‹ Cours de tactigueChapitre 16 sur 29 · DE L4 DÉFENSE DES RIVIJIEIS · texte numérisé non relu

DE L4 DÉFENSE DES RIVIJIEIS

au courant. Il était aussi périlleux que difficile de les faire remonter. L'archidue Charles, désespéré, dut renoncer à la construction de ce pont, que la présence des troupes, qui allaient toujours grossissant, rendait désormais impossible. Dans cette affaire, les tirailleurs français eux-mêmes, reconnaissant la supériorité de nos cafabiniers, cessèrent leur feu pour fournir des munitions à ces excellents tireurs qui avaient épuisé les leurs. Aussi les carabiniers suisses furentriis mentionnés honorablement dans l'ordre de Tannée.

L'artillerie et la cavalerie doivent être les premières à arriver au secours des avant-postes ; si le terrain s'y prête, la cavalerie se précipite sur Tennemi, pendant que Tartillerie cherche à s'établir dans des positions favorables pour contre-battre l'artillerie ennemie qui tonne en ce moment, ou pour écraser les troupes de débarquement. Quelques batteries d'artillerie légère rendraient d'excellente services dans une pareille circonstance, par la promptitude avec laquelle lies peuvent arriver et se placer. Les corps d'observation de. droite et de gauche, qui se sont mis en mouvement aux premiers coups de canon, ne taiPdent pas à se montrer et à prendre position. De moment en moment l'action est plus chaude, et la position de l'ennemi, qui peut à peine faire usage de son artillerie dans la crainte de tirer sur ses propres troupes, devient toujours plus critique. Il ne peut pas tenir, serré et enveloppé comme il l'est, si , au moment où les réserves arriveront, il n'est pas parvenu à terminer ses ponts. Il faut qu^il mette bas les armes.

Mais il arrive souvent que le défenseur, en dépit de toutes ses précautions, est pris au dépouvu, parce que l'ennemi a mille moyens de le tromper. Alors les troupes ne peuvent pas arriver à temps, ou, se présentant les unes aprè» les autres, elles sont successivement écrasées. Le passage est forcé ; et , comme celui qui l'a entrepris est ordinairement le plus fort, le défenseur doit se retirer pour aller prendre en arrière quelque autre position.

Quel que soit le danger qu'il y ait de voir l'ennemi réussir à surprendre le passage, ce n'est point une raison de trop s'étendre pour l'empêcher, et de disséminer ses forces tout le long de la rivière ; parce qu'ainsi on ne se trouve nulle part en mesure de lui résister. De deux choses l'une, ou l'ennemi reste réunie ou il se partage. S'il se concentre, vous en faites autant, vous le côtoyez sur l'autre rive, autant du moins que vous pouvez être instruit de ses mouvements. II est alors difficile, si les localités ne vous sont pas trop défavorables et si vous êtes bien servi par les espions ou par les habitants, que l'ennemi parvienne à surprendre le passage ; si au contraire il occupe une grande étendue de pays par des corps séparés, il n'est

210 DI LA DÉFBNSK DES RIYIÈRES.

redoutable nulle part; tous n'avez aucune raison de vous disséminer vous-même, car en demeurant rassemblé au centre vous pourrez vous porter en forces sur le corps qui aurait franchi la rivière, et le culbuter avant que les autres détachements, qui, dans le cas que nous supposons, sont nécessairement très-éloignés, et qui ont le défilé du pont à passer, puissent entrer en ligne. Mais qui dit concentration de forces, ne dit pas entassement sur le même point. En réunissant toutes les troupes dans un seul camp, on se priverait de la possibilité de surveiller les rives ; ce serait tomber dans un autre extrême; il faut prendre des dispositions analogues à celled que nous avons indiquées dans le commencement de ce chapitre. La concentration est suffisante, quand tous les corps sont en mesure de se prêter un secours mutel et qu'on a la certitude, qu'en raison des localités, et du tetnps nécessaire à rétablissement des ponts, l'ennemi ne pourra pas se jeter entre deux. Le mot concentration ne doit donc pas se prendre dans un sens absolu, mais recevoir une interprétation plus large; il en est & peu près de même de toutes les règles pûlitaires.

Un puissant moyen de déconcerter les mesures de l'ennemi, et de neutraliser les effets moraux que doit produire la réussite d'un passage de rivière, c'est de l'opérer soi-même sur un autre point pour agir offensivement dans le pays occupé par l'ennemi. De pareilles déterminations indiquent toujours, chez ceux qui les prennent, des hommes de cœur; elles frappent l'imagination, raniment les espérances, relèvent les courages abattus, en même temps qu'elles étonnent, démoralisent l'adversaire, en lui faisant supposer de plus grandes forces et plus de moyens qu'on n'en a réellement : celui-ci se verra obligé de repasser la rivière pour venir défendre son propre territoire. C'est ce qui arriva à Montécuculli en 4674, lorsque après avoir passé le Rhin, il vit Turenne le franchir de son côté, au lieu de chercher à défendre les fontières de France par les moyens ordinaires. L'initiative que Montécuculli avait su prendre habilement ne lui servit à rien : il fut obligé, par la manœuvre de Turenne plus habile encore, de se reporter sur la rive droite.

Quelquefois on s'éloigne à dessein d'une rivière, pour donner à l'ennemi l'envie de la passer, et pour revenir promptement l'attaquer avant que toute son armée ait franchi le défilé et se soit établie en deçà du pont. Pour que cette ruse soit utile il faut qu'en se retirant on ait l'avantage de se placer dans une bonne position, en même temps qu'on ne laisse à l'ennemi qu'un terrain bas et étroit, où il ne lui soit pas possible de développer ses forces; sans cela, on court le risque de se faire battre si reonemi parvient à faire passer des forces

Page 1