I. Qoquet, TrmU de Vacupunolure; Paru, 182G, 1 vol. iii
264 ËLËCTRO-PUNCTURE. [Dix-huitième
portera les substances électro-positives qui viendront s'y rendre ; la substance ira donc jusqu'à la profondeur des organes porter ses effets. Si au contraire la connexion a lieu avec le pôle posilif, ce sera Tinverse, ce sont les substances provenant de la composition de la solution, et qui jouenlle rôle de corps électro-négatif, qui seront transportées, qui viendront se diriger du côté du pôle positif. Alors nous aurons de ce côté-là l'iode par exemple, le chlore, l'arsenic ou le phosphore.
Fabré a appliqué cette méthode à un certain nombre de cas où il s'agissait de [provoquer la résolution d'engorgements chroniques, et dans quelques-uns il parait avoir obtenu de bons résultats.
Cette méthode est aujourd'hui complètement abandonnée, personne n'y a plus recours. Néanmoins il y a des cas dans lesquels peut-être on pourrait l'utiliser, comme par exemple lorsqu'il s'agit de détruire desmyômes utérins; il ne serait peut-être pas mauvais de porter dans leur intérieur des substances capables de nécroser ces corps. On y a renoncé à cause de la difficulté d'application, et aussi parce que le courant ne transporte pas toujours facilement des substances actives, bien qu'il y ait certaines modifications apportées au dispositif instrumental d'autrefois.
Celte méthode a fait place dans ces dernières années à une méthode qui dérive de celle des injections hypodermiques en ce sens qu'elle a pour instrumentune seringue de Pravaz plus ou moins agrandie. C'est la méthode de mon ancien disciple M. le professeur Luton de Reims *. Placé en face d'un certain nombre de cas rebelles aux moyens oi'dinaires, comme par exemple ces énormes ganglions lymphatiques du
1 Lulon, Traité des injections sous-cutanées à effet local, Paris, 1875.
leçon.l INJECTIONS SUBSTITUTIVES. 265
portera les substances électro- positives qui viendront s'y cou qui se prolongent jusque dans Tintérieur de la cavité thoracique, et contre lesquels tout échouait, il a pensé que peut-être si on parvenait à faire sinon résoudre, du moins fondre, par un procédé quelconque, ces tumeurs on aurait fait quelque bien au malade. II a donc fait ceci : il a introduit une canule, un trocart explorateur plus ou moins Gn dans le tissu qu'il s'agit de modifier ; cela fait, il attend pour voir quelle est la nature du liquide qui s'écoule, et d'après cet examen, il se décide ou non à pratiquer l'injection qui doit modifier Torgane malade, soit en y provoquant une inflammation plus ou moins violente,soit simplement en déterminant là des modifications dans sa sensibilité ou dans sa nutrition. A la rigueur, cette méthode ne rentrerait pas dans le cadre que je me suis tracé, en ce sens qu'il ne s'agit pas là de faire pénétrer dans la circulation des substances destinées à produire des effets diffusés. Néanmoins, comme dans un certain nombre de cas particuliers, la substance s'introduit dans toute l'économie par cette voie, et que d'ailleurs il est bon de vous faire connaître cette méthode qui est une sorte d'annexé de la méthode hypodermique, je vais y insister un peu.
Cette méthode détermine surtout des phénomènes d'irritation ou même de phlogose plus ou moins avancée, de suppuration et quelquefois même, sans le vouloir, de gangrène. On emploie surtout l'alcool, la teinture d'iode plus ou moins concentrée, le bichlorure de mercure, le nitrate d'argent. Tous les effets qui relèvent de ces différentes substances, M. Luton a de la tendance à les mettre sur le compte d'une substitution.
Or, toutes les fois que j'en trouve l'occasion, je combats
SUBSTITirri^!!. IDix-hilUièiiie
cette dénomination, parce qu'elle n*est pas scientifique. On veut substituer le bien au mal, une maladie légère i une maladie pins grave, une marche rapide à une marche plus lente. Mais vous voyez que cette expression au point de vue ah on se place, n'a pas de valeur : on envisage an but thérapeutique et on exprime le résultat ; on croit qu'on a m» quelque chose à la place d'autre chose ; mais oe n'esit pas là une véritable action physiologique. Yous allez voir que cette méthode substitutive a créé les plus grands embarras.
Trousseau a appelé cela de la médecine homéopathique. Les homéopathes en ont tiré parti et ils citent toujours Trousseau comme ayant été des leui*s. Il a eu beau protéger et s'écrier : c Je disais seulement que c'était une autre inflammation à la place de la première, qui emportait le premier travail i la faveur d'une excitation plus grande; » rien n'y a lût. Je vais vous montrer que cette expression était doublement malheureuse, elle ne répondait même pas à une idée scientifique. Voici, par exemple, le chlorure de sodium qu'on injecte dans une région où existe de la douleur, on dit : le chlorure de sodium détermine une douleur aiguë, qui se substitue à la douleur chronique. Ce n'est pas cela qu'il faut dire; c'est ceci : le chlorure de sodium détermine une irritation très vive et à la faveur de ce travail qui n'a pas de durée, il s'est produit une sorte d'épuisement nerveux, exactement comme vous le voyez chez les gens sidérés par de grands tranmatismes. C'est ce que Dupuytren appelait saî^rnée nerveuse. Mais la douleur momentanément disparue revient bientôt après.
Voici la teinture d'iode qui résout des engorgements : c'est une inflammation aiguc que vous avez substituée à une inflammation chronique. Oui, le travail inflammatoire a été
toçon.l 5tB8TITUTION. M7
excité, mais ne s'est-il fait que cela ? L'iode a-t-il perdu ses qualités de résolutif, lorsqu'on l'emploie en faible proportion, ou bien, dans le cas contraire, d'agent de phlogose ? Et à la fiiTear de cette résolution qui constitue l'un des effets propres de riode, à la faveur d'un travail de suppuration, la tumeor a pu disparaître. Mais ce n'est pas là de la substitution.
Quand il s'agit de nitrate d'argent c*est encore la même chose : il ne substitue rien, il produit une escarre dans la profondeur des organes où on le dépose et cette escarre est éliminée par suite de suppuration.
Nous connaissons cela, on opère de cette façon depuis très longtemps; à l'aide du fer rouge, à l'aide d'un cautère on détermine des fontes purulentes et des résolutions consécutives. Le nitrate d'argent, là non plus, n'a pas encore substitué une inflammation particulière à une autre inflammation. Par conséquent, vous le voyez, dans les cas qui ressortissant à cette méthode, il n'y a pas lieu d'employer ce mot de substitution. Voici un autre exemple employé autrefois pour appuyer cette façon de parler. On disait : Vous avez affaire à une ophtahnie purulente des armées ou des nouveau-nés, contagieuse en un mot. Vous introduisez entre les paupières du nitrate d'argent et vous substituez à Tiaflammation spécifique une autre inflammation franche, violente, 'mais enfin qui fait disparaître l'inflammation contagieuse. Vous ne fûtes pas cela. Lorsque vous avez introduit du nitrate d'argent entre les paupières chez un enfant qui a une ophtalmie pamlente, vous avez détruit le contage,et si vous pouviez le détruire sans provoquer d'inflammation, vous auriez mieux £ût encore. En d'autres termes, vous voyez qu'on arrive toujours dans cette méthode substitutive à expliquer les faits
SOS INJECTIONS PARENCHYMATEUSES. [Dix-huiUème
par un certain nombre de lois autres que celles qui sont censées en rendre compte. Ce sont des faits artificiellement rassemblés.
Le professeur de Reims qui a mis en avant ces injections a bien été un peu précédé dans cette voie. Je ne vous dirai pas que Nélaton introduisait dans les furoncles, devenus presque des antlirax, quelques gouttes d'alcool pour les faire avorter, cela rentrerait plutôt danslaméthode entodcrmique; mais Jobert de Lamballe a déjà proposé d'introduire quelques gouttes de teinture d'iode dans les épididymes engorgés. Quoique Ton puisse encore joindre à ces exemples antérieurs à Luton les injections dans des cavités séreuses telles que la tunique vaginale, cependant il faut rapporter au professeur de Reims le mérite qui lui appartient. Il a élevé tous ces faitsàlahauleur d'une méthode générale, et, certainement dans un certain nombre de cas, il a obtenu des résultats intéressants. 11 est vrai que dans d'autres ils furent nuls ou fâcheux, et illusoires le plus ordinairement.
L*injection parenchymateuse a été dirigée contre des névralgies rebelles et d'abord contre la sciatique. On tremble à priori à la pensée qu'on va introduire jusqu'au voisinage du sciatique altéré, dans sa fonction au moins, des substances telles qu'une solution concentrée de nitrate d'argent, capable de déterminer une inflammation pWegmoneuse autour d'un nerf si important. Qu'on se rassure. Sans doute le nitrate d'argent et les autres substances plus ou moins caustiques, introduites par Luton et par d'autres, ont déterminé dans les régions cellulaires profondes CCS phénomènes de phlogose et de suppuration; mais par bonheur il y a une soupape ouverte à ces produits de l'inflammation suppurative, c'est le trajet lui-même de
leçon.] INTRODUCTION DANS LES VEINES. 2G9
Taiguille. Quand ce trajet s'est bouché, des accidents sont survenus; mais il reste souvent ouvert parce qu'en retirant rinstnimenl, on laisse presque toujours quelques gouttes de la solution caustique dansTintérieur du trajet. Alors au bout de quelques jours on voit sortir les matières plus ou moins séreuses, plus ou moins purulentes sans avoir causé un grand dommage au nerf dans le voisinage duquel l'inflam- . mation est établie. Mais, je le répète, c'est grâce à cette circonstance qu'on ne voit pas souvent des accidents plus considérables survenir. En tous cas, je vous mets ici en garde contre des illusions partagées par de bons esprits : c'est que ce n'est là qu'un soulagement d'un moment, et que le plus souvent après avoir vu se produire une espèce de calme, on voit les choses repartir comme de plus belle et la névralgie recommencer. J'ai eu l'occasion d'être témoin d'un fait de ce genre, chez un des hommes les plus éminents de la profession médicale qui, malgrémoi, voulut se faire faire des injections de nitrate d'argent. Elles produisirent des abcès, mais absolument rien au point de vue thérapeutique.
J'arrive maintenant à la dernière des voies d'introduction, l'introduction par le système vasculaire et, bien entendu, particuh'èrement par les veines, puisque c'est là le point le moins dangereux.
Cette introduction est déjà vieille ; elle date de plus de deux*siècles, car la première injection dans les veines a été pratiquée en 1665. Ce n'est pas qu'on ne trouve des traces d'introdui|lion dans les veines remontant beaucoup plus haut. Il y a par exemple des vers d'Ovide qui semblent indiquer qu'on avait pratiqué ou qu'il croyait à la possibilité de pratiquer des injections intra veineuses, des transfusions de sang
270 ' TRANSFUSION DU SANO. [Dix-hnitièiDA
en particulier, car il dit' : « Retirez-moi ce vieux cnior aûn que je puisseenq)lir mes veines vidées par un sang juvénile.i On a pris cela au pied de la lettre et on a cru que c'est la transfusion qu'il désigne. Évidemment c'est là une image. Il disait tout simplement : Que je voudrais voir sortir ce vieux sang pour le remplacer par un sang plus jeune, plus généreux I Ou peut être : que si on lui retirait tout son vieux sang il lui en reviendrait un plus jeune. Mais si nous quittons la fable et la poésie, nous voyons que les injections intraveineuses de sang remontent cependant encore assez loin.
Rien là, cependant, d^absolument authentique, c'est pour cela que je ne vous ai pas dit qu'on les connaissait depuis quatre siècles. Cependant il y a un fait qui paraît indiscutable, c'est ce!trî qui est relatif à Innocent fffl, (fûi^ étant tombé dans un état de marasme assez profond, fit venir un médecin juif qui eut l'idée de lui tran!(fuser du sang. Le sang fut emprunté à trois petits garçons qui en périrent, probablement parce qu'on leur en avait trop tiré. Cette opération se pratiquait en 1492, c'est-à-dîre Tannée même de la découverte de l'Amérique. L'opération n'empêcha pas Innocent YIII de mourir ainsi que les trois en* fants, de façon que le médecin juif fut obligé de s'enfuir.
On dit aussi que, en 1G15, Libavius, dont le nom ert célèbre en chimie, aurait pratiqué une transfusion, mais cela n'est pas sûr; les détails manquent, je ne m'arrêterai pas à cette objection que cela aurait eu lieu quatre ans avant la découverte de la cn*culation par Harvey, car il n'était pas nécessaire qu'on la connût pour savoir qu'il y avait du sang dans les veines.
1« Ovifio, Métamorphoses^ liv. VII.
tocon.l HISTORIQUE. tli
Hais nous arrivons à 1665, à une période vraiment scien^ tifique, qui commence à Oxford» où i^on eut Tidée d'infuser d'abord des médicaments dans les veines des animaux. On en fit la proposition à Févèque d'Eieter qui l'adopta ; il faut croire qn^en ce temps- là les évèques ne faisaient pas partie de la Société protectrice des animaux. Cela fit naître ridée qu'on pourrait peut-être bien injecter des médicaments dans les veines de l'homme, et peut-être aussi du sang. C'est là le point de départ de la méthode telle que nous la connaissons aujourd'hui.
C'est en 1665 que Lower pratiqua la première transfusion de sang. U fut suin de près en Allemagne par Kaufmann.
Un moment on put croire, d'après les résultats annoncés, qu*on était en possession d'entretenir une perpétuelle jeunesse, de rajeunir même ceux qui avaient eu le tort de se laisser vieillir. Mais il arriva des accidents et le parlement de Paris prit un arrêté qui entourait l'exécution de cette opération d'une certaine garantie, qui était un honneur pour les médecins d'alors : il (allait être docteur de la &culté de Paris pour avoir le droit de pratiquer la transfusion. Néanmoins l'opération ne tarda pas à tomber en désuétude et il faut arriver à 1818 pour la voir réapparaître.
Elle fut reprise aussi par MM. Prévost et Dumas sur les animaux, et enfin en 1823 par Magendie.
Depuis lors il y a eu une succession ininterrompue de transfusions, et j'ai là sous les yeux un certain nombre d'opérations indiquées par leur date. On peut dire que depuis lors, à aucune époque, on n'a cessé de faire des transfusions sanguines. C'est par elles que je commencerai; je vous parlerai plus tard des infusions médicamenteuses.