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ABSORPTION PAR LES CAYITÉS SÉREUSES. 15S

soalagés et d'auiaat plus avancés dans la guéri son» qu'ils présentaient des accidents en apparence plus graves. G'est-idire que s'ils n'ont encore que des engorgements ganglionnaires, ils se trouveront bien assurément des eaux minérales toniques; maûs si ce sont des sujets qui ont des trajets iistuleux» qui portent des ulcérations aux membres inférieurs et au cou, en les faisant plonger dans ces eaux stimulantes (auxquelles on ajoute encore ce qu'on nomme les eauxmères, qui sont plus fortement iodo-bromurées que l'eau elle-même), les sujets bénéficient énormément de ces bains.

Bientôt les surfaces ulcérées sont modifiées, elles rougissent, les tissus deviennent plus vifs, en même temps que les sécrétions deviennent plus rapides et prennent un caractère plus louable. En un mot les tissus sont plus fermes et les cicatrices plus régulières.

C'est là une théorie en apparence paradoxale , mais les faits sur lesquels elle s'appuie sont réels.

Ce bénéfice, ils le doivent à la présence à la périphérie du corps de surfiices qui sont capables d'absorber comme les muqueuses elles-mêmes.

Il y a aussi des circonstances dans lesquelles les cavités séreuses deviennent le siège d'absorption de médicaments. Par exemple il n'est pas rare que lorsqu'on pratique une injection dans la tunique vaginale, avec un composé d'eau et de teinture d'iode, on voie que Tabsorption s'exerce quelquefois avec une telle activité par la séreuse qui a été le siège de l'injection, que les sujets sont pris d'un véritable iodisme ligu : larmoiement, coryza intense et enchifrènement tel que les malades ne peuvent plus respirer. Ce sont là des [rfiénomènes tout à fait éventuels, ce ne sont pas des voies n^olières d'introduction de médicaments.

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J'arrive à vous parler de Tinlroduction des médicaments par la périphérie culanée. Il y a ici des distinclions à faire: tanlôt la peau est intacle, tantôt dépourvue de son épithélium, d'autres fois l'introduction se fait dans l'épaisseur du derme ou enfm par le tissu cellulaire sous-cutané.

On peut désigner ces dilîérentes modifications de l'introduction médicamenteuse sous les noms de : métliode diaépidermique, méthode cndermique ou diadermique, métliode entodcrmique (celle de Lafargue de Saint-Emilion, qui dépose la substance dans ré{)aisscur du derme), enfin méthode hypodermique ou sous-culanée.

Parlons d'abord de l'introduction des médicaments par la peau intacte.

Ici se pose une question préjudicielle. La peau intacte estelle une voie d'absorption pour les médicaments? cl si elle en est une, pour quelles substances et dans quelle mesure ? Cette question a été résolue en sens très divers.

C'est qu'en effet il y a des circonstances qui prouvent l'absorption par la peau intacte, et il y en a d'autres qui démontrent le contraire. 11 faut donc que nous discernions l'ivraie du bon grain.

Il faut toujours s'en référer un peu à la physiologie, et vous savez que c'est par là qu'en général je débute dans l'étude des médications. Que nous apprendrait la physiologie, s'il s'agissait d'induire la possibilité ou l'impossibilité de l'absorption des médicaments par la peau? Elle nous apprend que la peau, pourvue d'appareils très délicats, est une sentinelle vigilante qui non seulement nous avertit de ce qui peut nous nuire, mais qu'elle est le moyen à l'aide duquel nous avons la sensation du moi tellement forte, que quand son rôle est aboli on ne l'a plus. C'est dans ces conditions-là

Lcçon.l PEAU INTACTE. 157

que sainte Thérèse et d'aiilres personnes ont cru qu'elles n'avaient plus un corps distinct de celui de l'univers et qu'elles se confondaient avec celui de la Divinité.

La peau a pour but de protéger le reste du corps, et vous savez quelle est sa puissance de protection, puisque alors qu'un ti^aumatisme a produit des désordres considérables au-dessous d'elle, elle peut avoir résisté, ou du moins présenter des lésions beaucoup moindres.

La peau est en même temps un organe de sécrétion, mais c'est un oi^ne de sécrétion excrémentiticlle ; ce qu'elle verse au dehors n'est pas destiné à rentrer dans l'organisme. C'est une annexe de l'appareil respiratoire, non pas que les phénomènes qui se passent à la peau soient cpmparables à ceux de la respiration cutanée chez les batraciens, non; mais la peau n'en est pas moins un organe au travers duquel il se fait des échanges. C'est pour cela qu'il faut recommander la propreté, les bains, les frictions. Entretenir la fonction cutanée, c'est rendre un service notable au point de vue de l'hématose elle-même.

D'après ce que nous venons de dire de la physiologie de la peau, peut-on concevoir qu'elle soit un organe d'absorption très énergique? Non. El même on peut dire à priori qu'elle ne doit èive un moyen d'absorption que pour les substances analogues à celles qui sont échangées d'une manière normale à travers ses glandes.

Vous verrez que ce que la physiologie nous indique comme vraisemblable est démontré par l'obscnation des faits, et par conséquent vous voyez combien il est toujours utile de la prendre pour guide et pour flambeau quand il s'agit des questions de pathologie et de thérapeutique.

Je disais donc qu'on ne pouvait songer qu'à rabsorplion

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de substances volatiles an gazeuses. Et cependant, de toute antiquité on a appliqué sur la peau toutes les substances que reslomac se refusait à prendre, et les expériences montrent qu'on a obtenu un certain nombre de succès qui permettaient de se faire illusion sur l'activité de cette absorption.

Il y a quatre ordres de raisonnements qui ont été iails pour appuyer la réalité de cette absorption.

On a dit : Â la suite de rappiication de médicaments sur la périphérie cutanée, on a vu se produire les efifets physiologiques et thérapeutiques, qui auraient été le résultat de rintroduction de ces mêmes médicaments dans Téconomie.

On a dit encore qu'il y avait une certaine proportion des substances appliquées sur la peau qui avaient disparu comme absorbées par elle.

On a ajouté que quand les substances avec lesquelles le corps était en contact étaient en masse assez considérable, elles pouvaient être absorbées en proportion telle, qu'il en résultât une augmentation du poids du corps.

On a dit enfin que dans un certain nombre de cas, des substances appliquées à la périphérie cutanée avaient été retrouvées soit dans le sang, soit dans l'urijie.

Voilà les quatre sortes d'arguments invoqués en faveur de l'absorption cutanée. Nous allons les reprendre une à une pour voir quelle en est la valeur.

Parlons des effets qui auraient été obtenus à l'aide de médicaments appliqués à la périphérie ; il y a là un certain nombre de catégories de faits qu'il faut passer en revue.

On a d'abord noté à une époque reculée que des bains ou des cataplasmes chargés de principes émoUients ou narcotiques, ou bien que des applications topiques formées par des substances ou froides ou astringentes, avaient produit

Ucoa.1 ARGUMENTS EN FAVEUR DE L'ABSORPTION. I5t

des effets. Et on a dit que si ces substances appliquées sur le ventre ou à la périphérie du corps avaient déterminé les unes des phénomènes d'acalmie et de sédation, les autres des phénomènes de stimulation et de sédation, il était probable que ces substances avaient pénétré et étaient ailées déterminer dans les régions les effets dont elles étaient capables.

On n'onbh'ail qu'une chose, c>st qu*il y a une sympathie fie continuité et de contiguïté^ comme disait Jolm Hunter ; c'est quMI y a des échanges incessants de stimulation et de sédation entre les éléments de deux régions voisinr's, en vertu de ce que j'ai désigné sous le nom de polari5atî«>n. Et «:ela. je le répète, explique en grande partie les phénomènes ou de calme ou de tonification produits par rapplication de certaines substances sur une région déterminée.

Par exemple, s'agit-il de calmer des coliques, on met un cataplasme chaud, et l'on croit que le cataplasme est capable, parla pénétration de ses principes, de déterminer une sédation profonde! Non; on Ta obtenue par le prc»cédé que je viens d'indiquer et par des actes réflexes auxquels toutefois on a voulu donner une trop large part. Vous pouvez relire les expériences de SchifT, lire Touvrage de Yulpian, et vous verrez que les phénomènes réflexes sont des plus évi. lents entre ies dilTérentes régions de la périphérie et les régions profondes; qu'un côté du corps est en connexion avec Pautre côté.

Déjà Brown-Séquard avait indiqué que lorsqu'on refroidissait une main, on refroidissait aussi Tautre. Mais i> i il y a à distinguer. Lorsque la violence des excitations est très grande, on a des phénomènes contraires du côte de^ '^ profonds. Si on applique un froi^^

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paralysie des vaisseaux profonds qui appartiennent aux organes parenchymateux.

Gela nous rend compte de ces répercussions qui se produisent à la suite du froid intense appliqué à la périphérie. Mais, lorsque au contraire il y a une impression périphérique modérée, qu'elle soit de nature à produire un certain relAchement des vaisseaux ou un retrait vasculaire, peu importe, c'est un phénomène analogue qui se produit dans la profondeur des organes. En d'autres termes, si vous appliquez sur Tabdomen, par exemple, un corps modérément froid, vous rétracterez les vaisseaux dans les parties profondes; si vous y appliquez quelque chose de chaud, qui donne lieu à une vascularité capillaire plus grande, c*est un phénomène analogue qui se passe dans la profondeur. Alors, vous comprenez comment, par l'intermédiaire de ces actions réflexes, des substances qui n'exercent d'action que par leurs qualités physiques déterminent des phénomènes de sédation dans la profondeur de la région sur laquelle elles sont appliquées.

On a parlé aussi de purgations produites par l'application externe de certaines substances, et les noms les plus illustres se rattachent à des faits de ce genre. C'est ainsi que nous rencontrons ici Ilallcr, Sœmmering, Séguin dont le nom est plus modeste. On a donc dit qu'on avait, à l'aide de substances drastiques telles que le calomel, l'huile de ricin, rhuilc de croton appliqués à la périphérie cutanée, déterminé des phénomènes de purgation énergique ; que d'autres substances appliquées sur la peau avaient provoqué la sortie d'helminthes. On a accusé même les sels neutres d'avoir pu agir par la périphérie cutanée.

Je ne crois pas à ces faits, dont il y a deux catégories à

Lcçoo.l ARGUMENTS EN FAVEUR DE L'AfiSORPTION. 161

faire : les uns qui sont toul à fail impossibles, et les autres qui, sans être impossibles, sont tout à fait invraisemblables.

Je reprends l'histoire des sels neutres. A supposer que ces sels déposés a la surface de la peau eussent le pouvoir de produire des effets à travers elle, voyons si, absorbes, ils pourraient déterminer les effets purgatifs qu'on leur altri bue. Non.

Nous savons, depuis les expériences de Moreau répétées par Rabuteau, et nous avons aussi appris par la clinique, que lorsque des sels neutres sont introduits dans le san^^, et qu'ils viennent & augmenter la proportion de ceux qui y étaient déjà, non seulement ils ne déterminent pas la purgation, mais qu'ils produisent la constipation.

Je dis que nous savons cela depuis longtemps, et tous les médecins qui pratiquent près des eaux minérales savent que, lorsque des eaux fortement chargées de sels et capables de purger sont prises en proportion telle que la purgalion ne soit pas immédiate, que toutes les fois en un mot que les sujets résistent, non seulement alors le sujet n'est pas purgé, mais il est même constipé. C'est ce qui se voit à Carlsbad, àHombourg, à Kissiugen, lorsque l'on prend, par demiverrées, ces eaux et qu'elles ne purgent pas : des gens qui allaient à la selle une fois par jour n'y vont plus du tout. Ces eaux sont à la fois ou purgatives ou constipantes par le procédé que voici :

Les sels n'étant pas éliminés sont absorbés, et ils viennent grossir la proportion des sels du sang et s'opposer par là aux exhalations séreuses.

C'est ce que nous voyons également dans les stations thermales françaises qui, en plus petit nombre, sont douées de la propriété de purger, il en est ainsi à Chalel-Guyon. Nous

cmiLCB, Thérapeutique. 11

16S ABSORPTION COTAHÊE. lOnsième

savons aussi que les différentes eaux employées comme purgatives, PuUna, Sediitz, et qui abondent aujourd'hui, données en quantité insuffisante pour produire Teffet purgatif, constipent.

On donne même l'eau de Frederickschali comme reconstituante, comme moyen d'augmenter la quantité des sels du sérum, dans l'albuminurie par exemple.

Voilà donc des cas dans lesquels les phénomènes qu'on a mis sur le compte de l'absorption cutanée ne pourraient pas se produire.

Il y en a d'autres dont la production est invraisemblable. Voici une racine drastique, la rhubarbe, dont il faut une grande quantité pour purger; comment admettre qu'appliquée sur la peau, elle ait dû produire des effets physiologiques?

Il n'en est pas tout à fait de même du calomel et de l'huile de croton, et il y a ici des particulai'ités qu'il faut vous signaler.

Le calomel est du sublimé doux, c'est donc une substance volatile, et si c'est une substance volatile, à+37'',5ellepeat se volatiliser suffisamment pour être absorbée par les voies respiratoires.

Biais à supposer que le calomel eût pu être absorbé en petite quantité, tout au plus aurait-il produit des effets altérants. De plus il y a une coïncidence contre laquelle il faut se mettre en garde, c'est celle d'une débâcle, que Ton meta l'actif de la substance employée.

On s'est beaucoup appuyé sur les effets du croton UgliuiD appliqué sur la peau. C'est une substance complexe, qui renferme à la fois une huile fixe et une essence. On comprend donc que si une large friction a été faite, si le sujet reste

l<açiMi.1 ARGUMENTS CK FAVEUR D£ L'ABSORPTION. 168

SOUS les eouverlures, cela ait pu délcrmincr des phéoooaènes d*irritatîoii du côté du tube digestif. Mais ici, je ci*ois qu'on a eu affidre 4 des coincidences trompeuses.

Il y a d'autres médicamenls qui onl été indiqués comme ponmuRt s*ab8Mi>er par la peau, le mercure. Oui, le mercure qui existe dans les pommades mercurielles s'absorbe, et nous verrons plus loin comment. Le mercure, quoiqu'il soit peu volatil, émet des vapeurs kib" au-dessous de 0, et à 37' à plus folle raison.

Par conséquent on comprend très bien que lorsque l'on frit une large flriction comme dans la péritonite, ou bien chez les syphilitiques, dans les deux aisselles, le malade puisse ab« sorber assez de vapeurs pour qu'il en résulte les effets dilfusésdus au mercure. Mais nous verrons tout à l'heure qu'i^ est absorbé par la peau.

On s'est beaucoup appuyé sur certains empoisonnements qui aoraieni été produits soit par de l'extrait de belladone, soit par des cataplasmes de feuilles de tabac appliqués sur le ventre. Il y a ici deux causes d'erreur.

Vous ne pouvez pas empêcher que des gens à qui on applique de l'extrait de belladone sur le ventre n'y mettent leurs mains et de là à leurs yeux, ce qui poun*ait vous expliquer la dilatation pupiOaire. J'ajoute que les alcaloïdes de la belladone et do tabac sont des substances volatiles.

Aussi je crois qu'il ne faut accorder aucune importance au fidts de ce genre pour admettre l'absorption cutanée.

L'iodure de potassium est aussi une substance qui a donné liea i des modifications de constitution de l'urine, qui indiquaient son passage. Nous verrons comment ce phénomène se produit ; mais dans tous les cas ce n'est pas riodme de potassium en dissolution qui peut être absorbé.

164 ABSORPTION CUTANÉE. lOnziùne

Arsenic, cantharides, tartre stîbié, voilà des substances qui, dit-on, ont été absorbées. Mais je vous ferai remarquer que toutes ces substances ne sont absorbées qu'après frictions.

Pour les cantharides, il y a d*abord irritation inflammatoire plus ou moins vive, une sérosité sécrétée qui absorbe les cantharides, puis le derme absorbe la sérosité. Ici l'absorption s'effectue sur une sérosité chargée de cantharidine, et du reste la peau n'est plus intacte.

11 en est de môme pour l'arsenic, qui produit des inDammations, des escarres. Il détermine la mortification et non pas la transformation chimique des tissus, on les reconnail encore quand ils ont été tués pur l'arsenic.

Mais enfin il escarrifie, et une fois qu'il a pénétré ainsi, il peut être absorbé par le.^ vaisseaux en connexion avec l'escarre.

J'en dirai autant du tartre stibié, qui donne lieu à ces pustules que vous connaissez tous, et qui lui aussi n'est absorbé qu'après frictions.

Par conséquent ce n'est pas de la peau. intacte dont il s'agit ici, et cela ne signifie rien au point de vue qui nous occupe.

J'arrive à Targument de la disparition d'une certaine quantité de la substance placée à la surface de la peau. C'est surtout Séguin qui a introduit cette donnée nouvelle dans la science. Par malheur je ne crois pas qu'il ait là rendu uo grand service et apporté des faits certains.

Il plonge son bras dans un bain local et il note que quaiui le bain s'est prolongé surfjsamment et qu'on a d'alH)rd pesé l'eau, il y a une diminution de son poids.

Certainement il doit y en avoir une. Voilà un bi*as à une

Le^on.] ARGUMENTS EN FAVEUR DE L*ABSORPTION. 165

lempéralure de Sô', vous le plongez dans un bain local, donc il doit se volatiliser une certaine proportion d'eau. Cette expérience ne vaut absolument rien.

Il en a fait aussi d'autres consistant à mettre sous des verres de montres, de manière à maintenir le contact, de la résine de scammonée, du calomel, de rémétique. Il est arrivé à ce résultat qu'il aurait vu disparaître, après dix heures d'application, un quart de grain de scammonée, deux tiers du calomel et de gomme gutte, 5 grains d'cniétique sur 72.

Croyez-vous, Messieurs, que la disparition de 0^,01 de scammonée prouve quelque chose? Il suffit qu'on ait mal essuyé la place : Op',01 , c'est quelque chose de si petit!

Dans l'autre cas, je ne puis pas admettre que 5 grains d*émétique aient pu disparaître sans qu'il en soit résulté des phénomènes considérables, tels que pustules avec escarres centrales. II aurait dû se produire tous ces effets, si Faction sur la peau avait été vi*aiment énergique et suilisante pour exph'quer la disparition de 0i^%25 de tartre stibié.

Je crois qu'il y a eu là des erreurs de pesées; imbibition de l'épilhélium par la dissolution et impossibilité d'enlever la substance, adhésion de certaines substances aveclacoucne épidermique, peut-être destruction des sels, mais assurément il n'y a pas eu absorption. Et toutes les expériences que nous faisons aujourd'hui démontrent d'une manière péremptoire que l'absorption, dans ces conditions, eût été impossible.

Mais voici par exemple un grand argument, le cheval de bataille, pour ainsi dire, pendant un certain nombre d'années, de ceux qui admettaient l'absorption cutanée. Le corps augmente de poids dans un bain.

Celte augmentation n'est pas énorme, elle ea

166 ABSORPTlOn GUTA'NËBé lOnsiiM

50 gnammes. Vous me direz que c'est bemcoup ; mais moi je maintiens que c'estpeu, si vous réfléchissessraa- phénomène qui ne peut manquer de se produire et d^enlever au baio une certaine propoi*tion de T eau* qu'il renfermait.

En eiTct, vous savez qu'au bout d'un bain d'une heut^ et même moins, N^otre peau est toute ridée parce que Tépithé- Irum est tuméfié; vous n'ave» qu'à regarder vos doigta : Tépi* thélium est devenu blanc, opaque, comme nacné; comme il est gonflé, il est trop large; il en résulte un plissement comparable h celui des circonvolutions cérébrales, plissement en rapport avec le degré d'imbibition de l'épithélium. Donc répithélium s'imbibe à la paume des mains et à la plante des pieds, et vous ne vous faites pas une idée de oe<pie cette imbibition peut représenter d'eau.

S'il vous arrive d'avoir affaire à des sujets affeolés de scarlatine intense, chez lesquels \ous pourrez enlever un gantelet constitué par de l'épithélium, enlevez-le, et^aprèsl^oir fait sécher et pesé, mouillez-le et pesez de nouveau. Vous verrez alors, si vous multipliez le résultat par la sur&ce des pieds et des mains, que le chiffre obtenu suffit presque à-vmiS'Tt^adre compte de toute la quantité d'eau qui aété-aiMiorbtedMsu& bain prolongé.

J'ai fait cette expérience, et j'ai vaqnt la quantité d*e«i absorbée était considérable. MM. Delore et Hébert la fireil aussi et arrivèrent aux mêmes <^nclusioi]s : i'Satmnque, suivant toute expérienro, l'eau qui reste à la surface dw-oorpsi Teauqui imprègne les^ouchtes épidermiqvesdes iMÔmeltles pieds, ainsi que ceHes de la siir&ee du corps, est suffistttè pour rendre compte dé raugmevrtaiion du pN>îéi> da . corps; Et puis, lorsque vous sortezd*tin bain, qM-vmm^mmis^xojm imnraculé et qu'un masseur s'empar&diS'voltenpirnMHii il

Leçon.] ARGUMENTS KH FAVSUR DK L'ABSORPTION. 167

TOUS démontre que vous avez encore des grammes de matière épidermique sur le corps, matière qui n'est plus vi vante, mais qui» adhérente à la surface de la peau, est encore capable d'absorber une assez grande quantité d'eau. Voilà donc un argument de plus que nous sommes forcés de meure de côlé.

Mais voici le véritable argument scientifique. C'est, comme je vous le disais, la présence dans le sang ou dans les sécrétions de substances déposées à la surface de la peau.

Il y a eu un grand nombre d'expériences faites pour établir ce passage dans le sang, et avec différentes substances . Le cyanure jaune de potassium et de fer, qu'on utilise souvent à cause de ses i*éactions, a été employé, et on a dit l'avoir retrouvé dans le sang et dans les sécrétions.

Je me contente ici d'exprimer un doute; je crois à la possibilité de l'absorption dans certains cas, mais il ne siiilit pas que la chose soit possible, qu'on ait démontré qu'il y avait un corps plus ou moins analogue au cyanure de potassium dans l'éccmomie, pour avoir établi d'une manière rigoureuse qu'il a été absori)é.

Rappelez-vous qu'il y a des sulfocyanures dans la salive, qu'il peut naître du bleu de Prusse aux dépens du sang. Vous voyez que ces recherches, qui reposent sur des qaan-

tités minimes de matière, sont entourées d'incertitude. Sur ce point je me contente de douter.

Les matières colorantes de la garance et de la rhubarbe ont été aussi retrouvées, dit-on. Pour nous, qui savons combien les matières colorantes de l'urine sont nombreuses, qui savons qu'il y a une indigose urinaire et des substances aiudogues an matières qui dérivent de l'aniline, nous ne pouvons pas attacher de l'importance à des réactions tout

168 ABSORPTION CUTANÉE. (Oniième

au moins douteuses et pratiquées dans ces conditions-là.

On a dit que l'eau pénètre, non seulement parce que nous avons vu Taugmentation du poids du corps, mais parce que nous avons vu la diurèse urinaire accrue. Il n'en est rien. La diurèse urinaire est accrue, non pas parce qu'il est entré une quantité d'eau plus considérable, mais en vertu d'actions réflexes qui agissent sur la sensibilité, les vaisseaux et la tension vasculaire rénale. Et cela est si vrai qu'en même temps que les bains prolongés sont censés donner lieu à plus d'urines, ils donnent lieu à des urines alcalines. Chose étrange, si ces urines alcalines s'étaient montrées à la suite de bains d'eau de Vichy, quel bel argument! Il était évident que non seulement il y avait de l'eau absorbée, mais encore elle entraînait ses sels. II n'y a qu'un malheur, c'est qu'avec des bains alcalins on n'a pas d'urines alcalines, mais bien avec des bains chargés d'acide nitrique! Ce n'est donc pas l'alcali absorbé qui a donné la réaction à l'urine. Seulement j'ajoute que le fait est encore assez difficile i interpréter. Le fait est vrai, on ne peut le nier, il a été va par plusieurs observateurs distingués. Tous ceux enfin qui se sont soumis à des bains prolongés ont observé le même fait.

Il est probable qu'il se passe dans ces conditions-là un phénomène comparable à celui qui existe dans la convalescence. Dans celle-ci, il y a une période pendant laquelle les urines sont toujours alcalines, tellement que quand vous voyez un malade en convalescence franche, avec abaissement de température, et que vous lui demandez des urines, elles sont toujours alcalines.

Il me semble que les bains prolongés produisent chez les sujets sains des conditions assez analogues, peut-être tout i

Leçon.) BAIN CHARGÉ DE SCKLIXË. Ï9»

Tait analogues à celles qui se rnootrenc chez les sujti'ts t»iirjH lesceDts, chez qui il y a une sêJacion profonde de tous I^ actes organiques.

Mais il y a d'autres faits qui ont eu plus de retentissement, et qui semblent plus précis et plus scientifiques. Ce sont ceux qui ont été observés par 31. AVillemin et par le regretté Iliriz de Strasbourg, esprit supérieur, qui a eu une grande part dans la gloire dont brilla la faculté de Strasbourg.

Ces deux hommes de talent et de conscience se sont mis à examiner ce qui se passait lorsque Ton plongeait un sujet dans un bain chargé de sublimé ou d'iodurc de potassium; et ils sont arrivés à cette conclusion que la peau absorbait, contrairement à toutes les dépositions contraires des faits.

Ils examinent les urines de gens restés dans un bain de sublimé, et n'y trouvent rien; ils font leurs observations sur des bains renfermant 100, 200, âOO grammes dModure de potassiimi ; ils constatent souvent des résultats négatifs, quelquefois des résultats positifs. Vous croyez sans doute qu'après cela ils auraient dû se dire : La peau n'est pas une voie d'absorption valable. Pas du tout; ils s'attachent aux faits positifs, mettent de côté les autres, et ils concluent que la peau est une assez bonne voie d'absorption, que les bains peuvent introduire dans l'économie des quantités plus ou moins notables des principes dont l'eau est chargée.

Cette conclusion, je la discutei*ai dans la prochaine leçon, et je vous montrerai combien elle est fautive.

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