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CHAPITRE X

Lorsque les circonstances de la guerre permettent aux troupes de prendre du repos, elles campent ou se cantonnent. Nous avons déjà donné, dans le premier chapitre , quelques généralités sur les cantonnements; nous devons entrer ici dans plus de détails, et traiter de ce qui concerne la Castramétation , ou l'art de choisir et tracer les camps. Mais, auparavant, nous dirons un mot du service des avantpostes, applicable à toute troupe qui séjourne ou qui ne £ait que s'arrêter momentanément quelque part.

348 DU RKPOS DBS T&OUPSS.

$ 4. DBS AVANT -POSTBS.

Les avant-postes sont, pour une troupe en repos, ce que sont pour celle qui marche les éclaireurs et les flanqueurs. Leur tâche est d'6ter à Tennemi toute possibilité d'arriver sur le corps principal, sans être aperçu et sans que Talarmesoit répandue au camp. Ainsi donc, toute troupe qui s'établit quelque part, soit dans un camp, soit aa bivouac ou dans des cantonnements, pour longtemps ou pour un seul jour , et même pour quelques heures , doit se couvrir par des détachements, dont le nombre et la force sont proportionnés à la force des corps et à retendue du terrain à occuper.

Ces détachements, qui forment une ceinture autour de la troupe en repos , sont les avani-postes. S'ils sont bien disposés d*après le terrain, si la surveillance s'y exerce activement, l'ennemi ne pounra se présenter nulle part sans être découvert à bonne distance, et ron aura toujours le temps de se mettre en défense. Si, au contraire, ils sont placés sans intelligence, s'ils sont trop éloignés les uns des astres, si le service s'y fait négligemment, un de ces détachements peut être enlevé sans que les autres s'en aperçoivent, et le danger est d'autant plus grand pour la troupe qu'elle se repose dans une fausse sécurité. Ce service mérite donc toute l'attention des officiers qui en sont chargés.

La nature du terrain détermine la qualité des troupes qui forment les avant-postes. Dans un pays ouvert, ils doivent être composés de cavalerie; dans un pays coupé, d'infanterie principalement. On y met cepeQdant toujours un peu de cavalerie pour faire le service d'ordonnances et porter promptement des nouvelles. La cavalerie est encore nécessaire pour avoir, sur les principaux chemins, des vedettes un peu avancées, qui préviennent, en temps utile, de l'arrivée de l'ennemi.

La distance à laquelle doivent être placés les avant-postes, ne saurait être fixée, parce qu'elle dépend, ainsi que leur force, des localités et de l'importance des corps. On conçoit qu'une troupe nombreuse, qui met du temps à se rassembler, doit avoir ses avantpostes plus éloignés, qu'un petit corps qui est sous les armes au premier coup du tambour. D'un autre côté , une troupe nombreuse ne craint pas d'étendre ses avant-postes , parce qu'elle peut les faire plus forts et qu'elle est en mesure de les soutenir. Un corps faible, au contraire, les resserre et ne les perd, pour ainsi dire, pas de vue.

Les avant-postes se divisent en postes avancés et en grand garda.

Les premiers, comme leur nom l'indique » sont les plus extérieurs; les grand'gardes leur servent décentre et de' point de ralliement. Ce sont les grand'gardes qui fournissent les postes avancés , chacune selon qu'il est nécessaire pour bien observer le terrain environnant.

On place en outre , de distance en distance , dans les positions les plus favorables, de petites réserves qui sont des intermédiaires entre Tannée et les grand'gardes ; on leur donne le nom de postes de soU' tien, et quelquefois celui de piquets.

Les grand'gardes se placent, autant que possible, dans des endroits couverts, dans des bas-fonds, derrière les villages ou les bois, sur le revers d'une colline , etc. Il est essentiel que ces gardes ne soient pas vues de l'ennemi , qui pourrait faire des dispositions pour les attaquer brusquement ou les enlever.

Les postes avancés s'établissent en avant et sur les flancs des grand'gardes, à quelque cent pas de distance, en suivant toujours la même règle de se dérober aux vues de l'ennemi. Ces postes, tirés des grand'gardes, fournissent eux-mêmes des sentinelles ou des vedettes pour former un dernier cordon extérieur, destiné à voir tout ce qui se passe dans la campagne.

Il faut se figurer , qu'à chaque poste de soutien , correspondent trois ou quatre grand'gardes, à chaque grand'garde autant de postes avancés, et qu'enfin chaque poste détache un nombre suffisant de sentinelles pour que tout le terrain environnant soit bien vu. 11 résulte de là que la force des postes avancés ne peut pas être partout, ni toujours la même; elle dépend du nombre des sentinelles à placer. Or, on compte trois hommes pour chaque sentinelle à fournir ; les officiers, sous-officiers et caporaux sont en sus.

Dans un pays couvert de bois, les sentinelles occupent les lisières extérieures , les postes avancés les premières éclaircies , les grand'gardes celles qui viennent ensuite. Les postes de soutien se placent en arrière de la forêt et toujours assez loin pour que, dans la supposition oi^ l'ennemi aurait pénétré dans le bois, il ne pût pas arrivée sur la troupe à la faveur des arbres. En général, il faut se méfier des bois et autres couverts qu'on a dans son voisinage.

Si la forêt était trop grande pour la laisser en avant de soi , on chercherait les grandes éclaircies pour y placer les piquets, ou bien l'on pratiquerait des abatis dont les débris seraient employés à faire un retranchement. Les grand'gardes et les postes avancés ne négligeront pas non plus cette précaution ; il faudra donc leur délivrer un nombre suffisant de haches.

La communication entre les postes doit être entretenue par de fréquentes patrouilles, soit pour s'assurer de la vigilance des senti-

nelles, soit pour découvrir reDnemi qui se serait glissé dans les in- Icrralles , à la fareur de quelque pli de terrain ou des ténèbres, soit pour empêcher la désertion, saisir les espions, etc.

Les postes avancés ne seront jamais séparés des grand'gardes par des obstacles difficiles à franchir, qui les empêcheraient de s'y rallier dans le cas où Tennemi tenterait une attaque. Il faudrait suivre la même règle à Tégard des grami'gardes relativement aux piquets; mais cela n'est pas toujours possible, eu raison de Tagrandissenient de réchelle. Alors, quand il y a quelque pas difficile entre les uns et les autres, on le fait occuper par un poste intermédiaire, qui aurrètera Fennemi sll se présente, défendra le passage, et protégera la retraUe des troupes poursuivies.

Les postes de soutien peuvent, en raison de leur importance, être composés de toutes les armes ; ils peuvent avoir même de l'artillerie. Mais les grand'gardes sont ou de cavalerie ou d'infanterie seulement. A celles d'infanterie seront néanmoins réunis quelques cayaliers pour faire , comme il a été dit , le service de la eorrespondance et fournir les vedettes indispensables.

L^ postes de soutien, indépendamment des détachements qui les couvrent, doivent avoir eux-mêmes de petits postes- de quelques hommes, ou au moins des sentinelles, pour leur sûreté. En général, on ne saurait être trop alerte, ni user de trop de précautions pour éviter les surprises. Un officier qui se laisse surprendre est saos excuse; il doit toujours prévoir le cas où les corps qui sont devant lui feraient mal leur service, ou auraient été enlevés par l'ennemi, et prendre ses dispositions en conséquence.

Quand les sentinelles ont annonce l'ennemi, et qu'elles le voient approcher, elles se replient sur leurs postes respectifs; ceux-ci sentirent sur les grand'gardeS) lesquelles, après s'être bien assurées de l'état des choses, et que l'attaque est sérieuse, se replient aussi sur les piquets quand elles ont rallié tout leur monde; elles forment une chaîne et tiraillent en cédant le terrain. Les réserves ont pris les armes; elles envoient des secours aux grand'gardes, les reçoivent et les rassemblent, combattent s'il faut conserver la position, ou opèrent lentement leur retraite sur le gros de Tarmée.

Pendant la nuit, les postes avancés sont renforcés pour pouvoir augmenter le nombre des sentinelles *. Si le pays est fourré et favorise les surprises, ces sentinelles, à la tombée de la nuit^ se rap-

* Les troapes destinées à ce renfort forment, à pM^rement parler, le ptçtvf. Des soldats sont de piquet, lorsque, désignés pour un service arfiié> il» ne quiittût pas leur camp, et ne peuvent être appelés à aucun autre service.

t>U REPOS DES TROUPES. 351

prochent de leurs postes, pour se mettre à l'abri du danger d'être enlevées. En se plaçant au pied des petites collines ou tertres qu'elles occupent pendant le jour , elles apercevront mieux l'ennemi quand il arrivera, parce qu'il se dessinera sur le ciel.

Lorsqu'on occupe les postes plusieurs jours, il est sage de s'y for* tifier, soit par des levées de terre faites à peu de frais, soit par des abatis. Voyez à ce sujet les traités sur la fortification de campagne.

Personne ne doit s'écarter des avant-postes; on fait apporter le bois, Teau et la paille par les habitants, quand le commissariat n'y peut suffire. On ne loge jamais dans les maisons ; on reste au bivouac : à cet égard les officiers doivent donner l'exemple, en se soumettant les premiers aux privations qu'ils exigent de leurs soldats. Les hommes peuvent se reposer autour des feux, en restant toujours habillés et équipés; mais la moitié de la troupe doit être debout et veiller.

Les postes avancés reçoivent les déserteurs qui viennent se rendre à eux; ils arrêtent les voyageurs et les habitants qui arrivent du côté de l'ennemi , et leur font subir un interrogatoire sur tous les points qui intéressent l'armée, et principalement sur ce qui concerne la sûreté des avant-postes. Cependant on ne se fie pas entièrement à ces rapports, qui souvent sont mensongers et presque toujours incomplets.

Nous avons dit que des patrouilles fréquentes circulent aux avantpostes : on les appelle patnmilles de sûreté, pour les distinguer de celles qui vont, plus ou moins loin, à la découverte.

Les patrouilles de sûreté, n'ayant pour objet que de s'assurer de la vigilance des sentinelles, et d'empêcher que l'ennemi ne se glisse entre les postes , ne sont pas nombreuses : quatre hommes et un caporal suffisent ; ils voient et entendent aussi bien qu'une troupe plus forte.

Quand une patrouille entend quelque bruit, elle cherche à en connaître la cause; car rien alors n'est de peu d'importance. Le bruissement des feuilles peut annoncer l'ennemi qui s'avance ou se cache. Dans une circonstance pareille le caporal arrête sa troupe, lui fait faire front du côté d'où vient le bruit, et il envoie un homme reconnaître. Si c'est réellement l'ennemi, ce soldat fait feu pour l'an* noncer. Le caporal fait aussi feu avec sa troupe, se retire sur la sentinelle la plus proche et se replie avec elle sur le poste voisin.

Si le terrain est très-coupé ou couvert, les quatre soldats entoureront le caporal dans la marche, et se tiendront à quelque distance pour fouiller les environs. Mais habituellement la patrouille est réunie. Elle doit suivre le chemin qui lui est tracé, observer le plus grand silence, marcher d'un pas lent, prêter Foreille en s'arrêtant

souvent, éviter que les armes ne se choquent, ne point fumer. Si la patrouille trouve une sentinelle manquante elle s'arrête sur place; le caporal envoie un homme prévenir le poste, et ne continue son chemin qu'après le remplacement.

C'est à l'approche du jour que les patrouilles doivent être le plus fréquentes, parce que c'est le moment des entreprises de Tennemi. C'est aussi alors qu'on fait partir les découvertes, comme il a été dit en parlant des reconnaissances.

Une patrouille est quelquefois remplacée par une sentinelle volante : c'est un soldat intelligent et sûr, qui fait le tour des sentinelles pour les tenir en éveil. Quand cette sentinelle rencontre une troupe quelconque, elle se blottit derrière une haie, un arbre, an buisson , jusqu'à ce que cette troupe ait passé , et la suit pour découvrir ses desseins, si possible.

Pour la manière dont on reconnaît les patrouilles, dont on donne et reçoit le mot, et autresdétails de service, voyez le Règlement pour le eervice des troupes en campagne.

S 2. DE LA GASTRÀMéTATIOIf.

On emploie, dans l'établissement des camps, les tentes, les baraques ou les simples abris en feuillages* suivant les moyens qu'on a à sa disposition, et la durée du camp. S'il n'est que de peu de jours, on se contente de fouillées qu'on recouvre de paille ou de planches, et dont on laisse la construction à l'industrie des soldats. Quand, au contraire , le camp doit être occupé assez longtemps , et surtout lorsqu'on y doit passer l'hiver, on fait les dépenses nécessaires pour élever des baraques en planches, qu'on recouvre de chaume et où le soldat se ménage les petites aisances que comporte un logement aussi étroit. Les tentes ne sont bonnes que dans la belle saison, parce qu'alors on peut les ouvrir pour en renouveler l'air. On en fait beaucoup moins usage maintenant qu'autrefois; elles sont presque exclusivement réservées pour les camps d'exerdce. Les Français, dans les guerres de la révolution, ont enseigné à s'en passer, et on s'en trouve bien ; elles étaient un grand embarras pour les armées qui les traînaient avec elles; et, comme on s'en servait alors, non-seulement pour des camps de quelque durée, mais encore pour se loger dans les marches près de l'ennemi, où il est essentiel de rester rassemblé, on était souvent obligé de les dresser sur des terrains humides ; la santé des soldats en souffrait. On préfère main-

pareil cas, bivouaqaer la troupe : elle se couche sur

ui distribue, souvent même tout simplement sur

' me de grands feux qui sèchent le terrain et tiennent

i. Les soldats se font de petits abris contre le vent au

|ues branches ou de planches quand ils peuvent s'en

ordinairement la troupe est répartie dans les granges,

^ îrrée qu'elle y soit, elle se trouvera toujours mieux

toile, surtout si le temps est froid ou pluvieux. Le can-

la manière habituelle de loger les soldats , le bivouac

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