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lendembiii .en route pour Barlelta , escorté d’un détachement de cavalerie.
Le bon chevalier savait qu’il ne pouvait éviter un défilé assez étroit situé à trois milles de là, et il alla s’embusquer, avec vingt chevaux seulement, entre deux rochers sur le bord de la route. Son compagnon Tardieu reçut ordre de se poster plus bas avec vingt-cinq Albanais, pour que si le trésorier venait h échapper d’un côté, il fût pris de l’autre. Vers sept heures du matin, les sentinelles avancées entendirent les pas des chevaux, et vinrent avertir Bayard qui recommanda le plus profond silence. Les Espagnols s’engagèrent en toute sécurité dans le défilé, conduisant au milieu d’eux le trésorier et son valet qui portait l’argent en croupe. A peine furent-ils passés, que Bayard et ses gens se précipitèrent à leurs trousses, aux cris de France! France! Les Espagnols,' surpris et croyant avoir affaire à des ennemis plus nombreux, s’enfuient vers Barlelta , laissant le pauvre trésorier et son valet entre les mains de Bayard qui ne s’amusa point à les poursuivre, ayant tout ce qu’il voulait. *
g 4. . — Des Partisans.
Les partisans sont des troupes irrégulières agissant pour leur propre compte, et ne recevant du chef de l’armée que des directions tout à fait générales, et des passe-ports qui légitiment leur existence. Sans ces papiers, on pourrait les prendre pour des brigands et les punir comme tels ; ils sont sur terre ce que sont sur mer les corsaires.
Les opérations des partisans sont donc indépendantes de celles de l'armée. Elles se dirigent de préférence sur les derrières de l’ennemi, parce que c’est lù qu’il y a des prises h faire. Mais le butin n’csl pas leur unique objet; elles ont
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encore celui d’inquiéter les armées et de les forcer à se diviser; d’attaquer, disperser les postes isolés; de tenir les populations hostiles dans l’effroi; d’encourager au contraire et de faciliter les rassemblements des citoyens que le patriotisme porte à s’armer pour la défense du pays. En se multipliant par leur agilité , les partisans tiennent l’ennemi dans une inquiétude continuelle : il est obligé de laisser des garnisons dans les villes , d’établir des postes partout, d'escorter les moindres convois. Les partisans sont donc de puissants auxiliaires pour une armée qui tient la défensive; et ils sont d’autant plus utiles, qu’opérant .dans un pays qu’ils connaissent bien, dont les habitants leur offrent toute espèce de secours, leurs entreprises peuvent être plus hardies et plus lointaines. Mais pour qu’ils ne soient pas un fléau pour ces mêmes populations qu’ils doivent défendre, il faut qu’ils, soient duemenl autorisés et astreints à la même discipline que les troupes régulières. Ils porteront un uniforme aussi simple qu’on voudra, mais ils en porteront un qui permette de les reconnaître et ne les laisse pas confondre avec des contrebandiers, ou avec ces gens qu’on ne voit que trop souvent profiter des malheurs d’une guerre, et attaquer, sans distinction, amis et ennemis dans l’espoir du pillage. Le butin qu’ils font à la guerre est pour eux ; cet appât est nécessaire pour les engager à essayer de ces coups hardis et dangereux , qui ont tant d'effet sur le moral de l’ennemi. Mais ce butin n’est déclaré de bonne prise, vendu et partagé entre les officiers et les soldats, qu’après une déclaration authentique d'une autorité militaire compétente, telle que le commandant d’un corps d’armée, ou le gouverneur d’une place dans laquelle les partisans se seraient retirés après leur expédition.
Les partis, c:est-à-dire le» corps de partisans, doivent ô^re peu nombreux pour échapper plus facilement aux pouronJÎjes. ou à la surveillance, et trouver- partout des gîtes suflisârafe'. Il vaut mieux former, avec le même nombre d’hommes, deux
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partis, agissant sur des points différents, que de les réunir en un seul. Cela ne les empêchera pas de se tendre la main au besoin, et l'ennemi en sera bien plus inquiété. C’est par leur multiplicité que ces petits corps le tourmentent et l’obligent à se diviser. Ils marchent ordinairement de nuit, s’approchent furtivement, se cachent dans les ravins, dans les bois, dans les blés ; et, quand ils se voient près de leur but, ils s’élancent comme la panthère sur sa proie, tuent, dispersent les gardes, s’emparent d’un convoi ou d’un magasin, emmènent tout ce qu’ils peuvent, et mettent le feu au reste.
Les partisans sont quelquefois tirés des différents corps de l’armée, parmi les volontaires qui se présentent. Les chefs qu’on leur donne ne sont pas nécessairement des officiers ; un bon sous-officier, intelligent, actif, jouissant d’une certaine réputation parmi ses camarades, et connaissant bien la langue du pays, peut rendre de grands services à la tête d’un parti. Mais, le plus souvént, les partis s’organisent en dehors de l’armée et se composent de gens déterminés, qui mettent à leur tête un homme de leur choix.
Les partisans sont à pied ou à cheval. Les partisans fantassins, s’ils n’ont pas la vitesse des partisans cavaliers, et s’ils n’échappent pas aussi facilement qu’eux aux poursuites, jouissent, en revanche, d’autres avantages : ils peuvent mieux se cacher et dérober leur marche ; ils passent parles sentiers les plus difficiles; ils traversent les bois; ils ont moins de besoins que les cavaliers, qui doivent songer à leurs chevaux aussi bien et plus qu’à eux-mêmes. On ne mélangera pas les deux armes, parce que, dans les plaines, l’infanterie arrêterait la cavalerie ; dans les montagnes , ce serait la cavalerie qui embarrasserait l’infanterie. 11 faut tout un ou .tout autre, dans ces corps, dont la mobilité est la qualité principale.
Pour empêcher que les corps de partisans ne commettent des dictes punissables, leurs chefs doivent être astreints à rendit compte de la conduite qu’ils ont tenue pendant tout le temps d’une expédition. Le général, sans les gêner autrement.
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doit exiger d’eux un journal détaillé de toutes leurs opérations, du montant des réquisitions qu’ils auront faites, en subsistances, en habillements ou en argent, objets pour lesquels ils présenteront, à l’appui, des certificats délivrés par les autorités locales. Ceci suppose qu’on opère en pays ennemi; chez nous , les partisans n’auraient rien à requérir des habitants, que la nourriture et le logement ; les bons qu’ils délivreraient pour cela, seraient admis par le commissariat, comme ceux des autres troupes.
Un bon chef de partisans n'est pas un homme facile à trouver : il doit avoir l’instinct de la guerre pour diriger ses marches, éviter les surprises ou les embuscades, dresser lui-même des pièges à son adversaire, profiler de ses négligences, le harceler, le teninsans cesse dans la crainte d’une apparition soudaine, en tout temps, en tout lieu. Il doit être robuste, fait aux fatigues et aux privations, d’un courage éprouvé, d’un génie fécond en ruses et en stratagèmes. Enfin la connaissance exacte de la langue et de la topographie du pays lui est indispensable, pour s’y ménager des intelligences, préparer ses coups, et mettre à exécution ses entreprises. Il doit être toujours muni de bonnes cartes, qui, jointes aux rapports de ses émissaires, le mettent à chaque instant en état de connaître la position de l’ennemi et de méditer ses opérations. Il aura avec lui des déguisements de toute espèce, pour pouvoir, au besoin, travestir quelques hommes et les envoyer aux informations, ou leur donner toute autre mission. Il conviendra avec ses soldats de certains signes pour se reconnaître , en toute circonstance, de nuit comme de jour. Quand il méditera un coup de main, il aura la prévoyance d’indiquer quelqu’endroit où sa troupe, en cas d’échec, puisse se rallier ou se cacher. En un mot, l’audace ne doit jamais se séparer chez lui de la prudence et de la ruse. Il revêtira plus souvent la peau du renard que celle du lion.
Plusieurs chefs de partisans se sont fait une grande répupulalion ; les noms du baron de Trenck, de Dumoulin, du
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major Schill et de bien d’autres plus ou moins célèbres, sont aussi connus què ceux des commandants d’armées. Être partout et nulle part était la devise de ces hommes aussi redoutables dans le combat que difficiles h joindre dans leurs fuites. En 1700 Dumoulin surprit de nuit un détachement de cavavalerie au moment où il faisait paître scs chevaux. Il entendit, en s’approchant seul des ennemis, deux ou trois officiers qui causaient entre eux, et dont l’un disait : « Si ce diable de < Dumoulin arrivait dans ce moment, il aurait bon marché de « nous. » — «Le voici, à moi dragons! » s’écrie Dumoulin d’une voix terrible, et il charge si brusquement cette troupe qu’il ne lui donne pas le temps de se remettre. Dumoulin était bien inférieur en forces, mais il connaissait par expérience l’avantage infini de celui qui attaque de nuit et surprend son adversaire. On le vit encore, dans cette même campagne, faire une marche de quinze lieues dans une nuit d’hiver, pour aller, avec sa compagnie de dragons, s’embusquer dans. un bois, où devaient passer trois escadrons ennemis. A peine avait-il partagé sa troupe en trois détachements, et les dragons avaient-ils eu le temps de se raffraichir, qu’il découvrit au matin les ennemis enveloppés dans leurs manteaux et marchant dans la plus grande sécurité, persuadés qu'ils étaient à plus de vingt lieues des Français. Ils n’eurent pas le temps de se débarrasser de leurs manteaux : attaqués de front, en flanc et en queue par les trois corps de Dumoulin, ils furent tous faits prisonniers.