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DIX-HUITIÈME LEÇON

Méthode hypodermique. — Acupunotore. — Transfùflioa.

Substances auxquelles la méthode hypodermique ne saurait convenir; inconvénicnts de la méthode; ses avantages dominent.

Acupuncture, électro-punrture, méthode des injections percnchymateniei dites substitutives; théorie et critiques de la substitution.

Introduction des médicaments par le système vasculairc, histoire de It transfusion; principes.

Messieurs,

Outre les inconvéûicnts qui sont attachés à la méthode des injections tiypodcrmiques, il faut reconnaître que cette méthode n*a pas toujours la supériorité que nous avons admise par rapport aux autres voies d'introduction. Par esemple on voit des sujets — le fait est, il est vrai, exceptionnel — qui sont à peu près aussi sensibles à une matière telle que Tatropine, lorsqu'elle est introduite à la dose d'un ou deux milligrammes dans les voies digestives, que quand elle est introduite dans le tissu cellulaire sous- cutané. C'est un cas rare, mais je devais vous le signaler.

Il y a enfin des infériorités attachées à la méthode hypodermique. Par exemple, il est impossible d'introduire des substances qui ne peuvent agir qu'à doses massives : le nitrate de potasse. Il en est de môme de l'huile de foie de morue et de toutes les autres substances qui demandent à être introduites à doses considérables, relativement à celles que peut tolérer le tissu cellulaire.

Il en est de môme des matières alimentaires* Je vous ai bien dit au début de l'exposition de cette méthode qu'on avait été jusqu'à introduire des substances pouvant servir d'aliments, mais on les a introduites en si petite propo^

INrlEiaRITl DE LA MÉTHODE. 859

lion que Talimentation par cette voie est à peu près illusoire.

II y a encore une autre infériorité relativement aux médicaments insolubles par eux-mêmes. H est clair que, quand il s'agit d'introduire des corps huileux, ils ne trouveront pas dans le tissu cellulaire les éléments nécessaires à leur dissolution.

n y a d'autres substances qui peuvent être dissoutes à la faveur des acides ; supposez l'oxyde de zinc; il deviendra so^ hible à la faveur des acides chlorhydrique ou sulfurique ; mais les chlorures de rinc sont des substances irritantes, cathérétiques, caustiques et qui par conséquent ne peuvent être introduites sous la peau.

n est encore d'autres substances qui sont solubles directement, mais très irritantes : facide phénique, la créosote, le perchlorure de fer. Il est clair qu'on ne saurait les introduire par la voie hypodermique ; elles détermineraient des phlegmons.

Il y a encore des circonstances dans lesquelles les substances médicamenteuses ne peuvent pas être introduites par la voie sous-cutanée,c'est lorsque, par exemple, vousavez affaire à des substanoes qui doivent être prises avec les aliments, parce que pendant la digestion elles sont mieux attaquées. Ce sont des substances qui deviennent solubles pendant le travail digestif ou qui, en tous cas, doivent être mêlées à la masse chymeuse et arriver avec les aliments eux-mêmes Ams la circulation ; ce sont ces médicaments qu'on appelle des eutrophiqttes que j'ai appelés histogéniqu^s^ c'est-à-dire qui servent à faire des éléments histologiques, tels que les phosphates calcaires, l'huile de foie de morue, le fer luimême, qui est aussi un aliment proprement dit. Les altérants

SGO MÉTHODE HYPODERMIQUE. |Dix-hiiitième

eux-mêmes, comme cerlaines préparations arsenicales, demandent i\ être pris au moment du repas. On a conseillé aussi de donner à ce moment les préparations de phosphore, parce qu'elles passent mieux dans ces conditions. Je le répète, il y a là une infériorité.

Enfm lorsque vous aurez besoin d'exercer une action topique sur la totalité ou sur les éléments d'une certaine nuqueuse,tellc que celle des voies respiratoires et surtoutcelle des voies digcstives,vous aurez assurément à donner la préférence à l'introduction par inhalation dans le premier cas et à la voie stomacale dans le second. Et ici vous allez voir qu'il y a une particularité intéressante à connaître.

Les vomitifs sont de deux espèces, comme je l'ai établi depuis longtemps, et comme je le disais encore récemment à l'Académie. Il y a des vomitifs qui agissent à la périphérie, sur les extrémités nen^euses des nerfs de l'estomac, la paire vague, ou bien sur les extrémités nerveuses des émanations du plexus solaire ; mais il y en a d'autres qui agissent au contraire sur le bulbe.

Les premiers agissent à la manière d'une indigestion ; les seconds à la manière de la méningite.

Le type de cette dernière catégorie de vomitifs est l'apomorphine. EUesemble, d'après toutes les expériences, agirsur le système nerveux central, en exerçant son influence sur le bulbe.

Mais la plupart des autres vomitifs, le tartre stibié luimême et surtout les vomitifs tirés du règne végétal , agissent directement sur la muqueuse stomacale et sur la muqueuse intestinale. Eh bien, ces derniers, l'ipéca et toutes les espèces d'ipéca, toutes les plantes qui sont émétiques semblent agir — cela est certain pour plusieurs d'entre elles — di-

leçon.] INCONVÉNIENTS DE LA MÉTHODE. S61

rectemenl sur la muqueuse gastro-intestinale. La preuve en est facile à donner, et la voici : lorsque vous introduisez de ripéca ou de rémétine, puisqu'on peut se servir du principe neutre actif de l'ipéca, vous obtenez avec 16 ou SO centigrammes, des vomissements aussi actifs qu'avec li^'^.SOou â grammes d*ipéca.

Lorsque vous introduisez cette même émétine en injection hypodermique, il vous faut 20, 30 centigrammes pour obtenir des effets plus longs à paraître et moins intenses que ceux que vous obtenez avec une dose moindre introduite par l'estomac. Et,chose curieuse,quand l'expérience est feite sur les animaux et qu'on les sacrifie, on trouve l'émétine dans le tube digestif. C'est-à-dire qu'introduite dans le tissu cellulaire, elle a été obligée de se faire absorber préalablement, de circuler, de venir avec le sang artériel au contact des organes qu'elle excite, quand elle est introduite dans les voies digestives ; et ce n'est que lorsqu'elle a été sécrétée qu'elle se trouve en proportion notable dans le tube digestif, qu'alors elle commence à produire ses effets.

Voilà quelque chose de bien étrange, n'est-il pas vrai? Vous voyez donc que quand il s'agit soit de provoquer le vomissement, soit l'hypercrinie intestinale, il ne faut pas employer la méthode hypodermique ; je dis hypcrcrinie, car à faible dose l'émétine détermine seulement Tétat de nausée et une hypercrinie intestinale, rappelant alors les effets que Tipcca déteimine quand on l'introduit directement dans la fin de l'intestin, contre les affections chroniques des pays chauds désignées sous le nom de dysenterie avec lésions plus ou moins avancées de la muqueuse digeslive; dans ces conditions, quand vous avez pour but d'agir sur un certain appareil qui soit directement accessible d'une autre façon, il est clair

tes MtTlODfi HYPOPimiQUI. IDix-hniiième

qu'il vaut mieui ne pas employer» par la méthode hypodermique les substances qui ne pourraient agir de celte façon qu'à doses plus élevées et, par conséquent, dans des conditions beaucoup moins favorables.

J'ajouterai, parmi les petites défectuosités de la mélhode hypodermique qu'elle exige généralement rifiterveotion de

la main de l'homme de l'art. Car dans la plupart des cas le malade ou l'entourage ne nous offrent pas toute espèce de garantie contre les accidents, dans le cas où on le laisserait opérer lui-même. Cependant il y a un certain nombre de cas danl^ lesquels les malades eux-mêmes ou leurs gardes font très bien les injections, de telle sorte que cet inconvénient n'est pas pour la méthode un vice rédhibitoire.

En somme, je conclurai que, malgré tout, la méthode hypodermique se distingue de toutes ou de presque toutes les autres par un ensemble de qualités qui se montrent sous un aspect tellement important, que cela doit Caire passer sui* les inconvénients que cette méthode peut présenter^ au moins dans le plus grand nombre des cas.

Avec cette méthode, nous avons tout à la fois la rapidité d'action, la constance des effets, leur intensité plus grande et une sécurité absolue au point de vue des effets physiologiques et thérapeutiques, puisque nous sommes sûrs que tout ce que nous voulons introduire est introduit. Elt puis eolio nous arrivons là, par un dosage inexact, à une précision qu'il est impossible d'atteindre avec toutes les autres méthodes. En somme, c'est une méthode vraiment scientifique. Aussi toutes les fois qu'elle est applicable, il faudra l'appliquer. Quand on veut mesurer les effets des différentes substances, c'est toujours à elle qu'on a recours et c'est grâce à elle qu'on a pu arriver à des résultats aussi précis et au&û

leçon.] ACUPUNCTURE. 268

concluants que ceux qui ont été obtenus en Angleterre, par Fraser par exemple, sur les principaux alcaloïdes et sur leurs actions réciproques.

J'arrive maintenant à vous parler d'une autre voie d'in troduction : le tissu cellulaire profond, les organes profonds, les ganglions lymphatiques. Cette méthode d'introduction dans la profondeur même des oi^anes a pris, dans ces derniers temps, un certain développement, mais elle n'est pas très Jeune, malgré cela.

n y a une cinquantaine d'années on a introduit dans la médecine Tacupunclure qu'on empruntait à l'extrême Orient, et plus tard on y a joint l'électricité, ce qui a constitué l'électropuncture. J'ai vu cette méthode jouir encore d'une certaine faveur ; j'ai même enfoncé des aiguilles de platine dans la cuisse de gens qui se plaignaient de sciatique, et je l'ai fait sous la direction de mon illustre maître, Lallemand de Montpellier. H. Jules Cloquet a écrit un livre ^ dans lequel il a fait ressortir les bienfaits de cette méthode, et cela non seulement sur les récits faits par les médecins étrangers, mais aussi d'après des observations faites par lui-même.

A cette époque, Fabré conçut la pensée, connaissant certains faits relatifs à réleclricité, d'introduire par son aide des substances actives dans la profondeur des organes d'un membre. Une aiguille de platine est implantée dans cet organe à la profondeur qu'on juge nécessaire, pour atteindre le point que l'on veut toucher : cette aiguille est en communication avec une pile contenant une solution telle que du snlfate de cuivre. 11 est clair que si l'aiguille est en communication avec le pôle négatif, par exemple , ce pôle trans-

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