‹ Cours de therapeutiqueChapitre 36 sur 58 · VINGT ET UNIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT ET UNIÈME LEÇON

Infections dans le Bimg. — ^truuifdniiAttoti des méâleânieiiti.

Inf\]8ion8 métlicuincnteuftCfl dans le sang, injections kiCrâveinsiMcs.

TsANsroRMATio.'fs DES MÉDICAMENTS DANS L'ORGANISME, ckangenienh immédiats : tûirnie tVùT\j^cni.

Oiangêments dans les premières voies : lemp<^ralare ; boissons froMes : rél#» négatif de la boueho ; rôle actif de resiomac.

Modifications dans l'intestin, rôle <ios corps gras, rôle des matières albuoiinoïdes, gaz.

MKSsiErns,

J^arrivc maintenant, à vous dire quelques mots de Tinfusion médicamenleuso, c'est-à-dire de rintroduction des raaticies médiciimenlcuses dans les veines. Cette opération, bien que plus simple et en apparence plus naturelle, est cependant moins ancienne que colle de la transfusion sanguine. Je vous ai dit qu'on avait proposé celle opération en même temps que la transfusion à Tévôquc d'Kxeter; Fabricius, paraîtil, aurait pratiqué également Tinfusion des médicaments dans les veines. Mais ce n'est vraiment qu'au commencement de ce siècle, en 1802 et 1811:1, que le docteur Scheel a remis en honneur cette infusion des médicaments dans le système vasculairc.

Dans le cours de notre siècle, cette opération a été bien des fois tentée, mais non dans des conditions favorables; et d'ailleurs je vous dirai par la suite que cette opération n'est pjis nécessaire et que nous avons de quoi y suppléer largement.

On a injecté de l'eau tiède chez les tétaniques. Mapendio, le grand physiologisle, le Maître du Maître que nous \enons de perdre, a réussi ainsi à faire céder les spasmes, ce (lui n'a pas empêché le malade de succomber au bout de deux

INJECTIONS MÊOICAMËNTEUSËS. 307

jours. Bennelta répété les mêmes expériences avec les mêmes résultais: cessation immédiate de la convulsion tonique, mais issue. funeste daas.un délai plus ou moins long.

C'es^surtoutà.roccasion des épidémies decholepaqueces injections intraveineuses ont été reprises. On a pensé que dans cette maladie, où la mort semblait arriver par le fait de la soustraciion d'une quantité énorme de sérosité du sang, puisque e'jest de la sérosité pure qui est versée dans Tinleslin, à ce point que le pouls devient insensible, il serait bon d'injecter de Teau dans les veines, mais de l'eau chargée des sels appartenant au sérum sanguin. Tel est le point de départ de ces transfusions médicamenteuses. Seulement, comme a celte époque on croyait encore que le sulfate de soude était, injecté dans. les veines, un purgatif plus ou moins énergique, on l'a évité. EL alors on a employé des solutions plus ou moins diluées de chlorure de sodium et de bicarbonate de soude. Celaa donné des résultats immédiats en apparence très favorables ; j'ai même vu des gens .qui semblaient être, relevés, chez qui la circulation recommençait, mais jqul n'en succombaient pas moins, i parce tjue Ton ne s'adressait qu'à l'un des symptômes de l'empoisonnemeflit, et . noaà.la cause persistante qui ' déterminait les accidents mortels.

On a aussi imaginé d'injecter le sérum en nature; il n'a pasdonné plus que la solution de carbonate de soude. 11 en a été de même de l'injection d'un certain nombre de médicaments. On a parlé de l'acide acétique. — Poui>quoi ? nul ne le sait; quant au laudanum, cela se comprend, |)uisqu'il avait pour résullatde relever les forces. On a aussi injecté des solulious de strychnine, parce qu'il semblait qu'on dûtiH^Jever le système neneux médullaire et le galvaniser. J'ai moi-mèrne

308 INJECTIONS DANS LE SANG. IVin^t et uiùcur

fait avec le docteur Ducliaussoy une iDJcetion intraveineuse de sulfate de quinine de 20 centigr., et j'aiétélémoin d'un échec complet. Le sulfate de quinine avait pourtant bien son indication comme moyen d'agir sur le système nerveux, dans une maladiequi a pu être comparée à la fièvre intermillontepernirieuse et qui se comporte de la même façon; en outre, lesiilfate de quinine peut agir en mr?me temps comme antiseptique, comme anlizymotiquc, par conséquent avoir un double but Malgré tout ce que nos prévisions pouvaient nous indiquer, il n'a pas eu le moindre effet utile.

On a aussi a plusieurs reprises introduit dans les veines des pur^Mlifs et d<îs voniilifs, pensant que leur action en serait plus rapide. Je vous ai déjà dit que Ton se trompnit à cet égard et qu'on devait obtenir des résultats nalureliemcnl médiocres, puiscpi'il faut que ces substances circulent et soient éliminées pour a$^ir sur la membrane mustrulairc de l'inloslin et sur la muqueuse elle-même.

Enfin, un médecin allemand s'est injecté à lui-même de l'huile de ricin. On a parlé de la dose de 15 grammes. Je n ai pas lu ce chiffre dans le texte, de telle façon que je ne puis pas garantir la dose, mais je crois qu'il s'agit de 15 grains! Quelle que soit la dose, l'opération parait avoir été authentique : rexpérimentaleur a ressenti un peu de malaise, un goùl d'huile de ricin dans la bouche, quelques troubles intestinaux, des envies de vomir suivies d'effet, mais pas la moindre évacuation alvine. Par conséquent, au point de vucd<» l'effet cathartique, le résultat a été nul.

Quant aux sels neutres, vous savez ce que les expérience? de laboratoire ont démontré : c'est qu'ils constipent et nedonncntpas lieu à des garde-robes diarrhéiques. Par conséquent, ce sont là des tentatives qui pouvaient être bonnes à une épo-

leçon.) INJECTIONS MÉDICAMENTEUSES. 909

que indécise de la science, mais qui aujourd'hui ne doivent plus être répétées.

II semblait que Ton dût saisir l'occasion de la découverte d'un grand nombre de médicaments actifs, tels que les corps neutres, les alcaloïdes, les glycosides, pour faire des infusions intraveineuses. Eh ! bien, cela cependant n'a pas eu lieu; depuis que nous nous servons beaucoup, et de la morphine, et de la strychnine, on n'a pour ainsi dire Jamais fait de ces injections chez l'homme. Elles ont, il est vrai, été pi*atiquées très fréquemment chez les animaux, au point que Ton peut dire que dans les laboratoires il n'est guère de substance active qui n'ait été introduite par cette voie.

C'est qu'en même temps que la chimie mettait à notre disposition ces principes actifs, il y avait des méthodes d'introduction qui rendaient tellement facile le pas.^age de ces médicaments dans l'économie, qu'il était inutile de songer à l'infusion. Aussi n'est-ce que d'une manière accidentelle que les médecins ont été appelés à constater les effets des substances actives introduites dans les veines; c'est alors qu'en faisant une injection hypodermique, Taiguille, comme je vous l'ai raconté, pénétrant dans une veinule, a permis Vinlroduction de la substance active avec toutes les conséquences que vous connaissez: je vous ai cité des faits dans lesquels le sujet avait pour ainsi dire été foudroyé.

H y a eu, en 1867-G8, à Paris, plusieurs cas de mort par Talropine, et dans quelques-uns de ces cas, la quantité d'atropine introduite sous la peau n'a pas été considérable. J'ai lieu de penser que ces cas. puisque les sujets avaient déjà reçu de latropine sans accident, s'expliquent par la rcncofitre d'un rameau veineux dans lequel la substance a été inlroduite d'une manière brusque et instanfanée.

3t» INJECTIONS DAXS- LE' S^ANG. (Yin^t et unième

Ce n'est que dans ces dernières années, qu'iinciiirurgien distingué, M. Oré, de Bordeaux, a voulu introduire dan!: la pratique la méthode des injections intravetneuses'^n rappliquant au chloral; Il voulait* substituer lamétbode de rinjVtion du chloral- pour obtenir l'anesthésie à rinhalation de^ substances anesthésiqnes; et il s'est^constitué le défenseur ardent de cette manière de faire, en' pix)dtiisant un^ certain nombre d -observations enapparence favorables; etplnsieurs chirurgiens, surtout étrangers, ont été entndnés dans cette voie que je considère comme funeste.

Dans un' certain nombre de cas, la méthode n'avmt donné lieu à aucune espèce d- accident grave", il rfy avait pa? eu de cas de mort. Mhis depuis, la mort s-'est montrée dans un certain nombre dé circonstances. On pouvait arguer qne les animaux qui périssaient étaient dans des^ conditions différentes de celle!» de Thomme et que les mémes-précaiitioD< n^étaient pas prîses^; mais M. Oré lui-même" a eu un'oae de mort *. Il y en a eu plusieurs dus à des injections dms dt^s cas de tétanos ; je ne dis pas que les sujets ne* fussent pas morts dans un délai- de quelques jours, mais ici ils expiraient sousTinfluencede ^empoisonnement* artiBoiel.

Comment comprendre ces résultats? La- chose e^ très simple. Lorsque vous introduisez du chloraldans^ les veines, vous introduisez' une dose'massive; qui peut âtl^- plus forte que celle que peut tolérer l'organisme sur lequel vous agissez; si, lorsque vous avez affaireà du. ohlorofbr me , vous pouvez toujours' éloigner l'agent terrible que* voue manies, ici, au contraire, il n'y a plus moyen de retireria substanne ac-

1. Oré, le Chlaral et Ut médication m(hii;eiitettxf, étudtit dé pkftùrioffk expérimentale; applioations à la thérapeutiqwi à la. ioxicolêgia» Parii, 1877^

leçon.] TRANSFORMATION DES MÊDICAMBUTS. 311

tive ; vous pouvee par conséquent dépasser la mesure ; il peut y avotr-une narcose tellement profonde, que le réveil de la sensibilité et des facultés organiques ne soit plus possible.

Puis il y a un autre inconvénient très considérable, c'est la coagulation du sang dans les veines. Vous savez combien le chloral est coagulant, puisque c'est un moyen de tanner,

deconserver les tissus. M. Personne nous montrait encore récemment à TAcadétnie wrt cerveau conservé dansle chloral depuis un temps infini, et nous savons que le chloral coagule le sang de la manière la pius^ énergique, comme Tacidephé* nique. Si donc voua introduisez une solution de*chloral, qui ne peut jamais être très diluée, puisqu'il faut une dosemas- ^ve et que de plus, si elle l'était trop,vou8 produiriez l'étonnemeni du cœur, vous pouvez déterminer la coagulation du sstag et par conséquent donner naissance à des embolies, à . des înÊirctus, à une suspension de la vie dans des organes essentiels. En définitive^ cette méthode de Tinjection intra- Teineuse n'a jamais pu prendre pied dans la pratique françaisev Elleesisteà.rétranger, où l'on est plus hardi; mais ici elle a été ^poussée avec une grande énergie à l'Académie de médecine, et c'est là une résolution à laquelle je ne puis que m'associer.

J'arrive maintenant aux mutations de& médicaments. C'est ii. un très long chapitre de la thérapeutique générale et qu'il est important de parcourir dans tous ses détails. Je parlerai swioul dès modifications des médicaments quand ils ont été appliqjaés sur des surfaces ou introduits dons les interstices du tissu cellulaire, pour suivre ces médicaments dans la ciirculalion^ et dans les sécrétions, partout enfin ou

:Uâ TRANSFORMATION DES M ÉDICARIENTS. |Yingt et unicmf^

ils sont appelés à se diriger avant de sortir de l'organisme.

Cependant il y a un chapitre des mutations des médicaments qui demanderait à être développé. C'est celui des changements qui sont produits dans les médicaments par les préparations qu'on leur fait subir.

Tous tant que vous êtes, vous croyez peut-être, Messieurs, que vous administrez des pilules de nitrate d'argent, et même quelques-uns d'entre vous doivent être effrayés d'introduire (lu nitrate d'argent dans les voies digestives. Eh bien, sachez que vous n'introduisez jamais du nitrate d'argent: cela vous rassurera et vous montrera combien il est peu sage de construire des théories sur des faits qui ne sont pas bien établis.

En efl'et, on considère ces pilules comme devant produire un effet catalytique sur la membrane digestive, on se lesreprésente agissant à la manière d'un astringent, déterminant des modifications favorables et amenant la guérison. Eh! bien, on n'introduit pas de nitrate d'argent, ou on en introduit si peu que rettc quantité doit être néf^ligeable. Lorsque vous mettez delapoudredc nitrate d'argentdans de la mie de pain, au bout de quelques instants vous avez de Tai^gent réduit, du chlorure d'argent ou de l'albuminate d'argent. Plus des 7/8 du nitrate d'argent sont ainsi décomposés en argent métallique, que l'on appelle de l'oxydule d'argent. Lorsque la préparation est faite depuis quelques heures, vous n'en avez plus du tout. 11 est bon que vous soyez ainsi prévenus que souvent l'on n'administre pas la substance que Ton croit administrer.

J'arrive à vous parler des mutations que les médicaments subissent dans l'organisme. Ces changements sont physicochimiques. Je les étudierai dans les premières voies, an contact des surfaces sur lesquelles on applique les remèdes,

leçon. I CHANGEMENT DANS LES PREMIÈRES VOIES. 313

dans le sang, dans les organes sécréteui s, dans rintimité même des tissus, et enfin dans les réservoirs naturels,quand ils ont été éliminés et qu'ils séjournent un temps plus ou moins long.

Parlons d'abord des changements physiques qui se produisent dans les premières voies. 11 y a des changements de température, et ceci n'est pas tout à fait indifférent à connaître, car ils ont une grande importance.

Si vous introduisez une boisson plus ou moins froide, celle boisson froide élève sa température en soustrayant de la chaleur aux organes avec lesquels elle est en contact; c'est ainsi que vous voyez se produire une sédation locale, et que vous arrivez ensuite à produire ainsi dans tout le système une sédalion plus ou moins marquée, en rapport avec l'abaissement de latempérature. Dans les hyperthermies, les boissons IVoides sont ce qu'il y a de plus tempérant, aussi ont-elles ioujoui*s fait partie du réjxime anliphlogistique.

Voyons maintenant quels sont les changements chimiques que subissent les substances actives dansles premières voies. Ici, comme je vous le disais, l'importance est majeure, et ces cliangements exercent une grande influence sur les résultats ultérieurs, sur la forme des phénomènes pathogénétiques, que déterminent les médicaments et sur leur activité.

Remarquez que dans l'organisme il y a partout des substances dont l'activité est assez grande et qui sont capables de modifier les substances médicamenteuses. Nous trouvons partout des alcalis, des acides, des chlorures alcalins. Eh ! bien, vous allez voir, tout à l'heure, que ces différentes substances exercent une influence très marquée et souvent décisive sur le sens dans lequel se font les mutations médicamenteuses.

La bouche ne nous offre pas grand'chose à remarquer;

311 THAMSFOnMATION DE» MÉDI G AMBIfTS. (Vingt et unième

les- aliments n'y font que passer pour arriver à restomar. Dans l'estomac vous trouvez des substances qui sont d'une très grande aciivité à TéUit normal, les acides ladiqtie, chlorhydrique ou phosplioriquc, suivant quelques physiologistes. On trouve également des ferments normaux, la pepsine avoc ses deux modifications, si vous les admettez, c^ëst-à*dire le feiment qui coagule et le fcrmentqui dissout. Puis vous trouvez aussi des ferments accidentels, empruntés^ Tatmosphèrc ou développés sous rinfluence des changements qui se produisent dans Torgane lui-même aux dépens des matières alimentaires. Enfin vous avez là des gaz atmosphériques, sans parler de F eau.

Voici ce qui se passe lorsque vous introduisez des substances organiques dans l'estomac : ces substances, soumises à toutes ces influences, éprouvent dcschangeoients considérables tels, surtout si l'activité gastrique est un peu grande, au moment de la digestion, par exemple, qufil pourra se faire que ces substances soient comme non avenues» Tous introduisez de Taconitine, vous n'obtenei^ rien*, même avec des doses élevées; l'atropine, la morphine éprouvent la même destruction. La quinine et les alcaloïdes voisins si résistants, qui semblent pouvoir échapper à toute modification, sont eux-mêmes modifiés, si bien que vous pouvez, au m<h ment des repas, en prendre des quantités considérables sans obtenir le résultat désiré.

Celte sorte de digestion stomacale est une cause de diminution d'activité des substances médicaraenleueee, contre laquelle il faut vous mettre en garde. Ce ne sont que cerlMS remèdes qui exigent des dissolutions préalables^ tes remèdei qui agissent à la manière des histog^iniques, les subsfncu métalliques, auxquelles on demande seulement Télémeot

leçon.] CHANGEMENT» DANS L'ESTOMAC. 315

métal, que vous devez introduire au moment des repas : le fer, le manganèse, Tarsenie. — Pour les autres il faut nous en: gai-der.

ILes acides: de Testomac ont aussi leurt part très grande 4'influence. Ges acides servent à augmenter la solubilité des seis, car fous sav6z que la plupart des sels sont d'autant plus solubles qu'ils sont plus acides. Ces acides salifient les bases. Ceat ainsi que les oxydes de fer, de zinc, de calcium sont salifiéfty dissous par les- acides qui sont dans la coinue stomacale. Pour le fer, cela est très important, attendu que nous introduisons très fréquemment des oxydes de fer en comp* tant sur les acides deTestomac pour les dissoudre et le& faire entrer en circulation. Les acides de Testomac décomposent aussi les carbonates, tels que carbonate de chaux, de soude^ de potasse, de magnésie, de fer (rouille). Voyez quelle importance ont ces faits: lorsque vous voulez combattre les gaz et les acides de Testomac, vous ne devez pas administrer du carbonate de magnésie, mais de la magnésie calcinée; le carbonate de magnésie ferait de Tacidc carbonique et augmenterait le malaise.

Enfin les métaux eux-mêmes, libres, introduits «^ Téfat isolé, se dissolvent dans les acides de Testomac. Seulement il faut faire intervenir, pour expliquer cette dissolution, une double réaction* Ces métaux ne sont pas directement solubles dans les acides de restomac (ils le seraient cependant dans l'acide chlorhydrique, s'il y en avait en quantité suffisante) ; il faut préalablement qu'ils soient oxydés. Or il y a dans L'estomac de l'oxygène (pii oxyde les métaux. Ces oaydes se combinent alors soit avec Tacide phospho^ rii{oc, soit avec l'acide lactique; l'bydrogène est mis en né, et il reste libre s'il n'y a pas là d autres corps pour

3iO TRANSFORMATION DBS MÉDICAMENTS. [Vingt et unième

s'en emparer. Dans ce cas, si cliez une chlorolique vous introduisez du 1er, vous provoquez simplement des renvois inodores (hydrogène pur); si au contraire il y a dans Teslomac des matières alimentaires, albuminoïdes, azotées, daof lesquelles entre du soufre, les renvois (formés d'hydrogène sulfuré, riiydrogène libre s'étant combiné avec le soufre des malières alimentaires) sontnidoreux, ils ont rôdeur d'œufs pourris. Vous voyez qu'il est bon de connaître ce mécanisme pour bien comprendre les inconvénients attachés à l'administration de certains médicaments, les expliquer aux malades et les éviter.

Dans l'estomac il y a aussi de l'oxygène, il fait passer les substances peu oxydées à un degré supérieur d'oxydation, ce qui arrive pour le sulfate ou le carbonate de proloxyde de fer. Ici il y a une chose importante à vous dire. Le sulfate de fer ne peut absolument pas servir à la réparation des globules. Vous pourriez transfuser dansles veines, d'une manière conlinucj pendant des années, du sulfate deprotoxyde de fer à un sujet anémicfue, et vous ne lui feriez pas faire an globule de plus. Et cependant, en introduisant du sulfate de piotoxyde de fer dans l'estomac vous augmentez les globules. Comment? C'est par le procédé que je viens de dire : il passe à l'état de sulfate de protoxyde de fer, qui devient basique. Il y a oxydation ultérieure, passage à un degré supérieur.

Ce même oxygène donne lieu aussi à l'oxydation de différentes substances que vous introduisez, ou à un degré inférieur d'oxydation, ou absolument libres. Ainsi vous introduisez de l'acide sulfurique (cela a été proposé): cet acide passe i\ l'état d'acide sulfureux. Le phosphore introduit dans l'estomac passe à un degré d'oxydation plus ou moins éievé

leçon.) CHANGEMENTS DANS L*INT£STIN. 317

et subit aussi d'autres mutations qui sont en rapport avec la présence de l'eau. Le phosphore décompose Teau, et il se fait d'une part de Tacide phosphoreux et d'autre part de rhydrogène phosphore. Voilà donc un autre genre de modifications.

Je vais maintenant vous parler des mutations des médicaments dans rinteslin. Il est clair que nous retrouvons ici bon nombre de celles qui ont lieu à la partie supérieure des voies digestives, mais il en parait d'autres.

Si le liquide stomacal est acide, le liquide intestinal est toujours alcalin, sauf dans le caecum, où, dit-on, il est acide. Quoi qu'il en soit, Talcalinité du tube digestif est un fait général; il la doit au bicarbonate de soude, qui exerce là une inQuence que vous devinez : quand arrivent dans l'intestin les substances acides de l'estomac, cet alcali les sature en partie, laissant se mettre en liberté l'acide carbonique avec lequel il était combiné. S'il arrive des substances jouant le rôle d'acide, vous voyez des combinaisons s'eftecluer, et à celle faveur ces substances, qui auraient été insolubles par elles-mêmes, pénètrent dans la circulation et y produisent leurs effets.

Vous introduisez de la colophane dans le tube digestif : dans l'estomac elle se ramollit, mais dans l'intestin elle peut être dissoute, car il se fait là un savon, lequel s'effectuera également avec toutes les térébenthines. Elles constituent alors des composés qu'on appelle des résinâtes, c'està-dire dans lesquels Pacide est représenté par la résine. Ces substances deviennent alors solubles, pénètrent dans la circulation, et vont, les unes du côté des voies respiratoires, les autres du côté des voies urinaires, pour y produire les effets que vous connaissez.

318 TRANSFORHATiON DES ilÊDlGAMENTS. [Vingt et snièm^

Quaad il arrive dans riutasiin des substancefi qui ne soot solubles qu'à la faveur d*un excès d'acide, naturellaiaenl elles fie.précipiienl dans un liquide qui renferme un exeès d'alcali.

Il y a aussi un groupe de substances qui jouent le rôle de dissolvants, rôle que l'on n'a reconnu que dans ces derniers temps. Ce groupe,«dont je vous signale au passage l'importance, est celui des corps gras. Ils existent partout .dans l'intestin, et servent de dissolvants à plusieurs substance*:, telles par exemple que le soufre et surtout le phosphore. De telle sorte que l!adminktration de l'huile dans l'empoisonnement >par le phosphore serait nuisible, et qu'il faut aussi éviter l'introduction de tous autres corps gras.

Maintenant j'arrive aux chlorures, qui sont très répandus partout, dans les mucus en particulier. Vous pouvez vous en rendre isompte en.laissant tomber unegoutte de nitrate d'argent sur du mucus. Vous voyez inraiédiatemenlun-précipite considérable; le mucus devient tout blanc, ce qui. est dû à la présence de chlorures. Ces chlorures jouent un rôle qui a été exagéré, mais qui est réel. Les chlorures- des premières sections ont ce singulier privilège de se combiner avec eeuxdes dernières, de manière àiormer de véritables combinaisons dans lesquelles le chlorure alcalin joue le rôle de base et l'autre celui d'acide. Il se produit de la sorte des chlorhydrates di* chlorures qui ont pour propriété d'être très solubles, tandis que les autres sont très difliciles à dissoudre.

Ainsi, par exemple, prenez lecalomel, qui est insoluble, et le chlorure d'argent, qui l'est peu ; associez-lesa une solution de chlorure de sodium, ils deviennent solubles.par suite de cette viritable combinaison. Peut-être se iait-^il échange de base et d'a<*ide. Mialhe a pensé que dans ces conditions-là le

leçoo.] ROLE DBS MATIÈRES ALBUMINOÎDES. 319

proiochlorure de mercure prenait une partie de Taeidechlorhydrique^ai- devenait du bichlorure. Mais il se pourrait que, comme on Ta cru et comme je le pense, la solubilité fût le résultat de la formation d'un sel nouveau. J'ai toujours combattu la manière de voir de Mialhe, même en 1847, du tamps de Trousseau ; j'en ai indiqué quelque chose dans l'^r^ de formuler qui est annexé au traité de Trousseau etPidoux: je n'y-ù jamais cru, et je voyais là un parti pris d'appliquer des connaissances chimiques encore imparfaites, à cette époque. La direction était excellente, mais dans l'application il y avait quelques erreurs d'interprétation, et ceci en est une.

Le calomel ne pénètre pas parce qu'il se transforme en bichlorure, attendu qu'alors il suftiraitde donner du calomel pourobtenir la salivation mercuriclle, qu'on produit toujours avec le biehiorure. Ce fait clinique seul suiTit pour autoriser à déclarer que ee n'est pas là le procédé par lequel le calomel pénètre dans l'économie. Nous allons voir que la démonstration directe en a été fournie.

Nous arrivons de la sorte à parler de l'importance des matières albuminoides qui existent dans l'intestin et dans toute la longueur du tube digestif. Mais c'est dans rinieatin.que commence-leur véritable rôle, qui est de favoriser ia< pénétration de différentes substances. Je dis que ces matières- albuminoides sont de véritables dissolvants et non pas simplement des moyens d'émulsion. Autrefois on voyai ces matières jouant le rôle de la gomme, divisant les substances insolubles et, àla iaveurde cette division, en permettant rintixKluction dans les voies circulatoires. Ge n'est pas la ee qui se passe.

Les matièi*es albuminoides, l'albumine, les mucus de différentes *«ortes, la légumine, sont de véritables dissolvnuis

320 TRANSFORMATION DES MÉDICAMENTS. [Vingt et uniètu<:

pour un grand nombre de substances métalliques, el elles les dissolvent parce qu'elles s'y combinent. 11 se fait de véritables

albuminates, des léguminales. De même on peut employai le gluten y qui est une substance albuminoïde. C'est à la faveur du mucus que le calomel se dissout. On Ta démontré. M. Personne a fait des expériences dans lesquelles il a obtenu la dissolution du calomel dans les substances mucilagineuses. 11 y a longtemps que les chimistes savent que le> matières albuminoïdes se comportent d'une manière très éti^ange avec les substances salines, par exemple avec les sels de zinc, de cuivre, de plomb, d'argent, d'or et de p\aline. Lorsque vous versez de l'albuminedans une solution de sulfate de cuivre, vous voyez se faire un précipité; si vous en versez plus, vous voyez le précipité disparaître. Si vous versez à nouveau, le précipité peut se reformer. Ce même fait se reproduit à l'occasion d'un grand nombre de substances, h l'ai constaté pour le perchlorure de fer, qui est pourtant on coagulant d'une grande énergie.

Ces phénomènes se montrent à un degré très marqué, surtout quand il s'agit du nitrate d'argent, et ils ont mêmereru une application assez bonne quand on donne le nitrate d'argent en lavements. On peut faire une dissolution de niti-ate d'argent dans l'eau albumineuse, cette dissolution arrive au contact de l'intestin sans produire une action chimique très énergique et par conséquent sans donner lieu aux effets douloureux qui sont le résultat de cette action. Mais cependant, le nitrate d'argent peu à peu finit par se séparer de sa dissolution et par agir sur la membrane muqueuse. Ilenrésultealors des modifications très favorables de cette muqueuse ulcérée.

Delioux de Savign;ic, qui s'occupait beaucoup de thérapeutiquc,avait imaginé ce procédé, puis a donné la formule d'un

l?CAn.1 ROLE DES GAZ. 3S1

sumnle pour un lavement de nitrate d'argent : Nitrate d'argent 0^,25, 0^,50, eau albumineusc 60 gr. Ensuite on ajoute, au moment de s'en servir, 120 gr. d'eau tiède. C'est là le véritable moyen d'employer le nitrate d'argent en lavement, grâce à la faculté qu'il possède de se dissoudre à la faveur de l'albumine.

Nous comprenons donc maintenant comment ces matières albuminoîdes, qui sont en si grande abondance dans le tube digestif, peuvent dissoudre le calomel qui pénètre dans l'organisme à l'état d'albuminate de protochlorure de mercure et se comporte comme calomel. Ce que je vous dis de lui s'applique au protoiodure de mercure, au soufre, au phosphore, toutes substances solubles dans le mucus et dans les matières albuminoîdes.

Ajoutons à cela que dans le tube digestif il y a aussi des gaz très abondants : de l'hydrogène sulfuré, du sulfhydrale d^ammoniaque dans certains cas. C'est vous dire que là il n'y a pas d'oxygène, car alors il n'y aumit pas d'hydrogène sulfuré ; il serait brûlé. C'est pour la même raison que dans les eaux minérales sulfurées il n'y a jamais d'oxygène. L'intestin renferme aussi dans certains cas de l'azote.

Cet hydrogène sulfuré est aussi une cause de mulalions dans les formes médicamenteuses, lorsque des sels métalliques, ayant franchi la première partie du tube digestif, arrivent dans le duodénum, cl dans la portion de l'intestin grêle où déjà existent des matières fécaloïdes ; à partir de ce moment les substances salines dont il s'agit peuvent se transformer en sulfures de métaux, sulfures de fer, de bismuth, de zinc. Ceci a son importance aussi, parce que c'est une manière de neutraliser l'action de ces substances actives. Les sulfures sont très insolubles et parcourent le tube digestif

GCBLRR, Thérapeutique. 2t

322 TRANSFORMATION DES MÉDICAMENTS [Yingt-et-vuème

<:ommc s'ils n'étaient pas, puisque les corps ii'agissent qu'à la condition d'être dissous. Mais il y a une autre importance, c'est que les matières fécales réYèlent par leur coloration l'excès de principe actif introduit.

On croit généralement qu'il faut des doses assez considérables de fer pour restaurer les globules, on en donae presque toujours trop. Ainsi on donnera souvent de l'oxyde de fer ou du fer réduit à la dose de O'^SO. Ce sont des doses massives et superflues. De même pour les eaux minérales qui sont ti^ès fortes : Spa, Orezza, Foi^es-les- Bains, laissent toujours un excès de fer, et on reconnaît les sujets qui ne les utilisent pas à la couleur de leurs garderobes. Le médecin recommande alors de diminuer la quanlilé 4'eau introduite.

Il y a encore là une particularité à vous signaler : c'est que ces sulfures donnent le change, dans un certain nombre de cas, relativement à la possibilité d'hémorragies intestinales. Tous savez que le sang altéré, soit par les acides, soit par ^'hydrogène sulfuré, devient noir. On est alors en quête de savoir s'il y a eu hémorragie intestinale quand on a donné de ces substances produisant un sulfure noir, et on est embarrassé. De même le sous-nitrate de bismuth, dans la diarrhée, noircit les matières fécales, ce qui est un inconvénient quand on l'administre dans la fièvre typhoïde. C'est pour cela que j'avais proposé de donner l'oxyde de zinc ea guise de bismuth. C'est un absorbant très bon pour les acides et les gaz et qui, par conséquent, peut rendre les mêmes services. Seulement, il y a ici une difficulté dont j'ai triomphé en partie, en associant l'oxyde de zinc à une substance qui soit capable d'absorber plus vite que lui les acides de ■estomac, i du carbonate de soude. Voici, en effet, l'écaeil:

on.] ROLE DES GAZ. 338

Uoiyde de zinc dans Testomac absorbe Taclde lactique ou ilorhydrique. Alors il se produit du chlorure de zinc, du ctate de zinc, c'est-à-dire des sels éminemment irritants, luséants, émétiques. Il fallait donc parer à cela. Je Tai mné d'abord à doses massives, car plus la dose est massive moins ce phénomène se produit : le lactate neutre seul ;t nauséant ; si vous n'avez affaire qu'à du chlorure basique iveloppé dans une masse de substance inerte, vous n'aurez is les mêmes inconvénients. Eh ! bien, en donnant l'oxyde i zinc avec le «arbonate de soude on a les mêmes résultats l'cvec le sous-nitrate de bismuth, et on n'a pas l'inconvé- 8Bt d'avoir des selles noires. Par conséquent il n'y a pas itte difficulté de savoir s'il y a eu ou non hémorragie inteslale* dans une affection qui peut donner lien à saproduction^

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