CHAPITRE VIII
Des Reconnaissances.
Les reconnaissances se distinguent en reconnaissances de l’ennemi ou reconnaissances à main armée, et reconnaissances du terrain ou reconnaissances topographiques. Nous parlerons des unes et des autres, bien que les dernières ne se rattachent qu' indirectement h la tactique.
§ i. — Reconnaissances a main armés.
Les reconnaissances à main armée sont des opérations de guerre qui ont pour objet de se procurer des renseignements sur la position et la force des corps ennemis, alin d’agir suivant les circonstances. Tant qu’on ignore ces choses , on ne peut prendre aucune mesure d’attaque ou de défense bien concertée; si l’on marche, ce n’est qu’au hasard et comme à tâtons ; on risque de tomber dans des embuscades, ou de faire à faux quelque mouvement offensif ; on peut, d’un moment à l’autre, être attaqué à l’improvisle. Il faut donc nonseulement tâcher de connaître au juste la composition, la force et l'emplacement des divers corps qui composent l’armée ennemie, mais encore être informé de leurs divers mouvements ou simples déplacements, pour en tirer des inductions sur les projets du commandant en chef, et se mettre en garde contre ses entreprises.
Avant tout, on recueille tous les renseignements qu’il est possible de se procurer par la correspondance et l’espionnage, par les déserteurs ou les voyageurs. On en dresse des tableaux
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à compartiments, dont les cases peuvent être facilement renouvelées, suivant les changements que nécessitent les nouvelles informations. Avec ces notes et une bonne earte, sur laquelle on pique la position des corps, en les désignant par des numéros ou des couleurs de convention , on parvient à se faire une idée assez nette de la force et de l’emplacement des corps ennemis. Mais quand on en est très-rappro ché, il faut s’assurer, chaque jour, que les positions de la veille n’ont pas été changées, que des mouvements n’ont pas eu lieu, soit pour opérer quelque concentration, soit ponr se retirer sur quclqu’autre point. De là la nécessité des reconnaissances à main armée, qui, souvent, sont des actions trèsmeurtrières.
I/usage, généralement adopté, de se couvrir par des avantpostes nombreux qui détachent une nuée de tirailleurs , em- * pèche ordinairement de découvrir les camps de l’ennemi et encore plus de voir ses dispositifs d’attaque et de défense. Il faut donc, pour sortir de cette obscurité, pousser une reconnaissance qui, perçant le rideau de troupes légères dont l’ennemi s’enveloppe, et refoulant les avant-postes, parvient jusqu’au point d’où l'officier, chargé de cette tâche, peut voir clairement l’armée ennemie, apprécier les avantages ou les inconvénients de la position qu’elle occupe, compter les bataillons, juger de ses moyens de résistance; si elle s’est retranchée; si elle a reçu des renforts d’artillerie; si le terrain . est ou n’est pas favorable à la cavalerie; où celle-ci est campée, etc. Ces différents objets doivent être saisis avec la promptitude d’un œil exercé, car la pointe qu’on vient de faire ayant mis tout le monde sur pied, on va avoir affaire à des forces supérieures, et il faudra au plus tôt quitter la place. Mais le but est atteint, puisqu'on a ainsi forcé l’ennemi à sortir des lieux qui le masquaient et à déployer ses forces. On sait maintenant tout ce qu’on voulait savoir ; il n’y a plus qu’à rentrer au camp, et an plus vile, pour ne pas s’exposer à se voir couper la retraite.
UES HKCOXVAISSANCfcS.
De pareilles reconnaissances précèdent ordinairement les batailles. Par leur moyen, le général s’assure du véritable état des choses avant de donner ses derniers ordres ; il voit si les corps ennemis ont bien la position qu'il leur assignait d’après les rapports qu’il avait reçus, s’ils se prêtent un appui mutuel, s’ils sont trop disséminés, si leurs ailes sont en l’air, etc. En marche, c’est l’avant-garde qui reconnaît l’ennemi.
Quelquefois la reconnaissance n’a pour objet que de découvrir si un point est solidement occupé, si un pont sur lequel on doit passer, n’a point été rompu, si un défilé est fortifié, si l’ennemi a du canon dans tel endroit, s’il est dans telle ville, s’il suit telle ou telle route après une bataille per- . due, etc. Dans ces cas particuliers, la reconnaissance est moins nombreuse et se compose le plus souvent de cavalerie , pour que sa marche soit plus rapide. Mais quand il doit y avoir engagement, qu’on prévoit de la résistance, on y fait concourir . •}<
toutes les armes, et on en donne le commandement à un otficier expérimenté.
Celui-ci reçoit ordinairement une instruction écrite sur le but de la reconnaissance. Il doit s’en bien pénétrer, et se (aire donner toutes les explications qu’il juge nécessaires, avant d’exécuter ses ordres. Il se munit d’une bonne carte, d une lunette, et de tout ce qu’il faut pour écrire et même pour faire le croquis des positions de l’ennemi. 11 s’assure de deux ou trois habitants dupayspour lui servir de guides etrépondre à toutes les questions qu’il aura à leur faire sur le nom et la grandeur des villages, la nature des communications, l’étendue des bois, les circonstances des cours d’eau et du terrain, etc. 11 doit encore se faire accompagner d’un oflicier qui sache la langue du pays et lui serve d’interprète. Le mieux est, lorsque luimême la sait assez pour comprendre ce qui se dit et adresser quelques questions. Enfin, le commandant d’une reconnaissance doit, avant de partir, passer l’inspection de la troupe qui lui est confiée, pour s’assurer du bon étal des armes et des munitions. * * . ’ .
Digitizrç o/.Cooglé.
DES RECONNAISSANCES
Le détachement chargé de pousser la reconnaissance, quelque nécessité qu'il y ail à ce qu’il arrive promptement à sa destination, ne devra cependant marcher que précédé d’une avant-garde proportionnée à sa force, et d’éclaireurs qni fouillent les chemins creux, les bois, les villages et tous les endroits où l’ennemi pourrait se cacher. Ils doivent arrêter toute personne qui voudrait les dépasser et qui pourrait donner avis de la marche. Quand le détachement traverse nn village , le commandant s'y arrête quelques minutes pour prendre des renseignements sur la position de l’ennemi. S’il soupçonne qu’on veuille le tromper, iLse fait donner des étages, et il ne les relâche que lorsqu’il s’est assuré qu’on lui a dit la vérité. Mais il ne doit pas prolonger trop longtemps ses interrogatoires, de peur que l’ennemi, prévenu de son arrivée, ne prenne des mesures pour faire échouer l’expédition.
Le chef portera une attention particulière ù toutes les circonstances du terrain qu’il traverse , afin de déterminer d’avance les points sur lesquels il pourrait se retirer et où il ferait résistance, dans le cas où il serait obligé de combattre en retraite. Il s'arrêtera h la croisée des chemins pour questionner les guides sur leur direction et leurs aboutissants. Il vérifiera si la carte, ou le plan topographique dont il est muni, est bien conforme aux localités. Pour se faire une idée nette du pays, et s’y reconnaître quand il rentrera, il doit se retourner souvent.
Le détachement reste réuni, autant que possible, pendant la marche, afin d’être toujours h même de soutenir une attaque et de culbuter les premiers postes qu’on rencontrera. Il ne faut donc pas que le corps principal perde de vue son avant-garde, ni celle-ci ses éclaireurs; et, si l’on marchait de nuit, il faudrait même les retirer, parce qu’ils deviendraient inutiles, ou du moins les rapprocher assez pour entendre leurs pas. Il faut, dans cette circonstance, s’arrêter souvent pour prêter l’oreille. On n’entre dans les villages que lorsqu’on n’a rien entendu qui puisse éveiller le soupçon, etque les deux ou
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trois hommes qu’on y a envoyés pour les explorer, sont venus dire qu’ils n’ont rien aperçu.
Quand la longueur du chemin force à faire une halle, «il faut la faire derrière un bois ou quelque pli de terrain qui cache la troupe. Des sentinelles, placées dans le bois ou sur la hauteur, de manière à découvrir la campagne sans être vues, avertiront de tout ce qui se passe. Des vedettes seront postées, h une plus grande distance, sur les chemins du côté de l’ennemi; on les mettra doubles pour que l’une puisse quitter et venir informer le commandant de ce qui mérite son attention, pendant que l’autre reste en observation. Si l’on doit s’arrêter près d’un village pour prendre quelque nourriture , la troupe le traversera et ira s’établir en avant du côté de l’ennemi, pour ne pas le lui laisser dans le cas d’une surprise. Le commandant se fera apporter des vivres par les habitants, et les distribuera, sans permettre à personne de s’établir dans les maisons , pas plus aux officiers qu'aux soldats. il mettra une garde ù l’entrée du village pour que cet ordre soit rigoureusement observé, et pour appuyer la réquisition qu’il est obligé de frapper pour avoir ces vivres. Le mieux cependant est de les payer, quand cela est possible.
Tant que l’objet de la reconnaissance n’est pas rempli, il faut pousser en avant, sans crainte de se compromettre ; le détachement est assez fort pour aborder franchement toute troupe qui se présente ; c’est du moins ce que nous supposons dans ce cas. Il est d’autres reconnaissances , faites par de petits détachements, où l’on emploie plutôt la ruse que la force pour découvrir ce qu’on cherche, et où, par conséquent, on doit éviter un engagement qui pourrait faire manquer l’expédition. Dans une forte reconnaissance, au contraire, où l’on a précisément pour but de pénétrer jusqu’aux positions de l’ennemi, on ne doit pas se laisser arrêter par la rencontre fortuite d’une troupe sur laquelle on ne comptait pas ; mais, profitant de cette bonne fortune, on culbute la troupe avenurée, on lui fait des prisonniers qui donnent d'utiles rensci-
DES RECONNAISSANCES
gnemenis, et on lu mène battant jusqu'aux avant-postes, où sa déroule jette l’alarme. La ligne est bientôt percée, et l’on na tarde pas à voir les corps ennemis se déployer pour repousser l’attaque. C’est ainsi qu’on les force à se montrer. Le commandant doit, en ce moment, chercher quelque point élevé, d’où il puisse découvrir le terrain et se faire une idée, soit de la position en elle-même, soit de la manière dont elle est occupée, ainsi que de la force et de la composition des troupes ennemies. Il fait, on fait faire, par les officiers qui l’accompagnent, un rapide croquis du terrain et de la position de l’ennemi.
Mais qu’on n’aille pas , dans l’ivresse du premier succès , poursuivre inconsidérément les fuyards, et, perdant de vue l’objet de la.mission, s'engager à tel point, qu’il ne soit plus possible de se retirer. Il faut au contraire savoir s’arrêter à propos et sonner la retraite, même au milieu du combat le plus heureux , quand une fois on a vu ce qu’on voulait voir. C’est ici que la prudence doit guider le courage, et le sangfroid présider à toute l'opération.
Ajoutons que le chef du détachement en reconnaissance évitera d’en venir aux mains toutes les fois que cela le détournerait de son but; car sa mission n’est pas de faire essuyer des pertes ù l’ennemi, mais do découvrir ses projets et de prendre une idée juste de sa position. Sur la route directe, qu’il attaque , qu’il renverse les postes ennemis , qu’il fasse des prisonniers, qu’il enlève ou encloue des pièces de canon, c’est bien ; mais que , dans l’espoir de surprendre un parc , d’enlever un convoi , d’anéantir une troupe qui se garde mal , il quitte son chemin et perde du temps , c’est contre son devoir; il est blartiable , lors même que le succès couronnerait son entreprise. De pareils crochets ne sont permis qu’autant qu’il y aurait trop de danger à pousser en avant , sans forcer à la retraite les troupes ennemies qui sont sur les côtés. Alors il est à présumer que l’expédition est manquée.
Les reconnaissances que, par opposition aux précédentes,
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DUS RECONNAISSANCES
on pourrait appeler secrètes, se conduisent d’après d'autres principes. Les grandes reconnaissances se font de vive force , à découvert; dans celles-ci, on fait usage de tous les genres de précautions pour éviter d’en venir aux mains. D’abord, on n’y emploie que peu de monde , afin d’échapper plus facilement à la surveillance de l’ennemi , ou il sa poursuite. On cherche à s’approcher pendant la nuit du point qu’on veut atteindre ; on se glisse furtivement par des ravins , des chemins creux ; on fait de longs détours pour éviter la rencontre des patrouilles ennemies, et on rentre par un autre chemin que celui par lequel on est venu , afin de ne pas tomber dans les embûches que l'ennemi , informé de votre passage , pourrait vous dresser.
Une reconnaissance secrète n’est ordinairement composée que d’une seule espèce de troupes , de la cavalerie dans les pays plats, de l’infanterie dans les pays montagneux ou trèscoupés. Elle peut être commandée par un officier d’un grade inférieur, s'il est intelligent et brave. C'est même par de semblables services que de jeunes officiers se font connaître et méritent leur avancement. Le détachement marche avec précaution ; il n’est pas assez nombreux pour fournir une avantgarde, mais il se fait précéder d’un groupe d’éclaireurs, et ceux-ci envoient un des leurs en avant. Deux ou trois flanqueurs, sur chaque côté, sont également nécessaires. Du reste, le commandant a avec lui , aussi bien que s’il s’agissait d’une grande reconnaissance à force ouverte , un ou deux guides ; cela est même plus nécessaire , puisqu’il faut faire des détours, éviter souvent les chemins battus. Si ses éclaireurs lui annoncent une troupe ennemie , il se jette de côté et tâche de l’éviter en se couvrant d'un bouquet de bois, d’un pli de terrain, ou de tel autre accident qui peut se présenter. Sinon, il la combat quand elle n’est pas trop nombreuse , ou lui échappe dans le cas contraire par une prompte retraite. S’il s’agit d’une forte colonne , et qu’il ait été assez heureux pour pouvoir se cacher , il la suit des yeux et cherche à se faire une juste idée
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de sa force , avant d’en donner avis. Ce n’est qu’alors qu’il l'ait partir le plus leste de ses cavaliers pour porter, par un détour, un billet qui fait connaître en trois mots, au général,' de quoi il s’agit. Cependant si cette colonne est près d’atteindre les avant-postes , il doit l’attaquer pour l’arrêter dans sa marche et donner l’éveil. Mais il aura soin de ne pas s’engager avec le cçrps principal et de s'en tenir ù l’avant-garde , et même h l’extrême avant-garde, suivant leur force. Cela suffit pour le but qu’il se propose. L’ennemi, ne connaissant pas la force de la troupe qu’il a en tête, est obligé de s’arrêter et de prendre des mesures défensives. On gagne ainsi du temps. Le commandant de la reconnaissance aura eu soin d’expédier une ou deux ordonnances au commandant des avantpostes; mais, comme ces ordonnances peuvent être enlevées, et que le vent peut empêcher d’entendre la fusillade , il donnera l’alerte en mettant le feu à quelques tas de paille qu’il se procurera dans sa retraite.
Lorsque le commandant de la reconnaissance est arrivé sans obstacle à sa destination , il lient sa troupe cachée derrière quelque rideau, tel qu’un bouquet de bois, un monticule , une vieille muraille, un creux ou pli de terrain, et, ne se faisant suivre que de quelques hommes qu’il laisse échelonnés à une certaine distance, il monte de sa personne avec son guide et deux ou trois soldats sur quelque endroit élevé d’où il puisse découvrir l’ennemi. Il prend ses notes sur ce qu’il voit et sur les explications que lui donne son guide. Si les positions de l’ennemi se montrent bien , il en fait le croquis ; c’est toujours bon, quand même le dessin en est trèsgrossier. Il ne doit point s’en laisser imposer par les premières apparences , mais, examinantles choses avec sang-froid, il s’efforce d’en prendre une idée exacte, dût-il s’exposer pour atteindre ce but ; car des renseignements inexacts ou mensongers sont pires qu’une ignorance totale de ce qui concerne l’ennemi. Aussi le chef doit-il choisir un homme expérimenté lorsqu’il s’agit d’une mission de ce genre un peu int'
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portante. On pourrait citer bien des exemples où de faux rapports , dictés par l’inexpérience ou la peur, ont été la cause de cruels mécomptes ou de grandes catastrophes. Le brave Monlluc dit , à ce sujet , qu’il faut envoyer un vieux routier ou un homme fort assuré : un homme non expérimenté prendra bientôt l’alarme et s’imaginera que les buissons sont des bataillons ennemis. « Capitaines , mes amis! s’écrie-t-il ,
* il faut plutôt vous hasarder d'être pris et savoir le vrai , que « de vous fonder sur le rapport des vilains, qui ont la peur « si avant dans le ventre. Envoyez toujours quelque officier « sans peur, et si vous voulez faire mieux, allez-y vous-
* mêmes. »
Si l’officier est découvert pendant qu’il fait ses observations, et qu’il voie venir une troupe ennemie à laquelle il ne pourrait pas résister avec le peu de monde qu’il a auprès de lui , il se hôte d’aller rejoindre son détachement au pied de la colline, pour se replier sur la réserve, qui, n’ayant plus à se tenir cachée , s’avance à sa rencontre. Quand tout son monde est réuni il peut essayer de repousser l’ennemi, si sa tâche n’est pas achevée ; mais si elle l est , il doit se retirer, lors même qu’il serait assuré du succès. Une fois la mission remplie , il mettra sa gloire à ramener tout son monde , bien plus qu’à rapporter quelque trophée, qui serait toujours trop chèrement payé.
Nous devons indiquer quelques-unes des précautions à prendre pour assurer le succès d’une reconnaissance secrète. Il faut d’abord composer le détachement de soldats sûrs et de bons sous-officiers qui puissent , au besoin , suppléer les officiers ; s’ils savent la langue de l’ennemi , iis seront d’un grand secours pour essayer de ces ruses au moyen desquelles un esprit inventif se lire d’embarras dans les moments critiques. En tout cas, il est nécessaire que quelquesuns des soldats la parlent. Nous avons déjà dit qu’avant de partir il faut s’assurer d’un ou deux guides. On les montera si , comme cela a le plus souvent lieu , le détachement est
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composé de cavalerie, et deux cavaliers seront chargés d’avoir constamment les yeux sur eux. On ne les laissera pas communiquer entre eux, pour qu'ils ne puissent pas concerter quelque tromperie funeste au détachement. Dans la marche, la troupe observera le silence , surtout pendant la unit , où elle doit être tout oreilles. Quand elle craindra d’étre découverte , elle évitera les chemins fréquentés et prendra les traverses , en tâchant toujours de se couvrir par les bois , les haies , les plis de terrain ; elle ne craindra pas d’aller à travers champs pour se procurer cet avantage ; elle ne passera jamais près d’une colline sans s’assurer qu’il n’y a personne derrière ; elle s’arrêtera donc jusqu’à ce qu'un éclaireur ait fait signe qu’on peut continuer la route. La même précaution est nécessaire tontes les fois qu’on passe à une certaine distance d’un bois , d’un ravin , d’une ferme, etc. , où l’ennemi pourrait être caché. Pour les villages, on les évite autant que possible , afin de ne pas donner l’éveil , surtout en approchant de la destination ; mais si l’on est obligé d’en traverser quelqu’un , on n’y entre qu’après l’avoir bien fouillé ; on profile de la circonstance pour questionner quelques notables sur ce qu’ils ont appris de la position et des projets de l’ennemi ; en même temps on fait adroitement courir de faux bruits sur la destination du détachement, pour dérouter l’espionnage. On se procurera des rafraîchissements et des vivres , si on n’en avait pas pris en parlant.
De nuit, la pipe est interdite aux soldats. Quand la reconnaissance arrive au point du jour près des avant-postes de l'ennemi , il faut qu’elle s’embusque et se cache soigneusement, parce que c’est le moment où les patrouilles circulent dan6 la campagne ; on place des sentinelles sur toutes les avenues, afin que, prévenu à temps, on puisse se retirer à l’approche de ces patrouilles , ou prendre les mesures nécessaires pour les enlever. Si l’on fait ainsi quelques prisonniers, où en obtiendra sans doute des renseignements utiles. Ce moment est d’ailleurs très-bon pour découvrir les forces de
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DES BECONNAISSANCES.
l’eRnemi , parce qu’ ordinairement les troupes sont sous les urines jusqu’à la rentrée des patrouilles. Le commandant cherchera donc quelque point élevé d'où il puisse , sans se découvrir, et à l’aide de sa lunette» voir ce qui se passe aux avantpostes. Les feux de bivouac qui fument dans le bintain peuvent donner, jusqu’à un certain point , l'idée de la force et de l’emplacement des corps que couvrent les avant-postes. S’il fallait pénétrer jusque-là , ce ne serait que par une marche de mût qu’on y parviendrait , et en foisant un grand détour , pour s’introduire par les derrières dans les villages occupés par l’ennemi ; car il n’y aurait aucune probabilité de réussite en traversant la ligne des avant-postes qui couvrent le front. C’est abrs que les hommes qui parlent la langue sont utiles ; ils s’approchent avec précaution du village , répondent aux qui vive des sentinelles , et s’introduisent dans quelque ferme pour questionner les habitants. Les gardes ne sont pas toujours bien nombreuses ni bien vigilantes sur les derrières ; il y a donc possibilité de les enlever et de savoir par elles ce qu'on désire apprendre. Pour enlever de semblables postes, la compagnie franche, qui, au siège de Dantzi'ck, s’est si fort distinguée sous les ordres du commandant Chambure , s’est quelquefois servie de la ruse suivante : quelques soldats se munissaient de sonnettes , et , se mêlant aux troupeaux , ils s'approchaient petit à petit des sentinelles, et parvenaient a s’en débarrasser sans bruit ; alors ils attaquaient le poste de vive force ; le reste de la compagnie , qui était resté caché , accourait, et le village était bientôt en leur possession. Pour n’ètre pas reconnu à l’accent, les soldats de Chambure , lorsqu’ils traversaient les postes , répondaient en russe aux Prussiens, et en allemand aux Russes, il y aura bien des occasions où l’on pourra imiter cette ruse , quand les armées ennemies seront composées des troupes de deux nations.
Quand la reconnaissance est terminée , l’officier qui en a été chargé adresse au général un rapport écrit , lorsque le compte qu’il en peut rendre verbalement ne suffit pa9. Ce
UES RECONNAISSANCES
rapport , comme tout ce qu’écrit un militaire dans son service , doit être clair, simple et aussi bref que possible. C'est l’objet du rapport, et non la manière plus ou moins élégante dont les choses y sont dites , qui en fait le mérite. L’officier n’avancera que des faits dont il soit parfaitement sûr ; ses conjectures, il ne les présentera qu’avec réserve ; il se tiendra en garde contre les écarts de son imagination , pour ne s’attacher qu’à la réalité. Enfin , il évitera de trop parler de lui ; et , s’il a lieu d’être satisfait de la manière dont sa mission a été remplie , c’est sur sa troupe qu’il peut adroitement faire tomber quelques éloges.
Les petites reconnaissances qui se font tous les matins aux avant-postes, pour s’assurer que l’ennemi ne s’est point approché pendant la nuit , reçoivent le nom de découvertes. Ce ne sont, à proprement parler, que des patrouilles qui se portent, jusqu’à une distance plus ou moins grande, en avant de la ligne des avant-postes. Elles font l’objet d’un service régulier auquel tous les officiers sont appelés. Leur trajet n’est ordinairement pas de plus d’une heure, attendu que les grand’gardes et les piquets se tiennent sous les armes pendant qu’elles durent. Au reste , toutes les précautions que nous avons prescrites pour les reconnaissances secrètes leur sont applicables. Le commandant doit mettre beaucoup de circonspection dans sa marche , se faire éclairer, s’avancer en silence à la faveur des couverts que le pays peut offrir, s’arrêter souvent pour écouter et examiner, donner l’alarme s’il rencontre l’ennemi, et éviter de se trop engager avec lui. Si la découverte, dans un but spécial , se' porte plus loin que de coutume , et qu’il importe d’en connaître promptement le résultat , on place de distance en distance des ordonnances à cheval, sur la ligne parcourue, pour former comme une chaine entre le détachement et la grand’garde. La découverte n’exige pas de rapport écrit ; l’officier fait simplement un rapport verbal à son chef immédiat , lequel en transmet le résumé au commandant des avant-postes.
DES RECONNAISSANCES
A côté de ces moyens d’obtenir des renseignements de l’ennemi , il en est d’autres qui n’offrent pas les mêmes dangers, ce sont ceux de l’espionnage. Il est malheureusement trop vrai que l’on trouve partout des gens prêts à vendre leur honneur, et à trahir leur patrie pour une somme plus ou moins considérable , suivant le rang qu’ils occupent dans la société. Ces moyens, quelque coûteux qu’ils soient, ne sont pas à négliger; car d’un avis reçu à propos dépend souvent le succès d’une entreprise. 11 faut donc payer largement de pareils services, tout en méprisant les vils agents qui les rendent. C’est de l’or qu’ils veulent , soyez-en prodigues de peur d’en être trahis par les faux rapports qu’ils vous feront. Ils sont toujours à la dévotion de ceux qui paient le mieux. Souvent ils reçoivent des deux mains et font le double espionnage ; c’est à quoi il faut surtout prendre garde. Un espion qui vous trahit de la sorte doit être puni sans miséricorde à l'instant où son crime est découvert. Mais ceci est trop étranger à notre sujet pour nous y arrêter davantage.
§ 2. BIS HECOMIAIBSâlIQES TOPOGRAPHIQUES.
Celles-ci ne sont pas moins importantes que les autres, car un général ne saurait, sans une connaissance exacte des localités, arrêter un plan d’attaque, ni ordonner le moindre mouvement. Il faut qu’il sache la distance des lieux pour combiner la marche des diverses colonnes, et qu’il soit instruit du genre de difliçultés qu’il rencontrera en chemin , pour prendre ses mesures en conséquence. C’est par des reconnaissances spéciales qu’il se procure ces renseignements; car les cartes, même les plus détaillées , sont toujours insuffisantes: elles ne donneront jamais, ni la nature du sol, ni la qualité des routes, ni l’état des rivières et des ponts, ni l’épaisseur des forêts, ni
DES RECONNAISSANCES
la pente des montagnes (') , toutes choses qu'il faut pourtant connaître avant de rien entreprendre.
Ce genre de reconnaissances est principalement du ressort des officiers d’état-major. Ils sont chargés d’aller pendant la paix étudier les pays qui peuvent devenir le théâtre de la guerre et d’en faire la description , si ce n’est au moyen de plans topographiques qu’il ne leur serait pas permis de prendre, du moins par des mémoires et par des cartes rectifiées. Ce sont les. officiers d’état-major qui, en présence de l’ennemi et sous la protection de quelques troupes , font ordinairement ces croquis qui représentent , d’une manière plus ou moins exacte, toutes les circonstances les plus essentielles d’une localité. Ce sont eux qui, à mesure que l’armée s’avance, dressent les itinéraires, font le levé des positions , des champs de bataille , et souvent de contrées tout entières. Cependant les officiers. des autres armes se trouvent quelquefois dans le eas d’avoir à explorer une localité et d’en faire la description. Il est donc bon d’indiquer ici les moyens qu’ils peuvent employer, sans être obligés de se rendre experts dans l’art du dessin. Nous renverrons ceux qui voudraient en apprendre davantage à notre Instruction sur le dessin des reconnaissances militaires, et au chapitre XI du Mémorial pour les travaux de guerre.
Le figuré du terrain, c’est-à-dire l’expression de son relief, est ce qu’il y a de plus difficile à rendre dans uu plan topographique. C’est au moyeu des hachures qu’on y parvient; mais pour les faire convenablement , il faut une certaine habitude dn dessin qui ne s'acquiert que par l’étude et par la pratique. On ne peut pas exiger des officiera d’infanterie et
( 1 ) On peut à la rigueur et théoriquement parlant, indiquer sur les plans topographiques le degré de pente par l’écartement des hichures; mais en pratique cela n’est pas faisable, ou du moins, cela présente de telles difficultés, qu’il ne serait pas prudent de s’eu rapporter à l’exactitude d’un plgn pour cet objet. El, d’ailleurs, un chef ne peut pas avoir constamment le compas à la main pour apprécier les pentes.
Digitiz
Croquis
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de cavalerie qu'ils fassent des dessins de ce genre. Ils n’en auraient d’ailleurs pas toujours le temps. C’est pourquoi je propose de remplacer ces hachures ou lignes de pente, par d’autres lignes qui marquent simplement le contour des hauteurs , l’une dans le haut et l’autre au pied des pentes. Ces lignes ne sont pas précisément des lignes de niveau ; mais ce sont celles que l’œil saisit le plus facilement et qui se présentent tout naturellement au bout du crayon quand, faute de temps, on ne veut qu’indiquer la forme générale d’un plateau, d’un mamelon , d’une croupe de montagnes, etc. La zêne comprise .entre ces deux lignes donne l’espace suffisant pour écrire en quelques mots les circonstances de la pente. On dira si la pente est douce eu rapide, accessible ou non à la cavalerie, quelle peut être approximativement sa hauteur. On aura ainsi sur le plan, et sans confusion, tout ce qu’il importe de connaître. Pour que les lignes de circonscription des hauteurs ne se confondent pas avec celles qui servent h d'autres indications, il faut les ponctuer en points longs, comme on le voit dans la figure 28 bis. Dans le haut du dessin, les deux lignes de circonscription indiquent clairement un plateau qui s'élève en pente douce au-dessus de la plaine. Plus bas, etprès de la rivière, il y en a deux autres qui représentent un mamelon de forme allongée, et, ce quiestécrit entre les courbes, fait connaître la nature des pentes, ou du moins ce qu’il faut en savoir sous le point de vue militaire. Sur la droite du dessin, c’est un contrefort que les lignes de circonscription représentent; il se termine à la rivière par des escarpements de»rochers; un petit mamelon, qui se relève à son, extrémité, est lui-même indiqué par deux lignes de circonscription particulières. Les chiffres entre parenthèses donnent les hauteurs des points de la courbe supérieure au-dessus de ceux qui lui correspondent directement dans la courbe inférieure, bien entendu que ces hauteurs ne sont estimées qu’approximativement. On voit ainsi que le plateau est élevé à droite d’environ 100 pieds au-dessus de la plaine, au centre de90, et à gauche
DES RECONNAISSANCES
de 75; que le mamelon isole a 10 pieds de hauteur à une de ses extrémités, et 12 pieds h l’autre , et ainsi des autres. II n’est pas faqile d'estimer à vue les hauteurs, on ne les verra donc que rarement figurer dans un croquis. J’ai seulement voulu montrer la possibilité de mettre sur le plan , et sans la moindre confusion, ce genre de renseignement. Tout officier pourra, je pense , en faisant usage de moyens aussi simples, arriver à représenter, d’une manière plus ou moins exacte, les accidents d’un terrain qu’il aura parcouru, et dont il se sera appliqué à bien saisir les formes. Le degré de fidélité de son dessin ne dépendra plus que de la justesse de son coup d’œil, qualité qui ne s’acquiert que par l'exercice ; il ne sera du moins plus arrêté par la difficulté' et la longueur de celte partie du travail.
Après nous être ainsi soustraits à ce que le dessin topographique a de plus rebutant pour ceux auxquels il n'est pas familier, convenons de quelques signes pour représenter, aux moindres frais possible , les divers objets qui peuvent figurer sur un plan militaire. Ces objets sont: les cours d’eau, les étangs, les marais, les chemins, les rochers, les bois, les vignes, les bourgs, villages, grandes fermes et autres constructions isolées qui peuvent jouer un rôle dans un combat; les levées de terre, les bacs , les gués, les ponts de pierre et de bois. Tout cela se trouve représenté dans notre feuille. Prenons chacun de ces objets en particulier.
Cours d’eau. — Ils se représentent ou par deux traits tout simplement , l'un plus fort que l’autre , ou par une suite de traits filés entre les deux premiers. Une teinte bleue remplacerait avantageusement ces traits filés. La flèche indique la direction du courant. On voit dans le bas de la rivière un moulin à eau. L’affluent sur la droite est un ruisseau encaissé, ce qui se reconnaît aux deux traits irréguliers qui sont tracés sur ses bords.
Moyens de passage. — A gauche est un bac à traille, au
DES RECONNAISSANCES
centre un pont de pierre qui sc distingue du pont de bois, construit sur l'affluent, en ce que ce dernier est plus étroit et n’a pas d’ailes aux abords. Plus haut est un gué indiqué par une ligne ponctuée à petits points au travers de la rivière. Cette ligne ne peut pas se confondre avec une ligne de circonscription, tant à cause de la différence du trait qu'à cause de sa position.
Eaux dormantes. — Les étangs, les lacs se représentent, comme les rivières, par des traits filés; la forme en fait seule la différence. Les marais se dessinent par une ligne de contour et quelques traits tirés horizontalement dans l’intérieur, avec quelques pointes d’herbe s’élevant au-dessus. On peut noter dans l’intérieur si le marais est impraticable ou accessible.
Bois et vignes. — Ces objets sont fort longs à dessiner par les procédés ordinaires de la topographie. Nous nous contenterons, nous, d’en tracer le contour, et nous ferons, dans l’intérieur, des hachures pour les bois , et un petit cep pour les vignes. Une teinte d’encre de Chine ou de verd-jaunâtre remplacera les hachures dans la représentation des bois, si on se sert de couleurs, tout comme une teinte de violet clair servira pour les vignes. Outre les hachures, on écrira dans l’intérieur la nature et la circonstance caractéristique du bois , c’est-àdire s’il est taillis ou de haute futaie, fourré ou à clairières, etc.
Rochers. — Le plus difficile est la représentation des rochers, parce que leurs formes sont extrêmement variables. Un signe conventionnel ne suffit pas pour tous les cas; il faut, plus ou moins, chercher à les imiter. Mais quand ils présentent des parois prolongées, on peut, comme dans notre dessin, se contenter de dessiner la crête et le pied de ces parois par deux lignes irrégulièrement heurtées, et de jeter quelques traits en travers pour découper la bande que forment ces deux lignes. On voit à droite de notre feuille ce genre de représentation.
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Habitations. — S’il fallait dessiner toutes les maisons des bourgs et des villages, comme dans un véritable levé topographique, cela prendrait un temps considérable et découragerait la plupart des officiers. Au lieu que , si on veut se contenter d’un simple signe qui en marque la place , la chose deviendra extrêmement facile et par conséquent praticable. Nous nous bornerons donc h représenter un village, sans nous inquiéter de sa forme véritable , par un cercle rempli de hachures serrées. Le bourg sera indiqué de même, en remplaçant le cercle par un carré. D’après cela, A est un bourg dans notre plan, B, C, D, E sont des villages. S’il importait d’avoir la forme d’un de ces villages, on en ferait un levé particulier à une plus grande échelle. La teinte rouge peut remplacer les hachures dans les habitations.
Les maisons isolées, telles que fermes, grandes cassines, relais de poste, cabarets, etc. se dessinent h peu près dans leur forme et sans égard h l’échelle. Si l’on voulait s’y astreindre , ces objets, qui ne sont pas sans importance, resteraient inaperçus dans le plan. Un petit corps de chasse indique une maison de poste, un gobelet un cabaret. On voit, sur la gauche du plateau, le signe usité pour indiquer des moulins à vent, et plus bas, du même côté, celui des moulins à eau.
Communications. — Ce que nous avons dit des bâtiments isolés s’applique aussi aux routes et aux chemins , c'est-àdire, qu’il faut en exagérer beaucoup la largeur pour les rendre plus visibles. Une grande route, telle que celle de A à B, se représente par deux traits parallèles, de même un chemin carrossable, tel que celui de D à C, avec cette seule différence que les traits seront un peu plus rapprochés. Les chemins praticables seulement aux petites voitures, tel que celui de C à B, sont indiqués par un trait continu et une ligne ponctué’e; les sentiers, pour les bêles de somme, par un seul trait. On en voit trois qui aboutissent au bac sur la rive droite. Les distances étant fort essentielles dans un plan de
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la nature de celui dont nous nous occupons, on doit les écrire le long des routes, entre les objets qui s’y trouvent. Les chiffres indiqueront le temps qu’un piéton met à parcourir les espaces correspondants, à raison d’environ 5000 mètres par heure. Si ces distances étaient prises au pas du cheval, il faudrait mettre en note la distance que parcourt le cheval dans une heure, afin d’avoir un terme de comparaison. Quand il y a des chemins coupés par le cadre, on a soin d’écrire le nom du lieu vers lequel ils se dirigent, avec l’indication de sa distance, si on la connaît.
Levées et digues. — Ces sortes d’objets sont essentiels h représenter, parce qu’une troupe peut s’en faire un abri. Si on se bornait à les dessiner par deux traits parallèles, on pourrait les confondre avec un bout de route; il faut donc, pour éviter la confusion, remplir l’intervalle des deux traits par de petites hachures . C’est ce qu’on voit sur la rive gauche de la rivière près du pont.
Tels sont les divers signes conventionnels, au moyen desquels un officier pourra, promptement et facilement, tracer sur le papier le résultat de ses observations dans une reconnaissance. Il ne fera pas avec cela un beau dessin, mais il fera un croquis militaire qui pourra être très-utile, si d’ailleurs le rapport des distances et la forme des objets y sont passablement observés. Ce croquis doit être complété par une aiguille d’orientation dirigée approximativement dans la ligne nord et sud, et par une échelle en mètre ou en toises, pour mesurer les distances qui ne sont pas cotées sur le plan. Cette échelle se déduit de l’espace qu’un homme h pied parcourt en une heure, environ 5,000 mètres; chacun la fait d’après son pas.
Et, comme les distances sont évaluées en temps le long des routes, il sera bien de mettre sur le plan une seconde échelle en rapport avec la première, et donnant les espaces parcourus à la minute. Il est bon qu’un officier, et surtout un officier d’état-major, ait ces deux échelles respectives tracées sur une «•
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petite règle pour les cas où il est appelé h faire de semblables levés, afin de s’épargner la peine de les dresser h nouveau chaque fois.
.Maintenant que nous sommes convenus de cette manière de représenter les choses dans un croquis militaire, voyons comment il faut s’y prendre pour l'exécuter. L'officier qui est chargé de la reconnaissance, doit, s’il en a le temps, préparer son papier: il le colle sur un carton pour que le vent ne le soulève pas; il y met les échelles, et il y place approximativement, mais de manière h pouvoir être effacés, les villages qui sont compris dans le terrain qu’il aura à reconnaître. Pour cela, il mesure leurs distances respectives sur la carte dont il est muni, et prend auprès des habitants les informations qui lui sont nécessaires. C’est avec cette ébauche qu’il se met à l’œuvre.
Nous supposerons que les patrouilles ennemies se soient montrées dans le pays, .et que l’officier ait à se prémunir contre leurs entreprises. Il est arrivé de la veille dans le bourg A avec’ son détachement ; il y a couché et y a pris tous les renseignements que les notables ont voulu lui donner sur la contrée environnante. Il connaît déjà la population des villages B, C, D et E, leurs distances entre eux et aux endroits où les chemins, qui les quittent, se dirigent ; il sait, qu’indépendamment du pont de la grande route, il y a encore pour passer la rivière, un bac à traille au village D, et qu’il doit exister, en amont un gué praticable h la cavalerie. Il a consigné ces renseignements dans son garde-notes, et s’est assuré d’un bon guide avant de songer à son repos. Nous n’avons pas besoin de dire qu’il se sera gardé militairement pendant la nuit, puisqu’il n’ignore pas qu'on a aperçu l’ennemi sur les hauteurs de la rive droite.
Le lendemain, iln’allend pas que le soleil soit sur l'horizon pour se mettre en campagne ; il a rassemblé son monde à la pointe du jour. Il fait partir un petit détachement, sous les ordres d’un sous-officier, pour aller reconnaître les villages
UES KECOINNAISSANCES.
D ei E, cl s’assurer qu’il n’y a personne ; il en envoyé un autre par le chemin de droite , avec la commission de visiter la grande cassine, de fouiller le ravin et d’explorer les bords de la rivière. Ces deux détachements, qui sont confiés h des sous-officiers intelligents, ont ordre de rejoindre vers le pont. *Lui-même se met en route av.ec le gros de la troupe, et précédé d’une petite avant-garde; mais il s’arrête une demiheure h l’auberge sur la grande route, pour donner le temps à ses deux détachements de faire leur circuit, et pour prendre des renseignements plus précis sur le gué dont on lui a parlé ; il y envoie quelqu’un pour le sonder. Après cela, il continue sa route, en marquant les distances d'après sa montre et en commençant à en tracer la direction sur son plan; il s’oriente d’après le nord. Arrivé au pont, il y fait une halte et attend que tout son monde l’ait rejoint. Il laisse alors le tiers de la troupe à la garde du pont, et continue, avec les deux autres tiers, h marcher droit Sur le village B, précédé de ses éclaireurs et accompagné de quelques flanqueurs, qui • pourtant ne s’écartent pas hors de vue ; il dessine, à mesure, les portions de route parcQurucs, en s’orientant toujours de ' la même manière, et prenant sur son échelle les longueurs correspondantes au temps mis à les parcourir. Il y marque l'embranchement des chemins etsentiers, le pied et le sommet des pentes, la maison de poste , etc. Au sujet des pentes, il . faut remarquer qu’on doit diminuer la longueur donnée par l’échelle des minutes, et cela, d’autant plus, que la pente est plus rapide, parce que les distances horizontales, qui sont les seules qu’on puisse mettre sur le plan, sont moindres dans un terrain en pente, et qu’aussi, sur un tel terrain, on parcourt moins d’espace dans un temps donné. On peut réduire d’environ un quart, pour les pentes douces, et d’un tiers h la moitié pour les pentes rapides, les longueurs données par l’échelle. L’œil, quand il est exercé à l’estimation des distances, est d’un grand secours dans ce cas. Tout militaire doit s’efforcer d’acquérir cette faculté.
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Arrivé au village B, l’officier y laisse encore un tiers de son détachement, et, avec le reste, il pousse en avant jusqu’à une grande demi-lieue, pour s’assurer s’il n’arrive personne parla chaussée. C’est alors, qu’il peut avoir quelqu’ engagement avec l’ennemi. S'il rencontre une patrouille de force inférieure à la sienne, ou quelque petit poste, il l’attaque et tâche ’ de lui faire un ou deux prisonniers qui l’instruisent de la position des corps les plus avancés. Après avoir ainsi balayé le pays, il sc rabat promptement sur le village B, et c’est alors, qu’à proprement parler, commence son travail topographique.
11 se fait seulement précéder de quelques éclaireurs et ne garde auprès de lui qu’un bon sous-officier et deux ou trois soldats; le gros de sa troupe reste au village B, où elle s’établit militairement du côté où l’ennemi pourrait arriver.
L’officier se porte d'abord à la gauche du plateau vers les moulins à vent, pour voir les pentes et découvrir la campagne de ce côté. 11 fait le tour du plateau et rentre au village par 'la maison de poste. De là il s’achemine sur le village C, avec la moitié des troupes qu’il a auprès de lui ; l’autre moitié reçoit l’ordre de quitter le village, -dans une heure, et d’aller prendre position au pied des pentes. L’officier, toujours convenablement éclairé, s’avance sur le chemin BC en s’arrêtant un moment au haut et au bas des pentes, pour en marquer là -direction sur son croquis. Il a toujours soin de dessiner à mesure, les lignes qu’il parcourt, au moyen de leur orientation et des distances prises sur l’échelle. Dans le village C, il s’informe où vont les deux chemins qui en sortent, et quelles sont les distances des villages les plus rapprochés; il écrit cela sur son plan. 11 va jusqu’à la rivière par le sentier, traverse le bois taillis et rentre au village. De cette manière, le principal coude de la rivière se trouve placé sur le croquis. Du village, deux hommes doivent partir pour tâcher de traverser le marais et d’arriver au gué ; ce ne sera qu’ après avoir reçu leur rapport, que l’officier pourra écrire le mot impraticable, et le mieux encore serait de s’en assurer lui-même, s’il
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en avait le temps ; car des subalternes se laissent facilement rebuter par la difficulté, et ne poussent pas bien loin leurs recherches. De C, le détachement retourne au pont par le chemin. En passant, l’officier détache deux cavaliers pour faire le tour des marais, passer le gué et retourner au bourg A; il estime à vue la distance du pied du coteau, et en trace la courbe sur son plan.
Après cela, il fait le tour de la petite colline, en suivant le pied des hauteurs et les sentiers ; il monte sur cette colline , d’où il découvre bien la forme de la rivière ; il dessine l’une et l’autre , et pousse jusqu’à la ferme , toujours en mesurant les distances; il met cette ferme sur son plan, et il revient une seconde fois au pont par le sentier, après avoir pris connaissance du bac et placé à vue le moulin sur sa rivière.
Toute la troupe est maintenant réunie entre le pont et les collines. Elle restera là une heure encore, pendant que son commandant , accompagné seulement de son guide et de quatre ou cinq cavaliers ou soldats, fera le tour des villages D et E; elle ira ensuite l’attendre au bourg A. L’officier, en parcourant cette seconde partie de son terrain , placera à vue sur son croquis, les bois, l’étang et le ruisseau, ainsi que l’indication dés aboutissants des chemins qui partent de D et de E.
Suivant que l’officier chargé de la reconnaissance sera plus ou moins expert, que sa troupe sera à pied ou à cheval ('), qu’il aura été obligé de batailler avec l’ennemi , ou qu’il n’aura rencontré personne , sa journée peut être finie quand il rentre au bourg , ou bien il lui reste encore assez de temps pour achever. Dans ce dernier cas , il laissera reposer sa troupe ; et, bien sûr qu’il est de n'avoir pas d’ennemi à craindre , il se transportera , escorté seulement de deux ou trois de ses
(‘) On'comprend combien il est plus avantageux de faire une reconnaissance avec une troupe à cheval qu’avec une troupe à pied ; mais alors il faut déterminer le rapport qui existe entre la vitesse du cheval au pas, et celle du fantassin.
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meilleurs soldats , sur la petite montagne qui est h droite , en passant par la cassine ; du vieux château , situé sur le pain de sucre, à l’extrémité du contrefort, il découvrira parfaitement tout le cours de la rivière, et pourra, en conséquence, corriger son dessin, si cela est nécessaire. H fera le tour des escarpements pour en connaître la forme , qu’il tâchera d’imiter, et il cherchera à donner l’idée la plus exacte de la montagne par la courbe de son sommet et par celle du pied , qu’il tracera sur place , selon l’idée qu’il s’en fait d'après l’inspection des lieux. Il ne suivra pas le môme chemin pour rentrer ; mais , rongeant le ruisseau encaissé et le bord de la rivière , il mesurera la longueur de la digue , en poussant jusqu’au pont. Ce n’est qu’alors que le travail de reconnaissance sera terminé. De retour à son cantonnement, il se hâtera de mettre au net ses notes et de compléter son croquis.
Certes , ce croquis serait bien insuffisant gi les besoins militaires nécessitaient un plan exact ; car on ne peut pas espérer que / fait aussi rapidement, il ne s’y soit pas glissé d’assez fortes erreurs ; mais l’essentiel s’y trouve et y est indiqué d’une manière simple et claire ; le général pourra , par son moyen , aussi bien qu’avec un plan beaucoup plus exact et plus fini, connaître ce qu’il lui importe de savoir. Peut-être même préfér'era-t-il le croquis au plan , parce que , probablement l’échelle en sera plus grande , qu’il y aura moins de traits et par conséquent plus de clarté , et , qu’étant fait dans un but spécial, il rendra peut-être mieux les accidents les plus essentiels, sous le point de vue militaire.
On peut employer indifféremment le crayon ou la plume pour le croquis militaire , c’est-à-dire qu’on laisse le dessin tel qu’il a été fait sur place avec le crayon, ou que, si le temps le permet , on le passe au trait avec l’encre de la Chine , et même on y applique les teintes conventionnelles. Mais, danS tous les cas, il convient de repasser les chiffres et les indications , pour qu’ils ne s’effacent pas. A défaut d'eucre de Chine, on se servira d’encre ordinaire.
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Quand on peut se partager la besogne entre plusieurs officiers , la reconnaissance , quoique plus étendue , se fait plus promptement. Mais alors un officier d’un grade supérieur est chargé de coordonner le tout. Il s’occupe principalement des mesures de sûreté, pendant l’expédition, et il étudie la forme générale du pays : muni de sa lunette , il se tient de préférence sur les endroits élevés d’où l’on découvre non-seulement le terrain à lever, mais encore celui qui est occupé par l’ennemi. Débarrassé du travail manuel, il met plus de soin à recueillir de bons renseignements, et prend de meilleures notes.
Quelque rapide que soit cette manière de procéder , il est des circonstances où elle prendrait encore trop de temps et où il faut n pour ainsi dire , faire sa reconnaissance au galop. Alors on se borne à prendre quelques notes, on jette quelques traits sur son carnet , et ensuite on fait tout le croquis de souvenir, quand on est rentré au cantonnement. C’est peutêtre de tous les talents d’un officier le plus utile à l’armée , que celui de savoir rendre ainsi, de souvenir, les grands traits et toutes les circonstances essentielles d’une localité. Il est bon de s’y exercer.
Itinéraires. Les reconnaissances se simplifient beaucoup quand elles se bornent à indiquer les circonstances d’une ■route ; on les appelle alors des itinéraires. Ils se font de deux • manières , ou au moyen de signes conventionnels , ou par des notes écrites dans un tableau à colonnes préparé d’avance.
On ne fait aucune marche sans qu’un officier ne soit chargé d’en dresser l’itinéraire. Il note toutes les particularités de la route , ce qu’elle offre de remarquable ù droite et ù gauche , les positions qu’on rencontre en travers ou sur le côté ; il indique la largeur des défilés , la roideur des pentes , ce qu’il faudrait faire pour améliorer la route, etc. Les distances d’un lieu à l’autre sont exprimées en heures de marche ; et sous le nom de couverts on comprend non-seulement les mai-
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sons habitées , mais encore les granges qui se trouvent en si . grand nombre dans notre pays. En comptant, en moyenne, dix soldats par couvert, on a le nombre de soldats qu’on pourrait, au besoin, loger dans les différents endroits postés sur l’itinéraire , genre de renseignement utile dans bien des cas, et en particulier lorsqu’il s’agit de répartir une troupe le long d’une route , sans que l’état-major ait eu le temps de préparer les logements.
Les itinéraires de la première forme , c’est-à-dire ceux où l’on fait usage des signes conventionnels, conjointement avec les notes écrites , se font sur des feuilles de papier de cinq à six pouces de largeur et dans la forme du modèle ci-joint. Les feuilles sont ensuite réunies pour en faire une seule bande comprenant la route entière, et. que l'on colle sur toile pour sa conservation. 11 est encore facile de disposer ces feuilles eu cahiers ; mais il y a discontinuité dans l’itinéraire. Il faut alors se rappeler que le haut d’une feuille se joint au bas de la feuille suivante , pour avoir la succession des lieux .
On commence les notes par le bas de la feuille, et l’on continue en montant, à mesure qu’on avance. Une ligne droite centrale indique la route développée ; on y marque , par des, carrés et par de petits ronds simples ou doubles , les lieux habités, suivant leur importance. D’autres lignes; allant à droite on à gauche , représentent les chemins aboutissants ,
. à côté desquels on écrit les distances jusqu'aux lieux les plus voisins. Des lignes sinueuses marquent les rivières et les ruisseaux que croise la route, etc. Chacun est d’ailleurs maître d’adopter tels signes de convention qui lui paraîtront convenables. Ceux que je donne ici sont à peu près les mêmes que ceux employés dans le modèle d’itinéraire inséré au chap. XI du Mémorial pour les travaux de guerre.
La bande est partagée en trois colonnes : celle du milieu , plus étrojtc que les autres, est pour les signes conventionnels; celle de droite pour les observations particulières et de détail ; celle de gauche pour les observations générales.
Modèle d’itinéraire
DES RECONMAISANCES.
Indépendamment des distances partielles écrites le long de la roule, l'itinéraire doit donner, à chaque endroit principal, la somme des distances intermédiaires et l’état de la route d’un point à l’autre. Ces renseignements se mettent dans la colonne de gauche. On y met également Ce qui concerne les propriétés défensives des positions militaires qu’on a rencontrées en chemin. Si la plate manquait pour tout écrire au sujet de ces derniers renseignements , qui sont d’une haute importance , on renverrait à un cahier particulièrement consacré aux notes relatives à la partie militaire de la reconnaissance, et qui serait joint à l’itinéraire. On met dans la colonne de droite les circonstances propres à chaque partie de la route , aux lieux habités , le nombre d’hommes qu’on y peut loger en maximum, à raison de dix par couvert, etc. Le modèle pourra servir de guide aux officiers qui auraient à faire un semblable travail. Ils y joindront un état sommaire récapitulant les distances des points principaux, et donnant la distance totale de la route parcourue.
__ Tout officier intelligent fera sans peine un itinéraire dans la forme que je viens d’indiquer; mais celui à qui elle paraîtrait encore trop compliquée , pourra se borner à écrire de simples notes dans les colonnes d’un tableau préparé d’avance, en se restreignant aux objets les plus essentiels. Je donnerai donc encore ici le modèle de ce second genre d’itinéraire tels que je les avais dressés en 1831 pour le service des étatsmajors de l’armée; ils furent fort utiles à cette époque, en raison môme de leur extrême simplicité; partout ils furent remplis régulièrement. Les tableaux étaient imprimés et formaient des cahiers de cinq pouces de large et de huit pouces de long; chaque feuille était pliée en deux pour former le cahier. ■ . >> J •
Dans la page de gauche sont les particularités de la route ; dans celle de droite, les observations générales, et notamment tout ce qui a rapport aux considérations militaires , tel que positions , moyens de défense, fortifications, etc. Pour
modèle de Tableau statistique,
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commencer l’itinéraire , on écrit ces mots en tête de la première colonne : Itinéraire deX... a Y...; on les sépare , par un trait, du reste de la colonne, dans laquelle on inscrit à mesure les noms des lieux par lesquels on passe. Les notes s’écrivent directement à la plume ; le crayon s’effacerait.
Les détails concernant les ressources d’un pays doivent faire l’objet d’états particuliers, ou tableaux statistique»; ils compliqueraient trop les itinéraires si l'on voulait les y faire entrer. II faut même restreindre les tableaux statistiques au strict nécessaire , si l’on veut qu’ils soient consciencieusement remplis. Quoique ces tableaux soient un peu étrangers à notre sujet , et qu’ils intéressent principalement le commissariat , nous les joindrons néanmoins aux itinéraires pour compléter le chapitre des renseignements utiles à se procurer, en faisant remarquer cette différence des uns aux autres , que les itinéraires ne concernent que la route reconnue , tandis que les états statistiques embrassent la contrée tout entière.
Les tableaux statistiques , tels qu’ils ont été employés par nos états-majors divisionnaires, et tels que je les donne ici, forment des cahiers égaux à ceux des itinéraires. Les feuilles sont aussi pliées en deux; à gauche sont les détails relatifs à la population et à l’industrie; à droite, les moyens de transport , les têtes cfe gros bétails et les observations. On met dans cette dernière colonne tout ce qui ne se trouve pas dans les autres; ainsi les forges et autres usines , qui n’ont pas de colonnes spéciales , j seront inscrites. La colonne des abris ne contient que les maisons habitées, et non les granges; parce que les tableaux statistiques doivent servir aux dislocations régulières où l’on ne loge la troupe que dans les maisons habitées , et non à des cantonnements serrés où on la met partout où s’offre un abri. Nous avons fait cette distinction dans les deux tableaux , en intitulant la colonne qui concerne les abris,
dans l’un, couverts, dans l’autre, maisons habitées.