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DE LA DÈFBNSE DES RIVIÈRES

Les détachements, qu*il est inutile de faire nombreux , se postent dans les bouquets de bois, derrière les levées ou les plis de terrain, partout où, sans se découvrir eux-mêmes, ils peuvent le mieux voir l'autre rive. La distance qu'on peut mettre entre les corps d'observation dépend de la largeur de la rivière et des difficultés qu*elle offre à l'ennemi pour l'établissement de ses ponts ; car il faut que les corps voisins aient le temps d'arriver au secours de celui qui serait attaqué, avant que l'ennemi ait achevé l'opération du passage. Une distance de trois lieues est déjà grande sur un fleuve tel que le Rhin^ où un pont ne se jetterait pas en moins de deux ou trois heures. Si donc il y avait trois corps pareils, ils observeraient convenablement huit à neuf lieues du cours du fleuve ; car l'ennemi ne pourrait tenter le passage , ni dans l'intervalle de deux corps , ni en dessus , ni en dessous, à une lieue ou à une lieue et demie des corps extrêmes, sans que le plus voisin , bientôt suivi des autres , arrivât pour s'y opposer.

Une forte réserve , ou corps principal , se tient en arrière de tous les corps d'observation à une distance proportionnée à l'espace qu'ils occupent, et telle qu'il ait le temps d'arriver sur le point où l'ennemi veut forcer le passage , avant que son projet soit effectué. Si la ligne à garder est grande, on formera deux réserves au lieu d'une seule.

Pour que ces corps puissent se porter rapidement au secours les uns des autres, il faut qu'il existe une bonne route parallèle au fleuve, et des chemins transversaux partant du point qu'occupe la réserve et aboutissant à cette route. Quand la communication parallèle se rapproche beaucoup du fleuve, et qu'elle est soumise au canon de la rive opposée , elle perd tous ses avantages. Dans les endroits où cela arrive , il faut y suppléer en ouvrant une nouveUe communication plus en arrière.

Voici maintenant les mesures de détail qu'il faut ajouter aux dispositions générales que nous venons d'indiquer : établir un système de signaux de jour et de nuit , pour donner l'alarme sur toute la ligne ; retirer les bateaux sur la rive qu'on occupe ; couler à fond ceux qu'on ne peut pas emmener , et remonter les plus gros tout à fait en amont , pour pouvoir les lâcher au courant , après les avoir chargés de pierres, et tâcher de rompre ainsi les ponts de l'ennemi. Si la rivière est guéable en quelques endroits , on s'efforcera d'en dégrader le fond en y pratiquant des coupures avec la drague ; sinon on établira au débouché du gué un bon abatis ou quelque retranchement. S'il ^iste entre deux gués ou deux points favorables à un passage un étroit défilé, il est bon de le fortifier pour rester maître .de la route et ôter aux corps ennemis , qui auraient passé sur les

deox points, la facilité de se joindre avant d'âtre attaqués. Les ponts dont la défense est jugée trop difficile doivent être coupés, sans ^ard aux réclamations des habitants. Il faut , dans ces grandes circonstances, que l'intérêt privé cède à Tintérêt général. Mais aussi on doit se garder de causer des désastres inutiles , et ce serait faire un mal sans nécessité que de brûler un pont sur une rivière guéable. La condition , pour exiger ce grand sacrifice , est donc que Tennemi soit obligé par là à faire venir ses équipages et à jeter un pont.

Quand le pont est de nature à être intercepté par une coupure à pont-levis , on peut encore l'épargner si on a le temps de faire cette coupure ; sinon il est condamné , et la flamme prive Tennemi de ce moyen de passage. Lorsqu'on se décide à faire le pont-levis, il ne faut pas négliger d'en créneler le tablier, afin de pouvoir en défendre directement les approches. On doit aussi avoir soin de couper toutes les poutres , afin de ne rien laisser à l'ennemi qui puisse favoriser le rétablissement de la coupure. Feuquières raconte dans ses Mémoires, qu'il dut la réussite de l'attaque d'un pont à ce que les ennemis avaient négligé ces précautions. Le tablier du pont-levis couvrit ses soldats des feux directs , en même temps que les parapets les garantissaient des feux de flanc. Ils trouvèrent sur la rive un amas de poutrelles qui étaient là comme exprès pour leur donner les moyens de refaire la coupure. C'est donc encore une attention qu'il faut avoir que d'enlever de la rive opposée tous les bois de construction qui s'y trouvent; il est d'ailleurs nécessaire de s'en procurer en grande quantité pour les besoins delà défense.

Têtes de pont, — Mais le mieux est de couvrir le pont que l'on veut conserver par de bons retranchements , sans préjudice toutefois de toutes les précautions qu'on peut prendre sur le pont lui - même ou en arrière. On se ménage ainsi la faculté de passer sur l'autre rive, si on le juge à propos, et quand l'occasion sera favorable. L'ensemble des fortifications constitue ce qu'on appelle une tête de pont, quelle que soit d'ailleurs la disposition qui ait été adoptée pour les ouvrages. Si la tête de pont n'a d'autre objet que de couvrir immédiatement le débouché et de permettre à un petit corps d'observation de se tenir au delà de la rivière , ou à des détachements de cavalerie d'aller faire des reconnaissances dans les environs sans crainte de se voir coupés de leur point de retraite , elle peut se réduire à un seul ouvrage, tel qu'une lunette, un bonnet- de -prêtre, ou un front bastionné avec longues branches sur les côtés, flanquées par des batteries construites en arrière sur la rive opposée, ou tout au moins par àes postes de carabiniers bien embusqués, à l'abri des levées qui se

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trouvent «mveiit nir le bord des riyières, cm dans des trandiées construites exprès. Hais quand la tète de pont doit jouer un rAle plus important, qu'elle est destinée à favoriser la retraite d'un corps principal et à le recevoir au besoin dans son intérieur, la tête de pont doit être construite sur de tout autres proportions, il faut d*abord qu'elle laisse, entre les ouvrages et la rivière, une vaste étendue où les troupes paissent se réunir sans trop d'encombrement. Elle doit présenter extérieurement une chaîne d'ouvrages détachés, à bonne distance les uns des autres et se flanquant mutuellement 4 Ces ouvrages, bien armés et pourvus, si possible, de grosse artillerie, fraiâés et palissades à leurs gorges, forment les points solides de la position , autour desquels et entre lesquels les troupes défensives manœuvreront. Intérieurement , un ouvrage capital servira tout à la fois de réduit pour les ouvrages avancés , et de protection immédiate à l'entrée du pont. Cet ouvrage sera ou un vaste bonnet-deprétre, ou une couronne , ou un ouvrage à cornes , suivant le cas et la nature des localités. En arrière du pont , sur la rive occupée, de fortes batteries seront disposées pour flanquer les ouvrages avancés, en appuyer les ailes, et pour couper le pont si cela devient nécessaire. Telle fut la grande tète de pont que les Russes construisirent à Drissa sur la Duna , dans la guerre de 4842 (voyez, pour de plus amples détails, le Mémorial des travatàx de guerre ^ chap. vu).

La tète de pont d'Aarberg est aussi basée sur ces principes. Elle était destinée à recevoir, au besoin, une division entière de 42 à 45 000 hommes, et à f^uvoir néanmoins être défendue par une seule brigade , jusqu'à l'arrivée des secours. Dix ouvrages de formes et de grandeurs diverses ,fdevaient former Tenceinte extérieure, sur une circonférence de 7 à 800 mètres de rayon. Trois seulement de ces ouvrages ont été exécutés ; ce sont ceux qui occupent les hauteurs et qui interceptent les principales routes. On peut les regarder comme le noyau de la défense; aussi ont-ils été faits à grands profils et à fort relief. Les ouvrages intermédiaires qui complètent la disposition, étant moins importants, se construiraient facilement au moment du besoin. Les ressources bornées de la Confédération obligent à faire ces économies. Pour bien juger cette grande tète de pont , il ne faut pas séparer les ouvrages qui restent à faire de ceux qui sont exécutés et soigneusement entretenus, de même qu'il faut se figurer ces derniers fraisés dans tout leur pourtour et fortement palissades à leur gorge. Le réduit de la tète de pont est une espèce de grand redan à ailerons qui fut construit en 4845. On ne lui aurait fait subir qu'une légère modification pour en tirer parti.

Il peut quelquefois convenir de substituer à la disposition précé-

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dente un seul ibrtia jeté en avant du pont, à une distance telle, que, sans cesser de le couvrir , il laisse cependant un intervalle assez grand pour rassembler sous sa protection des forces capables d'agir extérieurement, ou pour recevoir une division en retraite. On trouve les vestiges d'un pareil ouvrage construit par le duc de Rohan, à i50 mètres de la Tardis-Bruck, dans Tangie formé paV la Landquart et le Bbin. C'est un fort à quatre bastions, de 250 mètres de côté, avec demi-lunes; on en reconnaît encore très-bien la forme. Lorsque la Landquart roule d'abondantes eaux, ce fort est très-bien placé pour couvrir également le pont sur cette rivière (route de Coire), et celui du Rhin (route de RâgatzJ. Mais lorsque ses eaux sont basses, ou que seulement elle est guéable, ce qui arrive souvent, on peut le tourner pour se porter par les bords du Rhin sur la Tardis-Bruck.

La rivière, au lieu de se présenter en travers de la ligne d'opéra^ tiens de Tennemi, peut lui être parallèle. Dans ce cas, il faut fortifier des deux côtés le pont qu'on veut conserver, car on ne sait pas de quel côté l'attaque aura lieu. Du reste, les principes à appliquer sur chaque rive Isolément, sont les mêmes que dans le cas précédent.

Ces doubles têtes de pont offrent de grands avantages défensifs à une troupe manœuvrière : elles permettent de passer d'un côté quand l'ennemi se présente de Tautre, et de mettre toujours la rivière entre lui et soi , en ne laissant dans les ouvrages que la garnison nécessaire à leur défense, laquelle , pouvant toujours être renouvelée ou renforcée, fera une belle résistance. Du reste, l'ennemi n'ira pas outre si le corps qui occupe la tète de pont est de quelque importance, car il perdrait sa ligne d'opérations. Il faut donc qu'il procède contre cette tète de pont. On l'oblige ainsi à attaquer une position fiDrtifiée ; il y perdra nécessairement du temps et du monde. S'il se partage pour entourer la position et la prendre des deux côtés à la fois, l'armée défensive peut, au moyen du pont dont elle est maltresse, se porter tout entière contre une des parties et l'écraser. U est à présumer, qu'à moins d'une telle supériorité de forces que toute proportion cesse , l'attaquant ne se présentera que d'un côté; dès lors, il ne faut pas considérer une double tète de pont comme une place de guerre exposée à im siège. Elle est encore très-bonne, lors même que les ouvrages d'une rive sont vus et plongés de la rive opposée, pourvu qu'ils ne présentent pas ce défaut du côté où ils font face, et que du reste ils satisfassent à toutes les conditions du tracé; car il faut supposer, nous le répétons, que lorsque l'ennemi se présente d'un côté vous êtes en forces de l'autre. Une forteresse,

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