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PREMIÈRE LEÇON

THERAPEUTIQUE GÉNÉRALE

La thérapeutique a débuté par rempirisme. — DifTérences entre le remède

et le médicament.

Remèdes : Moraux : amour, victoire, musique, lectures, voyages, amulettes,

homœopathic.

Impondérables : chaleur, lumière.

Pondérablet : appareils mécaniques, percussion. Biologiques : globules du sang, virus, croisements ethniques. Médicaments : Essais de classification : naturalistes, chimistes, thérapeutes,

physiologistes. Dangers de toute classification. PlOPRiÉTÉs PHYSIOLOGIQUES : Actioii mécanique : mercure, huile d'amandes

douces, mucilages, charbon, tanin, ammoniaque, iodure et bromure de

potassium.

Action chimique : théorie ancienne, actions de présence, alcalinisation, aces-

cence.

Combimatton histologique : ses lois.

AcHon df/namique : applications de la théorie de la corrélation des forces.

Messieurs,

Pendant une longue suite de siècles les guérisseurs maniaient les remèdes à peu près comme les enfants se servent de la poudre à canon : connaissant de leurs armes les effets merveilleux ou terribles, mais ne se faisant aucune idée, ni de la nature delaforcemise enjeu, ni de sa puissance réelle, ni de la direction exacte du projectile, non plus que de sa

GDBLER, Thérapeutique. 1

^ THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE. [Première

;portée. En d'autres termes, lesaneiens médecins, privés des

instrumenls de précision nécessaires pour l'évaluation

rigoureuse des phénomènes etdépovpvns, d'ailleurs, de tout

moj'en de contrôle expérimental, se rendaient mal compte

de l'intensité d'action des remèdes çt de leur mécanisme

opératoire; ils ignoraient les voies d'introduction et de dis-

^persion des médicaments, leurs affinités organiques électives,

les altérations subies à la traversée de l'organisme et les

chemins suivis pour s'en échapper. Dans cette première

.période d'empirisme, la thérapeutique n'était bien que l'Art

•de guérir.

Plus tard elle est devenue une science véritable, ayant ses principes, sa méthode et ses procédés d'investigation, procédés, méthode et principes qui lui sont communs avec la physiologie, dont elle est une dépendance.

Depuis lors seulement, depuis la connaissance que nous avons de l'organisme et des modification& qu'on peut lui faire subir, nous pouvons faire certaines distinctions utiles.

Et d'abord nous pouvons distinguer le remède du médicament. Il ne faut pas confondre remède et médicament : on peut appeler remède tout ce qui sert à guérir, et vous allez . voir tout à l'heure que les agents qui ont cet usage sont très variés: les médicaments sont au contraire des movens .relativement restreints.

Les moyens de guérison sont de toute sorte. Nous disfpoeons de moyens moraux, psychiques, de moyens matériels; parmi ceux-ci, il y en a qui sont impondérables. Qui de vous ne connaît les merveilles de Véleclvicilé? Les autres fluides impoadérai)les sont appelés à rendre également de véritables services à Tart de guérir.

Aux substances pondérables nous demandons les choses

Uçoa.| BKMftDES MORAUX. 3

parfois les plus variées : vous verrez qu*il en est dont nous utilisons les propriétés physiques les plus grossières, tandis qa'i d'autres nous demandons des actions plus intimes.

Un mot sur chacune de ces grandes divisions des remèdes.

Parlons d*abord du traitement moraly pm/chique : il faudrait avoir bien peu vécu pour ne pas savoir quelle est Tinfluence du moral sur le physique. Et si Cabanis a pu faire un livre sur TinQuence du physique sur le moral, il y en aurait un non moins intéressant à faire sur Tinfluence du moral sur le physique. Ërasistrate devinuit Tamour de Stratoniee pour Antiochus Soter et guérissant sa malade par un mariage est un exemple légendaire. Ces exemples-lâ ne sont pas rai*es; vous en avez probablement rencontré. Ils ne sont pas toujours du domaine de la science.

Vous n'avez «pi'à lire ce qu'ont écrit tous les médecins d'armée sur la part de rinfluence morale sur Tissue des blessures. Toutes les fois qu'une armée est victorieuse, les blesiores guériflsenl ; quand elle est vaincue,elles s'aggravent. J'en ai dit assez pour vous Gaiire comprendre cette influence. U est donc indispensable de bire usage des moyens capables de relever les forces morales, et vous emploierez ces moyens non seulement contre les maladies dites de l'esprit, mais aussi contre les autres. Nous employons (es moyens moraux non seulement dans Taliénalion mentale, dans les maladies de langueur, maïs aussi dans les affections de longue durée, chez les tuberculeux, les cancéreux, les cardiaques : tantôt nous nous adressons directement à l'esprit pour le relever: ce n'est pas le meilleur moyen, je le reconnais; il est même détestable, surtout quand il s'a^Mt de troubles profonds de l'esprit. En présence de quelqu'un qu:

i THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE. [Première

déraisonne, il semblerait naturel que l'on dût lui apporter un syllogisme bien construit; eh bien, ce moyen, en pareil cas, ne réussit presque jamais; on est plus heureux dans d'autres circonstances, quand il n'y a encore que certaines petites déviations de l'esprit.

On réussit mieux en agissant par voie indirecte sur l'imagination : lorsque par exemple on s'adresse à la passion par l'intermédiaire des sens. Vous connaissez tous l'influence de la musique et les résultats obtenus par elle.

Pour ma part, j'ai vu de ces fôtes qui ne se donnent plus à la Salpétrière, et pendant lesquelles il semblait que l'intelligence des pauvres femmes qui y étaient enfermées se fût éclaircie.

La lecture, les distractions et surtout les changements d'air et de lieu, ce panorama toujours mobile qu'on présente à ceux dont l'esprit est un peu affecté, fournissent d'excellents moyens d'action.

Enfin il y a une foule de circonstances dans lesquelles vous aurez à soutenir le courage de sujets frappés de maladies longues et à peu prés toujours funestes, où vous serez obligés de leur faire illusion. C'est dans ces conditions-là que certains moyens qui ne sont plus usités — que je ne vous recommande pas — , certaines pratiques superstitieuses des médecines archaïques, ont été utiles : les amulettes, les incantations.

Aujourd'hui nous avons les doses infinitésimales: l'homéopathie n'est pas autre chose que cela. Vous riez? je pourrais vous citer un exemple récent. Il y a peu de temps, nous étions appelés, M. Potain et moi, auprès d'un malade qui ne faisait dater sa maladie que de quelques jours. II était aux mains d'un homéopathe célèbre, qui lui donnait du courage

Leçon.] IMPONDÉRABLES ET PONDÉRABLES. 5

et de Teau claire. Jusque-là le malade n'avait qu'un peu de fatigue; grand chasseur, il ne pouvait plus chasser autant; mais tout à coup des accidents formidables éclatent ; il est pris de vomissements de sang. Alors l'homéopathe s'effraie, il ne croyait pas la maladie si grave, et se décide à faire appeler des médecins. Ce pauvre malade avait une maladie organique du cœur qui n'avait pas été reconnue.

Je termine en ajoutant que notre pseudo-confrère demanda à revenir pour soutenir le courage du malade. Vous voyez que c'est là le but qu'il se proposait : il n'est pas inavouable, mais on peut obtenir le même résultat à l'aide d'autres moyens. Je le répète, il est bon de soutenir son malade, de faire des mensonges pieux, car il n'y a pas de cas dans lequel vous ne puissiez soulager, et c'est ce que l'on vous demande : il faut faire illusion au malade, lui donner des paroles consolantes, selon le précepte de Pindare, qui, dans ses Pylhiques, recommande de t charmer la douleur par des paroles douces et consolantes :>.

Les moyens thérapeutiques fournis par les impondérables ne sont pas moins intéressants. II n'est pas d'usage de consacrer un chapitre à la thermothérapie ; il y aurait cependant des considérations utiles à faire valoir. Qui de vous ne connaît l'influence de la chaleur sur le relèvement des forces? Qui de vous ne connaît l'influence de la lumière? Sans doute, elle est peut-être plus nécessaire aux végétaux qu'aux animaux, mais elle est également utile à ces derniers. Il y aurait donc lieu de prendre, dans toutes les observations, ce qui ressort de mieux fondé sur l'action de la lumière et de la chaleur, et d'étudier ces actions.

Ce sont surtout les substances pondérables qui nous rendent le plus de services. Ce sont elles qui composent l'ar-

6 THÉaA1>£UTIQUK GÉNÉRALE. (PcMBÎère

senal de la ihérapeutique, mais elles sont employées dans des buts diiïérents.

Tantôt nons leur demandons les «propriétés physiques les plus grossières ; c'est ce qui se fait dans la thérapeutique externe, lorsque par exemple nous voulons faire cesser la déviation due à un torticolis et que nous employons les carcans, les bandages de toutes sortes.

C'est aussi dans ces moyens que Ton pourrait placer Phydrothéitipie froide ou chaude, attendu que les douches n'agissent pas seulement par la chaleur ou le froid et les réactions qui leur succèdent^ mais aussi par une action mécanique, la percussion.

Mais plus souvent on demande aux substances pondérables des actions moléculaires intimes qui se passent dans la structure même de nos tissus, actions sur lesquelles nous reviendrons plus tard. Ce sont là les véritables moyens pharmaceutiques, les véritables médicaments, par conséquent les moyens de Tart de guérir sur lesquels j'insisterai.

Enfin, on a quelquefois récours à des substances pondérables qui sont douées non seulement des propriétés de la matière, mais aussi de celles des âtres organisés, à de véritables organisineSf c'esl*à*dipe ù des corpuscules plus ou «moins petits, formés d'une substance propre et doués de qualités particulières, t

En disant qu'on utilise les propriétés vitales d'un certain nombre de corps, je veux nommer les globules sanguins. On ne peut pas dire que Ioi*sque l'on introduit du sang chez un anémique on lui donne un médicament.

Il en est de même lorsque nous introduisons un virus, lequel n'a pas une forme iigurable, mais qui cependant possède un certain nombre de propriétés appartenant aux corps

organisés vîtuIs et ^ ^ oompoile comme un enaenhle d'ori^anîfiiMS proprement dits. — Lorsque nous ^inirodiiîsons le virus vaccin, c'est un remède préventif -OMine Me maladie «qui peut être !grave, ;pAiisque parfois ette décime la population juvénile. C'est là un remède, maisincmuiiméilîcafiMaA.

Il y a tout un tdiafûti^ ialèreâsant de la 4bératpeulique prérentâreet ourative, c'est oeki qai vîae non les dndivîdiis, mais les lignées. 11 contient les modifications «que nougipnaduis(»as dans les orgaoifimes :i la faveur des ^oiaeanents établis entre gens de ia «éaie e^pèoe tk doués de qualilé& diatbéfiiques, de tempéraments o{^K)tsés; ou bien laème entro des espèces difEérentes ^e prends espèce dans le seois despecies^ ct^bç . J'admets im genre humain «inique, noais «des espèces différaites formées par des iuodîficaliûns iplus ou moifis fffofMides, acquises i la ioague far des sujets qui •ont vécu dans «des oaaditîens qiéciales.) £h biei^ je dis que par des croîsemenift on arrive à modifier avantageusement les dispositâMis dmorfaîdes. Par exemple, s'il itaît vrai que la race nègre fût exeBi|ile de carcinome, est-ce que vous se croyez (pas qn'il y aurait avantage <je ne dis pas pour des blancs, car il est toujours désagràable de se leînter), mais pour des (Hiadoua, à as croiser avec ces races superbes que Ton rencontre dans certains points 4e TAfirique et quiJes mettraient i Tahri éa canoer. En somme, quelle que aoit la valeur de cette idée, je vous déclare qu'il y a dans le croisement des siijetB lymphatiques avec les bilieux, des conditions excellentes |>our la disparition d*un certain nombre de maladies diaihésiques, qui sont la plaie de quelques populations. Je pense que si, par exemple, les Russes, qui sont tellement sujets à la scrofule qu'ils vous disent volou tiers :

8 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE. (Première

€ Docteur, dans ma famille nous sommes tous scrofuleux », se croisaient avec des Espagnols, il en résulterait un arrêt de la scrofule.

Voilà donc un grand nombre de remèdes qui ne sont pas des médicaments.

Les médicaments, pour n'être qu'une fraction des remèdes, ' n'en sont pas moins la partie la plus importante de notre arsenal Ihérapeutique. Ils sont innombrables, et par là difficiles à classer.

On a essayé bien des classifications appuyées sur des bases diverses : tantôt on s'est préoccupé des propriétés organoleptiques, mais il est clair que c'était là une classification primitive; tantôt on a essayé de classer d'après les ordres naturels. Les naturalistes, les botanistes ont caressé cette idée qui peut être utile, puisque Linné nous a appris une grande vérité en nous faisant savoir que les substances qui se rapprochent par leurs caractères naturels sont en général fort analogues, pour ne pas dire semblables, quant à leurs propriétés. Mais les exceptions sont tellement nombreuses que sa classification n'a pas pu y résister.

On a aussi classé d'après la composition chimique; mauvaise classification, attendu qu'il y a des disparates énormes entre des substances qui se ressemblent au point de vue de leur action physiologique.

On a fait enfin des classifications fondées sur les actions thérapeutiques.

Il n'est personne qui n'ait eu la tentation de faire la sienne. Pour ma part je n'ai jamais eu la prétention de faire une classification thérapeutique, mais j'en ai tenté une fondée sur les effets physiologiques.

Je m'empresse de reconnaître qu'elle ne vaut pas mieux

Leçon.) ACTION MÉCANIQUE DES MÉDICAMENTS. 9

que les autres, et j'ajoute qu'une classification naturelle, irréprochable, c'est-à-dire échappant au système, est absolument impossible. Sans entrer dans beaucoup de détails, je vais vous faire comprendre pourquoi.

Une même substance, suivant la constitution du sujet, suivant des conditions qui lui appartiennent à elle-même, pourra produire les effets les plus différents, et non seulement différents, mais inverses. Vous comprenez alors combien il est difficile de se fonder sur les propriétés d'une substance pour la classer dans telle portion du cadre que l'on voudra établir, puisque à d'autres titres elle pourra mériter d'être placée à l'autre extrémité du casier.

J'arrive maintenant à une question très importante et qui doit être vidée au début de toute exposition de la thérapeutique envisagée d'une manière générale. C'est la question du mode d'action des ditlérentes substances employées comme médicaments et des différents effets que les substances médicamenteuses sont appelées à produire.

On a déjà, dans un certain nombre de travaux, essayé de comprendre ce mécanisme intime; mais jamais d'une manière abstraite on n'a cherché quels effets donnaient les médicaments sur les êtres vivants. Nous avons à envisager trois espèces d'actions : actions mécaniques, actions chimiques et actions se rattachant à la physique moléculaire, et que je vous demande la permission d'appeler dynamiqxœs.

Actions tnécaniqiiesf II semble d'abord étrange que l'on attribue de telles actions à des médicaments. Vous allez voir cependant qu'on en trouve un certain nombre d'exemples.

Voici, par exemple, du mercure coulant qui a été jeté dans l'intestin pour dénouer un volvnlus : il agit par son poids, en déployant l'intestin.

10 THÉAAPEUTIQUE GÊKARALK. \

Voim rhaile d'amandes douces donnée à Ikre de laxalif ; c*esi loul fiiinpkunent ua moyen de faciUler le diemtÎDenMBl des matières dans rinlesiin; elle n'agit fas oonme suèslance capable de provoquer unesétréiion.

Il en eside nème encore pour certaines maUères mucilagineuses introdinles au même litre par la bouche. Aiofii^ vous rencontrez, suitout dans la médecine pcfRihûre, beaucoup de ^ens qui s'abreuvent d'une solution f^lus on nioifls visqueuse obtenue à l'aide de Tébullition de la graine de lin. C'est un moyen qui est bon pour facibter l'eionémlicMi de l'intefitin.

Voici d'autres faits : vous pouvez obtenir une exciUlion péripbérique à l'aide de moyens purement mécaniques (je ne parlerai pas de ceux qui ne sont que des remèdes).

Tantôt il s'agit de S4ibatances pourvues de poils très aîgos et très raideSy f>énétrant au travers de l'épi dettnejusqu^au deitne et provoquant la démangeaison par excitation mécanique, et par conséquent tous les phénomènes de l'irriLalion cutanée, ou réveil de la sensibilité, et aussi de la révulsion, telle qu'on Toblieni avec des moyens énergiques.

Je ne vous parlerai pas desorlies,que nous avons employées sisouventavec mon maître Trousseau, car les poils^ies orties reposent sur une glande renfeitnant des substances diirai- «|ues qui ne rentrent pas dans l'élude des actions mécaniques.

La poussière de charbon^ administi'ée contre un certain nombre d'états dyspeptiques, surtout pour absorber les {^az, n'agit aus^qn'à titre d'agent mécanique, et cependant il est d'observation que ces poussières de charbon produisent des effets d'exonération très remarquables.

D'autres substances facilitent ou empêchent le cours des liquides dans les tubes capillaires :

Ucon.) ACTIOM CHIMIQUE DES MÉDICAMENTS. «t

Ainsi, le tanin diminue la £acililé avec laquelle le sang^ drcule dans les capillaires.

Il y a d'autres substances qui s^gissent en sens inverse.

L'ammoniaque, qui, lorsqu'elle est en solution dans Teau, lacilite son introduction dans les tubes capillaires, agil de même dans les vaisseaux capillaires des individus vivants.

Mêmes effets avec le bromure et Tiodure de polassium, qui, sous ce rapport sont des congénères absolus.

Voilà donc un certain nombre de cas dans lesquels les médicaments produisent des effets véritablement physiques. Mais le cas le plus ordinaire est celui dans lequel le médicament agit par des propriétés chimiques.

Autrefois on aurait admis des actions de présence; mais aujourd'hui, surtout après œ que nous savons des lois de corrélation des forces, de telles ei^ications ne peuvent plus être admises. En effet, il ne sufUt pas qu'un corps soit, présent pour qu'il agisse; il faut aussi qu'il cède toujours, ou de la force, ou de la matière. J'ai moi-même admis, dans l'édition de 1846 de l'ouvrage de Trousseau, l'opinion que l'acide cyanhydrique devait agir dans le sang, vis^-vis les globules, par pure action de présence ; aujourd'hui nous savons qu'il agit par une véritable combinaison avec l'hémoglobine, dont il empêche les fonctions. Je le répète, il n'y a plus d'actions de présence ; les médicaments agissent en formant des combinaisons ; combinaisons très variées, soit avec les substances minérales ou organiques, soit même avec la plasmine ou les principes albuminoïdes du sang, soit enûn, mais plus tard, avec les éléments hislologiques eux-mêmes.

Il y a donc dans cette manière toute chimique d'agir des substances, des catégories très diverses à établir.

M THÉRAPEUTIQUE GÊNÉKALE [Première

Vous introduisez du carbonate de soude ou de Teau de Vichy dans l'estomac pour saturer les acides qui s'y sont formés aux dépens des matières alimentaires. Voilà le phénomène simple au point de vue de l'action du médicament envisagé comme corps chimique; mais vous obtenez aussi, par l'introduction de substances alcalines, une augmentation de l'alcalinité d'un certain nombre de liquides de l'éconoinip, à commencer par le sang.

Inversement, lorsque vous voulez obtenir l'accroissement des qualités acides de certains liquides, tels par exemple que la sueur, tels que l'urine, vous introduisez des acides. Et quoiqu'ici le succès soit plus difficile à obtenir, vous réussissez dans un certain nombre de cas.

Dans d'autres cas auxquels je faisais allusion tout à rheure, les substances introduites dans la circulation doivent se combiner avec la plasmine du sang et alors prendre part à la formation des éléments histologiques.

Et ici même deux cas se présentent :

Tantôt ce sont des substances normales dans l'organisme qui en deviennent alors de véritables éléments : par exemple, les phosphates et les carbonates terreux, le fer, l'huile de foie de morue. D'autres substances se comportent à peu près de la même façon, en ce sens qu'après être entrées elles se combinent avec la plasmine et prennent part à la formation des tissus ; mais ces substances exagèrent alors la proportion des substances normales, ou bien, si elles ne sont que les similaires des substances, elles se substituent à elles. Voici quelques exemples.

Vous introduisez une grande quantité de soufre dans l'économie : il appartient à la môme famille naturelle que l'oxygène, et comme tel se substituera à l'oxygène dans la

Leçon.] COMBINAISONS HISTOLOGIQUËS. 13

(!oastitution des éléments histologiques et en particulier dans le système nerveux.

Mais ici il s'agit d'une substance normale, puisqu'il y a du soufre dans l'économie. Prenons une substance qui n'existe pas dans l'oi^anisme : l'arsenic. Eh bien, il se comportera comme le soufre. Il ira prendre la place d'une certaine proportion de phosphore, par cette raison que l'arsenic et le phosphore sont des substances de la même famille.

Tout ceci n'est point simplement une vue de l'esprit, il y a des faits qui me paraissent démonstratifs en faveur de cette manière d'agir d'un certain nombre de substances.

Il y a quinze ans, j'ai eu dans mon service une femme qui s'était empoisonnée par l'arsenic. Elle avait, disait-elle, pris la valeur d'une cuillerée à café bien pleine d'acide arsénieux* Vous voyez quelle effroyable quantité de poison cela représente. Après les accidents cholériformes, elle a fini par avoir des phénomènes fébriles, et présenta enfin une

paralysie tellement semblable à la paralysie saturnine, que Duchenne (de Boulogne) s'y est trompé. Mais ce n'est pas là pour le moment qu'est l'intérêt de ce fait. Cette femme fut obligée de rester très longtemps dans le service avec des accidents multiformes. Lorsqu'elle y entra, il y avait quelque chose comme trente jours qu'elle avait pris son poison, et elle avait des flots d'arsenic dans l'urine. Mais bientôt l'élimination de l'arsenic cessa. Je lui donnai alors de l'iodure de potassium, et sous l'influence de cette médication, l'élimination de l'arsenic recommença.

Mais voici le véritable intérêt du fait : Cette femme était entrée dans le milieu du mois d'octobre 1864; le 16 mai suivant je lui fis couper les cheveux, et ils renfermaient une proportion énorme d'arsenic, au bout de huit mois.

U THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE. [l>roinièrB

Or, VOUS savez quelles sont les interprétations des phénomènes relatifs à remmagasinoment des poisons. On ne paraît pas s'être fait une idée bien nette de la manière dont ils pouvaient s'accumuler; on disait que généralement c'est dans les parenchymes et dans le parenchyme hépatique notamment qu'on rencontre les substawres toxiques, surtout les métalloïdes. Mais on ne s'expliquait ni comment^ ni pourquoi se fait en réalité cette aocumniation. Elle se fait dans les éléments histoiogiques eux-mêmes.

L'arsenic prend d'abord place dans le plasma, puis il fait partie des éléments histoiogiques. Cela est si vrai qu'au bout dé huit mois les cheveux en étaient pleins; or, il ne pouvait évidemment y être enli'é qu'à la faveur de la nutrition. Cette interprétation seule est valable, puisqu'il n'y a rien dans les <;heveux que les cellules dont la réunion constitue le ctieveu.

Il y a dans le mode d'action des substances médicamenteuses, outre la manifestation des actions mécaniques dont nous vous avons donné quelques exemples, outre les actions chimiques que nous venons de rappeler, la mise eu Jeu de phénomènes qtii se rattachent à It physique moléculaire.

Ce sont CCS actions que je vous proposerai d'appeler ((ynami^nantes et qui rappellent ce que produisent les fluides impondéiables.

Vous savez tons ce qu'on est convenu d'appeler des salistances endothermes. Ce sont des composés dans lesquels ée hu'lialcur, comiiie on disait autrefois — aujourd'hui il faudrait dire autrement — se trouve pour ainsi dire incatx;érée à l'état lîilent.

Ces corps sont très nombreux, car on peut dire qu'il y a de la chaleur latente dans tous l<'s corps; mais enfin il y en

U9M4 ÂGTKMf DVKÂMIQUK. IS

a uft certein BonlMne ^i e& renfement plus cpK «Taulres. Je n'ai pas besau» d'insistar ; vous savez tous quelle «piantité de chaleur latente eiiite dans l*eau; jovm oosHaissas le cbîfre dea cakinea qu'elle vesUUie quand e&e se solidifie. Eh biot il I a un gvaod nombre de corps qui renfennent également de laehaleur.

Je disais Vaut & Theure que cette expression était bonne avant que Toa eût conçu la doctrine de la corrélaiion des forces* Aujourd'hui il budrait din quece sent des substances dynamisées. En effiei, ces substances ne restituent pas toujours de la chalenr . Voici , par eiemple,une sobilion de sulfale de soude concentrée: elle est saturée, la cristallisation se fait rapidemeni. Eh bien^ pendant sa crtstailisation, comme tout à l'heure pendant celle de l'eau, il y a une élimination considérable de chaleur; ici c'est de la c&dlettr qui est dégagée.

Mais voici de l'acide arsénieux que l'on fait dissoudre : la solution est saturée. Dans l'obscurité vous voyes se dégager des liMurs phosphorescentes qui soafc on phénomène du même ovdre %iie cehii de tout à l'heure; nais ici c'est sous forme de lumière qu'une partie de la force évolue.

C'est un phénomène analogue qui se produit quand l'acide arsénieux, de vitt*eux passe à l'état opaque, c'est-à-dire quand d'amorphe il devient cristallin.

il y a beauoaup de cas dans lesquels il se produit ainsi de lachaleiAr,.de la lumière et de l'électricité. Ce sont là des faits qui sont aujourd'hui bien connus, et pour n'insister que sur ceux qui nous intéressent pairtieulièrement, je vous dirai que les eaux minérales, lorsqu'elles sourdent des entrailles de la terre,avec une constitution particulière qui leur a valu le nom de vivantes, apportent à la surface non seulement de la cha-^'

16 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE. (Première

leur, mais aussi de rélectricilé, si bien qu'avec des instruments même peu délicats on en démontre la présence, ainsi que Scoutleten Ta fait depuis longtemps.

Ainsi il est évident pour vous que ces corps qui sont endothermes sont en réalité chargés de forces qu'ils restituent sous forme de chaleur, d'action chimique ou de lumière.

Vous savez ce que sont les fulminates, c'est-à-dire les azotures métalliques: des combinaisons éminemment instables.

Et c'est à cause de celte faible affinité de l'azote pour les métaux, que sous l'influence du moindre choc ces composés détonent et laissent échapper des forces d'une puissance incomparable.

Voilà donc bien des formes sous lesquelles se présente la force. Eh bien, cette force que je viens de vous montrer emprisonnée dans les corps endothermes, elle existe à des degrés variables dans ce que nous appelons les médicaments, et en particulier dans les alcaloïdes et dans un certain nombre de corps neutres.

Seulement, voici la différence entre les fulminates, comme la dynamite par exemple, et les molécules de ces substances médicamenteuses : c'est que, tandis que ces molécules cèdent leur force d'une manière lente, soutenue, sans secousse, au contraire le fuhnicoton, les azotures la cèdent d'une manière violente.

En somme, tandis que les substances dont nous parlions tout à l'heure peuvent être considérées comme des bouteilles de Leydc d'un excessive puissance, on peut dire que les médicaments sont pour ainsi dire des barreaux aimantés. Mais il y a toujours cession de force. Et sous l'influence de cette cession de force que produit la substance médicamen-* teuse introduite dans l'économie, il se fait des modifications

Leton.I CORRÉLATION DES FORCES. IT

structurales dans dos organes ; nos tissus passent, on peut le dire, à de véritnbles états allotropiques; c'esl-à-dirc que tantôt ils sont chargés, tantôt ils sont plus ou moins épuisés, rappelant dans la première condition l'ozone (0»), ou tout simplement dans la seconde l'oxygène ordinaire, représenté parO.

Ce que je vous dis là n'est pas une simple vue de l'esprit; c'est aujourd'hui chose démontrée. J'avais dit, en voyant que, sans se transformer, le sulfate de quinine sauvait d'une mort certaine les sujets imprégnés de miasme palustre : Il faut qu'il ait'cédé de la force, qu'il soit passé à un état allotropique.

Eh bien, M. Guyochin, faisant l'analyse de l'alcaloïde qui se trouvait dans les urines, après avoir traversé l'oi^anisme, a trouvé que ce n'était plus de la quinine, mais de In quinidine et de la quinicine, c'est-à-dire par conséquent de la quinine qui avait perdu sa force et réduite ^l'impuissance.

Voilà donc une preuve expérimentale en faveur de la doctrine que je viens de vous exposer.

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