‹ Cours de therapeutiqueChapitre 19 sur 58 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

Méthode cutanée. — Bains.

Absorption ci'tanée (suite), explication des faits et dos opinions contradictoifos.

ta pentt absorbe dans certaines conditions : action des corps gras. — Substances volatiles* — Application de la loi de diffusion des gaz.

Procédés propres à favoriser l'absorption par la peau. — Sp6cialit<5 de ccrlainos régions.

Bains médicamenteux; leur valeur.

Messietos,

M. Roussin* a démontré qu'en se plaçant dans les conditions favorables on n'a jamais Tabsorplion par la peau de riodiire de potassium mis dans un bain. C'est-à-dîrt que si on a une peau parfaitement intacte, si on s'essuiêf bien, et surtout si on prend un bain ordinaire après le bain iodure, il tf y a point d'iode dans les uriuQS. Au contraire, il a démontré que quand on emploie une solution d'iôdurie de potassium au dixième, qu'on l'applique sur certaines régions du corps et qu'on la laisse sécher sur soi, ou bien quand od pulvérise de iModuré de potassium, qu'on en saupoudre son gilet de flanelle, dans ces conditions-là on voît' toujours de l'iode dans Turihe.

Comment donc expliquer ces faits si contradictoînesl L'explication à mon avis est simple; voici ce (](tri se passe : lorsque vous avez badigeonné pour ainsi dire laf supérflde du corps, les régions axîllarires, par exemple, afvec ittè" solution concentrée d'iodure de potassium, ou lorsque vous avez appliqué à la périphérie de la poudre d'iodure de potassium,

i. Roussin, Double EmpoUonnement par le vert de Schweinfurth, nouvette$ expériences relatives à Vabsorption cutanée (Ann. d'hyg., 1867, 2© 8<$rie, tome XXVIII, p. 179).

VOUS ne le relmulves plus au bout d'un certain temps. Savezvous quelle couleur preod lu pommade faite avec de l'axonge fraîche et de fiodure de potassiiun? Cette pommade qui d'abord eM blancbe,. devient peu à peu jaune, puis d'un bpun rouge ^UB ou moins intense. Que se passe-t-il dans le cas où cette praimade finit par être brune et d'une odeur désagréable? Il s'est passé ceci : c'est que, si fraîche que fut Taxonge, elle a fini par rancir, et peu à peu les acides gi*as ont mis en liberté l'iode préalablement combiné avec le potassiam. Cest de Tiode qui est mis en liberté, et il dénote sa présence par sa coloration et par son odeur. Quand vous mettez de Tiodure de potassium à la surface de la peau, le même phénomène se produit et de la même façon. Rappelezvous en effet ce qu'est la sueur, un liquide acide contenant des acides gras volatils d'une certaine énei'gie, réagissant sur le papier de tournesol. Lorsque de l'ioduix) de potassium est en contact avec la peau, il est dédoublé et de Tiode est mis en liberté. Mais c'est une substance volatile et par eonléqu^t on peut lui appliquer ce que nous disions au début de la précédente leçon, lorsqu'il s'agissait d'autres substances de même espèce que nous supposions pouvoir être absorbées psfr les 'voies respiratoires.

Noos disons donc : il est possible que l'iode mis en liberté sous l'influence des aeides de la sueur soit absorbé par les voies respiratoires et non pas par la peau.

Ged me conduit à vous dire que réellement l'iode à Tétat méCàlloidiqQe peut être absorbé par la peau. Jusqu'à présent je nVn faîtqne vous montrer des résultats négatifs, vous faite sentirque lesconclosions antérieures étaient hâtives et fàotires. Maintenant je vais vous démontrer que des subatanéos- soni d^wwrbées par la peau.

172 ABSORPTION CUTANEE. (Douzième

L'iode nous fournit à cet effet le moyen le plus parfait de démonstration. Lorsque Ton applique du coton iodé et lorsque Ton enveloppe la région qu'il recouvre dans un appareil imperméable constitué par du taffetas gommé ou de la gutlapercha en couche mince, et enfin par une bande de flanelle pour maintenir le tout et empêcher la pénétration de l'air, on voit que de l'iode est absorbé et qu'il apparaît «iu bout d'un temps variable dans les urines.

Je dois avouer que lorsque j'ai fait ces premières expériences, d'abord avec de la teinlure d'iode, j'ai été surtout frappé de la pénétration dans l'économie, de sa diffusion lorsque l'épithélium de la région me paraissait avoir subi une profonde altération et avoir été mortifié. Mais depuis, j'ai fait d'autres expériences, desquelles il résulte que deux cas peuvent se présenter. Celui auquel j'avais d'abord attaché de l'importance, et un autre qui est le suivant : on peut faire l'application autour de la main, l'entourer d'un manchon imperméable, et l'absorption s'eiTectue, bien que rien du côté de la face dorsale de la main, à plus forte raison du côté de la face palmaire ne révèle le lendemain Texistenre d'une mortification de l'épithélium : et la preuve, c'est que vous n'avez pas de desquamation avec la teinture d'iode la plus concentrée. Il y a donc des cas dans lesquels l'absorption de l'iode s'effectue alors que l'épithélium est intact.

Il esl très facile de démontrer la présence de l'iode, ou du moins d'une combinaison d'iode dans l'urine. Ce procédé très simple consiste à verser de l'acide nitrique du commerce, quiest toujours impur, le longdes parois du verre où se trouve l'urine à expérimenter, et dans le fond de ce verre vous faites plonger un morceau de papier. Pourvu que ce soit de la cellulose très divisée (il n'est même pas nécessaire qu'il soit

Lecon.l EXPLICATiON DES FAITS. 173

amidonné) sous TinQuence de Tacide, l'iode qui élait combiné à rétat d'iodure est mis en liberté, et alors il bleuit le papier. 11 est donc très simple aujourd'hui de démontrer que même sans altération de Tépitliélium Tiode est absorbé par la peau.

Ce qui a lieu pour Tiode a lieu également pour toutes les substances volatiles, et vous voyez que nous arrivons ici à la confirmation de cette vue qui nous a été fournie par la considération des phénomènes physiologiques qui se passent du côte de la peau, et par laquelle j'avais débuté dans la dernière leçon.

La peauy vous disais-je, est le vicaire de Tappareil respiratoire, elle absorbe des gaz, de même elle absorbe des substances volatiles. On en a la démonstration presque rigoureuse, non pas aussi rigoureuse que celle que je viens d'exposer devant vous, relativement à Tiode, par ce que Ton ne s'est jamais mis à l'abri des causes d'erreur provenant de la possibilité de la volatilisation du mercure et de son absorption par les voies respiratoires. Néanmoins j'ai quelquefois fait faire des frictions mercurielles très efTicaces, vous le savez, dans la paume dos mains, en ayant soin de les envelopper d'un appareil imperméable, et j'ai obtenu des résultats positifs relativement à l'absorption. Mais il faudrait que Ton eût un plus grand nombre d'expériences, et vous comprenez qu'il y a bien peu de syphilitiques qui se prêteraient à ce traitement.

Néanmoins, je le répète, aujourd'hui il est parfaitement démontré, rigoureusement pour certains cas, d'une manière qui se rapproche de la rigueur scientifique pour d'autres, que les substances volatiles peuvent être absorbées par la peau. Par exemple, les acides formique et valérianique

iU ABSORPTION C UT ▲!«££. IDounèfu

peuvent èire absorbés par les g'iandes sudoripares. L'«œmo* niaque est dans le même cas ; il en est aussi de même pour les substances volatiles telles que le muse, le camphre, k castoréum et par conséquent toutes les substances qui renferment ces principes immédiats.

Il en est ainsi pour les alcaloïdes organiques doués de volatilité, tels que Falcaloïde de la ciguë et généraleroeot ceux de toutes les ombellifères vireuses, cicutine, conine, conicine. Il en est de même aussi pour la nicotine, Patropine, la duboisine, alcaloïde nouveau découvert par Gerhart en Angleterre et en France par M. Petit.

La question est de savoir comment cette absorption peut se produire. Il y a longtemps déjà que j*en ai donné la théo« rie. Elle a été renouvelée depuis en Allemagne, j'allais dire de moi, mais non, j'aime mieux croire qu'eUa a été réinventée.

Dès 1869, je publiais un article sur ce sujet et je montrait qu'il y avait à faire là une application de la loi de diffuitOB des gaz qui dit : Lorsqu'un gaz arrive dans un lieu confiné, il se diffuse dans toute l'étendue de l'atmosphère de ce Ueust en proportion égale partout. Cela explique eomraeni des gaz venant du sang se diffusent dans Tatmosphère et eomr ment des gaz atmosphériques se diffusent dans les eondoiU sudoripares et peuvent être absorbés par les glandes. CTsst donc la théorie de la diffusion que j*ai appliquée à des gai particuliers.

Newman, en 1871, a émis la même pensée et n eipHqué par cette dilAision l'action des gaz. Vous voyes que j'Mak dans le vrai, puisque cette vérité est vue sous le même 9gp%A par deux hommes qui ne se sont pas entendus.

M'y a-t-il donc que les substances volatiles qui {Niisiettt

Leçon.} ACTION DES CORPS GRAS. 175

être 3kbsorbées? Je vous ai fait dans la première partie de Tétude de cette question, toutes les objections possibles aux expériences qui avaient été produites ; mais néanmoins n'y a-t-il que des substances volatiles qui peuvent être absorbées par la peau?

Eh bien si, la peau peut absorber lorsque les substances actives sont en dissolution ou dans un mélange intime qui équiraut à la dissolution. Ainsi, le camphre n'est pas soluble dans Teau, et cependant vous avez de l'eau camphrée, c'està-dire que vous avez de la vapeur de camphre dans une molécule de protoxyde d'hydrogène. Il y a aussi des substances qui ne sont pas non plus à proprement dire solubles dans les corps gras, mais qui s'y mêlent si bien qu'elles sont emportées par eux là où vont ces corps gras. C'est ce qui arrive pour un certain nombre de liniments.

Quand les matières actives sont en dissolution dans les corps gras, elles peuvent pénétrer au travers de l'épiderme, arriver au contact des éléments vasculaires superficiels du derme et être absorbées dans une proportion plus ou moins notable.

Vous n'avez, pour vous rendre compte du mécanisme de production de ce phénomène très intéressant, qu'à vous rappeler ce qui arrive pour Icl^ filtres qui sont préalablement trempés dans l'huile. Vous jetez sur un filtre huilé un mélange d'une solution aqueuse et d'un corps gras; la solution aqueuse reste, le corps gras filtre. C'est la même chose lorsque vous mettez un mélange d'une matière aqueuse et d'une substance grasse tenant en dissolution des principes actifs au contact de l'épiderme plus ou moins imprégné de matièresgi*asse; la matière grasse passe au travers de ce filtre qui s'oppose au contraire à Tintroduction de la substance en dissolution aqueuse.

176 ABSORPTION CUTANÉE. (Douzième

Voilà le premier cas. Il yen a un autre; c'est lorsque celle barrière épidermiqueest ou amincie, ou bien modifiée dans sa constitution chimique de manière à ùtro devenue perméable. Tout ceci trouve son application pratique immédiate : la barrière qui protège ainsi la superficie du corps peut être amincie par des frictions ; aussi les frictions ont-elles clé souvent conseillées comme un moyen de favoriser l'absorption des substances incorporées, comme Ton dit, aux matières grasses; par des frictions allant même jusqu'à Tabrasion de Tépithélium, cai^ il y a des mains qui frottent à ce point. Alors l'absorption s'effectue par la couche superficielle du derme.

Mais il y a des moyens d'un autre ordre qui sont aussi de nature à diminuer l'épaisseur de l'obstacle. Par exemple, l'épiderme n'est pas conslitué uniquement par des couches vivantes, il y a à sa superficie des couches anciennes, mortes, ou du moins en voie de séparation. Les alcalis sont un excellent moyen d'enlever cette couche qui s'émulsionne par les malières grasses du sébum; aussi conseille-t-on de laver avec du savon la place où l'on veut faire absorber.

On peut aussi rendre l'épiderme plus perméable en faisant agir de l'acide acétique sur la superficie du corps. L'acide acétique a, vous le savez, le pouvoir sinon de dissoudre, du moins de ramollir, et par conséquent de diminuer beaucoup les conditions d'imperméabilité des cellules épilhéliales.

Cette action est tellement énergique qu'il y a des remèdes populaires pour faire tomber- les oignons, les durillons et les cors, qui consistent dans l'emploi de l'acide acétique.

Il y a aussi d'autres moyens, ce sont les rubéfiants. Vous verrez souvent conseiller les rubéfiants pour favoriser l'ab-

LAçon.] PROCÉDÉS. 177

sorption culanée. Que produisent-ils? La peau rougit d'abord, les petits vaisseaux se dilatent, mais ce n'est pas le fait iraportant. Après cette sorte d'inflammation artificielle, il y a une desquamation considérable de l'épithélium qui tombe quelquefois par larges lambeaux ; en tous cas il se détache en écailles, et alors il reste une surface un peu rouge encore et en même temps une surface recouverte d^épithélium mince, pelure d'oignon et au travers duquel l'absorption s'effectue d'une manière active. Tels sont les moyens de diminuer la résistance de Tépiderme.

11 est encore d'autres manières de rendre perméable la couche épidcrmique : elles consistent à la débarrasser des matières qui la recouvrent. On emploie, à cet effet, Télher, le chloroforme, le sulfure de carbone; toutes les substances qni sont des dissolvants des corps gras peuvent être employées.

On peut ajouter à ces procédés la macération prolongée dans l'eau pore. Vous savez combien les bains de deux heures, par exemple, fmissent par opacifier l'épiderme. Il est alors devenu plus perméable et il peut livrer passage à une petite proportion des substances tenues en dissolution aqueuse. Par conséquent ici, les principes seraient saufs, il y aurait triomphe pour ceux qui croient à la pénétration des solutions de substances actives dans l'eau.

Mais la pratique doit-elle profiler beaucoup de ce triomphe? Non, car il ne s'introduit ainsi que des quantités in(initésimales de substance active sur les effets de laquelle il n'y a pas lieu de compter.

En définitive, voici comment se résume toute cette discussion ; les substances gazeuses ou volatiles sont éminemment absorbabics par la peau, mais elles le sont d'autant mieux

GUBLERi Thérapeutique. t-

178 ABSORPTION CUTANÉE. (Douzième

qu'elles se présentent sous la forme plus décidément gazeuse ou sous la forme de substances volatilisées.

Au contraire, les substances qui sont simplement solubles dans certains véhicules ne traversent la peau qu'avec plus ou moins de difTicullés.

Quand elles sont solubles dans les corps gras, elles peuvent arriver au contact du réseau superficiel et être absorbées, c'est le cas d'un certain nombre de topiques.

Quand elles sont en dissolution dans Teau, l'absorption est presque impossible; elle s'effectue, en tout cas, avec une extrême lenteur. Il y a cependant une distinction à établir ici et déjà je l'ai fait.

Il y a des régions dans lesquelles l'épiderme ne présente pas les conditions qui mettent un obstacle presque absolu à l'absorption des substances: tel est l'épiderme des nains ou celui delà plante des pieds. Ici, pas de glandes sébacées, pas d'enduit gras ; des conditions favorables à l'absorption ; plus à l'absoiption gazeuse qu'à l'absorption aqueuse, mais encore possibilité d'absorption aqueuse.

J'en dirai autant à peu près de certaines régions telles que les aines et les aisselles, qui ont été souvent choisies par les partisans de la méthode cutanée. Dans ces régions il n'y a pas les mêmes conditions que partout, c'est-à-dire qu'à la place des glandes séi)acée$ il y a des glandes très bien décrites parCh. Hobin*, glandes en grappes qui versent un produit qui n'est pas du tout du sébum. Par conséquent ces glandes ne <lonnenl pas lieu à une lubrifaclion de l'épidrriiic comparable a celle qu'on observe dans les autres régions. Là, on elfel, l'absorption s'efleclue d'une manière

1. nobin, Dictionmirn de médecine^ U» édition. Paris, 1878, p. 679, article

Page 1