DES CONVOIS
Si les convois ne se faisaient pas en arrière de l'armée , dans le pays dont elle est maltresse, et, par conséquent, loin des principales forces de l'ennemi , ils seraient indubitablement enlevés ; car il n'y a rien de plus difficile que de défendre un convoi de quelque étendue contre une attaque sérieuse. Frédéric en perdit un considérabie qu'il dirigeait sur Olmiitz, parce qu'il fallut prendre des chemins qui étaient en la possession de l'ennemi. Ni la bravoure des troupes d'escorte, ni le voisinage de l'armée, qui n'était qu'à quelques lieues, ne purent le sauver; il tomba tout entier dans les mains des Autrichiens, et Frédéric, par suite de cette perte, dut lever son camp de devant Olmiitz, qu'il voulait assiéger.
Ordinairement les convois ne sont exposés qu'aux attaques des partisans ou des corps de troupes légères qui, en raison même de leur petitesse , sont parvenus à se jeter sur les derrières de l'armée. C'est contre de telles attaques qu'on cherche à se garantir, en donnant des escortes aux convois. Ces escortes sont principalement confiées à l'infanterie , parce que celle - ci peut combattre sur toute espèce de terrain , et , au besoin, se placer dans les intervalles des
chariots ou même dessus, pour de là se défendre encore quand elle est trop vivement pressée. Cependant la cavalerie est aussi nécessaire , tant pour éclairer la marche du convoi à une grande dis* tance, et prévenir promptement de l'approche de Tennemi, que pour participer à sa défense contre une attaque de cavalerie. Celle-ci, pouvant se porter très-rapidement de la tète à la queue du^ convoi, trouverait facilement quelque partie sans défense, si Tesçorte était uniqu^nent composée de fantassins. Pour se faire une idée de la prise qu'offre à de semblables attaques une file de voitures, il faut savoir qu'un chariot à quatre roues , attelé de quatre chevaux , occupe 4 mètres. Ainsi, deux cents chariots de cette espèce , marchant sur une seule file, formeraient un convoi de 2000 mètres d'étendue. Comment , sur une aussi grande ligne , l'infanterie seule parviendrait-elle à répondre aux feintes de la cavalerie et à repousser ses attaques réelles?
Nous admettrons donc que l'escorte d'un convoi d'une certaine importance soit composée d'infanterie et de cavalerie , bien que la première y domine , et nous prendrons pour la marche les dispositions suivantes.
Une première avant-garde, toute composée de cavalerie , précédera le convoi d'une ou deux lieues , pour fouiller la route à une assez grande distance à droite et à gauche , et aller aux informations. Mais , comme il peut arriver que l'ennemi , éludant les investigations des éclaireurs, parvienne à se dérober à la première avantgarde , et à se mettre en embuscade dans l'intervalle qui la sépare de la tête du convoi, il faut en faire une seconde immédiatement en tête de la marche, qui envoie quelques coureurs en avant, et qui détache des flanqueurs pour éclairer le pays, des deux côtés de la route. Plus la file des voitures ou des bêtes de somme est longue, plus le danger des surprises est à redouter, et plus, par conséquent, il faut redoubler de précautions pour l'éviter.
Un convoi est presque autant exposé à être attaqué en queue qu'en tête ; il est donc nécessaire de former une arrière-garde, dans laquelle il entrera quelques cavaliers qui puissent donner promptement avis de ce qui se passe par derrière.
Quant à la troupe qui fait le gros de l'escorte, et qui est principalement composée d'infanterie , on la partagera en trois corps , dont l'un , à la tête du convoi , marchera avec quelques ouvriers et des voitures chargées d'outils de toute espèce, de cordes, de poutrelles, de madriers et de tout ce qui est nécessaire pour la réparation des ponts et des routes. Le second détachement se placera au milieu de la colonne; et le troisième à la queue, fermant la marche.
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On se gardera bien de disséminer la troupe sur toute l'étendue du convoi, parce qu'en cas de surprise on ne se trouverait nulle part en mesure de repousser l'ennemi. Seulement, les corps dont on vient de parler détachent quelques hommes qui , marchant sur les côtés de la route , forcent les conducteurs des chevaux et des voitures à rester dans Tordre qui leur a été prescrit et à serrer toujours leurs distances. L'ordre dans la marche est une des conditions les plus importantes à observer. Les charretiers, qui sont ordinairement pris par réquisition, ne marchent qu'à contre-cœur, et sont toujours prêts , soit à se sauver avec leurs chevaux au premier danger, soit k s'abandonner à leur négligence. Il faut donc user de sévérité à leur égard , et ne jamais permettre qu'ils quittent leurs places pour causer entre eux , ni qu'ils mêlent leurs chevaux quand les transports se font à dos.
La tête du convoi doit marcher lentement et d'un pas réglé pour qu'il ne se fasse pas des ouvertures dans la colonne. On défendra aux charretiers de s'arrêter pour faire boire leurs chevaux , quand on traversera quelque rivière ou ruisseau. S'il y a des munitions de guerre dans le convoi, la pipe sera interdite à tout le monde.
Si un chariot venait à se rompre en route , on répartirait promptement sa charge sur les chariots les plus propres à la recevoir. H faut avoir un signal dont on soit convenu pour que toute la colonne s'arrête quand un pareil accident arrive. Mais si un voiturier est seulement appelé à faire quelque légère réparation indispensable, le convoi continue sa marche ; la voiture sort de la colonne, se met de côté et vient ensuite se placer à la queue : elle reprendra le lendemain son numéro d'ordre, à moins que le commandant du convoi n^en décide autrement.
On ne permettra point aux soldats de mettre leurs sacs sur les voitures, ce à quoi ils sont toujours disposés, parce qu'un soldat ne doit jamais se séparer de son sac , et qu'il ne faut pas ralentir la marche d'un convoi par la surcharge des voitures. Encore moins faut^il laisser monter les soldats sur les voitures ou sur les chevaux. Toutes les fois que la largeur de la route le permet , il convient de doubler les voilures et de les faire marcher sur deux files. La colonne est ainsi raccourcie de moitié, et l'on peut, si les circonstances l'exigent, former plus promptement le parc défensif, qui se fait en plaçant tète à tête les attelages, et en tournant vers le dehors l'arrière-train des voitures. Les voitures, pour former le parc, tournent à droite et à gauche , font une conversion , et viennent se placer en face les unes des autres , aussi serrées que possibe , et de manière à ne laisser que peu d'intervalle entre les têtes des chevaux opposés.
Les voitures étant ainsi rangées près à près , leurs chevaux sont garantis, leurs conducteurs effrayés ne peuvent pas les dételer, et l'espace qu'elles occupent est considérablement moindre que celui qu'elles avaient en colonne. Mais cette disposition , ne pouvant se prendre que successivement , à mesure que les voitures ont fait leur conversion en dehors de la colonne , exige assez de temps. Il ne £aat donc Tordonner que lorsqu'elle est absolument indispensable. Dans toute autre circonstance , et lorsqu'on peut raisonnablement espérer de tenir l'ennemi en respect par les manœuvres des troupes de l'escorte, il vaut mieux faire filer le convoi que de s'arrêter pour former le parc défensif. Quoi qu^il en soit, ce parc, quand une fois il est formé, est comme une petite forteresse à la faveur de laquelle rinfanterie peut encore combattre avec avantage, même lorsqu'elle a été obligée de s'y réfugier. »
D'heure en heure on fait de petites haltes de quelques minutes, pour laisser respirer les chevaux et remettre en ordre ce qui pourrait être dérangé sur les chariots, resserrer les cordes, ajuster les harnais, etc. En outre, et comme dans les marches des troupes, on feiit une grande halte au milieu du jour, pendant laquelle on donne à manger et à boire aux chevaux, sans dételer. On se pourvoit, en partant, des provisions nécessaires pour cette halte : les hommes portent leurs vivres ; le foin et l'avoine se mettent sur les chariots. Il ne reste qu'à chercher l'eau à la halte.
Le convoi s'arrête ordinairement près d'un village pour passer la nuit, parce qu'on y trouve des ressources pour la nourriture des > hommes et des chevaux, pour la réparation des voitures, le ferrage, etc. Cela étant, et lorsque des mesures impérieuses n'engagent pas à rester en deçà, il faut faire parquer les voitures au delà du village, parce que devant se mettre en route de grand matin, il vaut mieux avoir le défilé derrière soi qu'en avant de soi. En effet, si vous restiez derrière, l'ennemi pourrait s'approcher pendant la nuit et se poster de manière à vous attaquer avec avantage quand une partie du convoi serait encore dans le village.
On cherche, pour parquer, un endroit clos de haies ou de murs, de préférence à tout autre, parce qu'on y est plus en sûreté. On enferme dans l'intérieur du parc les objets les plus précieux, tels que les archives, l'argent, les munitions de guerre, et l'on met auprès une garde convenable pour surveiller les charretiers et empêcher qu'on ne fasse du feu dans le voisinage des voitures qui portent de la poudre. Les chevaux sont attachés en dedans du parc, soit à des piquets, soit aux voitures elles-mêmes, et chaque attelage reste près de son chariot , autant que la grandeur de l'espace le permet. Mais
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la troupe, à rexoeption de la garde du parc, bivouaque à peu de distance, et occupe militairement le terrain environnant, que Tayant-gande a dû, au reste, reconnaître avant de s'y établir. On pose des gardes avancées et un nombre suffisant de sentinelles, pour ia sûreté et pour la police du parc et du bivouac.
Personne ne doit quitter le parc, ni le bivouac, sans Tautorisation du commandant. On désigne ceux qui iront aux vivres et aux fourrages. Il n'est pas plus permis aux officiers qu'aux soldats et aux charretiers, de s'établir dans les auberges ou les cabarets du village. Le commandant prend donc toutes les mesures pour assurer à tout son monde la subsistance et la paille de couchage : il envoie d'avance un officier et quelques fourriers pour préparer le tout ; il envoie également quelqu'un pour chercher l'emplacement du parc, et en fixer le dispositif.
Le parc se fait ordinairement en carré vide ; mais la localité doit dicter sa forme, qui sera toujours enveloppante, soit pour fournir un espace clos où l'on puisse renfermer les chevaux et leurs conducteurs, soit pour offrir une espèce de retranchement en cas d'attaque. Les voitures se rangent ou à la file, ou à côté les unes des autres, suivant la ligne qu'elles occupent dans le carré, la règle étant que tous les timons soient tournés du même côté et vers le lieu de destination. Il convient alors de doubla les voitures qui restent à la file, afin que si la nécessité y était, on pût fermer les intervalles d'un rang en poussant à bras les voilures de l'autre rang. Lorsque l'espace où l'on doit parquer est restreint, et le nombre des voitures considérable, on place les voitures sur plusieurs lignes, et Ton forme ainsi des rues parallèles assez larges pour recevoir les attelages.
Lorsque le convoi se remet en route le lendemain, chaque voiture reprend la même place dans la colonne ; et, à cet effet, elle porte un numéro qui prévient toute contestation entre les conducteurs ; les officiers veillent d'ailleurs à ce que chacune entre dans la colonne à son tour, et qu'aucune ne retarde les autres. Ces précautions, quelque minutieuses qu'elles paraissent, o'en sont pas moins nécessaires. Il en est d'autres encore que le commandant d'un convoi ne doit pas négliger, comme de s'assurer par lui-même, avant de se mettre en route, du bon état des voitures et de la qualité des chevaux. Il faut qu'il sache si les chargements ne sont pas trop forts*, et y remédier quand cela a lieu, soit en employant un plus grand nombre de voitures, soit en renforçant les attelages. Il dresse
* Il ne faat pas plas de quatre quintaux par cheyal sur chaque Toiture, pour peu que lea chemina soient mauvais et la route longue.
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un état général de toutes les voitures, avee les noms de leurs conducteurs. II partage la surveillance entre les officiers, et les instruit avec soin de ce qu'ils auront à faire dans les différents cas qu'il peut prévoir. Il ne manque pas de faire exécuter plusieurs fois le convoi défensif, comme exercice, afin que les charretiers sachent bien comment ils devront conduire leurs voitures dans leur emplacement, et que cela ne fasse pas de confusion.
Ce quHl y a de plus dangereux pour un convoi qui est entouré de partisans ennemis, ce sont les passages de défilés. On n'y engagera donc les voitures qu'après s'être assuré du débouché, et on les franchira avec toute la vitesse possible. Au passage des ponts, on se mettra en garde aussi bien contre les attaques sur la rive qu'on va quitter, que contre celles qui viendraient du côté où l'on se dirige ; car si l'ennemi, profitant d'une négligence de l'arrière-garde, arrivait au moment où le pont est encombré, et où la moitié des voitures a déjà passé , il culbuterait aisément les troupes de la queue , et s'emparerait de toutes les voitures qui seraient encore de son côté. On voit, d'après cela, que c'est un devoir, pour un conmiandant de convoi, de s'informer de toutes les circonstances de la route qu'il devra suivre, d'en faire même la reconnaissance particulière, si on lui en donne le temps, afin de n'être point pris au dépourvu, et de savoir d'avance ce qu'il aura à faire dans les endroits difficiles.
Quand l'ennemi est annoncé en tête du convoi par la première avant-garde, qui se replie au galop sur l'escorte, les voitures serrent autant que possible et s'arrêtent, ou, mieux encore, elles se forment sur deux files, si la largeur de la route le permet. La seconde avantgarde et le détachement de la tète prennent position pour recevoir Tennemi ; celui du centre vient se placer à côté du premier, en ligne avec lui, ou en échelon, suivant les localités et suivant qu'il est plus particulièrement nécessaire de couvrir un des flancs du convoi que l'autre. Le troisième détachement, qui a appelé à lui l'arrière-garde, reste en réserve prêt à charger l'ennemi, quand celui-ci, tournant les ailes de la troupe qui lui résiste de front, chercherait à tomber par le côté sur le convoi, pour le couper ou pour y jeter du désordre. Cette réserve doit être immédiatement en tête des voitures, pour pouvoir facilement passer de la droite à la gauche. Dans celte position, elle a l'avantage de répondre, par de petits déplacements, aux mouvements excentriques de l'attaquant. C'est là que toute la cavalerie de l'escorte sera réunie. Si le corps principal se trouvait trop rapproché de la tête du convoi, la réserve, pour conserver une distance convenable, serait obligée de se placer quelque part sur le flanc du convoi ; alors, on pratiquerait une ouverture dans la colonne.
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pour pouvoir passer de la droite à la gauche sans être obligé delûie le tour.
n est absolument nécessaire de conserver à la réserve Uratesa mobilité, parce que c'est elle qui doit répondre à toutes les feintes de l'ennemi, et repousser les attaques latérales que le corps prindpal n'aurait pas pu empêcher. Dans cette circonstance , bien plus encore que dans toute autre, c'est en manœuvrant pour faire firoDtà Fennemi, de quelque cété qu'il arrive, qu'on déjouera ses projets. 11 faut donc se ménager toute la liberté des mouvements, éviter Tencombrement et la gène.
L'attaque est-elle repoussée, le commandant du convoi se gardera bien de se mettre à la poursuite de l'ennemi, car il ne doit jamaîB quitter ses voitures, sous peine de tomber dans quelque embuscade ou de se les voir enlever pendant qu'il suivrait étourdiment la piste d'un ennemi qui le joue. Son unique objet est d'arriver à sa destination; il faut donc qu'il fasse tout son possible pour l'atteindre saos perdre une seule voiture. Gela ne l'empêchera pas cependant de marcher à quelque distance au-devant de l'ennemi, s'il y voitsoo avantage, ni de tomber sur lui la baïonnette en avant pour le prévenir ; car, nous venons de le dire, ce n'est pas en s'adossant aux voitures qu'on les défendra efficacement, mais en prenant du champ et en manœuvrant autour. Ce n'est que lorsqu'on est repoussé, qu'on se replie sur le convoi pour se défendre à la faveur des voitures. Dans ce moment désespéré, une trop longue résistance peut être jugée inutile, vu la grande supériorité de l'ennemi ; il faut alors savoir lui abandonner une partie du convoi pour tâcher de sauver le reste, en le faisant rétrograder, ou bien tâcher de le détruire en coupant les traits des chevaux , brisant les roues, renversant les chariots, et même en mettant le feu aux objets qui sont le plus susceptibles de s'enflammer.
La défense contre une attaque en queue se conduira d'après les mêmes principes : le détachement du centre se réunira à celui de la queue et à l'arrière-garde pour former la principale résistance ; celui de la tête rétrogradera pour se mettre en réserve. Mais ici le convoi peut et doit continuer sa route, pendant que les troupes d'escorte soutiennent le*combat. Celies-cî manœuvreront en retraite, pour ne se séparer que le moins possible des dernières voitures; mais elles tiendront ferme dans les défilés et partout où le terrain leur offrira des avantages solides. Cependant l'avant-garde de cavalerie, à laquelle on aura expédié une estafette dès le premier moment, viendra se joindre à la réserve.
L'attaque sur le flanc est la plus dangereuse, parce que le convoi
offre alors beaucoup plus de prise. Les trois détachements doivent, dans ce cas, se réunir du côté de l'attaque et se porter assez en aTant pour que fennemi soit obligé de décrire un grand cercle, et par conséquent de se mettre en prise quand il voudra se porter sur Tune ou l'autre extrémité du convoi. La meilleure disposition à prendre est d'échelonner le détachement du centre par les deux détachements des extrémités, auxquels se réunissent l'avant-garde et l'arrîère-garde. Ces trois échelons, celui du centre en avant des deux antres, formeront sur le côté du convoi, un ordre de bataille convexe^très-propre à ce genre de défense. Us peuvent se réunir au besoin pourSâdre effort; ils s'appuient réciproquement; l'un sert de réserve aux deux autres, et ils forcent l'ennemi à s'étendre pour les déborder. Le convoi, qui a doublé ses voitures, continue à marcher en réglant sa vitesse sur celle des troupes qui le couvrent. Si elles s'arrêtent, il faut qu'il s'arrête, à moins que l'ennemi n'ait que de l'infanterie, auquel cas le convoi prendra le trot et échappera par sa vitesse. Mais il n'y a aucune probabilité que l'attaque se fasse sans cavalerie ; dès lors, le convoi, pour ne point se découvrir, doit rester, comme nous venons de le dire, à la hauteur des troupes qui marchent sur son flanc; il s'arrête si elles s'arrêtent, et ne marche que quand elles marchent. Toutefois on le fera marcher plus vite quand on arrivera à quelque défîlé, ou dans quelque localité où la eavaterie ne lui puisse rien. N'ayant point à craindre d'être attaqué dans ces endroits, il doit chercher à gagner du chemin sous la protection d'une petite avant-garde. En tout cas, l'of&cier préposé à la conduite des voitures ne doit rien faire que d'après les ordres du commandant du convoi. Si celui-ci juge nécessaire de former le parc défensif, le premier cherche en dehors de la route, et du côté opposé à Fennemi, un emplacement assez grand pour le recevoir et pour permettre aux voitures de tourner et d'aller prendre leur place.
Nous avons oublié de dire que les soldats, placés le long du convoi pour contenir les charretiers, ne doivent point les quitter pendant le combat; c'est au contraire le moment de les surveiller plus que jamais ; les soldats auront l'ordre de faire feu sur eux s'ils dételaient leurs chevaux pour s'échapper.
On ne pourra pas toujours se conformer aux dispositions précédentes. Ainsi on peut n'avoir pas assez de monde pour former trois détachements ; on se contentera alors d'en faire deux, un à la tête du convoi, l'autre à la queue ; peut-être même, qu'après avoir fourni à l'avant^arde et à l'arrière-garde, il faudra, pour ne pas trop se diviser, réunir tout le reste de la troupe et le faire marcher du côté où l'attaque est le phis à craindre. Mais on est toujours ainsi dans
l'esprit de la règle, qui consiste à ne point disséminer Tescorte tout le long du convoi, mais à la rassembler en groupes assez forts pour faire résistance.
Au surplus , on ne devrait jamais hasarder un convoi de quelque importance sans avoir, au préalable, fait balayer le pays par des colonnes mobiles. Si le convoi se met en route immédiatement après l'expédition , il a beaucoup de chances de ne faire aucune mauvaise rencontre, et son escorte peut être considérablement diminuée.
On conclura de ce qui précède, que Tattaque d'un convdl est une opération peu chanceuse, même pour un corps inférieur à Tescorte. Car, si on prend Tennemi en défaut, on détruit ou on emmène une partie du convoi ; si on échoue, on en est quitte pour se retirer, sans crainte d'être poursuivi. Le corps qui attaque doit être mi-parti d'infanterie et de cavalerie.
Il est clair que si, en se cachant derrière un bois, une hauteur, un champ de blé, etc., on parvient à surprendre la tête ou la queue du convoi, et à l'envelopper avant que les secours lui arrivent, on obtiendra un plein succès. On doit donc essayer de ce moyen avant d'en venir à une attaque ouverte. Mais on ne peut pas supposer assez de négligence de la part du commandant du convoi pour admettre qu'on le surprendra ainsi. II faut au contraire admettre que sa troupe sera réunie et en bon ordre au moment de l'attaque. Dès lors il convient de diviser son attention, en dirigeant contre lui plusieurs petites colonnes et beaucoup de tirailleurs, qui chercheront à se frayer un chemin jusqu'aux voitures pour tuer les chevaux et embarrasser la route. La cavalerie, faisant un circuit, se porte rapidement sur les parties mal protégées. Si elle atteint quelques voitures, elle se contente de chasser les conducteurs et de couper les traits, parce qu'ainsi toute la partie du convoi qui est en arrière se trouve arrêtée.
Si l'on a la liberté du choix pour le lieu et le moment de l'attaque, il est clair qu'elle s'effectuera quand le convoi sera engagé en partie dans un défilé, et que l'on pourra en envelopper la tête ou la queue. La réussite est alors certaine, l'encombrement inévitable du défilé, empêchant une partie des troupes de venir au secours de l'autre. Mais une telle fortune est rare, et il reste encore assez de chances de succès pour attaquer un convoi partout où on le rencontre.
Quand on est parvenu à s'emparer de tout ou partie d'un convoi, il faut se hâter d'emmener sa prise pour la déposer en un lieu sûr, avant que l'ennemi arrive en forces supérieures pour vous la faire
abandonner. Mais plutôt que de la lâcher, dans ce cas, on détruira les voitures, et, ne gardant que ce qu'elles renferment de plus précieux, on le mettra sur le dos des chevaux pour s'enfuir au plus ^te. On doit éviter le combat ; le coup est fait.
§ 2. DBS FOURIAGES.
On dit qu*on fait un fourrage lorsqu'on va en troupe ramasser du foin et de la paille dans les granges, ou faucher sur le terrain Therbe ou le blé vert. Dans le premier cas, on fait un fourrage au sec, dans le second un fourrage au vert.
Les fourrages étaient autrefois dea opérations plus sérieuses que de nos jours, parce que les armées, moins nombreuses, se tenaient plus ramassées; leurs divisions, ne laissant entre elles que de petits intervalles, ne trouvaient pas assez de ressources sur le terrain cpi'elles occupaient immédiatement. C'était donc en avant et sur les flancs qu'on allait au fourrage, se ménageant pour les derniers moments, et dans la supposition d'une retraite , tout le pays en arrière de l'armée. Dès lors, les fourrageurs étaient constamment exposés aux attaques de l'ennemi.
Maintenant que les armées sont plus nombreuses et composées de corps qui , pouvant se suffire à eux-mêmes , campent à d'assez grandes distances, elles trouvent dans l'espace qu'elles occupent de quoi nourrir les chevaux.
Cependant il n'en faut pas moins user de précautions, lorsqu'on se décide à faire un fourrage régulier, pour ne pas tomber dans une négligence qui, tôt ou tard, deviendrait fatale.
On donne donc aux fourrageurs une escorte assez nombreuse, pour éclairer le pays autour de l'espace que le fourrage doit embrasser, 'et combattre l'ennemi, s'il se présente. Au premier signal de son approche, les fourrageurs quittent la place, emportant ce qu'ils peuvent sur leurs chevaux ; la chaîne des postes extérieurs se replie, se concentre, engage le combat, s'il est nécessaire, et le soutient tant que les fourrageurs ne se sont pas écoulés. Quand il n'y a pins aucun danger pour ceux-ci, l'escorte bat en retraite; unô plus longue résistance serait sans utilité.
Pendant tout le temps que dure le fourrage, les troupes, qui sont restées au camp ou aux cantonnements les plus voisins, se tiennent sous les armes, afin d'être prêtes à marcher au secours des fourra-
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geurs, et à repousser une attaque qui est toujours à oaindre (piaiid on s'est affaibli de quelque détachement.
Il semble inutile de dire que ce sont les cavaliers eux-mêmes, qui, munis de cordes et de serpes ou de faux, requises aux paysans, exécutent Topération matérielle du fourrage, après que des offiderSi préposés à cela, leur ont distribué tout le terrain, corps par corps, et ont indiqué à chaque détachement Tespace qu'il doit faucher. Il y a, à cet égard, des règlements dont l'exécution est principalement confiée aux officiers d'état-major. Ces règlements prescrivent, entre autres choses, d'exécuter plutôt deux fourrages qu'un seul trop considérable; 4^ parce qu'en raison du terrain que ce dernier force d'embrasser, il donne plus de prise à l'ennemi; 3^ parce que la surveillance y devenant plus difficile , le gaspillage est inévitable; 3° parce qu'il exige plus de temps. Ils recommandent aussi , dans le cas où les terrains qui doivent être fourrages, seraient enclos de murs, de haies ou de fossés, de pratiquer d'avance les ouvertures nécessaires pour assurer la communication entre les divers détachements de l'escorte. Une reconnaissance préalable du terrain à fourrager doit être faite pour exécuter ces choses, arrêter la répartition entre les corps, et faire l'évalnation approximative de la quantité de fourrages qu'on se procurera ainsi. Dans les fourrages au sec il faut épuiser ce que peut fournkr un village avant d'aller à un autre, et ne pas fourrager dans plusieurs villages à la fois, à cause de la difficulté de couvrir suffisamment, au moyen de l'escorte, un aussi grand espace. Et dans ce dernier cas, celui du fourrage au sec, le devoir des officiers de tout grade est de prévenir le désordre si facile à s'introduire dans une opération de cette nature ; ils empêcheront les soldats d'entrer ailleurs que dans les granges qui leur sont assignées par des numéros mar* qués d'avance sur les portes, et les feront partir à mesure qu'ils seront chargés. Mais ce qui vaut encore mieux, c'est de faire apporter par les habitants la quantité de paille et de foin à laquelle on croit pouvoir taxer le village, d'après ce que l'on sait de ses richesses en fourrages; ils n'y ont ordinairement pas de répugnance, parce qu'ils sauvent ainsi du pillage leurs propriétés, et qu'ils reçoivent des bons pour les quantités fournies. Toutes les gerbes sont déposées hors du village; les cavaliers viennent faire leurs trousses dans l'emplacement désigné, et, sous aucun prétexte, on ne les laisse entrer dans le village. L'escorte seule le traverse pour en occuper les avenues et protéger l'opération.
Dans les estimations préalables que les officiers d'état-major ont à faire du terrain ou des villages qui sont destinés aux fourrages, il
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est nécessaire que ces officiers sachent apprécier rapidement ce que dhaque culture peut fournir dans une étendue donnée. Ils s'accoutumeront à ces estimations en faisant faucher de petites portions pour voir ce qu'elles fournissent de foin, comme aussi en vérifiant, par un toisé approximatif et rapide, ce qu'une meule ou une grange en peut renfermer. Au bout de fort peu de temps ils sauront estimer, au simple coup d'œil et d'une manière suffisamment exacte, ce qu'un champ, un pré d'une grandeur déterminée, ou un village dont le nombre des granges est connu, peut fournir d*herbe, de foin et de paille. Voici, au reste, quelques données qui serviront à ces estimations : une trousse pèse de 420 à 150 livres; deux trousses font la charge d'un cheval. Le foin entassé pèse environ 260 livres le mètre cube, ainsi le mètre fait les deux trousses ou la chaîne du cheval.. La paille ne pèse que 470 livres le mètre, il faudra donc un mètre et demi pour les deux trousses. Si la paille est en gerbes, on compte qu'il faut une dizaine de gerbes sèches pour faire une trousse, les gerbes pesant 12 à 15 livres. — Un arpent renfermant 4800 mètres carrés, 'peut fournir, en moyenne, les quantités suivantes en blé et foin prêts à être récoltés :
Blé, 200 gerbes de 45 liv. ou 20 trousses.
Foin^ 250 bottes de 40 liv. ou 46 trousses.
Cinquante hommes peuvent, en une heure, couper un arpent.
Quant aux grains, ils sont transportés dans des sacs qu'on donne aux fourrageurs. Le mètre cube d'avoine pèse environ 800 livres, et fait la charge de trois chevaux ; le froment pèse à peu près le double, et fait la charge de cinq ou six chevaux. Le poids du seigle et de l'orge est intermédiaire.
Deux trousses suspendues, l'une à droite et l'autre à gauche, font la charge d'un cheval ; le cavalier marche à pied et conduit son cheval par la bride ; mais si la distance est courte, il peut, malgré la charge, monter en solie. Toutes les fois que cela est possible, on se sert de voitures pour emporter les fourrages , plutôt que d'en charger les chevaux ; car si la distance est grande ce poids les abîme.
Dans les fourrages, les hommes chargés de l'opération portent, outre les instruments qui leur sont nécessaires,* leurs armes pour se réunir à l'escorte, en cas de besoin, et repousser une attaque imprévue. Gela est surtout nécessaire quand le fourrage est lointain. Et, à ce sujet, on pose en principe qu'un fourrage ne doit pas se foire si loin qu'on ne puisse l'achever dans la même journée : ainsi la plus grande distance peut être fixée à deux ou trois lieues.
On ne fait les fourrages au vert que quand il ne reste plus rien dans les granges, parce qu'ils ne produisent qu'une nourriture énervante et malsaine, qu'ils sont toujours plus préjudiciables au pays que les fourrages au sec, et qu'enfin ils exigent plus de temps et un plus grand appareil pour être mis à exécution.
S 3. DBS KMBUSCADBS.
Avec le genre de guerre actuel et la grande quantité d'éclaireors dont les armées se couvrent, les embuscades ne sont guère possibles qu'entre petits corps ou simples détachements. Les pays trèsaccidentés y sont principalement propres, par la facilité qu'Us donnent de se cacher. Ce moyen d'attaque par surprise ne peut réussir que lorsque Tennemi se n^lige dans ses marches, et ne s'astreint point aux précautions d'usage; car, aussitôt qu'une embuscade est éventée, son. objet est manqué. Dans une embuscade, on doit non-seulement s'arranger de manière à 8iu>prendre l'ennemi, mais encore à l'envelopper et à lui ôter tout moyen de retraite ; à cet effet, la troupe embusquée se partage en plusieurs corps ou détachements, pour attaquer à la fois par le front, par le flanc et sur les derrières.
Quand on se rend en embuscade, il faut avoir soin de se £sdre précéder par une petite avantrgarde, et de s'édairer, comme de coutume, pour ne pas tomber soi-même dans un piège de l'ennemi, et pour se saisir de toutes les personnes qui pourraient lui porter des avis. C'est d'ailleurs une règle dont un commandant de troupes ne doit jamais se départir, et qu'on ne saurait trop répéter , qu'en marche , loin ou près de l'ennemi , il faut se fiùre éclairer.
Les parties couvertes et cachées, telles que les bois, les collines, les fondrières, les rochers, les grandes haies, etc., sont, il est vrai, les plus avantageuses; mais ce ne sont pas les seules où l'on puisse dresser des embuscades; des digues, des champs couverts de moissons , et môme des prés où l'herbe est haute, ou des plaines traversées par quelques ondulations , offriront quelquefois d'autant plus de facilité, que l'ennemi, croyant découvrir de l'œil toute la campagne^ s'abandonne à trop de sécurité. Un esprit inventif sait tirer parti de toutes ces circonstances, quand il a reconnu chez son adversaire une tendance à la négligence ou à la présomption. C'est ainsi qu'Annibal défit Minutius : « Entre les deux camps, dit
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Polybe» était une hauteur d'où l'on pouvait fort incommoder l'ennemi. Annibal prit la résolution de s'en emparer le premier ; mais se doutant que Minutius, fier d'un premier succès, ne manquerait pas de se présenter, il eut recours à un stratagème : quoique la plaine que commandait la colline fût rase et toute découverte, il avait observé qu'il s'y trouvait quantité d'ondulations et de cavités où l'on pouvait cacher du monde. Il y mit 500 chevaux et 5000 fantassins, distribués en petites troupes. Ces mesures lui réussirent complètement : Minutius marcha à la défense de la colline sans apercevoir l'embuscade qui le prit en flanc et à dos ; il fut entièrement défait. »
On cherche aussi, pour dresser des embuscades, les endroits où l'ennemi ne peut pas se déployer facilement, où il est obligé de filer en colonne mince et allongée ; ceux où il est à présumer, qu'en raison des difficultés locales, quelque désordre s'introduira dans sa marche ; ceux où sa troupe sera séparée par des obstacles, etc.
A quelle distance de la route suivie par l'ennemi une embuscade doit-elle s'établir? C'est une question qui ne peut se résoudre que par la nature des lieux et par l'espèce de troupes que Ton se propose d'attaquer. Mais on peut dire, en général, que si l'on s'embusque trop près, on sera découvert par les flanqueurs, et que si vous vous mettez trop loin, l'ennemi aura le temps de vous échapper pendant que vous viendrez à lui, La cavalerie se placera à une plus grande distance que l'infanterie, parce que le hennissement des chevaux la fait découvrir aisément. Pour cette raison, et parce qu'elle ne peut pas agir dans toute espèce de terrain, la cavalerie est moins propre que l'infanterie aux embuscades. Toutefois, on l'y fait participer par petits détachements.
On entre dans l'embuscade par derrière et par les flancs, pour que les traces que la troupe laisse sur le chemin ne donnent pas l'éveil à l'ennemi. On part de nuit, pour arriver avant le jour au lieu de l'embuscade et s'y poster. Il est bon de prendre d'abord une fausse route, afîn que les habitants ne puissent pas vous trahir en faisant connaître à l'ennemi le chemin que vous avez suivi.
Une troupe embusquée n'allume point de feu : chaque soldat reste à la place qu'on lui assigne, sôit debout, soit assis ou couché ; il ne fume point; il tient ses armes cachées pour que leur éclat ne le fasse pas découvrir, les reflets du soleil se voyant à une trèsgrande distance, même au travers du feuillage. De jour, une partie de la troupe peut dormir , s'il y a longtemps à attendre, parce que, voyant de loin venir l'endemi, on a le temps de se préparer;
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mais la nuit, tout le monde doit être alerte pour saisir le moment et se jeter sur Tennemi au signal convenu.
La troupe étant, comme nous Tavons dit, partagée en plusieurs corps qui ont des tâches particulières à remplir, il est essentiel que chacun sache bien ce qu'il aura à faire , afin d'éviter toute confusion et de mettre de l'ensemble dans l'attaque. L'infanterie, placée aussi près que possible de la route, ne fait qu'une décharge en arrivant, et se précipite sur l'ennemi en poussant de grands cris pour l'effrayer. La cavalerie, postée plus loin, va, par un circuit, lui fermer le chemin en avant et en arrière. Si, par la nature des localités, l'embuscade est tellement rapprochée de la route, que l'on puisse tirer sur ceux qui y passent, les carabiniers, très-propres à ces sortes d'affaires, ajusteront les ofiSciers pour désorganiser la troupe dès le premier moment. L'embuscade ne doit sortir qu*à un signal convenu : elle ne bougera pas pour quelques coups de fusil qui ne sont peut-être qu'accidentels. Le commandant juge seul du moment convenable; c'est à lui de donner le signal. Trop d'impatience éventerait l'embuscade et la ferait manquer.
C'est bien souvent après un engagement plus ou moins sérieux, et en feignant de se retirer devant l'ennemi, qu'on l'amène dans une embuscade. On réussit quelquefois, quoique la ruse soit bien connue, parce que l'ennemi qui se croit vainqueur et qui veut profiter d'un premier succès, ne peut pas toujours prendre toutes les mesures de prudence qui sont usitées dans une simple marche, et qu'aussi la bonne fortune nous rend aisément présomptueux. Il est peu de guerres qui ne fournissent quelques exemples de cette vérité. En 462!2, le comte de Tilly serrait de fort près Heidelberg : le roi de Bohême et Mansfeld passent le Rhin pour secourir cette place. Tilly, à la nouvelle de la marche du roi de Bohême, vient se camper près de Wislock dans un poste très-avantageux. Pour l'en tirer, Mansfeld vient l'attaquer, et, pendant le combat, il fait replier ses troupes comme si elles avaient du dessous. Tilly les poursuit chaudement et s'avance jusqu'à Mingelheim, où Mansfeld avait embusqué une partie de son armée et beaucoup d'artillerie. Les Bavarois, pris ainsi à l'improviste, furent défaits en un instant; ils eurent 2000 hommes de tuë;^; ils perdirent leurs bagages, leurs canons et beaucoup de prisonniers ; la ville de Heidelbei^ fut dégagée.
Quand on a été prévenu que l'ennemi cherche à vous dresser une embuscade, c'est un excellent parti à prendre que de lui en dresser une à lui-même ; car, se voyant surpris au moment où il compte surprendre, la démoralisation se jettera promptement dans
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ses rangs, et la peur, qui grossit tout, achèvera de le perdre. A cet effet, vous devez placer votre embuscade aussi près que possible de celle de l'ennemi, pour qu'au moment où celle-ci se lève, l'autre sorte et la prenne en flagrant délit. Paulin, général d'Othon, instruit par des déserteurs que Cécinna lui a dressé une embuscade, envoie une partie de ses troupes s'embusquer près de celles des ennemis, et il marche avec le reste, comme s'il n'avait eu aucun avis. L'embuscade de Cécinna fut taillée en pièces, parce qu'eller perdit courage au moment où celle de Paulin se présenta.
Ceci montre que, même en s'embusquant, c'est-à-dire lorsqu'on se croit assez maître du pays pour pouvoir surprendre l'ennemi, il faut encore se tenir sur ses gardes, placer des sentinelles, et bien fouiller les environs du lieu où l'on veut se poster. Le^ sentinelles sont non-seulement nécessaires pour la propre sûreté de l'embuscade, mais encore pour annoncer l'arrivée de la troupe qu'on veut surprendre, et faire passer les divers renseignements qui peuvent intéresser le commandant. II faut donc mettre là des hommes intelligents et ayant l'expérience de la guerre ; il convient même de placer en observation un ofQcier ou un sous-officier, avec deux ou trois hommes qui transmettront ses rapports.
Si les patrouilles ou les sentinelles aperçoivent quelques éclaireurs ennemis, elles ne doivent point faire entendre de qui vive, mais se cacher ou se retirer sans bruit du côté de la troupe embusquée : la moindre indiscrétion pourrait faire échouer Tentreprise. Mais si l'ennemi vous découvre , sortez aussitôt , et tâchez de prendre au moins les soldats qui se sont le plus avancés ; ce sera la faible consolation d'une afikire manquée.
Il est bon d'avoir aux deux flancs de l'embuscade de petits détachements de cavalerie pour courir après les paysans , qui , l'ayant découverte, chercheraient à se sauver pour en donner avis. Mais le hennissement des chevaux, pouvant vous trahir, vous devez choisir les plus tranquilles.
Il va sans dire que Si la troupe doit rester longtemps cachée, le commandant, avant de partir, se sera pourvu des provisions nécessaires aux hommes et aux chevaux. Une fois embusqué personne ne doit quitter le poste , même sous déguisement , crainte d'éveiller les soupçons des habitants, et par suite ceux des ennemis.
Nous terminerons cet article par l'exemple suivant , tiré de la Vie de Bayard, par A. de Terrebasse : « Le chevalier Bayard, ayant été averti par ses espions qu'il y avait à Naples un trésorier espagnol qui changeait de l'argent en or, ne douta point que cette somme ne fût destinée à Gonsal ve ; il résolut de ne rien négliger pour s'en empa-
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rer au passage. Ce général était bloqué à Barletta et sans ai^eat pour la solde de ses troupes ; les moindres convois étaient pour lui de la dernière importance. Bayard , aux.aguetsjour et nuit, apprit que le trésorier avait couché à quinze milles, et qu'il se remettrait le lendemain en route pour Barletta, escorté d'un détachement de cavalerie. Le bon chevalier savait qu'il ne pouvait éviter un défilé assez étroit situé à trois milles de là, et il alla s'embusquer, avec vingt chevaux seulement, entre deux rochers sur le bord de la route. Son compagnon Tardieu reçut ordre de se poster plus bas avec vingt-cinq Albanais, pour que si le trésorier venait à échapper d'un cété, il fût pris de l'autre. Vers sept heures du matin, les sentinelles avancées entendirent les pas des chevaux et vinrent avertir Bayard qui recommanda le plus profond silence. Les Espagnols s'engagèrent en toute sécurité dans le défilé , conduisant au milieu d'eux le trésorier et son valet qui portait l'argent en croupe. A peine furent-ils passés, que Bayard et ses gens se précipitèrent à leurs trousses, aux cris de : France ! France 1 Les Espagnols, surpris et croyant avoir affaire à des ennemis plus nombreux, s'enfuient vers Barletta, laissant le pauvre trésorier et son valet entre les mains de Bayard qui ne s'amusa point à les poursuivre, ayant tout ce qu'il voulait. »
S 4. DB8 PAETISANS.
Les partisans sont des troupes irrégulières agissant pour leur propre compte , et ne recevant du chef de l'armée que des directions tout à fait générales, et des passe-ports qui légitiment leur existence. Sans ces papiers , on pourrait les prendre pour des brigands et les punir comme tels; ils sont sur terre , ce que sont sur mer les corsaires.
Les opérations des partisans sont donc indépendantes de celles de l'armée. Elles se dirigent de préférence sur les derrières de l'ennemi , parce que c'est là qu'il y a des prises à faire. Mais le butin n'est pas leur unique objet ; elles ont encore celui d*inquiéter les armées et de les forcer à se diviser; d'attaquer , disperser les postes isolés ; de tenir les populations hostiles dans l'effroi ; d'encourager au contraire et de faciliter les rassemblements des citoyens que le patriotisme porte à s'armer pour la défense du pays. En se multipliant par leur agilité , les partisans tiennent l'ennemi dans une inquiétude continuelle : il est obligé de laisser des garnisons dans les villes , d'établir des postes partout, d'dscorter les moindres convois. Les par-
tisans sont doiic de puissants auxiliaires pour une année qui tient la défensive; et ils sont d'autant plus utiles, qu'opérant dans un pays qu'ils connaissent bien, dont les habitants leur offrent toute espèce de secours , leurs entreprises peuvent être plus hardies et plus lointaines. Mais, pour qu'ils ne soient pas un fléau pour ces mêmes populations qu'ils doivent défendre , il faut qu'ils soient dûment autorisés, et astreints à la même discipline que les troupes régulières. Ils por« teront un uniforme aussi simple qu'on voudra, mais ils en porteront un qui permette de les reconnaître et ne les laisse pas confondre avec des contrebandiers, ou avec ces gens qu'on ne voit que trop souvent profiter des malheurs d'une guerre , et attaquer , sans distinction , amis et ennemis dans l'espoir du pillage. Le butin qu'ils font à la guerre est pour eux ; cet appât est nécessaire pour les engager à essayer de ces coups hardis et dangereux, qui ont tant d'effet sur le moral de l'ennemi. Mais ce butin n'est déclaré de bonne prise, vendu et partagé entre les officiers et les soldats, qu'après une déclaration authentique d'une autorité militaire compétente, telle que le coinmandant d'un corps d'armée, ouïe gouverneur d'une place dans laquelle les partisans se seraient retirés après leur expédition.
Les partis^ c'est-à-dire les corps de partisans, doivent être peu nombreux, pour échapper plus facilement aux poursuites ou à la surveillance , et trouver partout des gttes suffisants. Il vaut mieux former, avec le même nombre d'hommes, deux partis, agissant sur des points différents, que de les réunir en un seul. Gela ne les empêchera pas de se tendre la main au besoin , et l'ennemi en sera bien plus inquiété. C'est par leur multiplicité que ces petits corps le tourmentent et l'obligent à se diviser. Ils marchent ordinairement de nuit, s'approchent furtivement, se cachent dans les ravins, dans les bois, dans les blés ; et, quand ils se voient près de leur but, ils s'élancent comme la panthère sur sa proie, tuent, dispersent les gardes, s'emparent d'un convoi ou d'un magasin , emmènent tout ce qu'ils peu* vent, et mettent le feu au reste.
Les partisans sont quelquefois tirés des différents corps de l'armée, parmi les volontaires qui se présentent. Les chefs qu'on leur donne ne sont pas nécessairement des officiers ; un bon sous-officier, intelligent, actif, jouissant d'une certaine réputation parmi ses camarades, et connaissant bien la langue du pays, peut rendre de grands services à la tête d'un parti. Mais, le plus souvent, les partis s'organisent en dehors de Tarmée et se composent de gens déterminés, qui mettent à leur tête un homme de leur choix.
Les partisans sont à pied ou à cheval. Les partisans fantassins, s'ils n'ont pas la vitesse des partisans cavaliers, et s'ils n'échappent
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pas aussi fadlement qu'eux aux poursuites, jouissent, en revandie, d'autres avantages : ils peuvent mieux se cacher et dérober leur marche; ils passent par les sentiers les plus difficiles ; ils. traversent les bois ; ils ont moins de besoins que les cavaliers, qui doivent songer à leurs chevaux aussi bien et plus qu'à eux-mêmes. On ne mélangera pas les deux armes, parce que, dans les plaines, rinfanterie arrêterait la cavalerie ; dans les montagnes, ce serait la cavalerie qui em> barrasserait Pinfanterie. H faut tout un ou tout autre dans ces corps, dont la mobilité est la qualité principale.
Pour empêcher que les corps de partisans ne commettent des actes punissables, leurs chefs doivent être astreints à rendre compte de la conduite qu'ils ont tenue pendant tout le temps d'une expédition. Le général , sans les gêner autrement , doit exiger d'eux un journal détaillé de toutes leurs opérations , du montant des réquisitions qu'ils auront faites, en subsistances, en habillements ou en argent, objets pour lesquels ils présenteront, à l'appui, des certificats délivrés par les autorités locales. Ceci suppose qu'on opère en pays ennemi ; chez -nous, les partisans n'auraient rien à requérir des habitants, que la nourriture et le logement ; les bons qu'ils délivreraient pour cela seraient admis par le commissariat, comme ceux des autres troupes.
Un bon chef de partisans n'est pas un homme facile à trouver : il doit avoir l'instinct de la guerre pour diriger ses marches, éviter les surprises ou les embuscades , dresser lui-même des pi^es à son adversaire, profiter de ses négligences, le harceler, le tenir sans cesse dans la crainte d'une apparition soudaine, en tout temps, en tout lieu. Il doit être robuste, fait aux fatigues et aux privations, d'un courage éprouvé, d'un génie fécond en ruses et en stratagèmes. Enfin la connaissance exacte de la langue et de la topographie du pays lui est indispensable , pour s'y ménager des intelligences, préparer ses coups , et mettre à exécution ses entreprises. Il doit être toujours muni de bonnes cartes, qui, jointes aux rapports de ses émissaires, le mettent à chaque instant en état de connaître la position de l'ennemi et de méditer ses opérations. Il aura avec lui des déguisements de toute espèce, pour pouvoir, au besoin, travestir quelques hommes et les envoyer aux informations, ou leur donner toute autre mission. Il conviendra^avec ses soldats de certains signes pour se reconnaître, en toute circonstance, de nuit comme de jour. Quand il méditera un coup de main, il aura la prévoyance d'indiquer quelque endroit où sa troupe, en cas d'échec, puisse se rallier ou se cacher, fin un mot, l'audace ne doit jamais se séparer chez lui de la prudence et de la ruse. D revêtira plus souvent la peau du renard que celle du lion.
Plusieurs chefs de partisans se sont fait une grande réputation ;
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les noms du baron de Trenck , de Dumoulin , du major Schill et de bien d'autres pins ou moins célèbres, sont aussi connus que ceux des commandants d'armées. Être partout et nulle part était la devise de ces hommes aussi redoutables dans le combat que difficiles à joindre dans leur fuite. En 4700 , Dumoulin surprit de nuit un détachement de cavalerie au moment où il faisait paître ses chevaux. Il entendit, en s'approchant seul des ennemis, deux ou trois officiers qui causaient entre eux, et dont l'un disait ; « Si ce diable de Dumoulin arrivait dans ce moment, il aurait bon marché de nous. — Le voici, à mol dragons 1 » s'écrie Dumoulin d'une voix terrible, et il charge si brusquement cette troupe qu'il ne lui donne pas le temps de se remettre. Dumoulin était bien inférieur en forces, mais il connaissait par expérience l'avantage infini de celui qui attaque de nuit et surprend son adversaire. On le vit encore, dans cette même campagne , faire une marche de quinze lieues dans une nuit d'hiver, pour aller, avec sa compagnie de dragons, s'embusquer dans un bois, où devaient passer trois escadrons ennemis. A peine avait-il partagé sa trbupe en trois détachements, et les dragons avaient-ils eu le temps de se rafraîchir, qu'il découvrit au matin les ennemis enveloppés dans leurs manteaux et marchant dans la plus grande sécurité , {persuadés qu'ils étaient à plus de vingt lieues des Français. Us n'^irent pas le temps de se débarrasser de leurs manteaux : attaqués de front , en flanc et en queue par les trois corps de Dumoulin , ils furent tous iiaits prisonniers.