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DEUXIÈME LEÇON

THERAPEUTIQUE GÉNÉRALE (suite).

La spériflcité thérapeutique : doctrine des signatures : pulmonaire, carotte.

All^uminatcs.

Action dynamisante : alcaloïdes, glucosidos, (hé, café, coca, maté.

Critique des expro«sions : médicaments «d^épargne, antidéperditourt.

Théorie dos forces organiques, exemples.

Action adijnamigante : toniques, stimulants; forces radicales et forces agitnantrs.

Variabilité des effets toniques et sUmulaoU : strychnine, inoi^dn'no.

Effets hes médicaments : physiques, chimiques, organiques.

Prépoiidéranrc d«; l'organisme dans les cffels des mmlicaments.

Effets positifs et négatifs, direris et Àndin'cls, iiawagerg ci duraldrs (altérants), arsenic.

Messieurs,

Je vous ai dit qu'il y avait à étudier dans les médicamenti> des actions élémentaires indépendantes des eiïets que ces actions produisent.

Autrefois les choses n'étaient pas si difficiles : on dotait les médiraments de vertus propres, on en faisait des spécifiques] il n'était pas alors diflic-ile de comprendre leur mode d'action. On supposait que la nature avait doué certaines plantes do propriétés qui faisaient qu'elles étaient aptes à combattre directement le mal, comme dans un combat singulier que se seraient livré le mal et le remède.

On avaitméme inventé une doctrine des signatures, d'après laquelle la nature aurait inscrit, sur les différentes productions du règne végétal, l'espèce d'affection à laquelle convenaient les médicaments que nous avons sous la main.

Ainsi les taches de la pulmonaire indiquaient l'usage de

cette plante dans la phiisie tubérculaise, parce que dans celle maladie les poumons sont farcis de quelque diose qui retsemble à ces taches. De mênie, la carotte «était indiquée contre l'ictère.

Dans ce teœps-là il n'était pas difficile de comprendre le mode d'action des médicaments : c'étaient des propriéléft. Us guérissaient propriù motUy par quelque chose qui était iiréductible aux lois de la matière.

Nous autres» noas sommes arrêtés et <^ligés de pénétrer dans des détails pins difficiles, pour compr^i<k-e le méca- Diane des agents thérapeiUiqoes.

Je vous ai fait voit que même dans les médicaments, c'està-dire<lans les substances que nous ingérons, il y adesaclio» mécaniques : Je vous en ai donné des exemples. Mais les actions chimiques sont les plus nombreuses : tantôt c'est uae* sim|>le combinaisim chimique avec les corps qui sont dams J'oi^anîsme, oomme par exemple loi^que nous débairassons Tcstomac des acides à l'aide des alcalins; tantôt ce sont des combinaisons avec les tissuseux-mêmes, quiamènent, par exemple, la cautérisation.

EnêxL, dans d'autres cas, se sont des combinaisons d'une nature im peu particulière; oe ne sont plus les combinaisons tiéfinies, que vous connaissez, osais des combinaisons do gem*e de ce qu'on désigne sous le nom d'albuminates.

Vous savez que Voa considère im très grand nombre subslaaces «omsie entrant ea cotnÉrânaison avec les matières albuminoides ; eh bien, des combinaisons analogues se forment entre les matières albuminoides du corps et les substances médicamenteuses. El plus tard, ces substîuices s'en vont prendre plaee dans les tissus, soit que, élant normales, elles deviennent de simples élémenfts, soit que, éli\nt simple-

20 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE. IDcuxicmo.

ment analogues aux subslariccs normales, elles viennent se substituer à ces substances.

Voilà les différentes espèces d'actions chimiques qui peuvent êlre produiles par les médicaments.

Nous en étions aux actions dynamisantes lorsque nous nous sommes séparés.

J'îijouterai ceci, c'est que par l'intermédiaire de ces substances, qui sont capables de céder de la force, on arrive à dispenser les organes de la nécessité d*en produire.

Les organes, vous le savez, produisent de la force. Prenez pour exemple le muscle, dont on connaît bien la physiologie.

11 est obligé de brûler, non pas peut-être sa propre substance, mais les résidus de la dénutrition; et il le fait pour fabriquer de la force. S'il ne le fait pas, il manque de la force nécessaire pour se contracter. Eh bien, les substances endothermes sont capables de fournir aux muscles et au système nerveux la force qu'ils seraient obligés de fabriquer pour agir.

Cette manière de voir me paraît, je vous le dis par avance, s'appliquer à un grand nombre de substances médicamenteuses. Pourmoi,les alcaloïdes et les principes analogues, qui sont des corps neutres, des glycosides, ces substances qui sont douées d'une puissance immense, tellement qu'elles produisent des effets énormes à des doses quasi infmitésimales (1/4 de milligramme, comme pour l'aconitine), me paraissent surtout avoir cette action dynamique ; c'est-à-dire qu'.elies me paraissent, en faisant élection de certaines parties, être surtout capables d'apporter de la force et d'exciter le système nerveux.

On pourrait sans doute admettre qu'elles contractent des combinaisons instables, transitoires; mais tout porte à pen-

Leçon.) ACTION DYNAMISANTE. %i

ser que c'est surtout par le premier de ces procédés qu'elles agissent.

En tout cas, les choses paraissent aujourd'hui démontrées en ce qui concerne un certain nombre de priuMpes qui appartiennent autant à Thygiéne qu'à la thérapeutique. Je veux parler de ces principes qui sont dans le théy le caféy la cocay le matéj et d'autres.

Ces substances-là semblent aujourd'hui admises par un certain nombre de physiologistes parmi les substances qui sont capables d'apporter de la force.

C'est un agronome français, le comte Agénor de Gisparin, qui, il y a quelque chose comme une trentaine d'années, a mis en évidence cette faculté singulière que possède le café, celle de ces substances que nous connaissons le mieux, en France et en Belgique, de soutenir les forces en apportant assurément bien peu de substance pondérable.

Il a montré que les ouvriers qui travaillaient dans les mines de houille des Ardennes mangeaient très peu, qu'ils se contentaient d'une nourriture qui paraîtrait insufQsante; mais qu'il leur fallait du café, et qu'à cette condition ils étaient capables de produire assez de force pour le travail des mines.

Ce désaccord entre la petite quantité de substance introduite pour la consommation et la quantité des efforts produits, a ouvert les yeux sur des qualités nouvelles auxquelles on n'avait guère songé. Seulement on est resté bien longtemps perplexe au point de vue de l'interprétation. Depuis un certain nombre d'années, certaines expressions que je considère comme absolument défectueuses se sont introduites dans le langage scientifique; ces expressions avaient la prétention d'exprimer la manière dont se passaient les phénomènes dans les conditions ci-dessus

^i TlIÉRÀPECTtQCE GÉNÉRALE. (

Ainsi on a désigné ces malières sdus le nom A'idimi^fnU (Tépargne^ ou par l'expression iinivoque iX anlidéperdHmmf Ceci n'est point nouveau^ quoiqu'on Tait doumé comme tel à une certaine époque, où l'on crut à une sosie ér réiré^ lation.

Ces dénominations-iâ ont leur origine dans la manère ds* comprendre certains phénomènes physiologiques et physio-* pathologiques dont l'étude remonte déjà à plus de cinquante ans. C'est W. Docker qui le premier a remarqué qu'il y avait un certain nombre de substances de notre arsenal thérapeutique qui étaient de nature à enrayer le mouvement de désassimi lation et par conséquent aussi d'assimilation : ce soal évidemment des choses corrélatives^ car le* lourbilleii viljd Ae Descartes n'esiste qu'à cette condition^' -.a. ...

Un élève de Bocker^ qui a Ëiit sur lui-même des éturies si' intéressantes par leur précision^ sur un certain nombre d'agents^ notamment le earé et l'alcool, a formulé d'une mani^ e pqétise Vidiée de son maître en disaht qu'il y mmit' des subslancèid eapad:)les de modiéTer la mue organiiqisêi •

Les antidéperditeurs ne sont pas autre chose que celsL 'Ce sont des substances, dans l'opinion de ceux qui ont ena- -ployé cette expression, qui sont capables d'em pécher la dénutrition organique. Je pense que je puis tous montrer que * cette manière de parler est aussi défectueuse qu'esl erronée' Tidée sur laquelle elle repose.

Aliments d'épargne? épai^gnant quoi? d'autres* atimeais;. ' «Ils épargnent aussi l'autophagie, c'est-à-dire qu'ils eiiipd<- > chent qu'on ne se nourrisse aux dépens de aes propres of^ ganes; assurément. Mats nous allons voir qu'épar^er nos organes par ce jw-océdé, épargner ce besoin de tirer nos ressources d'une autre alimentation, ee iï*est pas tout à lût to^

Leçon.l MÉDICAMENTS ANTiDtPBItftlTBirRS. n

moyen d'épargner; nou« avons de réets moyens d'épargne. Qnant à c aniidéperditeurs », c^est encore mie dénomination bien plus mauvaise, parce qu'il semble qu'on se contente du mot et qu'une fois qu'on a dit : l'alcool est antidéperditeur, on a formulé toute une doctrine. Je vais vous foire toucher du doigt tout ce qu'i(> y a d^absnrde dans cette manière' de comprendre le phénomène. ElTcét^e opinion, qtie j^a{ énoncée le premier, 1» flni par être ptartagée par un certain Mmbre de bons esprits. Ainsi Rirlï, qu^e Hons pleur<His encore, était ^Irrivé â lè eodcepliôn Ile lèfts 6é8 yhéttomènes eli il avait criti^l d*un^ plumé tirés acérée el très légère les idées émises ^r cet ordre de moyens, le dis que Texpresaion anHdéper^ dileur est détestable, parce que, s» on se contentait d'empêcher de perdre, on préluderait à la mort. Il n'y a rien de plus facile que de diminuer là mne organiqife et de ratentir par conséiquent le ]Kiouvem3nt de dénutrition des organes. Nous n'avons qu'à supprimer tous les excitants : les excitants intellectuels entre autres ; nous pouvons nous placer dans l'obscurité, employer les stupéfiants; nous pouvons par ces moyens diminuer tes pertes; est-ce là un moyen dTac^rir de'b (ô^H^I Non; é^e^^ 16^ ti%elt de n'en pas dépèhëef.^^Iafift, ecHtiiftê èfe n'est qii^à 'K Tévéâr de la combustion irMfiirsitOiyê qtie nous arrivons i'faîre les forces nécessài^ 'à liofrê a^t Jté, il est clair que feu à peu les gens qui se soamettraieiit à ce régime antidéperifiteur tomberaient ddSïi l'état de certaines femmes serveuses de la Salpètrièrd. Elles tombent dans une sN>rte d*imèéeiltité avec torpear, elled soét immobiles comme des bonzes hindous. "Voffè domprenes (fês lors qu'il est impossible d'attriouer le nom d^anfidépénlition aux effets si marqués de la cocai <^i permet aux tâdiekiB de faire une longue course en

24 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE. IDeuxième

portant une petite quantité de substance; à ceux du café, qui nous permet à l*occasion d'avoir une activité cérébrale plus grande, tout en ne prenant pas plus d'aliments qu'en temps ordinaire.

Cette action stimulante des substances comme le Ihé, le café, la coca ne peut s'expliquer que par un apport de forces : c'est pour cela que j'ai appelé ces substances des (lt/namisants,des dynamophores^si vous voulez, le premier mot étant déjà employé dans un autre sens.

La question est de savoir quel genre de force nous apportent ces substances. Elles ne nous apportent pas de forces autres que celles des substances chimiques ellesmêmes, quelles soient organiques ou minérales. Seulement il faul faire ioteneuir ici une notion nouvelle, c'est la notion de la corrélation des f«>rces physico-chimiques et des forces organiques. VA je vous demande la permission de développer UD peu ce point de vue, parce que, si je ne le faisais pas, on pourrait me taxer de vouloir mettre la vie en équation avec la chaleur. - r"**.

C'est, du reste, ce qui a été fait dans un certain nombre de documents où on croyait que, quand je parlais de la corrélation des forces physiques et organiques, je voulais dire qu'à l'aide des forces physiques on pouvait engendrer la vie. Je ne le crois pas : ce n'est pas ainsi que j'entends les choses. Il faut reconnaître, comme savant, indépendamment de toute organisation, que chez les êtres vivants il y a des forces qui appartiennent à la matière brute. Mais il y a quelque chose qui est absolument irréductible, c'est la formation, la nutrition, cette force qui était désignée par les anciens sous le nom de vis format iva et par les plus anciens philosophes sous celui d'cvop/Aov, force qui fait que les organes

Leçon.) THÉORIE DES FORCES ORGANIQUES. 25

développent, que l'œil de la salamandre se reproduit. Cette force-là, j'ai beau chercher, je ne trouve pas moyen de la réduire à des combinaisons chimiques ou bien à l'action des impondérables. Voilà ce qui, dans les êtres vivants, leur est absolument propre : la reproduction el la nutrition, ce qui est tout un.

Gomme Aristote l'avait dit, comme Lallemand (de Montpellier) plus tard Ta démoniré, il faut y joindre quelque chose de plus irréductible, c'est la pensée. Là encore, en tant que savant, je ne parviens pas à comprendre et je laisse de côté ce domaine si difficile à aborder. Mais je dis qu'on trouve là, comme dans la nutrition, dans la genèse et dans la réparation des organes, des qualités, des facultés qui n'appartiennent qu'aux êtres vivants de tous les règnes, facultés qui sont absolument irréductibles aux actions de la matière morte. Aussi n'est-ce pas de cela que je parlerai : mais il y a d'autres facultés qui appartiennent à certaines formes, à certaines structures de la matière organisée, comme par exemple la myotilité, la neurilité, dont le nom a été fait par Ch. Robin, comme celte propriété que possèdent les globules sanguins de prendre de l'oxygène pour le livrer ensuite, qui ne sont pas irréductibles aux lois de la physique.

Ces propriétés-là ne sont pas essentielles aux êtres vivants en général ; elles se rencontrent dans de certains êtres, mais ne se trouvent pas partout. Elles ne sont pas, par conséquent, indispensables à la vie ; elles sont attachées au contraire aune structure particulière, et tant que cette dernière subsiste, ces propriétés ne font pas défaut. Tant que les propriétés structurales existent, les qualités, les fonctions de cette structure persistent. J'en ai eu autrefois des exem-

W Tttfa^PEUTIQDK GÊMÊRALK. [DetnlèaM

plus qui sont ineoniestables el que je me plais k vnp^ peler.

Il m'est arrivé oiijmir,irhôpital Neeker^d'aveiràaekever une amputation commencée par un ébouiem'ent :)e séparai le membre supérieur de ses attaches. Puis je m'imaginaâ de regarder ce qui se passait dans le biceps, qui, tout frappé de mort qu'il était, avait conservé sa chaleur. Je taillai dans le muscle des cubes et j'essayai de provoquer daas cescubeâde chair musculaire une contraction. Rien de plus fiujile, par les proeédés les plus variés : en soulilant dessus, en les piquant avec UH scalpel, en faisant une pile avec une pièce d'argem eiiinede cuivre; puis, les contractions cessaient. J'en prenais un auti*e et je recommençais. Je revenais ensuite au premier et j'obienais encore des résultats; j'aurais pu en obtenir peu* daat longtemps, — cela dura pendant trois quarts d'henre« Ceci vouft prouve que, même soustraite & la vie, celte stib^ staace était apte à remplir encore ses tertc^oik, c'èst*à-dire qoe la force pouvait se trajisfermer en action et par eonsé^ quent eh contraction mécanique. Mais, comme je l'ai dif» eetle force s'épuisait, el il fallait laisser reposer les eubes pour obtenir encore une série de eontraelion«. Ceci est t»«t à fait l'analogue de ce qui existe même dans les sobslaiceB minérales qui doivent à leur structure des qualités que ne sont pas inhérentes à leur composition chimique. Vous prenez des globules à un animal, ils sont très diiléràits <te eeux de rbomnie; mais^ pourvu qu'Us nie sèiénl pois plus gros, ils se comportent dans la circulation humaine exacte* ment comme les globules sanguins de l'homme eux-mêmes; et ces gloiNiIes conservent la propriété de favoriser les échanges, entre Toxygcne et Tacide carboniqufe, pendant tout le temps que dure leur existence, sous wne certaiiie

LeçoiM TBÊORIK DES FOBCCS ORGAlliailtS. ±1

forme particulière qui constitue une eondiliôii' de^strÏKîtuire analogue à cèRe det? substances minérales bristallisables':

Eb bien, ces organes qui ont des propriétés pariiculièrei^ attachées à leur structure, on peut les charger par des* stifli^ stances, telles qœ les aliments ou les médicaments dont je -wàs pariais tout à Thèure, de inime qn^impiput lea charger: à r»dé deTëlectricité. ^

Je veux vous raconter en quelques inet^ iin'fiût dé cet* ordre, de nature à vous convaincre. Je pris on joui^ dani^ mon service, à Beaujon,un malade qui avait reçu uii côàp de froid i la suite duquel le bras gauche s'élait paralysé. ' If entra tnèis pea de temps après raccideot, et lorsque je fus appelé-àTetamiiier, je constatai que-non seulement il avait perdu le mouvctoient tolobtaire dans le^niettbrêrstpérteûr: gauche et simplement daiis eelui-Ià, mais qu'aittbî rirfitahî<* lité électrique élait à peu près perdue ; on pouvait à peina faire un peu durcir le biceps auquel je m'adressais. Eh bien, dans ces conditions : perte du mouvement volontaire, persistance presque nulle de Tirritabilité électrique, j'eus l'idée^ délai dire^ pendant que le courant passait : c Mais portez' dionc la Biain ^ voire menton, i II me répondit en riant : c Hais voos ^vez bien que je ne le pnia pas. 1 11 réâstâit : einfin il fil ce que je deifnandaiill Je hii ils recômmeiicer fcetter* opération tant que je voulus, il suAisait pour cela de laisser passer le courant Pendant qu'il était en train d'exécuter ce mouvement, je retirai un des rhéophores; son bras retomba inerte. Je monlrai œ £ût à Ducfaenne, qui le trouva fort corieux.

Que se passait-il? Les choses dataient de la veille ou de l'avant-veille. Évidemment le muscle n'était pas altéré; aea^a lement il ne faisait pas de force, il était par conséquent infii

28 THÊRAPEUTIQUI:: GÊNÊRALI:;. (Deuxième

pablo tic produire une contraction. U avait la structure, je lui redonnais la force par rélectricité. Ces faits sont loin d'être aussi singfuliers, aussi étranges qu'ils paraissent au premier abord.

U n'est pas très rare de voir, dans le cours de certaines maladies, des paralysies où la volonté n'a plus d'efficacité, où les courants d'induction ne servent plus à rien, et où la combinaison de ces deux clioses, courant et volonté» détermine le mouvement.

Ainsi, j'ai vu plusieurs fois, et un jour entre autres avec le docteur Bonnefin, des paralysies faciales complètes avec impossibilité de cligner l'œil. — Mais pendant le passage d'un courant continu — c'est le meilleur dans ce cas — le sujet pouvait fermer l'œil. Quand il le voulait fermer sans cela, le malade n'obtenait rien. Le courant chargeait le muscle, et la volonté intervenait pour faire exécuter le mouvement.

Ces phénomènes que je vous indique, c'est-à-dire le retour de la force et la mise en jeu de cette force sous l'influence de la volonté, voilA des faits qui me semblent laisser peu de prise au doute et qui démontrent que, soit à l'aide de substances chargées d'une grande énergie, telles que les alcaloïdes, soit à la faveur d'autres substances qui sont du domaine de la thérapeutique aussi bien que de l'hygiène, nous arrivons à communiquer de la force à des organes qui n'en fabriquent plus.

Mais ce sont surtout les fluides impondérables, tels que rélectricité, qui manifestent au plus haut degré ce pouvoir d'introduire de la force dans les organes qui en ont besoin.

Si la plupart des substances apportent, il y en a cepen-

Lecon.i FORCES RADICALES ET FORCES AGISSANTES. S9

dant qui semblent soustraire. — Dans les échanges qui se font, il y a quelquefois perte.

Je vous parlais tout à Theure des fluides impondérables apportant de la force : la chaleur en apporte aussi, mais il faut que ce soit de la chaleur pour ainsi dire positive, celle dont rintensilé est plus grande que la chaleur de nos organes. Au contraire, s'il s'agit d'une température qui soit marquée par le signe moins ( — ), il est clair qu'elle nous soustrait de la force.

Il y a des circonstances multiples dans lesquelles les choses semblent se passer de cette façon; ainsi certaines substances hyposthénisantes semblent jouir de la propriété de soustraire delà force. Mais je m^empresse d'ajouter: ce sont là des exceptions : la plupart du temps, nous empruntons au monde extérieur.

C'est ici le moment de vous faire saisir la distinction qui doit être établie entre les ioniqiies et les stimulants. Vous verrez partout cette confusion faite. On vous dira : l'alcool est un tonique, un stimulant, deux mots qui se livrent à un cliquetis irrationnel.

£n vous parlant de ces substances qui apportent de la force, je vous ai donné la vraie théorie des toniques. Sont des toniques les substances qui sont capables d'augmenter les forces radicales (pour les distinguer des agissantes), comme disaient les anciens.

Cette distinction entre forces radicales et forces agissantes est absolument juste, et il faut la retenir.

Je me plais, toutes les fois que j'en trouve l'occasion , à vous montrer les liens qui existent entre la science actuelle et la science ancienne, car on n'a que trop de disposilioi reléguer dans un coin tout ce qui a été fourni par

fO THÉRAPEUTIQUE CÉT^ÉRALE. |DciULièmi>

don. C'est au contmre ime chose heureuse que de voir que nos devanciers ne se sont pas trompés; — où- ils ont erré, c'esi quand il s'apt de IMnterprétation ; mais qiiaad ils ont établi la disiiadion précédente ils faisaient une chose absolument jusie^ surtout an point de vue des toniques et des stimulants.

Les stimulants mettent en jeu Tactivité organiqne. Tout

. organe vivant est doué d'excitabilité ; c'est là 6a pr(tpriété la

plus générale ; tout peut être une cause d'excitation de cette

faculté, et les stimulants ne sont pas autre chose. Vous voyez

qu'il y a loin de là à augmenter la provision de forces.

Tandis que les toniques sont des moyens de s'enrichir^ en réalité les stimulants sont des moyens de s'appauvrir.

ie m'empresse d'ajouter que, par des \cies différentes» toniques et stimulants produisent des effets analogues.

Prenez par exemple la strychnine: quand voos en employez très peu, vous augmentez le pouvoir eidlo-^motettr. Donnez-la par exemple à un paralytique, vous lui Toucaissea le moyen de soulever son corps, alors qu'il. ne ie pouvait pas; il peut produire un plus grand nombre d'effoits. Mats si vous dépassez ki mesure, si des doses un peu trop élevées interviennent, alors ce n'est pas une augmentation de la force radicale, e*est une véritable excitation que vous produisez. Alors il y a dans les iniiscies des décharges spontanées, brusques, produites par quelque chose qui primitive** ment n'est qn'un tonique.

De môme et inversement je vous citeiai l'opium, qui &SL un stimulant à doses faibles et qui, quoique stimulant^ devient substance tonique indirecte, à la feveur de la vasculaiîsa^ tion qu'il détermine dans les organes.

J'arrive aux effets des médicaments. Je tous ai dit lenrs

actions élémeaiittres : mécaoiguès, physiques, 6a: chiiniqmes, lûui cela est entendu» Mais les ^Eets qu'ils, j^coduifient sm lesixgïïaes doiireatéire Tobjet d'une 4i£tinotion<qui jusque présent A*a pas été &ile.

Parmi les <efiet&, il y a la même catégorisalMMi à établir «ipfte tout à rbeure, c'est-i-dire qu'ils sont, ou physiques, ou chimiques, ou organiques, ou vitaux.

Des effets physiques? Vous appliquez au froid, vousrefroî^ dissez.

Des effets chimiques? 11 est dair que TOus.pouTex nodlfier ralcalinité du sang en donnant on retrandiant 4e6 alcalis; vous provoquez même des combinaisons entré les organes et les substances que vous introduisez : ids senties effets chimiques.

Ordinairement, œ que vous obteoen^ ce mal dos effets 4'onire supérieur, organiques et vitsut; et ces eifete amit produits par iies moyens mécaniques, physiques, aussi bien que par d'autres d'un ordre plas élevé.

Voici par exemple le froid : il ne se contente pas de dimir nuer ia température — je fais du fraid uiLÂtre pour la facilité du discours — il pmduit aussi autre «b«6e, il détervmine la rétraction des vaisseaux, ia corrugation du tissu dai^ïque de la peaii« . V,«iil& ^« conséquent des piiénomènes d'iM'dre élevé, «rganqueL Khibîei^ ofi peiiul dire que presfiie toujours les agents inférieurs, joàcaniiiues^ ou doués simplement de pro|^riélés âppaii.eaant à h physique générale, provoques! èà nous des phénomènes qiii sont d'ocdne très élevé, organiques proprement dits, et même des phénomènes d'ordre vilai, puisque, par une action détournée, ils arrivent à rendre la nutrition ou la désassimilation plus active.

32 THÉRAPEUTIQUIi; GÉNÉRALE. fOeuxième

En résumé, si nous envisageons ces effets presque communs à tous les agents, effets qui n'ont aucun rapporl avec leur nature, nous voyons que ces agents ne sont vraiment que Toccasion de la manifestation des phénomènes qui se passent dans nos organes, et qu'ils se comportent, eu égard à ces appareils plus ou moins compliqués, tels que le système nerveux, à peu près comme le doigt qui éclanche un mécanisme.

Quand vous lirez un coup de fusil, ce n'est pas votre doigt qui est la cause de la force du phénomène, pas plus que quand vous mettez le feu à de la poudre.

C'est une petite quantité de chaleur qui est la cause de cette action mécanique, dont vous êtes la cause occasionnelle.

Je le répète, dans un grand nombre de cas les médicaments ne se comportent pas autrement, ils sont roccasion du départ d'un certain nombre de phénomènes qui appartiennent à l'organisme, lequel est préparé exactement comme une boite à musique.

Maintenant il reste à vous faire une distinction relativement aux effets des remèdes et des médicaments.

Il y a des effets qui se produisent aussitôt après l'application du médicament ou du remède, et il y en a d'autres qui sont, pour ainsi dire, la négation de ceux-ci et qui sont le résultat de la prédisposition.

Voici un exemple de ces deux ordres de phénomènes. Lorsqu'on lance une douche froide à la périphérie du corps, on voit que le sujet, qui pouvait être rose, devient pâle au moment où Tcau est projetée sur son corps ; et si ce n'était pas de l'eau, si c'était de l'air froid, vous pourriez constater que le sujet s'est refroidi; vous voyez aussi qu'il a la chair

Leçon] EFFETS POSITIFS ET NÉGATIFS. 33

de poule et que toutes les parties se sont rétractées. Mais ce n'est là que Taflaire d'un instant, et si vous attendez quel* ques secondes vous voyez des phénomènes inverses se produire : la rougeur revenir, les capillaires se dilater, la chair de poule disparaître, et à la place de ce refroidissement se manireste une caloriQcation exagérée.

Eh bien, ce qui se passe là, à Textérieur, sousTintlùence d'un moyen physique, se produit aussi à l'intérieur sous l'influence des médicaments. Ils donnent lieu à des phénomènes directs, immédiats, positifs, et à d'autres phénomènes différents et dus à la réaction de l'organisme.

Les phénomènes immédiats, je vous propose de les appeler positifs; les autres, phénomènes négatifs des remèdes. Ils sont très positifs aussi, mais enfm ils semblent, pour ainsi dire, la négation des phénomènes propres, particuliers à l'action médicamenteuse.

Pour nous résumer, je vous rappellerai que les médicaments et les remèdes peuvent produire simplement de l'excitation, c'est-à-dire jouer le rôle de l'éperon relativement à la monture, et déterminer la mise enjeu ou l'accélération, si déjà le mouvement existait, des mouvements nerveux. Mais dans beaucoup de circonstances ce sont aussi des moyens d'intégrer de la force, et ils sont alors ce que j'ai appelé des dynamophores,

Enrjn,dans d'autres circonstances, les médicaments introduits dans l'intérieur de l'organisme se comportent en vertu d'actions purement chimiques et ils contractent des combinaisons. C'est là un troisième mode d'action très fréquent. Mais il y en a un quatrième très intéressant, c'est celui-ci : il y a des substances qui, au lieu de ne faire que traverser l'organisme, contractent des combinaisons avec le plasma,

Gi'BLEB, ThérapeuUque. 3

34 THÊRAPBUTIQUB GÊNÊRALI.

pénètrent dans la trame des éléments, vivent de l'existence de ces éléments eux-mêmes, aussi longtemps qu'eux, et font par conséquent partie intégrante de l'organisme pendant un certain temps (altérants).

Parmi ces médicaments il y en a qui sont de véritables ali<> menls, comme par exemple le fer, le souiVe, le manganèse, rbuile de foie de morue; mais il y en a d'autres qui ne sont que des analogues des substances qui enti^nt dans la constitution normale de notre organisation, comme par exemple Tarsenic. Cette substance semble prendre la place d'une certaine proportion d'autres substances qui existent normalement et qui lui ressemblent.

J'aurais pu vous citei** dans la première leçon des expériences de mon savant ami M. Paul Thénard, qui démontrent que de l'ai^séniate tribasique de cbaux prend la place dans les corpuscules osseux du phosphate Iribasique. Vous le voyez : arsenic el phosphore, deux corps voisins. Ces expériences, répétées un certain nombre de fois sur les animaux, confirment complètement la loi que je vous signalais dans la précédente leçon.

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