces belles marches-manœuvres qui seront éternellement admirées, le maréchal Davoust dut, avec un corps de 30 000 hommes environ, faire une marche de flanc le long du fleuve pour se diriger de Ratisbonne àNeustadt, devant les Autrichiens, qui étaient à trois lieues de distance , dans les environs de Rohr, en grandes forces et commandés par l'archiduc Charles. Il exécuta cette marche pendant la nuit; son corps était composé de quatre divisions d'infanterie et de deux divisions de cavalerie, une de cuirassiers, l'autre de chasseurs ; il fit marcher celle-ci sur sa gauche pour couvrir le mouvement, et il la renforça de quelques bataillons d'infanterie. Lesqua-
118 DIS miens wr vês lUHCBimis.
tre dhîBknM de cette anne foreot partagées en deux coionnes qui marcbèreat parallèleaient à la Ghansée, à enTiron une demi- lieue de distance, la pins éloignée de l'ennenii débordant Tautre et formant échelon, de manière à ponvoir Tappcyer si elle était atta* qoée, ou opérer avec les troupes postées à Nenstadt la jonction qui était le bat de la marche. Les cuirassiers étaient répartis entre ces deux colonnes pour éclairer le pays. Les bagages et le parc de réserve suivirent la chaossée qui longe la rive droite du Danube ; ils étaient ainsi couverts par les deux colonnes et par Tavant-garde. Le défilé d'Abbach, par lequel les bagages devaient passer, avait été occupé dès le soir par un bataillon d'infonterie. Et, comme l'ennemi se montrait aussi en forces sur la rive gauche, le maréchal avait laissé une forte arrière*garde dans Ratisbonne pour en défendre les portes aussi longtemps que possible. Au matin ces colonnes furent attaquées, et, après avoir combattu vaillamment à Tann, elles se réunirent ai|x troupes de la Ckmfédération germanique qui formaient le centre de Tarmée, pendant que Taiie droite, sous les ordres de Masséna, marchait d'Augsbourg sur le même point en menaçant le flanc gauche et les derrières de Tannée autrichienne.
Ce que le maréchal Davoust a fait dans cette circonstance doit être imité toutes les fois que le corps appelé à exécuter une marche de flanc est nombreux, et que le pays est assez ouvert pour qu'on puisse former plusieurs coionnes. La plus éloignée de Tennemi marchera la première, et les autres viendront ensuite, de manière à s'échelonner et à se prêter mutuellement secours. Si l'ennemi s'avance contre la première, il est pris en flanc par les autres; s'il attaque la dernière, celles qui précèdent sont en medure de la soutenir. C'est ce que montre clairement la figure 40, dans laquelle M, M représente l'armée ennemie en position ; A est l'avant-garde, on corps flanquant ; B, C, D trois colonnes dans lesquelles on suppose que le corps d'armée a pu se subdiviser. Ces colonnes se débordent d'environ toute leur longueur, et elles sont censées avoir la gauche en tète, de manière que par un à droite en bataille, elles se trouvent formées en échelons face à l'ennemi ; et, au premier moment, il n'y a que l'échelon de droite qui soit engagé. Il peut, ou tenir ferme si sa position est bonne» en attendant que le second le rejoigne, ou se retirer à la hauteur de celui-ci. Les bagages E peuvent filer sur la même route que la oolonne D , ou suivre, si cela est possible, une ligne encore plus écartée. La distance d'une colonne à l'autre peut être fixée d'un quart de lieue à une demi-lieue. Le premier échdon serait trop compromis si les autres en étaient plus éloignés.
Pl^.
i>jBS MARCHES BT DSS VANŒITTHBS. 119
La marche de flano en plusieurs colonnes est un de ces cas où il peut convenir de se frayer un chemin avec la hache et la pioche, afin de les tenir à une convenable distauce. C'était autrefois une chose très-commune que d*ouvrir des marches de cette manière, parce que les colonnes restaient très-rapprochées pour manœuvrer; mais, depuis que les armées ont repris la mobilité qui leur convient, on y a presque entièrement renoncé. On voit cependant Napoléon à léna faire pratiquer, pendant la nuit qui précéda la bataille, plusieurs chemins dans les escarpements qui dominent la Saale, pour conduire son artillerie de la ville sur un plateau qu'occupaient les Prussiens, et faciliter Tarrivée de ses colonnes qui avaient à gravir des sentiers étroits pour atteindre un terrain propre au déploiement. C'est un des rares exemples que nous offrent les guerres modernes de semblables travaux. Ils sont plus fréquents dans les sièges ; mais ils ont un autre but.
Le roi de Prusse, qui avait affaire à une armée peu manœuvrière, avait coutume d'arriver sur elle par une marche de flanc. Il formait la sienne en deux colonnes rompues par pelotons, de telle sorte que, par un à droite ou un à gauche en bataille, toute Tarmée se formait sur deux lignes en un clin d'œil. A cet effet, il changeait de direction dans le voisinage de l'ennemi, à la faveur de quelque rideau et cou-' vert par son avant-garde. Ces longues colonnes couraient le risque d'être attaquées en tête, et elles Tauraient été souvent si les armées adverses eussent été plus lestes. Le roi de Prusse, pour remédier à ce grave inconvénient, a quelquefois doublé ses lignes et en a fait quatre colonnes disposées par centre et par ailes, chacune de ces colonnes faisant partie des deux lignes, comme l'indique la figure 4 4 . Les deux colonnes du centre Â,A sont composées en entier d'infonterie; une moitié de chaque colonne est pour la première ligne, l'autre moitié pour la seconde ligne. La colonne B de cavalerie et la colonne C de la môme arme, également partagées en deux parties pour former les deux lignes, occuperont les deux ailes de l'ordre de bataille. Une avant-garde D couvre la tète des colonnes et masque leur mouvement ; une arrière-garde E vient à la suite pour se placer en réserve derrière les deux lignes.
Quand il est question de déployer les colonnes, on leur fait faire on changement de direction à droite ou à gauche, suivant le plan qui a été arrêté ; il est à droite dans la figure. Les deux^ moitiés de la colonne B de cavalerie tournent donc à droite, pour se porter en B',B' et former l'aile droite, chacune sur son terrain. Les autres font halte. Lorsque la colonne Ç a défilé, la première colonne A du centre tourne aussi à droite, chaque moitié se portant dans la ligne
qu'elle doit occuper en Â',A'. Viennent ensuite l'autre colonne du centre, et l'aile gauche C qui va se placer en C',C'. L'arrière-garde prend la diagonale pour aller occuper la place E', et l'on dispose de i'avant-garde D pour renforcer une des ailes quand le mouvement qu'elle doit couvrir est achevé. •
Cette manière d'entrer sur un champ de bataille, quoique impraticable devant un ennemi entreprenant, a eu trop de célébrité par les victoires du grand Frédéric, pour n'en pas parler ici, en tant qu'elle se rattache aux marches de flanc; et encore fut-il battu à Kohlin pour s'être présenté de la sorte devant des hauteurs que le maréchal Daun occupait en forces; il ne put les enlever à cause du décousu qu'il y avait dans sa ligne par suite de la marche de flanc que les troupes avaient faite pour arriver sur le champ de bataille.
% i. DBS MARCHES EN RETRAITE.
' Une retraite se fait, ou volontairement lorsque l'armée est encore intacte ; ce n'est alors qu'une simple marche en arrière, qui n'exige pas d'autres précautions que les marches ordinaires ; ou bien elle se fait après une bataille perdue, et exige de la part de celui qui la dirige toute l'expérience et la fermeté d'un militaire consommé. Nous ne parlerons que de ce dernier cas.
L'essentiel, dans une retraite, c'est de gagner du terrain pour se soustraire à la poursuite de l'ennemi. Il faut donc faire des marches forcées et profiter de la nuit pour prendre de l'avance. Les marches de nuit sont sans inconvénient dans cette circonstance, parce que les embuscades ne sont pas à craindre pour celui qui se retire, puisqu'il traverse un pays dont il est maître ; elles le sont bien plutôt pour celui qui poursuit et qui, par cette raison, doit être très-circonspect et toujours sur ses gardes. Ce n'est pas le cas de songer aux fatigues qu'une marche de nuit peut causer à la troupe; car, avant tout il faut pourvoir à sa propre sûreté. Le maréchal de Turenne, après avoir été battu à Mariendal, se défendit jusqu'à la nuit à la faveur du terrain ; et, profitant de l'obscurité, il continua sa marche sans être suivi de près, parce que les Impériaux, dans la crainte des embuscades, voulurent attendre le jour.
On réussit quelquefois à cacher le départ en laissant, dans la position qu'on vient de quitter, des feux allumés avec quelques hommes pour les entretenir et faire croire que le bivouac est encore occupé. Ces faibles détachements se mettront eux-mêmes en route à la pointe
du jour et échapperont aisément par leur légèreté. Quand on a le projet de gagner ainsi quelques heures par une marche de nuit, il faut, autant que possible, établir le bivouac derrière un rideau qui en masque la vue à Fennemi, et ne laisser en évidence sur les collines que les troupes nécessaires pour montrer qu'on est là. En les étendant plus que de coutume et en doublant les feux, elles paraîtront plus nombreuses et le stratagème réussira.
Lorsque par un moyen quelconque on a pris de l'avance, il faut la conserver, même quand on devrait faire le sacrifice de quelques bagages pour marcher plfls lestement ; dans un tel moment, c'est moins aux voitures qu'aux hommes qu'on doit songer. Cependant on ne négligera rien pour sauver le matériel et surtout celui de l'artillerie.
Dès que le général s'est décidé à opérer sa retraite, il envoie l'or-*
dre à l'officier qui est chargé de la direction des bagages, de prendre
. les devants par telle route qu'il lui indique, et de hâter sa marche
autant que possible. Et, comme ces bagages ont dû se tenir à une
; certaine distance, ils peuvent aisément faire quelques lieues avant
î que le mouvement général soit an pleine activité.
j En effet, ce n'est pas sans avoir à surmonter de grandes difficultés
. qu'une armée peut commencer sa retraite en présence de l'ennemi,
I surtout si elle a beaucoup souffert dans le combat. Il faut qu'elle se
' maintienne du mieux qu'il lui est possible, en repoussant les attaques
> du vainqueur et en ne cédant le terrain que pied à pied, jusqu'à ce
qu'elle ait trouvé quelque position qui la favorise et qu'elle puisse
; défendre jusqu'à la nuit. 11 faut que le général profite du premier
répit, pour rassembler ses troupes désorganisées, leur faire prendre
1 quelque nourriture, un peu de repos, pendant qu'il expédie ses
! ordres pour la formation de la colonne de marche et qu'il compose
' son arrière-garde. Il faut enfin , malgré l'obscurité, que chaque corps
' prenne sa place sur la route assignée, après s'être procuré les moyens
. de transport pour ses blessés. Ainsi ce ne sera guère qu'au milieu de
la nuit que le mouvement rétrograde pourra commencer.
Si l'on se trouvait dans la dure nécessité d'abandonner des blessés,
, on les rassemblerait dans une ou plusieurs maisons, avec un officier
! de santé et quelques hommes pour les soigner, et on les recomman-
I derait à la générosité du vainqueur. Mais on ne doit prendre un tel
; parti qu'après avoir fait tout le possible pour les sauver. Les anciens
I Suisses, dans leurs nombreuses guerres, emportaient les blessés sur
' des hallebardes plutôt que de les laisser sur le champ de bataille, et
- se relayaient sous un si noble fardeau. Il est bien des occasions où
l'humanité, autant que l'honneur, peut engager à les imiter.
12$ DBS MARCHES BT DBS MÀNQECYRBS.
De Varrière'^arde, — Il faut la composer des meilleures troupes, ou de celles qui ont le moins souffert. Elle doit ôtre forte en artillerie, parce qu'il n*y a que cette arme pour tenir en respect les corps poursuivants et les obliger à des déploiements qui retardent leur marche, en même temps qu'ils donnent à la troupe qui se retire le temps de gagner du terrain, ou d'occuper quelque position avantageuse pour combattre. L'arrière-garde est appelée à tenir ferme partout où le pays lui est favorable, et, comme le gros de la colonne continue sa route, elle doit souvent en être séparée ; il faut donc que sa composition la mette en état de se suffire à elle-même en toute situation, et de combattre sur toute espèce de terrain. Sans qu'on puisse préciser sa force, on dira cependant qu'en général une arrière-garde est plus nombreuse qu'une avant-garde, et que ce ne serait pas trop d'y employer jusqu'au cinquième, et même au quart du corps d'armée auquel elle appartient; car, indépendanunent des combats journaliers qu'elle est appelée à livrer, le service qu'exige sa sûreté est extrêmement pénible, parce que les mêmes troupes, par la difficulté qu'il y aurait à les renouveler, sont souvent obligées de rester à l'arrière-garde jusqu'à ce que la retraite soit accomplie.*
En marche, l'arrière-garde se subdivise en trois parties qui sont : le gros de l'arrière-garde restant rassemblé autant que possible; l'extrême arrière-garde qui l'avertit des mouvements de l'ennemi, et lui donne le temps de se disposer à le recevoir ; et un détachement intermédiaire pour former la liaison avec le corps d'armée et occuper les défilés que l'on doit traverser. En outre, elle est côtoyée par de petits détachements de flanqueurs qui la garantissent des surprises et qui amortissent la vivacité des attaques de la cavalerie ennemie.
Le général, autant que ses fonctions nombreuses et les soins dont il est chargé le lui permettent, se tient à l'arrière-garde, comme au .poste le plus important. Car le salut de son armée dépend de la conduite de cette arrière-garde : et ce n'est que de là qu'il peut reconnaître les forces réelles de l'ennemi et juger de ses intentions; ce n'est que de là non plus qu'il peut donner à temps les ordres convenables pour déjouer ses projets. On voit dans la vie du chevalier Bayard , combien ce héros tenait à honneur de figurer à l'avantgarde dans les mouvements offensifs, et de couvrir luinnème, et souvent aux risques de sa personne , la retraite des corps auxquels il était attaché.
Pour que l'arrière-garde soit toujours prête à faire front à l'ennemi et à le repousser lorsqu'il s'approche de trop près , elle doit marché en ordre, autant, toutefois, que les circonstances le lui
permettent, les différents corps conservant entre eux leurs distances et leurs positions respectives. Que la troupe soit en colonne ou en bataille, serrée ou à distance entière, c'est toujours en marchant par le second rang (face en arrière) qu'elle se retire , quel que soit l'espace à parcourir* Ainsi , chaque fois qu'on se remet en route après une halte, la colonne se forme comme s'il était question de marcher du côté opposé, et elle ne s'ébranle qu'après avoir fait face en arrière. De même lorsqu'on l'arrête, on commande face en tête^ avant de la former en bataille. Cette recommandation, toute simple qu'elle paraisse, n'est pas sans utilité, poiu* éviter la confusion qui pourrait résulter de ce que les uns marcheraient par le premier rang, et l€« autres par le second. Mais ceci ne s'applique qu'aux troupes de l'arrière-garde appelées à combattre à tous les moments ; celles du corps principal peuvent marcher dans l'ordre naturel.
Lorsque le pays est ouvert, l'arrière-garde doit marcher sur plusieurs colonnes, échelonnées de manière à donner le moins de prise possible. Ainsi, par exemple, s'il y a quelque poste important à occuper en arrière de l'aile droite , ce sera la colonne de ce côté qui cédera le plus de terrain pour se rapprocher de ce point et prendre position ; celle de la gauche se retirera plus lentement et repoussera les coureurs ennemis. En général les colonnes échelonnées, ou disposées, comme on dit , en tuyaux Morgue , non-seulement sont moins en prise, mais encore sont toujours prêtes à se soutenir, à se dégager mutuellement , en attaquant par le flanc l'ennemi qui s'attache à l'une d'elles. Dans les défilés , au contraire , toute l'arrière-garde marche sur une seule colonne, à l'exception des flanqueurs qui cherchent toujours à tenir les hauteurs.
Les colonnes de l'arrière-garde se forment en carrés vides ou pleins , lorsqu' ayant à traverser de grandes plaines, elles sont harcelées par une cavalerie nombreuse ; les carrés sont vides s'ils sont exposés à l'artillerie , et pleins dans le cas contraire. Mais , de manière ou d'autre, ces carrés, qu'ils soient formés par brigades , par demi-brigades , ou par bataillons doivent toujours être disposés de manière à se flanquer mutuellement , et c'est ce qui arrivera tout naturellement si les colonnes sont convenablement échelonnées. L'extrême arrière-garde qui , dans ce cas , forme le dernier échelon et couvpe la marche, doit être composée de la meilleure cavalerie et d'artillerie légère , pour manœuvrer oflensivement contre les corps ennemis qui s'approchent de trop près. Si elle a affaire à des forces trop considérables, elle se retire au galop et va se placer sous la protection des colonnes d'infanterie ou dans les intervalles de leurs carrés.
Dans les pays coupés et fortement accideiïtés, c'est au contraire
l'infanterie qui couvre la marche , parce qu'elle seule peut y être employée utilement. Alors la cavalerie prend les devants, jusqu'à ce qu'elle trouve un terrain qui lui soit propre et où elle puisse reprendre son service ordinaire.
Le commandant de l'arrière-garde doit être constamment sur le qui-vive de peur d'être surpris : en marche , il doit non-seulement se faire Qanquer par des corps qui tiennent les hauteurs, fouillent les bois, etc., mais encore il fait occuper les débouchés par où l'ennemi, dérobant sa marche , pourrait arriver sur son flanc ; et la troupe qu'il y a mise ne quitte sa position que pour se joindre à l'extrême arrière-garde. Dans les haltes , il formera sa troupe en bataille en faisant garder les défilés les plus rapprochés; il se couvrira par des avant-postes, comme s'il devait bivouaquer; il ne permettra aux soldats de poser les sacs et de manger que successivement; et il ne se remettra point en route qu'il n'ait été rejoint par son extrême arrière-garde et par tous les détachements qu'il peut avoir faits.
Passage d'un pont m retraite. — S'il se rencontre un pont sur la route, le corps principal, après l'avoir traversé, y laissera le nombre de troupes nécessaire pour le garder jusqu'à l'arrivée du détachement intermédiaire dont nous avons parlé. Celui-ci s'y établira et fera ses dispositions pour repousser tout corps ennemi qui s'y présenterait. Lorsque l'arrière-garde, prévenue de ces dispositions, est à une certaine distance du défilé, elle se déploie pour arrêter le plus longtemps possible l'armée que nous supposons toujours être à sa poursuite; et, après une résistance suffisamment prolongée, elle fait une retraite en échelons ou en échiquier ; puis elle passe le défilé par les deux ailes , et va s'établir sur la rive opposée , où déjà une partie de l'artillerie , qui a pris les devants , a été occuper les emplacements les plus favorables. L'extrême arrière-garde fait un dernier effort pour défendre l'entrée du pont, pendant que les sapeurs préparent tout ce qu'il faut pour le brûler ou le couper. On place quelques pièces pour balayer le pont ; on en met d'autres à droite et à gauche pour croiser de feux son avenue. Les tirailleurs et surtout les carabiniers répandus sur le bord, contrarient l'établissement des batteries ennemies, et les bataillons cherchent , à la faveur des plis de terrain, à prendre quelque position où, tout à la fois, ils se soustraient aux feux si dangereux de cette artillerie, et enveloppent le débouché du pont. Un chef qui a du coup d'œil peut , dans ce cas , épargner bien des pertes à sa troupe.
Le passage devient très-épineux , lorsque par quelque circonstance topographique le pont se trouve à une des extrémités de la ligne de
, bataille, parce qu'alors la manœuvre ne peut se faire que par une
, seule aile. C'est alors un motif d'occuper avec d'autant plus de soin la tête du défilé pour empêcher l'ennemi de s'en emparer et de vous
' couper la retraite , bien que les mêmes accidents de terrain qui vous ont forcé à appuyer de côté vous protègent probablement contre les attaques immédiates de l'ennemi. L'autre aile, qui est plus ou moins en l'air, doit être soutenue par des dispositions tactiques, telles qu'un renfort d'artillerie ou de cavalerie , un échelon en avant pour couvrir l'extrémité de la ligne de bataille, à mesure qu'elle se replie procession nellement pour passer le défilé en arrière sur l'autre aile. C'est par des circonstances indépendantes de sa volonté que le commandant de l'arrière-garde s'est trouvé dans cette situation , car s'il eût été le maître de faire autrement il serait sans excuse de n'avoir pas mis le pont en arrière de son centre, afin de le mieux couvrir et de pouvoir le passer plus rapidement en repliant à
I la fois ses deux ailes.
I Si l'on parvient à couper le pont , l'ennemi sera arrêté plus ou moins longtemps suivant la nature des difficultés que la rivière peut
! offrir. Sinon l'arrière-garde, après une résistance poussée aussi loin qu'il lui est possible sans se compromettre, se remettra en marche. Le commandant fera d'abord partir les. bataillons les plus éloignés du pont , puis il enverra une partie de son artillerie prendre
I plus loin de nouvelles positions d'où elle puisse battre efficacement les environs et surtout la route , et il placera sa cavalerie sur les flancs pour charger les premières troupes qui voudront se mettre à sa poursuite. Les tirailleurs sont déployés pour couvrir la retraite , à la faveur des haies, des fossés et de tous les obstacles qu'ils peuvent trouver ; ils forment un long rideau qui masque et protège le mouvement des colonnes. Ces tirailleurs se retirent à mesure que l'ennemi s'avance , mais toujours en disputant le terrain. Lorsque la nuit est venue, et que la poursuite de Tennemi a cessé, l'arrière-garde allume ses feux , et se livre au repos; mais elle n'attend pas que le jour ait paru pour se remettre en route ; quelles qu'aient été les fatigues de la veille , il faut , pour en éviter de plus grandes encore , s'éloigner de l'ennemi , en partant quelques heures avant lui.
Dans un moment pressé on peut traverser le pont à la course et sans conserver rigoureusement ses rangs, pourvu qu'on ait soin d'envoyer de l'autre côté les drapeaux et les guides des différents bataillons avec des officiers d'état-major, pour indiquer aux troupes, à mesure qu'elles arrivent , l'emplacement qu'elles doivent occuper. Il est cependant nécessaire qu'un pareil mouvement ne se fasse pas
126 DBS MIRCVBS IT DES MINOBDVRBS.
tout à fait en tumulte , et que les bataillons sachent dans quel ordre ils doivent passer. En 4 84 4 , le maréchal Ney , qui couvrait la retraite de Masséna , fit une pareille manœuvre au combat de Redinha en Portugal. Mais s'il arrivait qu'il y eût de l'encombrement sur le pont, et que l'artillerie de l'ennemi pût en même temps y di^ riger ses coups , les pertes seraient énormes et la déroute s'ensuivrait indubitablement. La manœuvre que nous indiquons ne peut donc être regardée que comme un pis-aller, et on ne l'entreprendra, ainsi que le fit le maréchal Ney, que lorsqu'il n'y aura plus autre chose à faire, et que pourtant on ne sem pas disposé à mettre bas les armes , parti toujours extrême et qui répugne aux brayes«
Passage de$ défilés en retraite. — Si l'extrême arrière-garde se trouve pressée par l'ennemi lorsqu'elle est engagée sur une chaussée entre des marais, ou des murs qui ne laissent aucun moyen de prendre des mesures défensives sur les côtés, elle ne peut, étant composée de cavalerie , se tirer d'embarras qu'en preiiant le trot pour aller rejoindre le gros de l'arrière-garde, et se mettre sous la protection de son canon. On profite des moindres rélargissements, ou des contours qu'offre la chaussée pour y mettre une ou deux pièces qui balayeront les approches aussitôt que cette cavalerie aura défilé , et la suivront elles-^mémes dès qu'elles auront produit leur effet. Mais quand l'extrême arri^e-gardé est composée d'infanterie elle ne peut , au contraire, dans le cas supposé, se retirer que trèslentement, en employant le feu de chaussée pour amortir l'ardeur des poursuivants , jusqu'à ce que les localités permettent d'autres dispositions. Le feu de chaussée en retraite est le seul praticable dans cette circonstance ; mais il est très->efflcace quand il est exécuté avec ordre et sang-fh)id. Si les cartouches viennent à manquer en ce moment la position est critique; il ne reste d'autres ressources que dans les charges à la baïonnette que tentent les dernières troupes pour le salut des autres.
Un long défilé de montagnes est très^propre à arrêter Tennemi dans sa poursuite ; mais il faut y entrer avant lui pour y prendre position ; et c'est là le difficile quand on est suivi de près. Car ce qui fait votre sûreté quand une fois le gros de la troupe a passé, vous est contraire si l'ennemi vous talonne : on se précipite en foule à l'entrée du défilé , et il s'y forme un grand désordre dont on ne se débrouille pas facilement. Cependant ce danger est plus à craindre à l'entrée d'un pont qu'à celle d'un défilé de montagnes, parce que le rétrécissement y est plus brusque. Le passage du pont de la Bérésina , dans la retraite de Moscou , est un terrible exemple des dan-,
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gers qu'une troupe vivement poursuivie peut rencontrer à rentrée du défilé. L'arrière-garde doit donc tenir ferme en avant, jusqu'à ce que le corps intermédiaire y ait pénétré et se soit mis en mesure d'en défendre l'entrée. Les bataillons de l'arrière-garde s'y acheminent ensuite les uns après les autres, et par intervalles; ils y prennent des positions successives pour protéger la retraite des der^ nières troupes et arrêter l'ennemi, pour ainsi dire, à chaque pas. La cavalerie, qui a dû se retirer des premières, se hâte de passer le défilé pour aller se former en bataille à son débouché, ou dans les petites plaines qu'on y rencontre quelquefois. L'artillerie s'échelonne sur la route en profitant de tous les circuits où elle peut se placer sans être trop exposée, et d'où elle a un bon champ de tic. L'extrême arrière^arde se retire en disputant le terrain , sous la protection des corps qui ont occupé les positions de droite et de gauche; et quand elle arrive aux batteries et qu'elles les a démasquées , celles-ci entrent en jeu et suivent , après quelques volées , le mouvement de retraite. L'arrière-garde profite des instants où l'ennemi est repoussé pour abattre des arbres et les jeter en travers du chemin ; un détachement de sapeurs est utile pour cela. Quand le défilé est très-resserré, que d'un côte sont des abîmes et de l'autre des rochers escarpés comme cela se voit presque partout dans nos Alpes , on trouve dans la destruction des ponts et les coupures de la route un excellent moyen de retarder la poursuite de l'ennemi , si ce n'est de l'arrêter complètement. On peut encore , dans certains cas , se tirer d'embarras en mettant le feu aux broussailles ou herbes sèches qu'on vient de traverser ; le vent chassant la flamme du côté de l'ennemi , celui-ci devra reculer ou s'arrêter jusqu'à ce qu'elle ait tout consumé. Deux ou trois charrettes rompues sur la route rempliront quelquefois le même objet. Enfin , c'est dans de telles localités qu'on doit avoir recours aux embuscades et essayer de ces stratagèmes dont les anciens faisaient un si fréquent et si heureux usage. Peut-être ces moyens sont-ils un peu trop dédaignés de nos jours; il n'y a point de honte à recourir à la ruse quand on est obligé de céder à la force. Le grand Frédéric lui-même en a fait usage lorsqu'on 4758 il se retirait, devant Laudon, de Bohême en Silésie par le défilé de Nachod. Une partie de ses troupes placées en embuscade dans un bois , près de la Mettau qu'il fallait passer, enveloppèrent l'avant-garde autrichienne imprudemment conduite et lui firent éprouver une grande perte. Le roi put ensuite achever tranquillement sa retraite. A ce sujet je dois recommander la lec*ture de la retraite des dix mille par Xénophon , comme un des livres les plus instructif et les plus intéressants.
Si le défilé dans lequel la retraite s'opère est en communication tivec quelque vallée qui donne à Tennemi le moyen de vous couper le chemin , il est indispensable de faire occuper le débouché de ce défilé latéral, jusqu'à ce que les derniers corps Taient dépassé. Et, en tout cas, ce doit être un motif de ne pas prolonger la résistance au delà du temps nécessaire pour assurer la retraite du corps principal . afin de ne pas donner à Tennemi celui de vous tourner. Ne négligez pas non plus de garder les hauteurs le long du défilé : envoyez-y des troupes en nombre suffisant pour repousser les corfis ennemis qui , trompant la vigilance de l'extrême arrière-garde et arrivant par quelque sentier détourné, pourraient se présenter inopinément sur votre flanc et jeter le trouble dans la colonne. C'est un accident qui peut facilement arriver dans les grandes vallées des pays de montagnes, où les terreurs paniques sont extrêmement à redouter, surtout pendant les marches de nuit qu'il faut faire quelquefois pour gagner de l'avance.
Les villages bâtis en pierre, les bois, sont aussi des défilés dont une arrière-garde peut profiter pour gagner du temps; mais elle ne doit pas s'obstiner à les défendre parce qu'elle finirait par être enveloppée et séparée du corps principal. Elle doit se borner à faire bonne contenance pour obliger l'ennemi à déployer ses moyens. Le commandant fait occuper les maisons et les clôtures , ou la lisière du bois, par une partie de sa troupe , pendant qu'il envoie le reste au delà pour assurer sa communication avec le corps principal. Sa cavalerie est employée à balayer le pays, à droite et à gauche ; elle chasse les patrouilles ennemies et Ole toute inquiétude de se voir tournés à ceux qui défendent le village ou le bois. L'artillerie trouve ordinairement de bons emplacements dans ces localités , où il n'est pas facile de la déloger. Cependant le commandant ne se laissera pas séduire par ces avantages, et il ordonnera la retraite quand il verra l'ennemi en mesure d'attaquer ; il a obtenu ce qu'il voulait en l'obligeant aux lenteurs de ces formalités ; il retire donc les troupes les plus exposées et les envoie prendre des positions plus en arrière, pendant que les autres barricadent les avenues et entravent la marche de Tennemi, pour suivre ensuite le mouvement général.
On conçoit que le commandant de l'arrière-garde doit souvent se trouver dan^ des positions bien difficiles. Il faut donc, pour être à la hauteur de sa mission , qu'il déploie tout à la fois beaucoup de fermeté de caractère , de ressources d'esprit et de talents militaires. Il faut qu'il ait la confiance du soldat et que sa bravoure soit appréciée de l'ennemi même. S'il n'est pas de poste plus dangereux que celui de l'arrière-garde, c'est aussi le plus honorable : le maréchal Ney
s'esl acquis une gloire immortelle en couvrant la marche de l'armée française dans la funeste retraite de Russie. Pendant plusieurs semaines , il fut tous les jours aux prises avec l'ennemi , et plus d'une fois il combattit comme un simple grenadier. Les soldats se raconteront longtemps dans leurs bivouacs les hauts faits^de celui qui rentra le dernier sur une terre amie, après avoir supporté, avec quelques braves , tout ce que la fortune peut accumuler de dangers et de privations sur les débris d'une troupe désorganisée, anéantie par les firimas.