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SEPTIÈME LEÇON

Voies d'introduction des médicaments (suite), f

Vessie : faiblesse de l'absorption ; sanf dans les cas pathologiques.

Urètre. Id.

Muqueuse glando-préputiale : quelques avantages locaux.

Muqueuse vaginale. Id.

Muqueuse utérine : dangers de cette voie. — Injections utérines.

Appareil oculaire : collyres : atropine, daturine, duboi?ine, ésérine, picrotoxine.

Fosses nasales et pharynx.

Trompe (tEustache; cavité tympanique : syphilis.

Voies respiratoires : gaz et vapeurs. — Térébenthine. — Hydrogène sulfuré.

Corps liquides : rapidité de leur absorption.

Corps solides.

Corps solides pulvérulents : leur introduction dans les voies respiratoire^. — Maladies professionnelles.

Fumigations. — Inhalations.

Messieurs,

Nous allons aujourd'hui continuer Tétude des voies d'introduction par Tappareil urogénital, en commençant par la vessie.

On a considéré pendant longtemps la vessie comme une excellente surface d'absorption, mais il y a longtemps cependant que des expériences précises ont démontré que c'était là un préjugé que rien ne justifiait. A priori on aurait pu deviner que la vessie n'était point faite pour l'absorption ; en eflet, si elle absorbait, elle eût été comme le tonneau des Danaïdes, puisqu'il y arrive sans cesse de l'urine qu'elle aurait ainsi laissée passer. Heureusement la vessie n'absorbe pas et les expériences de Ségalas père en IS'^^, celles de son fils confirment cette proposition. D'ailleurs dans ces dernières années des expériences faites avec un soin extrême par un jeune interne récemment enlevé à la science, le docteur

MUQUECSE TAGINiLK. 1)9

E. Alling, qui est allé mourir de tuberculose à Alger, ont montré sur l'homme et les animaui la non-absorption de la vessie.

Cependant, comment comprendre les assertions contradictoires. Notez bien que les faitsobservés subsistent; ce qui change, c'est l'interprélation.

H n'est pas douteux que, dans un certain nombre de cas, des hommes sérieux n'aient eu l'occasion d'observer l'exis- , tence des effets généraux dus à l'introduction de médicaments dans la vessie. Comment cela s'ftxplique-t-il ? Cela est très simple : la vessie saine n'absorbe pas, mais la vessie ulcérée est une voie d'absoq>tion très active, et c'est ce qui fait précisément que Demarquay, qui expérimentait dans des cas où les gens avaient besoin d'être sondés et avaient des affections des voies urinaires, a vu les faits les plus disparates au point de vue de l'absorption.

Tantôt elle ne se faisait pas, on ne retrouvait pas d'iode, iaotôi 00 en trouvait un peu au bout de 4 ou 6 heures, d'autres fois après S5 minutes. Ces différences s'expliquent par les conditions dans lesquelles se trouvait le réservoir urinaire. Lorsque l'absorptijOn s'est faite, c'est qu'il y avait des exulcérations; quand elle manquait, c'est que la muqueuse était saine et qu'il n'y avait aucune écorchure. Par conséquent il ne faut pas compter la vessie comme une voie d'absorption médicamenteuse. Dans certains cas vous pourrez avoir des «ÎSeU, mais scnlenicnt lorsque \ûa organej génitaux en général seront altérés.

l/iinl-lre répond ans niriiies conditions : quand il est saiu, il iibsorbe très peu; il n'eslpasfuiL pour cela; mais, exulcért^, il devient une voie d'absorpt^Af C'^t^iwi qun dans un certain nombre de AM^I^II^HttMllbi, ^^^ bougies

100 VOIES DMNTRODUCTiON DES MÉDICAMENTS. [ScpUêmc

enduites de belladone, on a vu des phénomènes indiquant un cerlain degré d'atropisme, c'est-à-dire de la sécheresse delà gorge, de la soif avec une mydriase plus ou moins notable. Ici encore, vous le voyez, ce n'est pas une véritable voie d'absorption, elle n'est qu'accidentelle.

Je vous en dirai autant de la muqueuse glando-préputiale, et cependant il y a un intérêt à connaître les facultés qu'elle présente. On a vu des solutions d'iodure de potassium, déposées entre le gland et la muqueuse, être absorbées assez rapidement pour que l'apparition de l'iode eût lieu dans l'urine, lorsque l'on avait pris toutes les précautions pour éviter sa pénétration directe dans la vessie. Ceci a été noté par de bons obseï valeurs et en particulier par Deinarquay.

On pourra dire : A quoi bon savoir cela? Eh ! mon Dieu, le voici : c'est que toutes les fois que vous pourrez produire des effets sédatifs locaux ou régionaux, sans faire agir le médicament sur Tensenible de l'économie, vous devrez choisir ce procédé, attendu que les remèdes très actifs, que nous utilisons dans ces circonstances, ont toujours des inconvénients. Par exemple dans certaines alfections nerveuses, telles que les névralgies du col, il pourra y avoir avantage, chez un sujet dont le prépuce est long et par conséquent où vous pourrez faire demeurer la substance calmante, à employer celle voie, de manière a obtenir une sédation des effets douloureux.

La muqueuse vaginale? Cette muqueuse a été considérée comme pouvant absorber facilement; d'aulres ont déclaré qu'elle n'absorbait pas. C'est toujours la même dualité de circonstances qui vous rendra compte de ces faits contraires. Cette muqueuse absorbe mal à l'état sain, bien que probablement un jH'u mieux que la muqueuse cyslique; mais lors-

Leçon.] MUQUEUSE VAGINALE. 101

qu'elle est vascularisée, ce qui n'est pas rare dans la vaginite, dans la leucorrhée, où il y a toutes les fois dépouillement de la muqueuse de son^pithélium, et par conséquent une rougeur plus ou moins vive, et même de véritables ulcérations, alors l'absorption se fait très bien, et tellement bien qu'on a observé de véritables accidents consécutivement à l'application de topiques plus ou moins actifs. Ainsi, par exemple, on a introduit de la liqueur de Van Swieten : l'absorption s'effectue avec tant de rapidité, que, quoiqu'elle ne soit pas un moyen de produire des phénomènes de stomatite, on a signalé des cas dans lesquels on avait eu une sorte d'hydrargyrisme aigu. Il y a aussi des cas dans lesquels on a vu certain degré d'atropisme, de morphinisme consécutifs à l'introduction de ces solutions dans la cavité vaginale. On a vu souvent, par exemple, l'extrait de belladone donner lieu aux phénomènes que je relatais tout à l'heure, c'est-à-dire à de la sécheresse de gorge, à de la soif. On a cité même des cas dans lesquels le chloroforme avait pu être introduit sous forme de vapeurs et déterminer des phénomènes d'anesthésie plus ou moins notables; on a ajouté, et c'est Cl. Bernard luimême, que l'acide carbonique pouvait, introduit par cette voie, déterminer des phénomènes de sédation plus ou moins généralisés.

Je crois que ce sont là des faits exceptionnels. Pour ce qui est du chloroforme cela est constant, puisque les chirurgiens ont ainsi obtenu l'anestbésie, mais pour ce qui est de l'acide carbonique, je doute qu'on soit appelé souvent à vérifier ces faits d'anesthésie, parce que son absorption n'est pas facile, et que, d'un autre côté, Tacide carbonique n'est guère un anesthésique.

J'ai eu l'occasion de l'employer à une époque où qu<:i-

1U2 VOIES D'INTRODUCTION DES MÉDICAMENTS. [Septiètt

ques-uns s'en louaient beaucoup, et je n'ai jamais pu cob* stater une véritable anosthésie produite par cet acide carboniqucy alors que je l'employais en insistant sur le contact de manière à avoir les résultats annoncés.

En somme, ce que je viens de dire do Tabsorplion par les voies génitales, chez la femme, et je pourrais l'étendre aux surfaces des grandes et des petites lèvres, doit être reteoo par vous, parce que s'il est vrai que l'absorption s'effectue difficilement quand elles sont intactes, il est démontré qu'elle est facile lorsqu'elles sont ulcérées. Vous savez quelles lom les dissidences sur les bains médicamenteux : eh bien, il esl d'observation qu'ils réussissent mieux chez les femmes que chez les hommes, et il est évident que cette différeoœ s'explique par la différence des muqueuses exposées 1 l'absorption.

Nous n'avons pas épuisé tout ce qui est relatif au votes génitales, nous avons & parler de la muqueuse du col et du corps do Tutérus.

Si vous vous référez à l'anatomie, vous verrez qu'ici l'absorption doit être facile, car la muqueuse est d'une vascufah rité extrême : elle pi*ésente un épithélium en dcsquamatiofi constante, et par conséquent, elle est dans les meilleures conditions pour l'absorption, surtout quand il n'y a pas une grande quantité de mucus sécrété. On a la démonatralîoD expérimentale que cette vue à priori a été obtenue dans us grand nombre de cas, et on a essayé de se rendre compte non seulement de la réalité de l'absorption des médioameak par la muqueuse utérine, mais aussi de sa rapidité*

En agissant comme- on le fait habituellement avocl'i de potassium (les expériences ont été faites par on a vu que ce médicament est absorbé avec une si i

Leçrni.) MUQUEUSE UTÉRI7«E. 103

rapidité qu'on peut le retrouver daas les^ urines au bout d'une minute et demie, quatre au plus tard.

Néanmoins, je ne vous conseille pas de vous, servir de cette voie d'introduction pour les médicaments. Nous sommes obligés quelquefois de recourir à des applications topiques sur le col, rarement nous allons jusqu'à la cavité utérine, et la prudence nous y convie, car il se produit quelquefois des accidents fâcheux lorsque l'on introduit dans la cavité utérine des substances qui peuvent produire des effets irritants, et vous veirez tout à l'heure que ces effets irritants se produisent par des substances qui, au premier abord, paraissent inoffensives.

Lorsque l'on a introduit dans la cavité utérine des injections médicamenteuses, on s'est aperçu dans un certain nombre de cas qu'il survenait presque instantanément, des phénomènes de malaise, des vomissements, qui indiquaient ce que généralement on appelle de la péritonite, phéno* mènes qu'on a vus quelquefois prendre une haute gravité et créer un véritable danger pour la femme.

Sans doute en prenant des précautions, en ne poussant pas très énergiquement l'injection, on peut arriver h diminuer les inconvénients, à conjurer les accidents, mais enfin on n'est jamais sûr de ne pas donner lieu à ces phénomènes de péritonisme que je viens de signaler. Et loi'sque ces phénomènes se produisent un temps assez long après l'opération, ils reconnaissent souvent pour origine la cause que je vais vous indiquer. Lorsque vous faites une injection intra-utérine et qne vous produisez des accidents gi*aves, sont-ils dus néoesttinMMBl mol qcalilés essentiellement irritantes des ■ilmmjiJi kÊttof ' ~ ~~ n pourrez introduire dans

IK^ ijier les accidents

lOi VOIES D'iNTI\ODU<:TION DES MÉDICAMENTS. (Septième

les plus graves. J'ai eu l'occasion de rappeler bien des fois l'observation d'un malade de Trousseau : ce malade avail une affection du périloine qui communiquait avec le dehors. Trousseau le traitait par des injections mucilagineuses, telles que la décoction de guimauve et de pavot. Un jour qu'il y avait eu une petite irritation manifestée par le péritoine, il lui vint l'idée, pour empêcher cet inconvénient, de l'aire des injections avec de l'eau distillée. Ce malade eut alors une péritonite suraiguë. Cela pouvait parailre étonnant, mais cela ne Test pas, attendu que les irritants ne sont pas des corps doués de qualités irritantes, qui soient inhérentes à leur nature.

Est irritant tout corps qui possède des propriétés très différentes de celles des corps en contact normalement avec un organe. Est excitant à plus iorte raison tout corps dont les qualités sont très diflerentes de celles d'un organe quelconque.

Je vais vous donner un exemple : voici la vessie qui, lorsqu'on a chaud, est impressionnée par le froid. Vous avez chaud, vous sortez de votre lit, et vous êtes pris de Tenvie d'uriner. Vous êtes exposé au froid depuis longtemps, vous vous mettez devant le feu en hiver, et cela vous donne envie d'uriner. Qu'est-ce donc? C'est un changement dans les conditions où. se trouve depuis un certain temps l'organisme.

Il en est de même pour le péritoine. Lorsque vous versez dans le périloine un liquide qui ressemble par ses caractères de douceur à la sérosité péritonéale, le péritoine le tolère. Mais si vous introduisez de l'eau distillée, c'est-à-dire de l'oxyde de ce métalloïde qu'on appelle hydrogène, alors c'est une irritation des plus vives. C'est ce qui arrive lorsque vous mettez de l'eau distillée dans l'œil ; elle y produit

Leçon.) NUQUtUSE UTÉRINE. t05

une sensation de chaleur ; au contraire Teau salée , c'est à-dire en tout semblable fondamentalement aux larmes, ne produit aucune sensation. Je vous dis cela pour vous faire comprendre que vous ne serez pas à Tabri d'accidents, par cela seul que vous vous serviriez, dans les injections utérines, de substances inoffensives. A plus forte raison, si vous introduisez dans l'utérus du perchlorure de fer, comme cela a été fail pour les tumeurs fongueuses.

C'est un mauvais procédé. Il vaut mieux employer, comme M. Itichetja cautérisation au nitrate d'argent, parce qu^alors vous êtes sûr de ne pas produire une distension à la faveur de laquelle il peut pénétrer de la substance liquide dans Tintérieur des trompes, pénétration qui entraînerait une irritation des plus violentes, des phénomènes de péritonisme et plus tard uœ péritonite véritable.

On a beaucoup discuté sur la manière dont se produisaient ces phénomènes. Celle que je viens d'indiquer me semble la plus vraisemblable.

Dans certains cas, Tinflammalion de l'utérus peut se transmettre de celui-ci aux trompes et delà au péritoine.

Il y a aussi un autre moyen d'action de la part do l'utérus sur le système nerveux sympathique. C'est une sorte d'action réflexe, sympathique, comparable à celle que vous voyez se développer, avec tant de fracas, lorsque vous pratiquez le cathétérisme. Lorsque vous introduisez une sonde, alors qu'il n'y a pas dans l'urètre d'obstacle matériel, mais par exemple une paralysie de la vessie, il se peut que vous déterminiez par là une excitation qui se traduit par des accès de : à forme intermittente, tout à fail comparable à h . lustre. C'est un retentissement sympathique;: même voie qu'une uréthrite parvenue da

106 VOIES DINTRODUCTION DES MÉDICAMENTS. ISepUène

détermine ces phénomènes qu'on a appelés rhumatisme blennorrhngique; rhumatisme dans lequel on démontre si biei rinfluence de l'affection uréthrale sur le système sympithique, que lorsque vous examinez les urines des malades, vous y développez du bleu comme chez les sujets qui oa des maladies abdominales : preuve incontestable du retotisseiiient de rafTeclion sur le système nerveux sympathique abdominal.

Rn poursuivant l'étude des voies d'introduction qui sont tapissées par des muqueuses, j'arrive & vous dire quelques mots de l'appareil oculaire. Cornée et conjonctive sont des lieux ou l'absorption se fait d'une manière active. Nous sah vous que le cornée se nourrit par voisinage. Les culs-de-sac conjonctivaux absorbent très bien, ce qui est une raisofl pour en faire une voie d'absorption. Je vais vous an parler parce qu'ils vous arrivera quelquefois de voir des effets diffosésde substances placées sur Tœil. Ce sont les ophtalmologistes (pi ont été témoins de c<'s Taits. 11 n'est pas très rare que, lorsqu'on emploie un collyre mydrialique, c'est-à-direTatropine (puisque jusqu'à présent on n'a employé qu'elle), non aeokment on obtienne une <lilatation de la pupille du c6té snr lequel on a appliqué le médicament, mais qu'on détermine des phénomènes de sécheresse de la gorge, de soif, des troubles visuels dans l'œil sain. Et dans un ceilain nombre de caiyOi a vu les sujets pris de ce délire fantastique qui caractérise l'alropismc, quand il est poussé un peu loin. Celaprouveque l'absorption s'est efTertuée, non pas uniquement par la ooi* jonclive ou la cornée, mais aussi par le sac lacrymal al fÊt les fosses nasales.

Lorsque vous aurez à obtenir la mydriase et que vous ploierez un collyre à l'atropine un peu ibrt^ il faudra

UfOD.] APPAREIL OCULAIRE. FOSSES NASALES. 107

soin de n'introduire à la fois qu'une petite quantité de ce collyre et de ne pas le verser larga manuy comme on le fait très souvent. Je dirai même qu'il ne faut pas prescrire une solution concentrée ; très souvent on a dépassé la mesure. Ainsi il y a des ophtalmologistes qui prescrivent 0^,20 d'atropine pour 20 grammes d'eau. C'est là une dose au moins quatre fois trop forte : avec (K'',05, vous aurez les résultats dont vous avez besoin.

Ce que je dis de l'atropine je le dirai également de la daturine, qui, pour certains praticiens, doit avoir la préfé* rence.

On peut aussi faire la même recommandation pour ce nouvel alcaloïde que j'ai déjà nommé ici, la duboisine, qui n'est pas encore dans le domaine courant de la thérapeutique» qui va y entrer et qui agit comme l'atropine.

J'en dirai autant de toutes les substances myosiques, de l'ésérine, de la picrotoxine que jamais on ne doit employer sous des formes trop concentrées.

Je vous ai dit que les fosses nasales étaient une voie d'absorption.

Le pharynx est également au nombre des muqueuses qui peuvent absorber. On a même mis sur son compte des absorptions qui ne lui appartiennent pas. Ainsi certains phénomènes de narcolisme chez les grands priseurs. On a dit que ce tabac qui était là adhérent, retenu par des mucosités, laissait absorber ses principes actifs et qu'il en pouvait résulter des accidents. Mais les priseurs déglutissent le tabac, et c'est bien plutôt par les voies sous-diaphragmatiques que l'absorption s'effectue.

La trompe d'Eustache, la cavité tympanique sont aussi des voies d'absorption. Les médecins qui s'occupent des maladies

108 VOIES D'/NTRODUCTION DES MÉDICAMENTS. [Septième

de ces organes ont eu Toccasion de voir les phénomènes diflusés ordinaires aux substances employées, notamment k Tatropine. Mais c'est malheureusement surtout la syphilis qu'on a introduite par cette voie, et il y a un médecin qui a empoisonné de cette façon un certain nombre de jeunes et jolies femmes, que Ricôrd a e» plus tard l'occasion de voir. Mais ce ne sont pas là de bonnes voies d'absorption pour les médicaments.

J'arrive aux voies respiratoires proprement dites, car quand je parle des fosses nasales et du pharynx, ce n'est qu'uu vestibule commun, ce ne sont pas les voies respiratoires. Le larynx, la trachée, les bronches, enfin les alvéoles pulmonaires, voilà les véritables voies respiratoires. C'est là certainement une des surfaces qui offrent le plus de facilité pour l'absorption médicamenteuse, et le nombre des médicaments introduits par cette voie va toujours croissant, non seulement parce que la chimie nous dote de substances volatiles très actives, mais parce que nous avons maintenant à notre service la pulvérisation des liquides, qui permet d'introduire non seulement des substances volatiles, mais même des substances stables qui ne possèdent pas la faculté de se gazéifier. Voilà pourquoi cette voie devient de plus en plus utile.

On peut introduire par les voies respiratoires des gaz et des vapeurs; on peuty introduire des liquides ou pulvérisés ou à l'état fluide. On peut introduire aussi des solides les uns en dissolution dans un liquide, les autres à l'état pulvérulent.

Parlons d'abord des gaz et des vapeurs. 11 suffit de connaître la physiologie de la respiration, dans la partie essentielle de son histoire, pour comprendre que les gaz doivent s'introduire très facilement dans les voies respira-

L'^Con.l VOIES RESPIRATOIRES. 103

loires, puisque c'est là que se l'on lies échanges gazeux entre le sang et Fatmosphère.

Il y a des expériences de tous les instants qui vous le montrent. Alors par exemple que vous couchez dans une chambre récemment peinte, votre urine sent la violette. Il suffit même d'ètie resté deux ou trois heures dans cette chambre pour que le fait se produise. Non seulement Tabsorption s'efleclue, mais elle est très rapide.

Elle avait été observée de longue date par Magendie qui avait fait voir que le plomb j c'est-à-dire ces accidents formidables, presque toujours mortels, qui se produisent chez les sujets qui descendent dans les fosses d'aisance , était du à l'introduction de l'hydrogène sulfuré dans le sang.

C'est Cl. Bernard, son élève, qu'il faut toujours citer quand il s'agit d'expériences bien faites, qui a démontré pourquoi celle intensité d'action était si formidable par l'hydrogène sulfuré. Il a fait voir que si l'hydrogène sulfuré était à peu près inoflensif lorsqu'il est absorbé par la muqueuse digestive, comme cela a lieu pour les eaux sulfureuses, c'est qu'il peut être incessamment exhalé par le poumon au fur et à mesure de son introduction. Au contraire lorsqu'il contracte des combinaisons avec les globules, aloi^ arrivent les accidents les plus graves, puisque la respiration est tout à coup suspendue et qu'elle ne peut l'être sans que tous les phénomènes vitaux s'arrêtent du même coup.

La preuve encore de cette instantanéité, vous la trouvez dans les anesthésiques, car vous savez que quelquefois il suffit de quelques inhalations de chloroforme pour que Tinloxication se manifeste.

Quant aux liquides, leur absorption

ilO VOIES D'INTRODUCTION DES MÉDICAMENTS. [Septième

ment active. C'est ici que rîmaginalion est étonnée de la rapidité; avec lac|iielle cette absorption s'effectue et de li quantité énorme de liquides qui peuvent disparaître quand ils sont injectés dans les voies respiratoires. Ainsi on a introduit 30 grammes d'eau dans le poumon d'un lapin, 200 dans celui d'un chien. On a introduit de 10 à 15 litre* d'eau dans le poumon d'un cheval sans aucun accidenl. Cette eau est absorbée i-apidement. Et les choses vont si vile que M. Colin, d'Alfort, qui passe sa vie à faire des expériences, a démontré qu'on peut établir un courant consUint, c'est-î\-d ire verser incessamment du liquide parla trachée d'un cheval dans ses poumons, et qu'on peut arriver a le luersous rinfluencc des modifications ult«^ Heures que c^tle eau délermine dans le sanp et dans les tissus, sans qu'il reste trace de liquide dans les poumons quand Tanimal meurt. Vous voyez avec quelle rapidité se fait Fabsorption des liquides dans les voies respiratoires.

Quand des corps solides sont en dissolution dans cette eau qui pénètre dans les voies res[)iratoircs, il est clair qu'ils sont absorbés avec elle. On a expérimenté et on a retrouvé les différentes substances usitées <lans ces expériences au bout d'un temps très court. On a ép:alemenl déterminé de la sorte des empoisonnements par ces alcaloïdes très actifs dont les phénomènes caractéristiques ne peuvent être méconnus par personne, par exemple la strychnine ou l'atropine. On introduit de l'atropine dans les voies respiratoires d'un animal, et on voit immédiatement les phénomènes de l'atropisme se produire avec soif et délire, car les animaux ont du délire visible pour ceux qui savent le comprendre. De même, avec la strychnine, dansTespaee de quelques minutes, on voit des phénomènes tétaniques survenir, et l'animal peut mourir si

Leçon.) VOIES RESPIRATOIRES. Ht

la quantité est suffisante. Lorsque Ton emploie des substances destinées à<lémonlrer tout simplement la rapidité de la circulation, comme l'iodure de potassium, on constate que c'est au bout de trois, quatre minutes, que cet iodurc de potassium introduit par les bronches, apparaît dans l'urine. Voilà donc une excellente voie d'absorption ; je ne fais que poser les jalons physiologiques, nous parlerons ])lus tard des applications.

Mais si les corps sont à l'état solide, à Tétat de poussière, est-ce qu'ils peuvent pénétrer dans l'arbre aérien jusqu'aux extrémités des bronches? Au premier abord la chose paraît assez difficile : car si la voie était largement ouverte, nous serions sans cesse exposés à des risques, et il y aurait beaucoup plus d'accidents graves que nous n'en voyons.

Néanmoins cette introduction de poussières se produit, et on connaît depuis trop longtemps les accidents auxquels sont exposés certains hommes faisant des métiers dangereux, pour qu'on n'en soit pas sûr. Par exemple, les Ciirdeurs de laine sont sujets à des bronchites, à des phtisies, et quand on fait leur autopsie on trouve dans les poumons des débris de laine qu'ils ont inspirés. Il en est de même pour les tisseurs de coton teint en couleur d'aniline, couleur très dangereuse. Les parcelles de ce coton coloré qui sont introduites dans les voies respiratoires, déterminent des accidents bien connus des gens qui s'occupent d'hygiène. Il en est de même pour les casseurs de pierres, les piqueurs de meules. De même enfin pour les monteursen bronze, ctTardieuafaiten 1 854* un mémoii-e remarquable,dans lequel il établit lagravit^ des accidents éprouvés par les fondeurs en bronia ser\'aient de la poussière de charbon renferroaDt délai

( \) Tardieu, AnimU» <rAygiéiie pHèHfM ei ée mU. U§. M

112 VOIES D'INTRODUCTION DES MEDICAMENTS. (Septièae

Je ferai une petite réserve, c'est que ces ouvriers, comme les autres, mettent tout sur le compte de leur profession, €t que quelquefois les résultats de Tobservation clinique sembleraient leur donner raison alors qu'il en est lout autremenl.

Je me rappelle un cas de ce genre, dans lequel 0 s'agissait d'un ouvrier qui avait les apparences d'un tuberculeux, et qui linit par succomber dans un élal de phtisie, sans tubercules proprement dits. Il avait, à la partie inférieure des poumons, des calculs qui semblaient formés par les poussières qu'il avait respirérs. Je fis remarquer qoïk n'étaient pas lourds, et j'en fis l'analyse avec M. Berthelol Nous trouvâmes que ces calculs n'étaient pas formés par de la silice, mais par d(\s phosphates et des carbonates terreni. II y avait là une difficulté, car on dit que les phosphates et les carbonates terreux sont solubles d<ins l'acide acétique concentré, et ceux-ci ne s'y dissolvaient pas; cela tenait i ce qu'ils étaient invisqués d'une matière cilbumînoïde qui les empêchait d'être attaqués. Mais soumis d'abord t\ la cha/ear, ils se dissolvaient. Vous voyez qu'il faut faire quelques réserves relativement à la fréquence de ces accidents.

Il y a un fait qui nous intéresse un peu plus que ceux-là et qui démontre l'introduction des poussières dans les voies respiratoires : c'est celui de cet élève en pharmacie qui oc pouvait pas pulvériser d'ipéra sans être pris d'asthme. Ces accès d'asthme étaient évidemment en rapport avec Tintroduclion de cette fine poussière d'ipéca, qui forme des nuages très ténus.

Voilà des preuves de Tintroduction des poussières dans les voies respiratoires. Que deviennent ces poussières? IVl^ fois elles forment des calculs, mais elles peuvent à larigueor pénétrer dans les vaisseaux et arriver dans les gaogUans.

Leçon.) VOIES RESPIRATOIRES. 113

Les choses se passent pour elles comme pour les bacléridies du charbon, qui s^arrôtenl dans les ganglions.

A celle question s'en rattacherait une aulre très étrange, qui a fait beaucoup de bruit. C'est celle de la transmission de la tuberculose par contagion. On a vu pénétrer ces matières dans les poumons! et l'auteur de la doctrine, M. Villemin*, pense que même un voile acheté chez une revendeuse a pu donner la tuberculose à une femme. C'est là un domaine dans lequel nous n'avons pas à entrer. Je me contente, dans ce moment-ci, devons faire constater l'entrée des poussières dans les voies respiratoires, et j'arrive aux applications à faire de ce fait à la thérapeutique.

On a utilisé les voies respiratoires par bien des procédés et on leur a donné bien des noms : fumigations, inhalations, humages. Cette voie a été utilisée dès les premiers temps de la médecine, car dès ces époques on a £ût respirer aux malades, tantôt de la vapeur d'eau simple, tantôt de la vapeur chargée de principes aromatiques. On leur a fait aussi respirer des vapeurs fournies par des substances telles que le benjoin, l'encens.

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