ESTOMAC
Il y a même quelquefois une impossibilité absolue, comme chez les gens qui ,ont du trismus, de Tœsophagisme^ des cancers de la bouche, de la langue, du pharynx.
Eh bien, malgré tous ces inconvénients, la voie stomacale reste encore la meilleure, c'est celle qui doit être habituelle, parce qu'elle est facile, commode, naturelle. Ingérer des médicaments par la bouche, c'est faire quelque chose d'analogue à ce que nous faisons lorsque nous introduisons des aliments, et le malade, n'ayant pas besoin de leçons, laisse au médecin sa liberté et garde la sienne pour lui. Dans les conditions de la vie actuelle, ce sont là des avantages qui font que la méthode stomacale restera toujours celle qui sera le plus habituellement pratiquée.
D'ailleurs la méthode stomacale est la seule qui soit bonne pour un certain nombre de médicaments, par exemple pour les médicaments aliments,pour ceux qu'on a appelés des anal6ptiques,et quej'ai appelés des Ais^o^ént^ues, c'est-à-dire des médicaments capables de favoriser la genèse des éléments histologiques ; de plus, ils doivent être administrés à des doses tellemem massives qu'il serait impossible de les introduire par la voie cutanée. Je n'ai qu'à vous citer l'huile de foie de morue, dont on prend 2, 3, 4 cuillerées par jour. Il est clair aussi que des médicaments tels que le fer, le manganèse ne peuvent guère être administrés que par la voie de l'estomac, d'autant qu'ils ont besoin soit des liquides de l'estomac, soit de ceux du tube digestif pour être absorbés, pour se dissoudre.
D'ailleurs j'ajouterai que, mêlés à la pâte chymeuse, prenant place déjà dans les peptones, ils sont à moitié assimilés
quand ils arrivent dans la circulation.
11 y a aussi les médicaments altérants, qui sont éminem-
81 voies DMNrR()DU<:T(ON DES MÊDICAMBNTS. ISixiêoie
ment propres u ôlre introduits dans la cavité stomacale et à y être absorbés; médicaments que j'ai appelés fnétairch phûjucsy je vais vous dire pourquoi.
Vous savez qu*autrefois, à part les remèdes qui produisaient des eiïets maniFesles, que les simples garde -malades pouvaient constater^ tous les autres étaient des altéranU, Toutes les fois que la physiologie rudimcntaire de l'époque ne permettait pas de comprendre le mode d'action des remèdes, on en faisait des altérants : aussi leur nombre étaitil immense. Peu à peu la pliysiolojrie s'éclairantparTobservation et l'expérience, on a (ini par comprendre le mécanisme de l'action d'un certain nombre de remèdes et, au fur et i mesure, on prenait les altérants et on les plaçait les uns parmi les nervins, les autres parmi les hypnotiques. On en faisait des classes en rapport avec leurs effets tliérapculiques. Il n'est resté en lin de compte, après avoir constamment enlevé, constamment écrémé les altérants, qu'un petit nombre de substances auxquelles on ne comprenait pas grand'chose jusqu'à ces derniers temps.
Ce sont, en somme, des médicaments agissant d'une manière lente sur les tissus. Je n'ai qu'à vous citer parmi ces corps : l'or, le mercure, l'iode. Toutes ces substances agissent sur la nutrition, c'est pour cela que je les ai appelées mélatrophiques. Ces médicaments sont aussi des substances qui ont besoin, dans un certain nombre de cas, d'être pour ainsi dire dissimulées dans une masse plus pu moins considérable do substances qui en neutralisent les effets topiques, qui ont besoin d'être aidées pour devenir absorbables.
Ces substances doivent aussi être introduites par la voie stomacale, et non seulement par l'estomac, mais l'estomac rempli de la masse alimentaire.
Leçon 1 ESTOMAC. 85
Ainsi, par exemple, le fer qui est uq modificateur dans le sens que je viens de dire, c^est au moment où Ton se met à table qu'il faut le prendre.
Il en est de même pour les préparations arsenicales, parce que vous diminuez les inconvénients topiques et vous favorisez la dissolution de la substance.
Il n'y a qu'une seule circonstance qui, en pareil cas, doive défendre d'ingérer le médicament modificateur avec Talimentation, c'est lorsque celte substance exerce une influence lâcheuse sur le travail digestif.
Il y aurait un beau chapitre à faire sur l'action des médicaments dans l'intérieur de l'estomac et des premières voies, sur les modifications auxquelles ils sont exposés et sur leur influence sur la digestion.
J'ai autrefois commencé cette étude pour le phosphore, parce que j'avais remarqué qu'en le donnant au moment de prendre les aliments, il y avait souvent chez un certain nombre de malades des phénomènes gastriques fâcheux de dyspepsie, qui se traduisaient par la lenteur du tube digestif et souvent par des renvois. Alors je me suis avisé de chercher quelle pouvait être l'influence du phosphore sur la fermentation peptique. J'ai donc fait pratiquer une fistule à un chien, puis j'essayais le suc gastrique limpide et abondant. Je mettais ce suc de premier choix en contact avec des cubes de viande placés dans des tubes; j'en mettais aussi avec d'autres cubes de même poids et de même qualités, mais qui étaient saupoudrés de phosphure de zinc, qui était à ce moment recommandé comme un moyen énergique contre les paralysies. Tandis qu'au bout d'un certain nombre d^bevnSt les cubes qui n'avaient pas reçu de phosphure de
dans toute leur masse, brunAtres, cieirii-
86 voies D'INTRODUCTION DBS MÉDICAMENTS. [SixîèiM
transparents^ les autres n'avaient subi aucune espèce d'altération visible. Par conséquent, vous le voyei, la poudre de phosphure de zinc empêchait la fermentation peptique. Vous comprenez bien aussi qu'elle doit agir de la même façon dans l'estomac .
Voilà donc une circonstance à laquelle il Tatii avoir égard, seulement nous ne sommes pas fixés sur le oombre des substances médicamenteuses qui peuvent faire avancer ou retai*der le travail digestif.
J'arrive à l'intestin grêle, qui est la vérîtable voie d'absorption médicamenteuse. C'estlà que Tabsorption s'efléctne avec la plus grande activité et les formes les plus diverses sous lesquelles on puisse offrir à l'économie une substance que l'on a pu introduire. En effet, qu'il s'agisse de matières dissoutes dans un corps gras ou dan%un liquide aqueux, il y a toujoui*s là des organes actifs et qui se chargent de leur absorption. Il y a cependant encore des principes jouant le rôle de ferments, la pancréatine, par exemple, qui peuvent, dans une certaine mesure, modifier la constitution des substances, et par conséquent en modifier l'activité dynamique. Mais, comme l'absorption s'effectue rapidement, il y a aussi des chances pour que ces altérations n'aient pas le temps de se produire.
Il y aurait donc un avantage énorme A jeter directemot la substance médicamenteuse dans la première portion de l'intestin. Eh bien, il y a cerUiins artifices à l'aide desquels on peut faire que les substances introduites par la bouchearrivent non pas intactes, mais moins altérées qu'elles le SOBI habituellement, dans Tintestin grêle. Ce sont les suivants :
On peut introduire le médicament dans des madères
Leron.| INTESTIN GRÊLE. 87
grasses, et si les matières grasses sont peu fluides ou si elles ne le deviennent qu'à une température élevée, elles passent dans Testomac en gardant le principe avec lequel elles ont été combinées.
11 y a aussi Tenrobement de la substance dans une capsule d'abord gélatineuse, puis recouverte d'un enduit cireux. J'ai recommandé, en 4868, ce procédé pour introduire de la bile dans le tube digestif, chez les sujets qui n'en ont pas assez et chez qui elle semble être un élément indispensable à Taccomplissement du travail digestif, ou bien quand on a cru que la bile pouvait être aussi un agent utile dans un certain nombre d'affections du système nerveux. Si vous avez intérêt à faire arriver la bile dans Tintérieur de l'intestin, il faut qu'elle soit encapsulée et enduite de matière cireuse, de façon qu'elle ne se désagrège que quand elle est en contact avec le suc pancréatique.
Ce conseil a été suivi par M. Mourrut qui prépare une pancréatine très utile et beaucoup meilleure qu'ua certain nombre d'autres, qui en partie nous viennent d'outre-Rhin et qui sont absolument inertes.
Il y a aussi un autre procédé qu'on a employé d'une manière tout i (ait inconsciente, mais qui n'en donne pas moins de bons résultats :
Quand vous introduisez dans la cavité stom<icale un produit oi^onique, oi^anisé, tel que la poudre de quinquina, de coloquinte, vous introduisez en réalité des cellules ou des fibres qui renferment le principe actif et qui ne le cèdent que peu à peu, au fur et à mesure qu'il chemine dans le tube digestif. Dans ces GonditÎ0iia4i^ vneiep o
la substance active échappe par stomacale et n'esl absorbée f»
88 VOIKS D'INTRODUCTION DKS MÉDICAMENTS. ISmcinc
L'introdurtion, par ces prorcdés, do la poudre de coloquinte, (les drastiques tels qu'aloes, ricin, jalap, gommegutte, a fait la réputation d'un certain nombre de pilules. Je ne veux pas vendre le secret, puisque certains industriels vivent de cela, mais je vous dirai que certaines pilules ne doivent leur supériorité qu'à uti enrobement qui leur permet d'arriver sans altération jusque dans Finteslin.
On peut dire que les cellules du tissu cellulaire de la coloquinte s'en vont tout le lon$r de Tinteslin et ne se déchargent que successivement au contîict de surfaces muqueuses étendues. Il en résulte ce double avantage qu'il n'y a pas d'action dans la partie supérieure du tube digestif, qu'elle ne détermine pas la révolte de l'estomac, et qu'elle se continue pendant beaucoup plus longtemps.
J'arrive à vous parler du rectum et du côlon. Eh bien, ici, la physiologie vous indiquait par avance que le rectum et l'S iliaque. doivent cire des voies d'absorption excellentes.
En eifet, quelle est la modification des fèces dans ces dernières parties du tube digestif? Cette modification consiste dans Tasséchement des matières. Dans toute la longueur de l'intestin grêle, elles restent pour ainsi dire fluides, à peine grumeuses, pAteuses; elles ne deviennent solides que dans le gros intestin, et leur dessiccation s'achève dans TS iliaque du côlon, qui allonge le chemin.
C'est donc une surface qui est ouverte constamment à l'absorption.
Ce que la physiolojfie vous indiquait a été vérifié et par Texpérience des siècles et p;ir l'expérimentation plus récente.
L'expérience des siècles? mais est-ce que nous ne savons pas ce que valent les clystères destinés à faire absorber quelques médicaments? ce sont des moyens d'agir très effi-
Leçon.) GROS INTESTIN. 89
cacement. Nous savons ce que valent les suppositoires, et cependant les trochisques sont faits habituellement avec de la matière grasse, mais néanmoins, lorsque Ton introduit un cône de beurre de cacao chargé d'extrait d'opium, on voit des effets physiologiques.
Plus récemment on a noté également que des substances alimentaires pouvaient être introduites par cette voie et pouvaient dans une certaine mesure, malheureusement trop restreinte, suppléera l'introduction par les voies supérieures. Bien entendu, il faut introduire des aliments qui n'exigent, aucune élaboration. Que servirait de Tamidon par le rectum? Mais on peut introduire des substances renfermant de l'alcool, du vin. On peut introduire par là les substances azotées qui sont solubles, même de l'albumine, mais surtout des substances plus modifiées se rapprochant plus des substances du règne animal. Eh bien, il y a des expériences et des observations qui démontrent qu'à l'aide de bouillon, de vin, et souvent des deux ensemble, on est parvenu à soutenir les forces de sujets qui étaient en train de s'effondrer.
On a bien souvent l'occasion d'utiliser ces moyens dans» l'œsophagisme, le trismus, le cancer de la langue, les vomissements incurables. Il y a de nombreuses observations làdessus, de Bouisson, Aran, Béhier. Je vous cite ceux qui ont été les principaux promoteurs de cette manière d'agir, car il n'est pas un praticien qui ne fasse usage de ces lavements à l'occasion.
Ceci n'estpastout. Si on a démontré que c'était là une voie d'absorption, on peut dire aussi que dans un certain nombre de cas, elle est supérieure aux autres. DupuytreOi Chomar Orfila, Bouchardat ont établi que l'absorption par I' est préférable à l'absorption par l'estomac ^
<J0 VOIES DMNTROnUGTION DES MÉDICANKNTS. (SixièBC
nonibix^ de remèdes. Bien entendu ici encore, à la condilion ([ue le remède n'exige pas d'acides pour se dissoudre.
Par exemple une solution d*opium, d'extrait de beiladone^ de strychnine est absorbée avec une plus g^rande focilîté par le n^ctuin et TS iliaque que par Testomac lui-même et pir rintestin pprèle, parre que restomac retient si longtemps les matières, il empêche pendant un si long espace de temps leur absorption, que souvent elles sont altérées lorsqu'elles parviennent à rintestin grêle.
Et non seulement ici l'absorption est plus rapide, muselle est plus intégrale, précisément parce qu'il n'y a pas de causes de destruction.
Une seule cause de fermentation existe cependant , c'est b présence de Tépilhélium, qui joue le rôle de ferment, comme je me suis appliqué à l'établir pour l'urine dans la vessie.
En effet, l'urine normale dans la vessie n'y fermente que quand des éléments vivants au moment où ils viennent d'être détachés, tombent dans le réservoir urinaire, où ils coatiouent leur jeu fonctionnel et jouent le même rôle que les éléments histologiques que nous appelons les spores des mucédinées, c'est-A-dire de véritables ferments.
Il y a eu cependant une voix discordante dans le conceit d'éloges donnés à la voie rectale : c'est celle de mon vénéré collègue Briquet, à qui nousdevonsune monographie importante du quinquina.
Il a dit que la quinine donnée par un lavement n'était pas absorb^ie aussi vite que par la voie stomacale ; cependant la différence n'est pas énorme, car au bout d'une demi-heure on en trouve déjî\ dans l'urine.
Ce fait s'explique par une circonstance d'ordre chimique. Le sulfate de quinine est très peu soluble par lui-même ;po0r
Leçon.] GROS INTESTIN. 9t
le rendre soluble, il faut y ajouter des acides, tantôt de Feau de Rabel, tantôt deTacide nilrique.
Eh bien, lorsqu'une solution de bisulfate de quinine est introduite par la voie rectale, elle rencontre là une certaine quantité de mucus, quelquefois considérable (tous les mucus sont alcalins, quoi qu'on en ait pu dire, et cela sans eitception; s'ils sont acides, c'est qu'il y a eu fermentation), mucus qui est alcalin et qui neutralise une partie de l'acide à la faveur duquel le sulfate de quinine était tenu en dissolution.
C'est là évidemment une cause de ralentissement dans l'absorption, mais il suffirait d'introduire une proportion plus considérable d'acide en protégeant la muqueuse par une substance mucilagineuse comme la décoction de racine de guimauve, pour assurer l'absorption.
En somme, vous le voyez, la voie rectale est une voie qui offre des avantages très réels. H y a cependant aussi des inconvénients. Ces inconvénients sont de plusieurs sortes. Il y en a d'ordre purement moral : vous rencontrerez des Français qui ont des préjugés très sérieux contre ce mode d'introduction ; il faut tâcher de les vaincre. Il y a aussi cet autre inconvénient, c'est qu'on ne commande pas tout à fait aux fibres lisses et que, quand on introduit dans le rectum une substance irritante, capable d'exciter la contraction de la membrane musculaire de l'intestin, la substance est évacuée presque aussitôt qu'introduite. C'est là un inconvénient sérieux, je vous dirai tout à l'heure comment vous pouvez l'empêcher de se produiire.
Il y a de plus les difficultés éventuelles à l'administration des remèdes, difficultés résultant de certaines lésions de l'orifice, de tumeurs hémorroïdales, de rétrécissements de
n VOIES D'fNTRODUCTION DES MÉDICAMENTS. iSixième
natures diverses, (rinflammations, de fissures qui sont, comme vous le savez, éminemment douloureuses*
Voilà donc bien des circonstances dans lesquelles il sera bien dirficile d'introduire dos remèdes par celle voie. De plus, il y a à compter avec la pénurie des substances cajiables de dissoudre les médicaments introduits : il n*y a là ni arides, ni sels neutres, ni certains ferments, circonstances qui sont moins favorables que dans les premières parties du tube digeslifà Tinlrodurtion de médicaments destinés à agir sur l'économie tout entière.
J'ajouterai à cela que des purgatifs actifs par les voies supérieures présentent des effets amoindris quand ils sont introduits par le rectum.
Il est vrai que les faits auxquels Âran a fait allusion en nous montrant que 13 grammes de résine de scammonéc ou dejalap ne produisent presque rien, sont rares, mais c'est à la condition que ces substances soient à l'état de division extrême, de suspension ou do dissolution.
Lorsqu'on introduit en masse 13 grammes de scammonée, on ne donne rien; mais si vous la dissolvez dans une certaine quantité d'alcool et si vous la tenez en suspension à la faveur d'un jaune d'œuf, vous arriverez à produire des effets purgatifs. Par conséquent c'est là une petite infériorité à laquelle je ne donnerai aucune importance.
Mais, ainsi que je vous le faisais pressentir, il y a des moyens d'obvier à ces petits inconvénients. Par exemple» il y a souvent une grande quantité de mucus dans la fin de rinlestin; eb bien, lorsque vous voudrez introduire un raédicament important, il faudra commencer par débari'asser toute cette portion qui va être accessible au médicament, i l'aide d'un grand lavement.
Leçon-I GROS INTESTIN. 93
Il y a cet autre écueil, c'est qu'une révolte est possible, que le rectum s'exonère après l'introduclion du remède; alors vous faites en sorte de le rendre tolérant par 1/4 de lavement laudanisé; vous introduisez le moins possible de véhicule avec la plus grande somme possible de principe énergique. A la rigueur vous pourriez introduire dans le rectum, à l'aide des doigts, de l'extrait de belladone, et au bout d'un certain temps, il serait en état de garder la solution de principe actif.
Maintenant, s'il y a des inconvénients auxquels on peut parer, il y a aussi des avantages dont quelques-uns vous ont été signalés : la rapidité de l'absorption démontrée par les expériences de Demarquay. 11 a fait un grand nombre d'expériences pour montrer les différences d'absorption des muqueuses et il est arrivé à ces résultats à l'aide de l'iodnre de potassium. C'est le moyen à employer par excellence, car il est éminemment dialysable et s'absorbe avec la plus grande facilité, même par la muqueuse stomacale. De plus c'est le médicament le plus facile à retrouver, plus facile que vous ne pourriez le croire.
Lorsqu'il s'agit de constater la présence de l'iode à l'état de combinîûson dans un liquide tel que l'urine, on se donne généralement le soin de demander à son pharmacien de préparer un réactif, et on prend des précautions infinies. Tout cela est inutile ; il est bien plus simple de plonger dans le verre à expérience une feuille de papier en plusieurs doubles, puis de verser de l'îicide nitrique le long de la paroi. Ce papier se colore en bleu tout comme de l'amidon. Par conséquent à ces deux litres : facilité énorra3 d'absorption, et facilité remarquable de recherche, l'iodnre de potassium était signalé à l'attention des expérimentateurs. Aussi est-ce
«i VOIES DMNTRODUCTiON DES MÉDICAMENTS. [Sixième
avec lui que Demarquay a démontré la rapidité plus grande d'absorption par le rectum que par l'estomac, PirogoCf et d'autres chirurgiens ont obtenu Tanesthésie en introduisant le chloroforme parle rectum.
Il y a encore d'autres circonstances qui sont en faveur de la voie rectale. Il est clair qu'il y a des substances désagréables à l'odorat et au goût, celles-là on peut les introduire par cette voie, et épargner au malade un certain noraibre d'ennuis.
Mais voici quelque chose d'important : il y a des circonstances où l'estomac se refuse à recevoir des médicaments d'une graade énergie. Et tous les médecins des régions tropicales qui ont donné du sulfate de quinine à haute dose vous diront combien — la voie stomacale étant en révolte — ils ont été embairassés pour continuer un traitement i rendu cependant nécessaire parla maladie. Eh bien, lorsque la voie rectale est ouverte, il y a un grand avantage à la suivre. Dans tous les cas on peut toujours faire absorber des substances par le rectum, il n'y a que quand on a aifaire à des dysenteries que cette voie est interdite.
Enfin, je vous disais que dans tous les cas il y avait quelques avantages relatifs ; je dois ajouter qu'il y a des circonstances dans lesquelles on doit donner la préférence à cette voie. Par exemple, lorsque vous avez affaire à des maladies douloureuses des organes renfermés dans le petit bassin, utérus, ovaires, prostate, vésicules séminales et vessie, c'est parle rectum qu'il faut que vous agissiez. La raison en est celle-ci : avec la même dose de substance médicamenteuse, vous produisez un effet plus considérable sur les organes intrapelviens lorsque la substance est introduite par le rectum que quand elle l'est par l'estomac.
LeçoD.I GftOS INTESTIN. 95
La raison de cette supériorité d'action est celle-ci : en général on feit abstraction de toutes les actions qui se produisent soit de proche en proche, soit par propagation sympathique, et on n'envisage que les effets diffusés. Eh bien, c'est un tort. Lorsque je vous parlerai de la méthode endermique, je vous montrerai qu'il faut donner la préférence à la région la plus voisine du mal. Il en est de même pour les organes intrapelviens; lorsque vous introduisez de l'opium ou de l'extrait de belladone dans le rectum, vous agissez après absorption, bien entendu, par la circulation tout entière, mais vous agissez également de proche en proche, en vertu de cette sympathie de continuité et de contiguïté sur laquelle j'ai déjà insisté. Vous agissez aussi par voie de sympathie nerveuse. Cette sympathie consiste en ceci : étant donnée l'existence de connexions neiTcuses entre deux organes voisins, si vous mettez l'un dans un état particulier, vous y amenez l'autre insensiblement.
Cette sympathie agit par deux procédés : l'un qui vous est connu, c'est le retentissement qui se produit dans les organes profonds, à la suite d'une application médicamenteuse à la périphérie; l'autre est encore peu connu, mais je l'ai signalé à votre attention.
Ce sont là des voies encore inconnues de Tanatomie et de la physiologie, mais qui sont bien connues des cliniciens et sur lesquelles j'ai appelé l'attention l'année dernière à la Société de biologie, en présence de CI. Bernard, qui a paru frappé des faits que je produisais.
Vous remarquerez que lorsque vous aurez une douleur et qu'il vous arrivera de vous gratter à ce niveau, vous aurez un retentissement douloureux toujours au même point ; si le lieu de la douleur change, celui du ret'
06 VOIES D'INTRODUCTION DES MÉDICAMENTS. ISixièat
géra aussi. Vous verrez qu'il y a un ordre constant dans lequel évoluent ces phénomènes que j'appelle échos de sennhitité, et qu'ils se manifestent toujours en remontant. Si l'excitation a lieu à la cuisse, le point douloureux est â l'abdomen, si à la base de la poilrine, l'cjcho se trouve dans une région qui est à peu pies celle du musculo-cutané interne. Soyez sûrs que ce que nous voyons quand il s'agil des nerfs de sentiment, se produit aussi entre les divisions du système nerveux de la vie de relation.
Enfin, il y a des circonstances ou Tintroduction par la voie rectale est la seule possible dans des cas graves où il faut agir vite.
Elle est la seule voio possible; elle l'était surtout lorsque nous ne connaissions pas la méthode hypodermique. Aujourd'hui, gnke à cette méthode, on peut presque toujours suppléer à toutes les autres voies d'introduction. Cependant il y a des substances qui ne se prêtent pas à Tintroductioa par la méthode hypo(lermi({uc,dans ces conditions, la voie rectale quelquefois été le dernier moyen à l'aide duquel on est parvenu â tirer d'une situation désespérée des sujets empoisonnés.
Je n'oublierai (le ma vie le fait que voici : Il y a quelques années était venu à Paris un professeur de Philadelphie qui consulta un certain nombre de médecins, et moi-même dans le nombre. Je lui prescrivis entre autres choses de l'extrait de quinquina à l:i dose d'un gramme par jour. Il fit ce que font les gens du monde et quelquefois aussi les médecins : il prit en une fois ce qu'il croyait être «■ grunine j d'extrait de quinquina. Au bout de QlMlknÊÊrJÊÊikÊÊÊtM M sentit un malaise indicible, des vcrl ^ vements convulsifs. Sa femme, qi
Lcçon.l GROS INTESTIN. 97
qu'il était empoisonné par la strychnine. Elle descendit chez le pharmacien et demanda ce qu'on avait donné. On s'aperçut que c'était de l'extrait d'opium. De sorte que cethomme avait pris un gramme d'extrait gommeux d'opiun) avant son déjeuner. Il tomba dans un état de coma profond^ fut pris de vomissements incoercibles. Quand j'arrivai, il avait été vu par un certain nombre de bons médecins, entre autres par MM. Blondeau et Guérin. Son état était désespéré, rien ne pouvait le tirer du coma, et sitôt qu'on lui doonait même un peu de glace, il la rendait. La pâleur était extrême; on croyait qu'il allait mourir. Je lui fis donner un lavement d'un gramme de sulfate de quinine, et grâce à ce contre-poison il revint peu à peu à lui. Le lendemain presque toute trace de l'empoisonnement s'était effacée. Vous le voyez, dans ce cas la vie de ce malade a été due à la possibilité d'introduire un médicament énergique par la voie rectale.
GIULCR, Thérapculique.