SI
calibres. Quant à la profondeur, elle variera selon le nombre des chevaux. Il y en a 108 pour la batterie de douze ; le quart est 27. Il faut donc que les écuries soient assez longues pour recevoir 27 chevaux ; or, en comptant un mètre et demi par cheval , et laissant au milieu un passage de 3m,50 , cela fera 44 mètres. Actuellement nous placerons les huit tentes des canonniers conducteurs aux huit angles des deux écuries, avec les fourrages dans les intervalles, en laissant toutefois aux deux angles intérieurs , vers la queue du parc, la place pour la tente du vétérinaire , et celle pour la tente des trompettes et des selliers. Toutes ces tentes ont leurs ouvertures du côté des chevaux, et tournent le dos au parc.
Les tentes descanonniers-servants seront établies à 20 mètres en arrière du parc , et placées vis-à-vis les écuries sur une seule ligne , quatre à droite , quatre à gauche. Leurs ouvertures seront tournées vers le front de bandière. La tente du capitaine sera à 20 mètres en arrière de celle des soldats, et placée dans le milieu de l’intervalle. Celles des lieutenants seront placées 10 mètres plus loiu , derrière celle du capitaine : les unes et les autres faisant front au parc. Cette disposition a été adoptée pour que le capitaine puisse exercer aisément sa surveillance, et que les abords du parc ne soient pas gênés de ce côté. y ,
En additionnant toutes les profondeür^qùi viennent d’être indiquées , on trouve pour total 100 mèt^s. /Ainsi le camp d’une batterie de douze exige un espaèé.recfângulaire de 90 mètres de front et 100 mètres de profondeur pour les tentes seulement. On ne pourrait pas le placer à moins de 30 ou 40 mètres de la queue des camps d’infanterie ; et comme ceux-ci ont 110 mètres de profondeur, et même 160 en allant jusqu’aux latrines des soldats , on voit qu’il faut un espace de 500 mètres en arrière du front de bandière pour pouvoir pla- cer ainsi l’artillerie derrière l’infanterie.
Plusieurs batteries réunies camperaient sur le même alignement , en laissant seulement entr’elles des intervalles de
DU REPOS DES TROUPES
4 mètres, comme la cavalerie. Cela suffit pour le transport des fourrages.
Dans ces camps , les cuisines seront placées sur les côtés , à la hauteur des tentes d’officiers et éloignées d’elles autant que possible.
Nous avons dit que la troisième division, d’un camp d’artillerie est quelquefois placée en avant du parc. Cela a lieu lorsqu’on fait camper l’artillerie en première ligne : alors les canonniers-servants s’établissent sur le front de bandière à la manière ordinaire, et il n’y a point de différence entre leur camp particulier et celui d’une compagnie d’infanterie, si ce n’est qu’il n'y a pas de tentes de petit état-major. On laisse 50 mètres entre la tente du capitaine et le parc, qui de la sorte reste assez en arrière de la queue des camps des bataillons voisins, pour qu’on puisse circuler avec les pièces. On peut donc, par cette seconde disposition, enchâsser la compagnie d’artillerie entre deux, bataillons d’infanterie, sans être gêné par l’étendue de son parc, et sans lui assigner d’autre espace que celui qui lui est nécessaire en bataille.
Quelquefois aussi les chevaux et les canonniers-conducteurs sont logés dans les granges voisines ; il n’y a de campés que les canonniers-servants. Alors ces derniers se placent comme il vient d’être dit, et il n'y a plus de difficulté pour le parc : les bouches h feu jïont rangées devant le front sur la ligne des faisceaux, ou un pen eu avant; les caissons et les autres voitures sont rangés en arrière: du camp, h une distance convenable. 4
Je suis entré dans ces détails parce que les règlements, que l’on pourrait consulter, passent trop légèrement sur les camps d’artillerie qui sont si différents de ceux des autres armes. .
Je terminerai cet article en faisant remarquer qu’il y a de l’avantage, sous plusieurs rapports, h loger le soldat dans des' baraques plutôt que sous la toile : 1° cela n'exige point de transport, on prend les bois sur les lieux; 2° les baraques sont plus saines que les tentes; 5° la construction des bara-
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ques occupe le soldat et développe son intelligence. Elles se font en feuillage avec couverture de chaume. Quelquefois on les construit plus solidement en charpente, quand le pays est abondant en bois. Quoiqu'il en soit, un camp en baraques ne diffère pas d’un camp en tentes, quant à la distribution intérieure et aux principes de l’établissement.
§3. — Des Bivouacs.
Quand on ne peut pas loger une troupe dans un camp régulier et que pourtant on est dans l’obligation de la tenir rassemblée pour un but quelconque, on la fait bivouaquer.
La règle à suivre, dans l’établissement d’un bivouac, est la même que pour un campement; c’est-à-dire que chaque troupe prend son bivouac dans son ordre de bataille. Mais si les corps sont séparés , ils peuvent se donner du large jusqu’à occuper un front de bandière double de l’espace nécessaire pour se mettre en bataille. Avec cette étendue on ne sera jamais gêné ; il est donc- inutile de prendre plus de place , cela ne serait pas sans inconvénient pour le prompt rassemblement de la troupe dans le cas d'une attaque soudaine.
Ainsi, il y a des bivouac serres et des bivouac étendus, suivant les cas : les premiers se réduisent strictement en étendue à la longueur de la ligne de bataille , les autres peuvent aller jusqu’au double; ils resteront souvent au-dessous et n’iront jamais au-delà. La ligne des feux de bivouac sera simple dans le dernier cas; elle sera double dans l’autre. •
Les faisceaux d’armes s’établissent, comme au camp, en avant du front de bandière et sur un même alignement.
La première ligne de feux sera à 20 mètres des faisceaux d’armes; la seconde à 15 mètres de la première. Il y aura quatre feux par compagnie , ou un feu par section : les sec-
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lions impaires en première ligne, les sections paires en seconde; et, comme dans l’organisation fédérale, chaque compagnie occupe 30 mètres en bataille, les feux seront h 15 mètres les uns des autres dans le sens du front de bandière ; en sorte que les quatre feux d’une même compagnie seront aux quatre angles d’un carré ayant 15 mètres de côté. Mais dans un bivouac ces mesures ne se prennent pas au cordeau ; le pas doit suffire : on comptera alors 50 pas de la ligne des faisceaux au centre des premiers feux, et 22 pas d’un feu à l’autre dans les deux sens.
Les feux des officiers s’établiront à 20 mètres, ou 30 pas, en arrière de ceux des soldais ; il y en aura un pour chaque compagnie ; les officiers de l’état-major du bataillon y prendront place.
Les compagnies de chasseurs formeront, en arrière du tout et à 50 pas de distance, des bivouacs particuliers sur une seule ligne, les faisceaux d’armes en arrière et aussi a 30 pas des feux. En sorte que le bivouac serré d’un bataillon fédéral aura 150 mètres de front et 95 de profondeur.
Soldats et officiers dorment à la belle étoile sur la paille, quand on peut s’en procurer, et les pieds au feu. La cuisine se fait aux feux du bivouac.
Si la troupe doit rester plusieurs jours au même bivouac, les soldats se font des abris contre le vent et la pluie, au moyen de quelques perches et branches d’arbres qu’ils recouvrent de rameaux, de paille ou de planches (*). Les abris-vent, faits
(') En 1831 j’avais adressé à tous les états-majors de division une lithographie représentant diverses formes de baraques en feuillage et d’abris-vent, pour que les troupes ne fussent pas trop embarrassées quand il se serait agi d’établir un bivouac. Cette feuille était accompagnée d’une courte instruction qui en facilitait l'intelligence. L’abri le plus simple offrait un séul plan incliné , couvert de paille ou de feuillage ; il était supporté par six piquets , ou brandies d’arbres, inclinés l’un vers l’autre, et liés deux à deux par le haut. On posait sur celle espèce- de chevalet une perche horizontale, puis des branches, auxquelles La paille était attachée à recou-
Dt REPOS DES TROUPES.
de la sorte, s’établissent entre les feux des soldats et ceux des officiers, qui doivent être alors assez reculés en arrière pour laisser la place nécessaire à ces établissements temporaires. Les abris-vent des officiers se construisent aussi derrière leurs feux. Il est facile de voir que, dans ce cas, le bivouac doit être étendu ; car, même en faisant deux lignes d’abri sans intervalles, il n’y aurait pas de quoi placer tous les hommes dans la longueur du front , parce que, couchés, ils occupent plus de place que dans le rang, et qu’on ne peut pas défalquer les serre-files. Il faut au moins 0m,65 par homme', ce qui fait pour les cinq compagnies de ligne 2ÛOm. Mais il osl absolument nécessaire de ménager des intervalles entre les feuillées; ce n’est pas trop de compter un quart en sus pour cela : ainsi le front du bivouac d’un bataillon aura pour le moins 250 mètres d’étendue , tandis que son front de bataille n’est que de 150 mètres. Il y a donc un allongement nécessaire de 100 mètres, et, comme nous l’avons dit, le bivouac pourrait s’étendre jusqu’à 500. Avec 250 mètres de front de bandière, aussi bien qu’avec 500, les feux seront établis sur une seule ligne* et le bivouac offrira une ligne de faisceaux d’armes, une ligne de feux, une ligne d’abris-vent sur deux rangs, une seconde ligne de feux et une ligne d’abris pour les officiers. Cela se répète pour les chasseurs qui sont derrière.
Si on ne pouvait pa£ s’étendre, il faudrait doubler les abrisvent qui se trouveraient ainsi sur quatre rangs. On doit laisser des couloirs d’au moins 5 mètres de largeur entre les rangs qui formeront comme autant de ruelles longitudinales, recoupées par les passages transversaux et perpendiculaires au front de bandière.
Autant que possible, ou loge la cavalerie et le train dans les granges des villages voisins, même lorsque l’infanterie est
vrcmenl dans le sens de la pente, comme le chaume sur les maisons.
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au bivouac. Cependant, quand il faut absolument que les chevaux, aussi bien que les hommes, passent la nuit en plein air, voici comment se dispose le bivouac d’un escadron : le commandant le forme en bataille, en arrière de remplace* ment qu’il doit occuper; il fait rompre par pelotons à droite ; les chevaux de chaque peloton sont placés sur une seule ligue, ceux du second rang s’intercalant entre ceux du premier, et ils sont attachés aux piquets à la distance de Im,50 les uns des autres ; ils sont débridés, mais ils restent sellés toute la nuit. Les mousquetons ou lances sont formés en faisceaux derrière chaque rangée de chevaux ; les. sabres et les brides y sont accrochés. Quand les cavajiers construisent des abris, ils placent contre les parois leurs armes et les brides des chevaux ; cela vaut mieux que de' les laisser aux faisceaux.
Les fourrages sont placés à la droite des chevaux et- dans le prolongement de chaque rang ; les feux sont à gauche. II „ y a un feu par peloton, ou quatre par escadron, lesquels se trouvent à 15 mètresles uns-des autres, puisque l’escadron a 60 mètres de front. C’est comme dans les bivouacs serrés d’infanterie.
Quand les cavaliers construiront des abris, ils trouveront assez de place sur le front de l’escadron pour les faire sur deux rangs seulement. Ils les établiront entre les chevaux et la ligne des feux.
L'artillerie ne peut pas avoir de règle fixe pour bivouaquer; elle est obligée de se conformer aux localités; mais en aucun cas les feux ne doivent être rapprochés du parc. Un arrangement convenable, quand la place s'y prêtérait, serait le suivant : 1° une seule ligne de feux pour les canonniers-conducteurs et les canonniers-servants ; 2° les chevaux sur quatre rangs, disposés, comme ceux de la cavalerie, perpendiculairement au front de bandière ; 3° les fourrages; 4° les bouches à feu, les caissons et les voitures parqués en arrière sur deux rangs. Les officiers, ou se répartiraient aux feux des canon-
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niers, ou formeraient un feu à part devant le front. La profondeur de ce bivouac, jusqu’aux voitures , serait à peu près la même que celle du bivouac de l’escadron ; il faudrait donc le même espace en front et en profondeur pour l’un et pour l’autre, 60 mètres sur 80 environ.
§ 4. — Dca Caïi t ohnemehts.
Pour mettre les troupes en cantonnement, .on les distribue dans les villages qui se trouvent sur le terrain occupé par les troupes : c’est la manière ordinaire de les loger en temps de guerre, et l’on fait comme on peut. Lorsque l’armée est en marche, elle se cantonne dans l’ordre où elle se trouve , chaque corps profitant des commodités que lui offrent les villages, hameaux ou fermes qu’il occupe ; bien entendu que cela se fait en ordre sous la surveillance des chefs, sans quoi les soldats se battraient entre eux pour avoir les meilleurs logements.
Mais lorsque l’armée doit séjourner quelque temps , on l’éterid davantage, pour moins fatiguer le pays et pourdonner plus de large aux soldats qui sont ordinairement très-serrés dans les cantonnements de roule. Cette répartition des troupes entre les différents villages et hameaux d’une èontr-ée, s’appelle dislocation; elle exige tous les soins des officiers d'état- * major, qui en sont ordinairement chargés, pour allier la sûreté avec la commodité des troupes, et l’équité qui exige de ue pas charger certaines communes plus que d’autres, . surtout lorsqu’elles doivent pourvoir ù la nourriture des troupes.
Pour faire connaître les règles qu’ils ont à suivre dans la dislocation, nous rappellerons d’abord ce que nous avons dit au sujet des cantonnements dans le premier chapitre, c’est qu’il faut, autant que possible, les établir derrière quelque
l>l) REPOS DES TROUPES.
rivière qui en rende J’attaque plus difficile. Cela est surtout nécessaire pour les quartiers d’hiver, qui, devant être de plus longue durée, sont aussi plus étendus. Les différents corps seront assez rapprochés pour se secourir mutuellement. On désigne un lieu de rassemblement, où tous les corps, en cas d’attaque, puissent arriver avant l’ennemi, les uns par des marches de flanc, les autres par des marches en retraite, tous se rapprochant ainsi de leurs renforts. Turenne fut battu à Mariendal pour avoir péché contre ces principes : voulant profiter de l’éloignement de l’armée bavaroise, pour donner du repos à ses troupes, il les mit, comme on disait alors, en quartiers de rafraîchissement, c’est-à-dire qu’il les cantonna ; il indiqua pour point de rassemblement un lieu à peu près central, mais cependant encore trop près de l'ennemi. Lorsque Merci arriva sur lui avec toutes ses forces réunies, Turenne n’eut pas le temps de rassembler les siennes; il fut enveloppé et battu. Turenne rappelait souvent cet événement comme une faute qu’il se reprochait. Quand on lui parlait de ses victoires : «Vous oubliez, disait-il, que j’ai été battu à Mariendal. »
Les différentes armes doivent être cantonnées de manière à s’appuyer réciproquement. L’artillerie se place sur les grandes routes ou à leur proximité, pour pouvoir,- en tout temps, se porter rapidement là où sa présence est nécessaire ; on la couvre, autant que. possible , parles corps d’infanterie. La cavalerie est bien pdttout où elle trouve du fourrage et de l’eau, sa vitesse lui permettant de rallier en temps opportun, quels que soient les cantonnements qu’elle occupe. 11 faut cependant éviter de mettre la cavalerie dans des endroits trop exposés aux surprises, parce qu’elle est moins propre que l’infanterie à repousser ce genre d’attaque.
Dans chaque cantonnement partiel ou quartier, on fixe une place d’alarmes, où toute la troupe vient se réunir au premier signal : on prend aux environs toutes les mesures de prudence usitées devant un ennemi actif et entreprenant. Ce sont sur-
DD REPOS DES TROUPES
tout les corps placés à la lisière du cantonnement général qui doivent établir un service régulier d’avant-postes; cela ne dispense pourtant pas ceux qui sont placés en arrière d’avoir aussi des gardes de sûreté. C’est une recommandation que nous avons faite souvent et que nous répétons ici pour la dernière fois.
Il faut, d’après ce qui précède, que chaque bataillon ait sa place d’alarmes ; que , dans chaque brigade, il y ait un lieu de rassemblement choisi du côté où cette brigade doit marcher pour opérer la concentration ; que, dans chaque division, il y en ait aussi un pris assez loin de l’ennemi pour que les brigades puissent y arriver sans crainte de se voir coupées; qu’enfin il y ait pour toute l’armée une position désignée en arrière des cantonnements, où elle se réunira pour le combat. Cette position doit être connue, non-seulement des commandants des divisions, mais aussi des commandants des brigades, afin que ces derniers, dans le cas où des circonstances particulières les auraient empêchés de rejoindre leurs chefs, puissent d’eux-mêmes marcher au rendez-vous général.
Les communications seront rendues faciles entre les divers lieux de rassemblement : a cet effet on réparera les ponts, on rélargira les chemins dont la voie ne serait pas suffisante, on en ouvrira même de nouveaux si cela est nécessaire. Quelque rivière traverse-t-elle les cantonnements, il faut y jeter des ponts pour que les corps ne restent pas séparés; y a-t-il des ravins profonds, difficiles à franchir, on y pratiquera des rampes et des chaussées pour le passage de l’artillerie.
Quand les cantonnements ne sont pas couverts par une rivière non guéable , il est bon de couper les chemins par lesquels l’ennemi pourrait arriver, de construire des abatis ou des retranchements dans les endroits les plus accessibles. Mais ce qui vaut mieux que tout cela, c’est une grande vigilance dans les avant-postes. Toutefois l’un n’empêche pas l’autre.
Il va sans dire que les généraux ne quittent point la troupe,
1>U K£t>OS DES TIIOUPKS.
mais prennent leurs logements au milieu d’elle , dans l’endroit le plus commode pour expédier des ordres. En 1694, le comte de Tilly fut enlevé dans un château où il s’é tait logé , parce qu’un marais le séparait du lieu où étaient ses troupes. Pareille disgrâce est réservée aux officiers qui voudront ainsi chercher leurs aises , au lieu de penser à leur sûreté. Quand la troupe bivouaque , les généraux doivent bivouaquer avec elle ; et, s’ils ont des tentes , ils les réserveront pour mettre leurs cartes et leurs papiers à l’abri de la pluie ou de la rosée ; mais eux coucheront sur la paille comme leurs soldats. Il ne faut pas que ceux-ci puissent croire que , lorsqu’ils sont exposés à tous les genres de privations , leurs chefs savent s’y soustraire. Cela est surtout ' nécessaire dans une armée de milices.
C’est le chef d’état-major de l’armée qui , en conformité des vues du général en chef, fixe les limites de l’arrondissement de chaque division , des corps de cavalerie , des parcs d’artillerie. Les généraux de division déterminent, dans leurs arrondissements respectifs, les limites où doivent se renfermer leurs brigades , leurs détachements de cavalerie ,' leurs batteries. Les commandants de brigades distribuent à leur gré les bataillons et les compagnies de carabiniers , dans les villages , hameaux , fermes isolées de leurs cantonnements.
Les cartes générales peuvent, ù la rigueur, suffire pour préparer ces dislocations ; mais on les fait bien mieux quand on possède quelqu’une de ces belles cartes topographiques qui se font maintenant en France, en Piémont et dans le royàume Lombardo-Yénitien ('), surtout quand elles sont accompagnées d’étals statistiques donnant le nombre des couverts de
(')La Confédération n’a pas voulu rester en arrière à cet égard: elle fait travailler à un atlas général de la Suisse en vingt-cinq feuilles; cette entreprise rencontre de grandes difficultés dans la.nature du pays, et le peu de fonds qu’on y peut consacrer chaque année. Toutefois, quelques feuilles sont déjà assez avancées. Le quarticrmaitre-géneral s'occupe activement de cet important objet.
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chaque lieu , ainsi que ses principales ressources. Mais il faut s'attendre, malgré cela, h de nombreuses rectifications, quand la dislocation s’effectuera. C’est pourquoi il est toujours plus sûr de la préparer sur les lieux mômes, d’après les directions générales du chef d’état-major. Les officiers des états-majors des divisions et des brigades se partagent la besogne ; ils dressçnt chacun un état de dislocation particulier pour la partie qui le concerne ; ils font appeler les maires ou préfets des communes, et assoient, de concert avec eux, leur première répartition , en ayant soin de se tenir en garde contre la tendance de ces officiers civils à diminuer leurs ressources pour obtenir quelque allégement. Ils ne doivent donc pas s’en rap-’ porter uniquement h ce qui leur est dit, mais voir par euxmémes. Ils visitent toutes les maisons ét assignent le nombre de soldats qu’on y peut loger, .sans trop de gêne pour eux , et sans qu’il en résulte une charge trop lourde pour les habitants. Ils évitent, autant que possible , de séparer les soldats d’un même bataillon; et» pour peu qu’une attaque soit h craindre , il vaudra souvent mieux , lorsqu'un village sera trop petit pour loger tout le monde , faire bivouaquer aux environs, et à tour de rôle, tout ce qui ne peut pas être placé dans les maisons, que de partager le bataillon pour le cantonner dans deux villages différents.
Quand ce premier travail a reçu les rectifications nécessaires , chaque officier dresse un étal particulier, qu’il remet à l’adjudant de division ; celui-ci dresse un état de dislocation pour la division entière ; il le dépose à l’état-major de l’armée où l’on réunit toutes les pièces semblables pour en faire . un tableau général de dislocation.
Il y a donc trois espèces de tableaux de dislocation, dont les formes diffèrent un peu par la nature des détails qu’on y fait entrer, ceux des brigades, ceux des divisions et ceux de l’armée. Je joins- ici les têtes de ces divers tableaux, où l’on avisé à atteindre le plus grand degré possible de simplicité pqug s’assurer une meilleure et plus prompte exécution.
DU REPOS DES TROÜPES
Tableau de
dislocation de la Brigade N°. . . .
à Fépoque du....
Tites du Colonnes.
Quartier-général de la brigade.
Noms des bataillons.
Numéros des compagnies.
Cantonnements des compagnies.
Lieux de rassemblement des bataillons.
Observations.
Tableau de dislocation de la Division J\°. . . . à Fe'poque du....
I Quartier-général de la division- Quartiers-généraux des brigades.
Bataillons.
Compagnies isolées.
Cantonnements destompagnies isolées.
Lieux de rassemblement des bataillons.
Observations.
• Tableau general de dislocation de F Armée fédérale, à l'époque du....
i Grand quartier-général.
Quartiers-généraux des divisions Quartiers-généraux des brigades.
Lieux de rassemblement des bataillons.
Cantonnements des compagnies isolées.
Emplacements des parcs.
Observations.
Mais il est des circonstances où l’on n’a pas le temps de préparer des tableaux , et où la dislocation doit se faire promptement , comme par exemple dans les cantonnements de route.
t>L REPOS DES TROUPES.
Il faut alors que dans chaque brigade un officier d’état-major, suivi des quartiers-maîtres des bataillons et des fourriers des compagnies , se transporte quelques heures d'avance sur les lieux, pour y préparer les logements , d’après les directions générales qu’il a reçues de l’adjudant de division (chef d’étatmajor). Voici donc pour compléter le sujet, quelques détails extraits d’une circulaire inslruclionnelle adressée à tous les commandants divisionnaires de l’armée, en prévision d’une grande concentration de troupes ; elle devait servir de règle pour ce cas qui est le plus embarrassant. On en aurait modifié les dispositions quand il se serait agi de cantonnements moins serrés ; mois on en aurait toujours suivi l’esprit. Voici ces dispositions : . •
\°. On mettra toujours ensemble , non-seulement les compagnies d'un même bataillon , mais encore les bataillons d’une même brigade, toutes les fois que cela sera possible.
2". Les soldats d’une même compagnie seront logés ensemble, par sections ou au moins par escouades, ce qui n’empêchera pas de mettre plusieurs sections dans une même maison, si elle peut y suffire , et suivant qu’on est restreint par l’espace.
3°. Le commandant du bataillon , avec l’état-major , doit, autant que possible, être placé au centre du quartier de son bataillon.
4°. Les officiers des compagnies seront logés dans les mêmes maisons que leurs soldats , ou tout auprès.
5°. Les tambours seront logés dans le voisinage du commandant.
6°. Il sera toujours désigné près de la place d’alarme un local pour la garde de police.
7°. On choisira de préférence les granges et les chambres au rez-de-chaussée des maisons habitées , laissant le haut aux propriétaires. Ce ne sera que lorsque l'espace manquera qu’on cherchera des logements dans les étages supérieurs.
DU REPOS DES TROUPES
8°. Les fourriers marqueront h la craie, sur les portes des maisons ou des granges, les numéros des compagnies et le nombre d’hommes qui doivent y loger.
9°. Quand une chambre a six pas (') de largeur, on peut y faire coucher les soldats. sur deux rangs le long des grands côtés ; mais si elle a moins de largeur, on ne peut les mettre que sur un seul rang. On comptera un pas par homme. Ainsi une chambre de vingt pas de longueur pourra repevoir quarante hommes , si elle a en même temps six pas de largeur ou davantage; elle n’en recevra que vingt , si elle a moins de six pas de largeur.
10°. La distribution des logements doit commencer par la droite du village en regardant ^ennemi-; c’est-à-dire que c’est là qu’on placera la première compagnie , et de proche en proche les compagnies suivantes, jusqu’à la gauche du village.
41°. On suivra la même règle s’il y a plusieurs bataillons réunis dans le qiéme village. Le bataillon de droite dans l’ordre de bataille sera cantonné à droite dans le village.
42**. Les sous-officiers veilleront à ce que les armes et les gibernes soient placées avec ordre dans les chambres , de manière à ce que chacun puisse aisément retrouver les siennes , etc. etc.
C’est pendant les cantonnements de quelque durée qu’on s’efforce de rétablir la discipline dans les corps où, trop souvent, oji- la voit s'affaiblir dans la durée d’une campagne longue et pénible. C’est pendant les cantonnements qu'on remonte la cavalerie , qu’on complète les corps , qu’on régularise les distributions, qu’on met à jour la solde des troupes, qu’on leur donne des habillements , des chaussures , qu’on remplace les armes détériorées. Dans les marches on vit de ce qu’on trouve et de ce qu’on porte avec soi ; dans les
(■) 11 est ici question des pas ordinaires de 2 1 /3 pieds , parce qu’on ne suppose pas que les fourriers* pour faire ces estimations , qui doivent être très-rapides, prennent le pas de deux pieds.
DU REPOS DES TROUPES. 465
canlonueiuents on fait des distributions régulières , et pour y pourvoir (en pays ennemi) on frappe des réquisitions sur les habitants, en proportionnant les exigences aux ressources des communes.
On forme en outre des dépôts , des magasins de subsistances, au. moyen desquels on puisse , la campagne suivante, nourrir la troupe, dans la supposition que les vivres viendraient à manquer dans les pays qu’on aura à traverser. On tire de ces magasins les suppléments, et on en fait des distributions chaque fois que l’on prend des cantonnements. .
Si la guerre est méthodique , rieh n’entre dans les magasins 4e ce que fournissent les réquisitions, qui n’ait été au préalable reconnu , et dont on n’ait donné un . reçu aux autorités locales. C'est au moyen de ces reçus que les communes peuvent constater les charges qui ont pesé sur elles, et obtenir,
. ap.retour de la paix, de justes indemnités.
Sans ces gênes mises aux exigences des militaires , sans ces formalités tutélaires , la guerre dégénérerait bientôt en brigandage. Sans doute il ne faut pas se laisser mourir de faim dans un pays abondant ; il ne faut pas , par trop dp scrupule , laisser les soldats dans la souffrance ; on est en droit de faire supporter à l’ennemi les charges de la guerre. Mais, d’un autre côté , l’intérêt même , à défaut d'humanité , réclame qu’on ménage autant que possible les habitants. En n’exigeant %des pays envahis que ce qu’ils peuvent fournir sans s’épuiser; , ‘en mettant beaucoup d’ordre et d'équité dans les réquisitions, on se ménagé des ressources pour l’avenir, et surtout pour le cas où, par un mouvement rétrograde, on aurait à traverser une seconde fois les mêmes lieux. En ménageant les habitants, on se lie d’intérêt avec eux, on s’en fait des amis, ou du moins on adoucit leur inimitié ; ils ne fuient point h votre approche ; ils partagent avec vous leur pain et leur asile. Agissez autrement : pillez , ravagez tout , forcez le timide paysan à prendre la fuite; marchez le flambeau et la hache à la main , entourez-vous de ruines , faites un désert du pays , et , dan»
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peu , vous serez vous-mêmes réduits à la dernière extrémité. Aujourd’hui vous nagez dans l’abondance , demain vous attend la plus affreuse misère. Ainsi donc, ménagez les habitants qui, le plus souvent, ne prennent aucune part à la guerre. Je le répète : exigez d’eux qu’ils fournissent à vos besoins , faites des réquisitions, frappez des contributions ; c’est le droit de la guerœ ; mais n’usez de ce droit qu’avec une sage mesure. C’est ainsi qu’il faut entendre la maxime de Caton : la guerre nourrit la guerre.