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au contraire, qui ne renferme souvent qu'une faible garnison et qui doit se suffire à elle-même, sera nécessairement entourée quand Tennemi voudra en faire le siège. Il faut donc qu'elle soit si bien défilée qu'on ne puisse de nulle part voir ou tirer dans ses ouvrages. Telle est I9 différence d'une forteresse, à une double tète de pont construite uniquement pour favoriser les manœuvres défensives d'une armée. Celle-ci réulte du rapprochement accidentel de deux ouvrages de guerre indépendants , ou pouvant être regardés comme tels; l'autre forme un ensemble dont rien ne peut être séparé.
Nous avons eu aussi l'occasion de construire quelques ouvrages à Saint-Maurice, dans le système des doubles têtes de pont. Pour bien juger cette importante position, qui ferme les trois routes de Martigny, de Thonon et de Villeneuve, il faut bien se pénétrer des principes ci- dessus énoncés, et comprendre ce que peut faire une division entière qui en occupe toutes les hauteurs. Nous devons, au reste, ajouter que les fortifications qui existent en attendaient d'autres , dont l'exécution avait été remise au moment du besoin. Elles ne sont que le réduit de la position qui assure la possession du pont, le pivot des manœuvres que les troupes de toutes armes auraient à exécuter pour se maintenir et repousser Tenneini.
Les forteresses, à moins qu'elles ne soient très-vastes et pourvues d'ouvrages avancés, ne peuvent pas rendre à une armée les mêmes services que les têtes de pont construites ad hoc, lors même que celles-ci n'ont point d'escarpe en maçonnerie ; parce que l'espace intérieur des forteresses est trop restreint, et que les défilés* des portes sont beaucoup trop étroits pour que l'armée puisse promptement s'écouler dans une retraite, ou en déboucher en forces pour l'attaque. Mais elles offrent d'excellents réduits, et au moyen d'un camp retranché construit en avant , elles acquièrent d'éminentes propriétés défensives. C'est pourquoi, lorsqu'on les possède, il faut se garder de les détruire. Pour nous, en particulier, qui avons si peu d'argent à mettre aux fortifications, nous devons y regarder à deux fois avant de renverser des remparts, si vieux qu'ils paraissent, quand ces remparts nous assurent la possession des ponts sur nos principales rivières.
Une forteresse, quoique petite, sera encore une bonne tête de pont lorsqu'elle sera séparée de 8 à 900 mètres de la rivière et des ponts qu'elle protège, parce que l'espace n'est pas assez grand pour que l'ennemi s'y jette sans s'exposer à d'immenses dangers, et qu'il est suffisant pour le rassemblement des défenseurs. C'est ce que nous avons déjà dit en parlant des têtes de pont détachées , telles que celle du duc de Rohan à la Tardis-Bruck. La différence, s'il y en a
une, est toute en faveur de la forteresse, parce que les fortifications en sont plus solides. Napoléon recommande quelque part cette disposition , en citant comme exemple Wittenberg sur l'Elbe , où elle existe ; il l'indique même comme ce qu'il y a de mieux pour favoriser la retraite d'un corps nombreux, en raison de la largeur du passage.
Nous terminerons ce que nous avons à dire sur les têtes de pont en citant textuellement l'archiduc Charles sur ce sujet : « Il n'y a pas de meilleure attitude défensive, dit-il, que lorsqu'on occupe des points par lesquels on menace continuellement l'ennemi d'une attaque et on l'oblige de penser à sa propre sûreté. Rien ne remplit mieux cet objet que des têtes de pont en arrière desquelles on fait cantonner les troupes. Toute autre position peut être tournée. Mais une téta de pont bien construite, mise à l'abri d'un coup de main et couvrant parfaitement le passage qu'elle défend, n'est sujette à aucun des inconvénients si redoutables à d'autres postes, parce qu'elle ne peut jamais manquer ni d'une garnison suffisante , ni de vivres, ni de miinitions de guerre. L'ennemi est réduit à observer sans cesse un débouché par lequel des forces supérieures peuvent se porter sur lui. » Fidèle à cette règle, l'archiduc, dans sa campagne de Suisse, fit construire une tête de pont sur la rive gauche du Rhin pour couvrir les ponts qu'il avait fait établir entre Biisingen et Kloster-Paradies. C'était de sa part une mesure de prudence , pour le cas où il eût été forcé à la retraite et obligé de prendre le Rhin pour ligne de défense.
Lorsqu'on se restreint à la défensive absolue de la rivière, ce qui est toujours un pis-aller, il faut porter une attention particulière sur les points où l'ennemi pourrait jeter avantageusement un pont. Ces endroits sont ceux où la rivière forme en dehors un coude trèsprononcé, parce qu'une telle forme favorise l'établissement de batteries à feux croisés , sous la protection desquelles s'effectueraient des débarquements succcessifs. Ce sont encore les endroits où la rivière est partagée en plusieurs bras par des îles qui couvrent les préparatifs du passage ; ceux où viennent aboutir des rivières tributaires, à la faveur desquelles l'ennemi pourrait faire arriver de l'intérieur ses bateaux, ses pontons et tous leurs agrès. On dressera donc des batteries en ces endroits ; on y construira même des redoutes, des fortins, dans les emplacements qui découvrent le mieux les rives. On y tiendra habituellement une garde qui sera détachée du corps d'observation le plus voisin, lequel, dans ce cas, ne saurait être éloigné.
Quand le temps manque pour confectionner ces ouvrages, on y
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supplée par de Bimples tranchées ou bourrelets de terre, construits rapidement, en arrière du coude de la rivière et de manière à envelopper l'espace où les troupes se formeraient après avoir opéré leur débarquement. Ces tranchées occupant, autant que possible^ les parties élevées du terrain, forment comme un demi-cercle dans Tintérieur duquel Tennemi sera exposé à des feux convergents et meurtriers; on cherche à les dérober au canon de Tautre rive, et on a soin de ne pas trop approcher leurs extrémités du bord, quand il est dominé; sans ces précautions, la tranchée serait prise d'enfilade et rendue intenable. Les premières troupes qui viennent au secours des avant-postes, quand l'attaque est connue, se jettent ,dans ces tranchées et font tous leurs efforts pour s'y maintenir jusqu'à ce que les réserves arrivent. C'est ainsi qu'en usa le duc de Vendôme devant le prince Eugène, qui, lui ayant dérobé une marche, s'efforçait de jeter un pont sur l'Adda, dans un endroit très-favorable. Vendôme accourut en toute hâte et arriva avant que le pont fût terminé ; il essaya en vain d'arrêter les travaux des pontonniers ; ils étaient trop bien protégés par rartillerie pour qu'on pût en approcher. Cependant il fallait empêcher l'armée impériale de délSoucher : Vendôme chercha donc à se poster de manière à envelopper l'armée ennemie; il fît construire, avec une rapidité incroyable, une levée de terre formant comme un demi-cercle autour des Impériaux. Elle fut achevée presque ,en même temps que les ponts. Le prince Eugène, jugeant dès lors le passage impossible, ordonna la retraite.
Quand on peut ainsi prendre l'attaquant en flagrant délit avant qu'il ait achevé ses ponts, on a sur lui un immense avantage ; son artillerie, sa cavalerie et une grande partie de son infanterie sont de l'autre côté. Le peu de troupes qu'il a pu faire passer, par des transports successifs, est loin de suffire pour forcer les corps qui se sont réunis à quitter la rive ; et, lors même qu'il parviendrait à se maintenir et à terminer ses ponts, il aurait une peine extrême à en déboucher, l'espace lui manquant pour se déployer, sous le feu convergent des batteries défensives et sous celui non moins meurtrier des carabiniers.
On arrive au même résultat si, les ponts étant achevés, on par^ vient à les rompre avant que le gros de l'armée ait passé. Aussi faut-il tout essayer pour atteindre ce but : on charge de gros bateaux d'autant de pierres qu'ils en peuvent contenir, on construit des radeaux composés de gros troncs d'arbres, et on les lâche tous ensemble au courant. Il est difficile, si le fleuve a quelque rapidité, comme le Rhône, le Rhin et la plupart des rivières qui arrosent la .^uisse, que quelques-uns de ces corps flottants, si ce n'est tous» ne
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viennent pas heurter les ponts et les rompre. En 4809, les Autrichiens réussirent à séparer en deux l'armée française, en abandonnant au courant quelques-uns de ces moulins flottants qui se trouvent sur le Danube. Les corps qui avaient passé les premiers, et qui déjà étaient maîtres de Gros-Âspern et d*Essling sur la rive gauche, se virent enveloppés par l'armée entière de l'archiduc Charles, et obligés, après une résistance héroïque mais vaine, de rentrer dans la grande lie de Lobeau, que forment les bras du Danube en cet endroit. Après cet échec, il fallut aux Français deux mois de persévérance et d'immenses travaux pour construire plusieurs ponts solides et des estacades destinées à les préserver de nouveaux malheurs. Ces ponts, faits de pilotis, sous la direction du général Bertrand, sont le plus bel ouvage de ce genre qui ait été fait par des armées, depuis le fameux pont que César construisit sur le Rhin, ne trouvant pas qu'il y eût assez de sûreté ni qu'il fût de la dignité romaine de passer ce fleuve en bateaux.
Moyens secondaires. — Les plus grandes difficultés qu'on rencontre dans la défense des rivières, c'est de ne pas se laisser tromper par de fausses démonstrations, et d'être averti à temps du véritable passage. Il faut des officiers de grande expérience dans les postes d'observation, qui ne perdent point la tête à la première alerte et qui ne prennent pas aisément le change. Quant au second objet, celui d'être promptement averti des entreprises de l'ennemi, on y parvient, comme il a été dit plus haut, au moyen de signaux convenus pour le jour et pour la nuit, tels qu'un certain nombre de coups de canon, tirés à intervalles déterminés, des fusées volantes, de grands feux allumés sur les sommités les plus visibles du terrain environnant, etc. Ce dernier moyen expose facilement aux méprises si on ne prend pas toutes les précautions pour les éviter, parce que les bergers sont dans l'habitude d'allumer des feux la nuit pour garder leurs troupeaux. On peut encore, en organisant un service d'estafettes, avoir très-promptement des nouvelles de l'ennemi. C'est peut-être le moyeu le plus simple ; c'est à coup sûr le moins sujet à erreur et il est toujours bon de se le ménager, indépendamment des antres. Il est enfin possible, dans certaines circonstances de temps et de situation, de construire quelques télégraphes sur des points favorablement disposés pour cela. Le général Suchet en usa ainsi pour la défense du Yar, en 4 800 : il fit établir un télégraphe dans le fort Montatban d'où il était facile d'observer une grande partie des mouvements de l'armée autrichienne. Un second télég;raphe fut placé à Gilette^ sur la rive droite du Yar. L'un et l'autre
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oorrespondaient avec un troisième établi au quartier général de Saint-Laurent. Ce moyen d'obtenir rapidement des ayis sert également à transmettre des ordres, et, sous ce rapport , rien ne peut le remplacer, quand les distances à parcourir sont un peu grandes, et que la saison en favorise l'emploi.
Il est ensuite une loi militaire, une loi d'honneur qu'il ne faut jamais violer, c'est d'aller au canon quand son bruit se fait entendre distinctement et se prolonge assez pour qu'on ne puisse pas douter d'un engagement sérieux. Aucune excuse ne saurait être bonne pour un chef qui serait resté immobile dans sa position, quand le tonnerre lointain du canon lui aurait fait savoir qu'une grande affaire a lieu, à quelque distance. Il ne peut pas même alléguer des ordres supérieurs; car des ordres contraires ont pu être interceptés, les officiers qui les portaient ont pu être tués. C'est à lui de juger le degré d'urgence, de prendre quelque chose sous sa responsabilité personnelle pour voler où l'honneur et le danger l'appellent. Si le soldat, si l'officier subalterne doivent obéissance entière aux ordres que leur donnent les supérieurs; s'il leur est interdit d'y rien changer, de leur propre mouvement; il n'en est pas de même d*un chef dont l'intelligence est plus développée, le coup d'œil plus sûr, et qoî ordinairement a plus d'expérience des choses ; il conserve nécessairement une certaine latitude.dans son commandement pour se conduire suivant les circonstances et pourvoir aux cas imprévus.
MouvemerUs dês troupes, — Aussitôt que l'alerte est donnée, les postes les plus voisina accourent vers le point de passage et chargent, en quelque nombre qu'elles soient, les premières troupes qui ont pris pied en deçà, pour tâcher de les jeter dans la rivière avant qu'il en débarque d'autres, ou teut au moins ils font leur possible pour se maintenir, à la faveur des haies, des broussailles, des levées de terre, etc., jusqu'à ce que des renforts arrivent. Si l'ennemi a commis l'imprudence de commencer l'établissement du pont avant d'être maître des deux rives, les carabiniers, pendant Faction, tâchent de s'approcher assez pour découvrir les pontonniers et les ajuster. C'est ainsi, qu'en 4799, une poignée de carabiniers suisses, qui servaient dans la brigade Heudelet, firent échouer le passage de l'Aar, tenté à Dettingen par l'armée autrichienne. En vain une artillerie formidable balayait la rive gauche ; les carabiniers, se glissant le long du bord et se couvrant de tous les accidents qu'offrait le terrain, parvinrent à s'embusquer près du village, et à abattre les pontonniers qui osaient encore se montrer. Les bateaux mal retenus sur un fond rocailleux, désemparés et privés de leurs conducteurs, dérivaient