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TREIZIÈME LEÇON

Méthode diadermique. — Méthode hypodermique.

Méthode dia'^ertnique. Historique. Marteau de Mayor. Yésicatoire ammoniacal. Précautions à prendre. Ses avantages ; ses ineonvënjents. Aléthode enlodermique. Historique. Le réveiUeur de la vie. Méthode hypodermique. Historique.

Messieurs,

J'arrive enfin à la méthode que j'ai appelée diadermique ou endermique. C'est la méthode d'introduction par la peau tout entière, privée seulement de son épiderme. Les faits de cet ordre ont été observés d'une manière constante depuis bien longtemps, je ne dis pas de tout temps, car le vésicatoire n'était pas connu d'Hippocrate ni de ses successeurs immédiats. Depuis que l'on fait des vésicatoim, et que l'on a vu les eiïels du cantharidisme vésical, on sait qu'il peut y avoir une absorption sous l'épiderme ; puisque c'est la sérosité qui s'est chargée de la cantharidine et qui, absorbée ensuite par la surface du derme mis à nu, va porter dans l'économie le principe actif de la cantharide et déterminer du côté des reins les eiïets très fâcheux et souvent graves que vous connaissez, la néphrite et l'hématurie.

Ainsi ces faits auraient pu être observés de longue date. Mais en réalité l'idée de systématiser l'emploi de cette voie d'absorption revient aux docteurs Lambert et Lesueur, qui s'étant réunis pour produire celte nouvelle méthode, ont fourni leur premier travail en 1823 (Lesueur). La méthode endermique prit son nom et tout son développement dans le travail du docteur Lambert en 1828. En 4830, Gérard de Philadelphie, qui a publié un travail relatant des expériences

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Sûtes sur les principales substances usitées alors : opium, belladone, ciguë, noix vomique et un grand nombre d'autres substances sous forme extractive, ou de solutions concentrées qu'il appliquait à la surface du deime mis à nu, a eu Foccasion d'observer des effets physiologiques et thérapeutiques considérables. Mais il faut anûver en 18dâ, c'est-à-dire au travail de Trousseau et Bonnet sur l'endermie pour voir cette méthode vulgarisée. Ce travail porte sur des faits où on a utilisé la morphine. A partir de ce moment la méthode se répandit et prit une grande importance dans la thérapeutique. Je me rappelle un moment où les vésicatoires saupoudrés de morphine étaient aussi usités que les injections hypodermiques de substances actives le sont aujourd'hui.

Quel est le mode opératoire pour obtenir Tabsorption par la ¥oie endermique proprement dite? Il faut priver la peau de son épiderme. Un n'emploiera pas pour cela des moyens lents tels que les frictions, mais un vésicatoire proprement dit. Et même l'on cherchera des moyens presque extemporanés, parce que le médecin eût applique lui-même le remède. On emploie donc des moyens très actifs pour produire la vésication; à la rigueur on peut employer les can- Iharides quand il n'est pas nécessaire d'agir sur-Ie-chainp, mais le plus souvent on se sert de l'ammoniaque ou du marteau de Mayor trempé dans Teau bouillante. Le marteau de Mayor, très usité autrefois, était à une température inrérieure à iOO* et nç donnait pas lieu alors à une escarriiication, mais simplement à la formation d'une ampoule. Ce procédé avait quelque chose d'un appareil un peu barbare. 11 est évident que le vésicatoire ammoniacal lui est préférable à tous ^ards.

Comment prépare-t-on le vésicatoire ammoniacal? car.

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quoiqu*il y ait une certaine déchéance dans cette méthode, ii ne faut pas croire qu'il faille y renoncer complètement; c'est pour cela que je dois vous en parler nn peu. On fait ce vésicatoire avec ce que l'on appelle la pommade de Gondret (axonge, snif tenant en dissolution des proportions variéei d'alcali volatil à un degré de concentration considérable), ou bien, comme on l'a conseillé, en faisant sur la région dei applications d'un tampon de flanelle trempé dans de Tâmmo^ niaque très énergique. Ce sont là des procédés inconstants* J'ai obtenu bien souvent d'excellents résultats avec la pom* made de Gondret, soit d'été, sOit d'hiver (car il y en a deux), mais elle demande à être très bien préparée, et quand Tiilcali n'est pas très puissant, souvent elle est infidèle. C'est donc à d'autres procédés qu'il faut avoir recours. On peut employer ici une rondelle d'agaric trempée dans de Vam* moniaque concentrée, qu'on recouvre soit d'un verre de montre, soit d'autre chose qui puisse isoler h région qu'on veut vésiquer. Il y a encore un autre procédé très simple conseillé par Trousseau : il consiste dans l'emploi d'us dé i coudre dans lequel on met de la ouate que l'on imbibe d'mmoniaque. Mais ici, il faut que vous sachiez qu'il est diffidk d'imbiber cette ouate. Elle présente une résistance extréne à se laisser imbiber par les substances aqueuses. Elle est recouverte d'une sorte d'enduit qui la fait résister i l'imprégnation, il faut donc commencer par la laver, comme l'a conseilléGuyon, dans de l'eau chaude ou simplement Fimprégner d'une très minime quantité de glycérine. Le coton glycérine, comme je l'ai montré autrefois, s'imbibe admiraMemeat aussi bien d'ammoniaque en dissolution aquense que dNm liquide quelconque. Alors on applique le dé renfermant cette ammoniaque ainsi retenue par le colon sur la régtoa

Leçon.) V&SICATOIRE AMMONIACAL. 187

qu'il s'agit de vésiquer. Quel est le délai nécessaire pour obtenir le vésicatoire? trois, quatre, cinq minutes ou plus, quel^ quefois il faut un quart d'heure. Cela varie suivant la finesse de la peau, suivant la région sur laquelle se fait l'application. Ce délai de trois, quatre, cinq minutes est maximum dans la plupart des régions, quand vous avez affaire à de l'ammoniaque de bonne qualité. 11 pars^tra court à ceux qui n'ob* servent pas de très près. En suivant les conseils des auteurs de la méthode, il £aiut plus que cela. Mais non seulement ce n'est pas utile, mais cela est nuisible. 11 faut suivre le précepte de Trousseau, c'est-à-dire qu'au bout de trois minutes il faut enlever l'appareil. Il ne faut pas s'attendre à trouver alors une ampoule faite, mais on observe que l'épiderme est un peu plus opaque que dans les régions voisines et, quand on y regarde de près, qu'il a perdu son aspect lisse et poli. Il est devenu un peu ridé. Dans ces conditions, l'opération est terminée, vous n'avez pas besoin délaisser davantage la substance appliquée sur la peau. L'épiderme est détaché; cela suffit, et non seulement cela suffit, mais c'est mieux. Si vous avez affiiire à de l'ammoniaque très énergique, vous pourriez obtenir, en maintenant l'appareil, une escarrification qui serait' exclusive de l'absorption, car celleci se fait en sens inverse de l'exhalation.

Là où il y a une hypercrinie, l'absorption est à peu prés nulle. Par conséquent, si vous donniez lieu à un travail inflammatoire excessif, ce serait vous mettre dans de détestables conditions pour obtenir l'absoi^tion. Ce que je vous dis là des petits vésicatoires se réalise sur une grande échelle pour les grands.

Je n'oublierai de ma vie un pauvre diable qu'on apporta à l'hôpital, affecté de choléra; il n'allait pas trop mal, mais

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il succomba à un vésicatoire ammoniacal de O'^âS de diamètre appliqué en ville. L'escarrification avait compris non seulement répaisseur de la peau, mais les muscles sous-jacenls. Vous le voyez, il y a des inconvénients et même quelque chose de plus à employer Tammoniaque sur une grande surface. 11 faut donc retirer l'appareil au bout de trois, quatre, cinq minutes tout au plus, et vous observez aloi^ si Tépiderme a pris Taspect ridé. S'il en est ainsi, vous le déiadiez, car il est mobile. Vous avez alors le derme à nu, semé d'une foule de petites saillies qui se composent de papilles, des bulbes pileux et des glandes sébacées. Cette surface,d'uB rose plus ou moins vif, se met à fournir immédiatement une grande quantité de sérosité.

Si vous êtes très pressé, si vous appliquez la poudre de morphine sur cette surface en train de sécréter, vous n*au-

rez absolument rien fait pour voire malade, parce que la quantité de sérosité qui arrive incessamment finit par en« traîner la totalité de la substance active.

Il faut donc attendre, et enfm quand on voit que la surface, simplement humide, ne fournit plus cette sorte de rosée, alors vous êtes en droit d'appliquer la substance. Vous la couvrez par une rondelle de tissu imperméable et vous maintenez le tout avec des bandelettes de diachylon. Voilà le premier pansement fait.

Il y a aujourd'hui un procédé que Ton pourrait mettre en usage ; nous avons maintenant du collodion cantharidai très bien fait par un pharmacien de Lyon. 11 ne donne la vésication qu'en quelques heures, mais il a l'avantage de constituera lui-même son pansement. On n'a besoin de rien pour le proléger. Vous comprenez tout de suite les bonnes conditions que nous offre ce vésicatoire dans la question qui nous occupe.

^eçon.l PIIÊCAUTrONS A PRENDRE. iéd

Vous en feriez un grand comme une pièce de vingt francs, 3l après avoir vidé Tampoule, vous la rempliriez, par une sorte d'inoculation, de la substance active qui se trouverait protégée par la petite carapace constituée par le collodion, pais tout serait dit, vous n'auriez pas d'autre pansement à faire, et vous pourriez y recourir à plusieurs reprises, attendu que sous celte calotte de collodion, la cicatrisation semble se faire plus lentement qu'au milieu de l'air ambiant.

Maintenant, quelles sont les précautions à prendre pour assurer l'absorption après cette première opération ? Il faut les connaître, attendu que c'est un moyen ou parfait ou nul, suivant la manière dont on l'emploie.

Quand vous faites le pansement pour la seconde fois, vous voyez en général que la surface est devenue grisâtre au lieu d'être rosée. Allez- vous replacer dessus de la substance active? Non, car elle ne serait pas absorbée. Il faut avoir soin de l'enlever. Quelles substances emploie-t-on ? Elles varient suivant le but qu'on se propose. Mais en général, quand il s*agit d'obtenir, par une si petite surface, l'absorption d'une suffisante quantité d*un principe actif, on s'adresse naturellement à ce qu'on appelle des alcaloïdes. A la rigueur, quand on n'a pas d^alcaloule — et aujourd'hui eucore il y a des plantes qui ne nous ont pas fourni le leur — on a quelque chose de très impur qui a l'aspect d'une mélasse, mais qui possède une certaine activité. On peut à la rigueur employer ces substances actives qui n^ontpas toute la pureté désirable, mais dont l'intefisilé daelioD nous est connue.

Quels sont les avantages et les inconvénients de relie méthode? Autrefois on n'y voyait que des avantages. Il y a cependant quelques petits inconvénients.

Elle a l'avantage d'épargner l'estomac. Si on épargne

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l'eslomac, on se met à Tabri des révoltes de sa part. Si on empêche cette rébellion, qui se traduit par des vomisse* ments, on ne s'expose pas à la perte de la substance active.

Lorsque par la méthode endermique, vous vous apercevex que vous avez dépassé le but et que vous produiseï des effets trop considérables, vous avez la ressource de diminuer l'absorption, et même d'enlever une partie de la substance qui n'a pas encore servi. C'est-à-dire que vous pouvez pratiquer le lavage de la région et vous opposer ainsi à la pénétration ultérieure d'une proportion nouvelle de la substance trop active et qui aurait donné lieu à des phénomènes d'intoxi* cation; et vous allez voir qu'il n'est pas inutile d'avoir ce moyen d'enrayer les accidents.

Un autre avantage de la méthode, c'est la rapidité d'action — je compare cette méthode à la voie stomacale, *- c'est l'intensité d'action beaucoup plus grande. Je reviens constamment sur ce fait, parce qu'il est des plus importants en pratique. Lorsque vous introduisez quelque chose dans l'estomac, il se met en devoir de tout digérer, c'est-à-dire de tout transformer, et il en résulte que les médicaments donnés par Testomac ne produisent des effets que comme le tiers, le cinquième de la masse introduite. Par conséquent si vous introduisez Oii^^Ol de substance par la voie cndermique, vous aurez des effets plus considérables qu'avec la même quantité par la voie stomacale, et cependant, Q9^fi\ par la voie stomacale est une dose notable, c'est la dose moyenne par laquelle on procède. C'est à peu près ce qu'il y a de principe actif dans une cuillerée de sirop de morphine. Par conséquent vous voyez que c'est une bonne dose, qui peut être un peu forte par la voie cndermique.

Je vis un jour une dame très fort affectée d'une névralgie

Leçon.1 AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS. 191

iléo-lombaire. Je conseiliai un petit vcsicatoire saupoudré de morphine» laquelle fut prise à la pharmacie Mialhe. Elle fit une première application de Oi^^Ol le uialin^puis une autre à la fin de la journée. Le lendemain matin, vingt-quatre ou vingt-six heures après la première application, elle remit encore un autre centigramme, les deux premières doses étant 8éparées par une longueur de temps considérable. A peine y avail-ii une demi-heure que ce nouveau centigramme était appliqué, qu'elle fut en proie à une intoxication des plus graves et qu'elle fut, en un moment, moribonde. J'arrivai quelques moments après, pour la trouver dans un état très alarmant : offrant une pAIeur mortelle, des pupilles extrêmement étroites, dans un état de somnolence qui était du coma et vomissant tout ce qu'on lui donnait. Avec cela im pouls misérable. Je crus qu'elle allait mourir; elle en revint cependant.

Vous comprenez qu'il était important de ne pas laisser Tabaorption continuer : après l'avoir flagellée et lui avoir administré du café, je m'empressai de laver le petit vésiciiloire à la surfaci' duquel il y avait encore de la morphini,'.

Vous voyez que ce que je vous disais tout à Tlieurc a son importance : pouvoir arrêter dans une certaine mesure Taction de la substance, c'est là un avantage.

J'ai à vous signaler un inconvénient, c'est cette grande intensité d'action. Mais en voici d autres })Otits qui n'ont i\c valeur qu'auprès des sujets pusillanimes. Par exemple, toutes les applications sur le derme mis à nu sont douloureuses : que vous appliquiez les choses les plus ralniautes ou les ]ilus irritantes, au premier abord c'est tout un.

Le malade accuse toujours une grande douleur. Ain>i >i vous mettez de la morphine sur un vésicaloire, le lualadr* —

lOâ AIÊTHODE DlÀDERMlQUK. ' ITrcizicme

les femmes sont plus courageuses — le plus énei^ique se mettra à hurler. A plus forte raison quand il s'agit d^autres substances. Le derme n'est pas fait pour les substances irritantes, tandis que Testomac est 1res tolérant, habitué qu'il est à recevoir un peu de tout. Il y a des substances qui, introduites dans Tcstomac, produisent à peine une petite sensation de picotement, et qui jetées sur le derme dénudé y pro- . duiscnt une douleur cuisante, et de plus une sécrétion exagérée. Ainsi la digitaline à la surface du derme peut aller jusqu'à produire de petites escarres. Vous voyez donc qu'il y a quelques petits inconvénients.

Il y a aussi des conditions dans lesquelles Tabsorptioii peut faire défaut, c'est quand, l'application étant faite trop rapidement, il y a encore des sécrétions qui entraînent la substance active.

Au point de vue de la comparaison à établir entre les méthodes hypodermique et endermique, voici ce que nous devons dire : le petit avantage que présente la méthode endermique, c'est de ne pas exiger une grande habileté de la part de la personne qui la manie.

A la rigueur, ce peut être un membre de la famille qui applique la poudre. Au contraire quand il s'agit d'injections, il faut des gens qui soient un peu habiles, initiés aux pratiques de l'art, ou bien des gens qui aient un certain courage et qui se fassent eux-mêmes les injections hypodermiques. Cola ne se rencontre pas toujours, et par conséquent la méthode hypodermique exige à peu près toujours l'intervention du médecin. Or, vous comprenez qu'il ne peut pas toujours être présent; c'est là un petit inconvénient pour la méthode hypodermique. C'est à peu près tout ce qu'on peut dire en faveur de la méthode endermique, comparée à elle.

leçon] MÉTHODE ENTODERMIQUE. 193

J*arrîve aune autre division des voies d'introduction, c'est ce qu'on peut appeler mé^/ior/e entodermiqxie. Cette méthode qui n'est guère usitée d'une manière systématique, peut cependant être employée dans un certain nombre de cas. Elle a été inaugurée par Lafargue, de Saint-Émilion, en 183C, qui s'est Inspiré de la pratique de la vaccination.

Il s'était dit : de même qu'avec la lancette on introduit du virus vaccin, de même on pourrait introduire des substances médicamenteuses.

Il faut dire qu'il n'était pas le premier, car un certain nombre de siècles avant lui, Aetius avait recommandé d'introduire sous la peau, à l'aide d'instruments tranchants, des substances très actives, au point de vue thérapeutique, par conséquent, l'idée était vieille. Voici comme procédait Ijxfarguc : il se servait d'une lancette, à l'extrémité de laquelle il avait déposé la substance active, mais réduite en bouillie, c'esl-à-dire cimentée par une solution gommeuse ou par de Teau. II plongeait la lancette dans l'intérieur de la région sur laquelle il voulait agir.

Il y avait aussi une modification de ce procédé qui consistait bien à introduire cette môme bouillie dans l'épaisseur du derme, mais encore à mettre sous un verre de montre une solution concentrée de la substance active.

En réalité il y avait deux moyens d'introduire la substance.

Les produits qu'on inoculait étaient aussi en général des alcaloïdes, car, déjà, on connaissait la quinine, la morphine, l'atropine. Ces substances étaient celles dont l'usage était le plus recommandé.

Mais ce n'était pas uniquement pour produire des eiïels généralisés que ces sortes d'inoculation avaient été mises en usage. Elles ont été employées aussi en vue de produire

CIBLU. Thérapeutique. 13

iU MfiTUODK HYPODERMIQUB. ITreiiième

tantôt la révulsion» tantôt même rnlcération el la destruction de parties plus ou moins altérées. Ainsi» par 'exemple les naevi vasculaires qui sont si fréquents dans la jeunesse» qui souvent s'effacent, et qui aussi souvent grandissent (faisant le désespoir de celui qui les porte et de ses parents) ont fait s'ingénier les médecins pour les Ëdre disparaître. Sans doute on peut employer les caustiques» mais ils sont désagréables ; aussi a-t-on essajé de moyens plus inoffensifs et moins inquiélants en apparence; on a eu recours à la vac* cination. C'est ce que faisait Lafargue; seulement» au lieu de vacciner superficiellement» on plongeait la lancette chargée de vaccin dans l'épaisseur du tissu artériel ou veineux.

On a aussi introduit des substances inertes qui développaient un travail inflammatoire. On a môme mis dans ce» mêmes tumeurs de l'huile de croton.

Toutes ces substances produisent dans les tumeurs une inflammation ou spécifique ou vulgaire, après laquelle vient une ciatrice qui prend la place du jiœvus.

Lafargue a» vous dis-je, eu l'idée d'employer Thuile de croton comme moyen de révulsion énergique. Cette huile» appliquée sur la peau» détermine une irritation assez vive el produit de grands effets. 11 a pensé que son inoculation déterminerait des effets plus intenses et par conséquent amènerait une sédation encore plus considérable.

Cette idée a été reprise par un vétérinaire de la Westpha* lie. Il a fait de ce procédé quelque chose qu'il applique i tous les cas» et il a imaginé même un instrument qu'il ap^ pelle le réveilleur de la vie.

Cet instrument se compose d'un tube contenant un ressort à boudin, qui entoure une tige supportant des ai^Ues ficbées dans une petite masse de plomb. On tire sur la tige

lavan.] MtTHODI HYPODERMIQUE. If5

après atoir appliqué l'appareil sur la peau, puis on la lâche. L'espèce de brosse constituée par les aiguilles, pénètre dans la peau, el comme ces aiguilles sont chargées d'huile de croton, elles représentent autant de petites inoculations faites avec la lancette. De cette façon, Fhuile de croton est portée à une profondeur considérable et excite une in*itation 1res vive. Mais faut-il élever ce procédé à la hauteur d'une doctrine comme on le fait en Allemagne? Non.

J'arrive i la méthode hypodermique y c'est-à-dire à l'une des plus grandes conquêtes de la thérapeutique moderne. C'est le moyen le plus parfait d'assurer les effets des médicaments et de les mesurer. C'est donc la voie la meilleure an point de vue pratique etaussi au point de vue de l'interprétation des phénomènes, attendu qu'il n'y a rien de plus important, quand on veut tirer des conclusions, que d'être sûr de ce que l'on a fait. Or, avec les voies stomacale, endermique, respiratoire, nous n'avons jamais la certitude d'avoir introduit tout ce que nous voulions introduire, et par conséquent nous ne pouvons mesurer les phénomènes à leur cause. Or, avec la méthode hypodermique, nous avons tous ces droits, parce que nous sommes sûrs de ce que nous introduisons ; les résultats doivent être proportionnés à ce que nous avons introduit, parce que rien ne se perd et qu'il n'y a pas de causes de destruction. Nous avons là des éléments de conviction qui n'existent dans aucune autre méthode, ce qui fons donne la mesure de son importance.

Yoos la croyez probablement très récente? Eh bien, à ma connaissance, la première idée de la méthode hypodermique est venue i Fourcroy, à l'illustre chimiste qui a tant fait pour la science médicale !

En 1785, il dit quelque part : Pourquoi n'introduit-on pas

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SOUS la peau, dans le tissu lamellaire (il a changé de nom) des substances actives qui trouveraient là les conditions de Tabsorption intégrale ci qui détermineraient alors d'une façon plus sûre tous les effets dont elles sont capables. Et alors il s'appuyait sur des expérieuces déjà faites do son vivant et dans lesquelles on avait introduit chez les animaux tantôt de Teau tiède, tantôt des vomitifs et des purgatifs qui avaient été suivis dans certains cas de leurs effets. Seulement, ce qui fit que l'idée de Fourcroy n'eut pas un grand effet, c'est que de son vivant, et plus tard, on eut une peur épouvantable de Tintroduction des substances actives dans le système circulatoire.

Quelques faits avaient donné cette inquiétude : je ne dis pas qu'elle soit vaine, mais cet accident n'arrive qu'une fois sur des milliers d'injections et par conséquent il ne doit pas nous détourner de l'emploi d'un moyen qui est le meilleur de tous ; d'autant qu'il y a quelques précautions à prendre avec lesquelles on évite l'introduction des substances dans le système veineux. Il y a, du reste, déjà longtemps que des substances médicamenteuses ont été introduites dans le tissu cellulaire sous-cutané, seulement d'une manière différente de celle d'aujourd'hui.

11 y avait deux procédés qui étaient surtout employés par les vétérinaires : on faisait une boutonnière à la peau, dans laquelle on introduisait l'instrument tranchant et on coupait les lamelles du tissu cellulaire. Quand on avait ainsi créé une cavité artificielle, on y introduisait des substances actives.

Langenbeck a eu l'idée de modifier le procédé de Lafarguc, en proposant de pousser l'introduction de la lancette jusqu'au-dessous du derme. Alors, en retournant un

leçoQ.l HISTORIQUE. 197

peu riDSlruinent dans la plaie et en laissant glisser la subslaDC6y on arrivait ainsi à la faire parvenir jusque dans les éléments de la couche sous-culanée.

Voilà les deux procédés proposés; on peut en rapprocher deux autres.

Celui de Trousseau, que je lui ai vu bien souvent employer, et qui a donné quelques résultats favorables. Il avait souvent épuisé tous les moyens de calmer la sciatique et il en était arrivé un jour à imaginer d'introduire au voisinage du point d'émergence du sciatique, des substances calmantes. Pour cela, il faisait une incision assez large de ()'",0l à 0",0I5, et il la poursuivait au travers de tonle l'épaisseur de la peau jusqu'au fascia superûcialis profond. 11 mettait là une grosse pilule qui renfermait, entre autres choses, 0»',iO d'extrait de belladone, et autant d'opium. Dans cette profondeur, la dissolution se faisait lentement, il y avait là une source constante de principe narcotique, et dans un certain nombre de cas il a vu se calmer des sciatiques rebelles.

Il employait aussi un autre procédé qu'on appelle itioculaiionpar encheviUenuni : après avoir fait une piqûre avec la lancette, il poursuivait la section de la peau et introduisait dans la galerie qu'il avait formée une sorte de trochisque (semblable aux suppositoires du rectum) qui contenait une certaine proportion de principe actif. Cela formait une espèce de cheville.

Tous ces procédés sont barbares, nous en avons maintenant un autre très élégant et bien meilleur.

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