VINGT-QUATRIÈME LEÇON
Arsenic (suite).
Albuminurie, son interprétation. De la mort par Tarscnic (suite), importance de la diffërcnce des doses, des modes d'empoisonnement par Tarseoic.
Messieurs,
Avant d*aller plus loin et de vous parler de deux autres modes de mort par l'arsenic, je veux vous parler d'un symptôme qui a été mal interprété, l'albuminurie.
Il y a dans un certain nombre de cas de l'albuminurie qui a été mise sur le compte du passage de l'arsenic au travers des glandes rénales. C'est là une interprétation vicieuse qui a été appliquée aussi à l'empoisonnement par le plomb, par le mercure, et qui est aussi critiquable dans ces deux cas que je viens de rappeler, que dans celui de l'arsenic. El la preuve que ce n'est pas le passage du plomb ou du mercure qui est la cause la plus habituelle et vraiment digne de fixer notre attention, c'est que, dans un grand nombre de cas où le poison est en quantité considérable et où il a été ingéré d'une manière rapide, il n'y a point d'albuminurie. L'albuminurie survient lorsqu'il est arrivé de la cachexie. C'est ce qu'on rencontre ordinairement dans l'empoisonnement saturnin. Vous voyez des gens qui ont été à la fabrique de Clichy, ils arrivent avec les accidents saturnins les plus graves, mais vous ne voyez pas trace d'albumine dans leur urine. Mais s'ils ont fini par acquérir cet état général qu'on appelle cachexie, et qui sera ici la cachexie saturnine, ils auront de Talbuminedans les urines et ils en auront encore, alors qu'ils se seront débarrassés de leur poison.
Une aulre preuve est ce fait, qui a été indiqué d'abord par Owerbeck, dans les empoisonnements par le mercure. L'albuminurie existe d'abord, puis disparaît, elle se reproduit à un certain moment sous l'influence de la cachexie. A une certaine époque de la maladie, Owerbeck administre de l'iodure de potassium pour débarrasser l'économie du poison, il reparait dans les urines, et, à ce moment, il n'y a plus d'albumine. J'ai vu le même fait se produire dans le cas dont j'ai plusieurs fois parlé: de l'albuminurie existait, elle disparaît au moment où je fais rentrer une quantité considérable d'arsenic dans la circulation. Par conséquent il faut voir dans l'albuminurie qui accompagne les empoisonnements autre chose qu'un fait de sortie, c'està-dire une irritation qui serait exagérée. Il faut y voir l'expression d'un état général, d'une dyscrasie qui se traduit par de l'albuminurie suivant le mode que j'ai exposé souvent •
Les genres de mort par l'arsenic nous ont arrêté un instant dans la dernière séance, mais je ne vous ai pas expliqué la manière dont on meurt dans l'arsenicisme par doses variées. J'y arrive.
Quand ce sont des doses médiocres, petites, suffisantes toutefoispour produire certains effets, alors ce sent des désordresbeaucoup plus obscurs, qui presque tous se passent du côté du tube digestif, mais qui n'en produisent pas moins les effets les plus funestes, et finalement la mort, lorsqu'elles sont suffisamment répétées.
Le premier mode d'empoisonnement répond à ce que j'ai appelé Tempoisonnement par des mains inhabiles, maladroites. Ce second s'observera à la suite d'un empoisonnement qui aurait lieu par des doses assez forteS;. et répétées d'une manière soutenue..
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Mais il peut'Se montrer également à la suite de Tintroduction thérapeutique de doses d'arseuic assez élevées, et il est important que vous sachiez la possibilité de ce phénomène. Il y a une troisième intoiûcation sur laquelle il faut que nous nous arrêtions un instant. C'est eelte qui est exécutée par dos mains liabiles et qui se produit à Taide de closes petites. Doses petites? il feut nous entendre. Il n'ynpasdedos»?s absolument petites, ni absolument fortos, puisque je tous ai montré qu'elles sont variables suivant Télat ou se troo^ récoHomie. Supposez par exemple que ce soit 2, 8, 4,TDenw JTKqu'àSeentîgr. par jour. Je dis queoe procédc-a desavaetag«s incalculables pour le criminel, qui le met A exéailion, et vous allez les voir. D'abord, «vcc ces doses petites r?btivemcnt, les symptômes sont nécessairement «Uémiés ; vous n'assistez jamais à ces grands orages que pi\>duifient l'^s doses massives. D^accidents cholériftwTwes , il n'en est pas question ; vous Toyez simplement quelques troubles du côié des organes- digestifs, de la nausée, des vomissements, de h perte d'uppétit, puis de la diarrhée. En ssmnie, ce soat i'^î phénomènes qui se montrent dans une foule d'âfff'cti*»'*^ spontanées ou qui sont produites par des causes to«t :« feit différentes d'un empoisonneinettt. Dyspepsie, diarrliétle froid, le rfiaud, Thumide, les indigestions produi^cM «es accidents. Vkmc vous avez des accidents qui d'une part sont atténués, et qui d'autre paît n'ont pas une ^^ fication bien évidente, n'attirent pafs le regard, ne fofltp^^ songer. Cela se prolonge, et peu à peu tes fonctions dip'stP?es deviennent plus difficiles, la dîarriwe semble se perp^" • tner.'Mais onmet fin à tout cela : de temps fn temps on so^ pend le miédicament, on ne coupe pas tefildu premier cm»p« et alors les accidents cèdent. 11 y a une sorte de recoB-
e plus OU moins longlemps ; cependant on voit
^u des phénomènes de délabremcnl de la
nution générale des forces de Técono-
"^. le monde parle d'anémie, on en
snt on voit quelqu'un qui souflVe idi a quelques phénomènes nerveux, ^dt, au* rien n'est plus fréquent que de voir .âienes nerveux accompagner Tanémie.
.ici une autre série d avantages : c'est que le poison est toujours en ]M?tite quantité, naturellement ; que par conséquent il est diflirile d'en olVrir à reux qui sont un peu exigeants, une quantité considérable, lorsque la mort vient à se produire, et que même quand il ne se serait pas éliminé la dlfCciilté existerait. Mais quand de plus on a eu soin de mettre des inteimissions, l'élimination a eu le temps de se IMToduire, par conséquent le cor|>s du délit manque on partie, -et puis ce corps du délit n'existe |>as partout, comme on a ^'habitude de croire que cela doit être ; on s'imagine toujours qtte-dans ces empoisonnements il doit y avoir du poison à peu |Mèe dans tout l'organisme. Dans les conditions queje viens de ■pnrifier il n'en est pas ainsi ; non seulement le poison s'est iéUmmé, mais le peu qui reste ne se trouve pas partout, quel- «qseGDÎs il n'a pas franchi le foie. Il s'y confine, et à l'examen •la'y a pas de principe nocif dans les éléments des tissus où ^■iiilHtllement on en retrouve. Par conséquent, lorsque l'on 'vient à Caire l'autopsie juridique, on ne peut en démontrer ni dam les os, ni dans le cei-veau, ni dans les cheveux. A plus forte ndsi», dans ces conditions, n'y a-t-il pas de phénomènea graves ni de troubles ionctionnels qui sont d'ailleurs «■s lésions: il n'y apas de paralysie avant que la victime ne succombe, et quand elle a succombé on ne trouve pas de
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stéatose. Le stéatose peut manquer même quand les doses ont été excessives, mais elle ne peut exister que dans ce cas.
Vous voyez quels obstacles sont alors accumulés sous les pas des médecins légistes et combien il leur est difficile d'arriver à la démonstration de Tempoisonnement. Ils ne peuvent pas faire voir un syndrome tout à fait significatif, ils nt^ peuvent pas montrer que l'arsenic existe dans le cerveau, iU ne peuvent pas produire de quantités massives, Tensemble est évidemment incomplet. Eh bien, malgré cela, vous allez voir tout à l'heure qu'il est possible d'arriver à une démonstration de l'empoisonnement.
Mais auparavant, commençons par nous demander : est-il bien vrai que deux, trois centigrammes par jour puissent arriver à produire la mort? Et d'abord il y a des gens qui en mangent, et d'autres qui, sans en vivre, y résistent assez longtemps. Mais il ne faut pas considérer l'arsenic comme étant un poison corrosif et n'agissant qu'à la faveur de grosses lésions qu'il détermine ; il ne faut pas le voir produisant une inflammation plus ou moins vive, des escarres et tout ce qui s'ensuit, comme il en arriverait s'il tombait dans l'estomac un morceau de potasse caustique ou une dose considérable d'acide chromique. Ce n'estpointainsi qu'il agit, ou du moins, s'il agit ainsi, il agit aussi par d'autres procédés, ceux de^ substances éméto-cathartiques. L'arsenic exerce une influence nocive sur le tube digestif, alors même qu'il ne produit aucune irritation appréciable ; il produit la nausée, comme le tartre stibié, comme le sulfate de zinc ou le sulfate de cuivre, c'està-dire que c'est en vertu d'une propriété qui lui est spéciale, si vous voulez, mais qui appartient aussi à un groupe decorps, qu'il détermine du côté du bout périphérique de la paire vague une sensation qui se traduit par la nausée.
leçon.) ARSENIC. 393
Est-ce que par hasard l'émétine ou les substances qui renferment des principes analogues sont des substances escarrotiques? Non; ce sont des substances qui exercent une action spéciale sur la sensibilité particulière de Te^^tomacet du tube digestif. Ceci nous fait donc comprendre qu'il n'est pas nécessaire, pour produire les effets nauséants de l'arsenic, d'introduire des doses considérables, pas plus qu'il n'est nécessaire d'introduire des doses considérables de sulfate de cuivre. 20 centigrammes et la plupart du temps 10 suffisent.
Pour le dire en passant, il y a encore ici une erreur qui tend à se propager, c'est que les sels de cuivre sont incapables de produire des intoxications. Je ne dis pas qu'on n'ait point exagéiv, qu'on n'ait pas cru à une toxicité plus grave qu'elle ne l'est ; mais venir dire qu'ils sont absolument dépourvus de toute propriété nocive, c'est se mettre en contradiction flagrante avec les faits et se mettre en dehors de ce que nous savons. Si vous introduisez du cuivre à doses très petites, minimes, de manière à ce qu'il ne produise pas d'effets sur le tube digestif, oh ! vous pourrez l'introduire dans la grande circulation, le voir s'éliminer d'une manière continue sans qu'il en résulte des phénomènes bien fâcheux. Hais si la dose est suffisante pour produire de la nausée et des vomissements, avec tous les phénomènes connexes, et s'il se reproduisent tous les jours, vous pouvez voiries sujets tomber dans l'état où ils tombent quand on leur administre des doses plus minimes — puisqu'il est plus énergique — d*arsenic. Mais au fond, c'est tout un au point de vue du mécanisme des lésions et des phénomènes connexes.
Je vais maintenant essayer de vous rendre compte comment avec celte seule action nauséante, cméto-cathartique, il se peut cependant que l'arsenic administré à doses ré-
9U AR&ENiIC. iVingi-qualhène
péiéôs déterjzûoelouslôseiretsiijicdieux que VOUS connoaissez et qui ont ét^ indiquée dans les fias juridiques, qui j>eiivent eDiin ge terminer par la mort.
Voici ce que produit une substaxuse émâlo-caaibaflique : une sécrétion gafitro-inlestinale exagérée^ qui n-est point simplement du mucus, mais une «érosîlé albumineuie, tellement que si vous la traite/ par la chaleur ou les acid^ elle se coagule. C'est donc là une spoliation, c'est comme une saignée séreuse qui se répéterail à chaque instant Quand le voniissemout se produit, c'e^t un graod acte, cV<t quelque chose qui exige des efforts. considéraUes, ime synergie de toutes les puissances expiratrices, et par eoniéquent il en résulte une perte de forces. Voyez quelqnui qui a vomi, même par souvenir, voyez dans quel état dV battemenJt il «e ti^ouve après. Par conaéqueuL, noue avouf vu tout ùi riieure une spoliation de force sous lliofliiteiiûe du vomissement ; plus encore sous celle dt& afifelfi cmétocatliartiques il y a très souvent ces 4)héaûfnànfi8 généraux réflexes sympathiques qui accompagnent les afleciion£ du bas^ entre et qui sont en rapport avec un ivouble a^ porté aux fonctions du grand sympathique, piiénuménes qui méritenl le nom que je leur ai doiméde péritcmimihe oud'afiections cholériformes. Vousconnaissez4ousle diolôraslikié, qui peut èti*e produit avec 5 centigrammes de tartre slibié et qui^ lorsque la mort s'ensuit, ne se revoie quejiar un.peo de rougeur, sans iullaiiunalion véritable déterminée park substance nuisible.
Quand ce syndrome se produit, que ae pasae^twl au fond? un abattement extrême, un irouble profond apporté à toutes les grandes fonctions : Thématose entravée, la circulation languissante ; le pouls^ petit, fie ralôoUt MtpétteaiaM
leçon.l AA'BEflIC. 3d5
OU s'accélère d^une iaçon démesurée. Si la combustioD est lalentie ou supprimée, qu'arrive-t*îl? c'est que la restauration est impossible, c/est que les forces ae peuveat pas se réparer, et que par conséquent il y â alanguissement généial et impossibilité de la nutrition, en raison de la suppression (les fonctions gastriques, ou du moins de la diminuitonderactivité fcmclionnelk derestomac. Parconséquent veiis le voyez, voilà iùen des obstacles apportés au jeu régulier des fonctions et à la nutrition elle-même. Et si ces obstacles se prolongent, si au lieu de durer quelques jours, ils durent pendant des semaines, vous comprenez la suite: per- ^ tes qui ac peuvent pas se rtt parer, nutrition insuffisante, par conséquent peu à |»ou la dt^ca^i^nce oc^nique, le marasme et la mort.
Je ne dis pas que les doses faibles dont je parlais tout à rbeure soient capables de tuer tout le monde; je pense que panm vous la plupart résislersûent, parce que vous avez cette résisisfioe \itale qui permet de surmonter bien des dîAkulèés dans la Tie. Mais supposez un être un peu chétif, dont Ja constitution est déiaiin^e; supposez que cet être chélif ait déjà subi des accidejits plus ou moins sérieux du côté des voies digestives, vous verrez se produire des accidents considérables el qui pourront avoir le caractère fatal que je leur supposais tout à Theure.
Cela est si vrai nfae quand vous employez Tarsenic à doses Ibécapeu tiques, il vous arrive de rencontrer de ces organes i£s qui se révoltent au moindre contact, et vous obdes aceîdenls plus ou moins sérieux. Témoins ceux qui se sont montrés de tout temps aux y^ux des praticiens qui enploieat Farsenic contre la fièvre interniiltente : ils adoùnîsUneakl'SMweat 2, 3 ccatlgranmes 4às les premiers
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jours, Boudin, môme 5, et il arrive dans un certain nombre de cas que ces doses déterminent des vomissements, de la diarrhée, des phénomènes de collapsus en rapport avec les ciTets sympathiques qui caractérisent la mise enjeu du grand sympathique. Et alors vous êtes obligés de reculer devant remploi de ce moyen.
Lorsque vous rencontrez de ces organismes-là, il est clair que si vous insistez vous arrivez à déterminer des accidents graves. Et à la suite de cette répétition d'accidents qui pour un seul jour seraient inoffensifs, on arrive au bout d'un cer- , tain temps à amener cette diminution de forces, cette altération de la nutrition, cette cachexie en un mot qui pour ra, avec un peu d'aide, se terminer par la mort. 11 suffira de souffler pour ainsi dire sur cet organisme ébranlé, pour déterminer une chute irrémédiable .
Ici se présente encore une question qui a son intérêt el qui aurait pu élre agitée dans la dernière circonstance qui est pour ainsi dire l'occasion de cette discussion . Ces celle de savoir quel est ce dernier souffle qui peut éteindre une existence si profondément ébranlée. Il peut être très variable: cela peut être une dernière dose, évidemment, ou une petite maladie intercurrente. Le sujet est déjà très ébranlé, il se refroidit, il prend une fièvre, le voilà affaissé, et voilà le peu qui lui reste de flamme qui s'éteint.
Il y a une autre circonstance à laquelle il faut songer, c'est la possibilité d'une succession d'intoxications. J'ai entendu un magistrat dire qu'en général les coupables enseignaient eux-mêmes la voie qu'il fallait suivre, qu'alors qu'ils étaient aussi bien préparés que' possible au silence, ils finissaient cependant par laisser sortir quelque chose de ce qui remplissait leur pensée. Exactement comme les voleurs, qui,
leçoii.| ARSENIC. 397
disent les agents, se retournent toujours au coin d'une rue pour voir s'ils ne sont pas suivis. Dans l'affaire récente, Taccusé a dit : « Je ne sais pas si par hasard on n'aurait pas pris de la belladone. » Il est à regretter que cette trace n'ait pas été suivie. Toujours est-il, que quand les choses ont été si bien préparées, il suffit d'un poison végétal, toujours si difficile à retrouver, pour mettre fin à la vie. Il est d'autant plus difficile à reconnaître qu'il va rencontrer dans le tube digestif des éléments de destruction, acides, alcalis, substances en fermentation, ferments normaux, pepsine, diastase , pancréatine et ferments accidentels qui sont partout,en vertu de cette loi du panspermisme que vous connaissez tous.
Par conséquent, vous voyez combien il est facile de comprendre comment la mort peut arriver même dans ces conditions d'intoxication intermittente et par des doses modérées. Il suffit que l'organisme dans lequel on répète l'intoxication soit prédisposé, qu'il y ait une grande susceptibilité des organes digestifs et une grande faiblesse constitutionnelle. 11 y aura donc toujours un grand compte à tenir de l'état du sujet chez lequel l'intoxication a pu se produire.
Nous voici maintenant en mesure de comprendre celte diversité extrême de résistance ou au contraire de fragilité. Les ans résistent aux doses les plus violentes, les plus massives : cette femme dont je vous ai parlé résista à 8 grammes au moins d'acide arsénieux, tandis que d'autres succombent sous le moindre prétexte, passez-moi le mot, tellement que vous avez un minimum léthal de 12, 10 centigrammes, et d'un autre côté un maximum toléré de 8 ou 10 grammes ; c'est dans la proportion de 1 à 90 ou 100.
Quelle est l'expHcation de cet écart? elle se trouve dans les conditions individuelles que je vais vous indiquer. Il y a des
nos AHSISTfIC. IVingt^iurifièiie
variations extrêmes au point de vue de i*iiiipressîoimabilité des organes digestifs, au point de vne de la réceplivilé de récoDomie tout entière pour le peison, et au point de rue de l'activité éliminatrice.
Si vous supposez une extrême tolérance de 1» part de Testomac et des intestins pour l'arsenic, voas ifassislcrez «^ aucun de ces désordres locaux que vous avez vos^toiiii l'heure produire la mort. Vous ne verrez pas- d'accidents du côté de la muqueuse intestinale ni aucun syndrome de phénomènes sympathiques ou réflexes. Si en même temps les tissus présentent un mouvement de nutrition et de dénutritioe très actif, le poison ne s'emmagasinera, pas Lorsqu'un sojH est jeune, ses tissus se renouvellent très rapidement ; rien ne s'immobilise en lui. Dans ces condition»-Mr, il v amra moins d'accumulation dans les parendiymes et dan» le tissu nerveux que dans les conditions contraires^ Vous veilà doue déji sont dans des conditions favorables.
Mais si de plus les reins sont largement ouverts, si la sécrétion urinaire se fait abondamment, et si par cette voie ouverte l'arsenic peut passer à larges Ilots, pour ain«i dire, il est clair que chez cet individu, qui tolère si bien par les voies digestives, chez qui la nutrition se fkit bien, dont la bile coule abondamment, les doses moyennes et même fortes pourront passer pour ainsi dire inaperçues. Ce sujet sera parmi ceux qni peuvent résister à des doses marssives d'acide arsénieux. Je ne dis pas que ce ûhI' n'est point exceptionnel, mais il est.
Supposez les conditions inverses ; \'OÎci des org»ie9âîge9ti& qui se révoltent ù tout propos, qui cependant» le défiiolde forces l'expliquant, n'arrivent }»as à se déinurresser dHpeison qni leur nuit: nausée, abattement, résohilioni colhipsBS. De
leçon.] ARSBNIC. ^^3
plu» les conditioi» de santé sont mauvanse», r%e, la constitution; tout ardra; la rénovation organique est lente, le tourbillon nvtrifif de Descarte» est ralenti. Supposez encore que ce même sujet ait de» sécrétions ivres, la peau fonctionne mal, le foie ne séi rùle presque pas, les urines sont fYires, dans ces conditions-lâ, des doses même relativement nrinimes resteront, s'iramobiliseront, s^aceumuleront même, et finiront par déterminer des aceidents non pas seulisment locaux, mais généraux, non pas seulement une sorte <f empoisonnement inteimittent, mais^ Tai^senicisme généralisé par action diffusée. Bien souvent, dans ces conditions-là, tout se bornera à cet ensemble de symptôme» et locaux cl sympathiques, qui sont le fond même de Tintoxicalion par l*ar9enic.
Vous voilà fixés, ce me semble; je n'ai rien exagéré, je vous ai montré avec la plus entièi*e bonne foi le» effets de Tarsenic tels que je les vois, tels que je les ai vus dans un ceitaia nombre de circonstances. Maintenant nous pouvons aborder directement ane question qui, pour être d'un ordre UD peu différent, n'en est pas moins très intéressante au point de vue où nous sommes placé», c'est-à-dire de la médecine légale. 11 ne s'agit pas seulement de savoir que les faits se présentent sous cet aspect, il s'agit de savoir comment on peut reconnaître qu'on a affaire à un empoisonnement arsenical.
Je commencerai par faire une déclaration qui doit être mise en tête de tous les diagnostics : c'est qu'il n'y a pas un aenlsymptômepathognomoniquequi soit absolument nécessaire.
On a om longtemps à l'existence de ces symptômes palliognomoniques ; on voyait dans les taches rosées lenticulaires l'eiqpresrion évidente de la fièvre typhoïde, et les opinions
400 ARSENIC. l Vingt-quatrième
sur leur nature ont varié comme les dénominations mêmes de la maladie. Aujourd'hui nous savons que ces larhe.< peuvent manquer dans la fièvre typhoïde, mais qu elles existent dans d'autres affections et en particulier dans la tuberculose milliaire aiguë.
On a cru longtemps à ces signes, d'autant qu'on croyait plus à la spécificité des causes et à la spécificité en géoéraL On revenait sans s*en douter à une doctrine du moyen âge qui considérait le cancer comme un chancre et qui le voyait ronger les tissus, tellement qu'on lui présentait de la viande fraîche pour le détourner.
C'est la même chose quand on est venu nous dire qu'il y avait des cellules caractéristiques de différentes espèce^ de tumeurs. Toujours même erreur, tantôt grossière, apparente, tantôt cachée sous des dehors scientifiques.
J'ajoute qu'il n'y a pas même de symptôme qui soit absolument nécessaire dans le tableau d'une maladie.
Cette déclaration faite, je n'ai plus qu'à la compléter tfl vous disant que le diagnostic d'une maladie se fait non p^f un, deux symptômes, mais par un ensemble. II faut non seulement considérer cet ensemble, mais aussi le voir se développer dans un ordre déterminé. Tellement que vouspouvez dans des différentes maladies, avoir le même ensemble; mais l'ordre est inverse.
Voici la fièvre typhoïde qui évolue ainsi : mal de lêle, iiè*^^» on se met au lit, la diarrhée s'établit et reste le pliénoniène prédominant : voilà d'un autre côté le choléra, et les affef tions cholériformes dans lesquels vous notez les mêmes spf' tomes, si vous les prenez isolément : fièvre très- intense, ph^" nomènes intestinaux graves mal de tête. Quelle est la diffêr^^' ce? Les symptôms sont les mêmes; mais leur évolutiondi^^'*^'
leçon.] ARSENIC. iOl
Si le malade vous dit qu'il a commencé par avoir une diarrhée énorme, aqueuse, que celle diarrhée s'esl peu à peu calmée, que la fièvre, d'abord nulle, s'est allumée et a amené le sujet à l'état où vous le voyez ; alors vous pensez qu'il s'agit d'une diarrhée cholériforme avec la fièvre réactionnelle consécutive. L'autre malade, chez qui l'affection a débuté sournoisement, la diarrhée suivant une marche croissante, vous fait penser à une fièvre typhoïde.
Appliquez cela à l'empoisonnement par l'arsenic, comme à toute autre affection.
C'est dans le syndrome avec marche particulière, et malgré l'absence d'un certain nombre de symptômes même graves, que vous saurez dans le plus grand nombre des cas reconnaître l'affection. Exactement comme si.vous détachez d'une des tours Notre-Dame une pierre, fût-elle d'angle, vous reconnaîtrez toujours la tour; vous pourriez en retirer plusieurs que vous la reconnaîtriez encore. Il en est de même pour un tableau symptomatique ; effacez une partie du tracé et vous le reconnaissez encore.
Les phénomènes les plus spéciaux peuvent disparaître lour à tour, vous dis-je, et même par groupes, sans que cela vous empêche de reconnaître la maladie.
Yoici par exemple, dans l'arsenicisme, l'ardeur de gorge. Il suffit, pour l'empêcher de paraître, de ne pas administrer le poison sous forme liquide, mais bien sous forme pilulaire, et cependant ce symptôme semblait si caractéristique que, dans la dernière circonstance, on demandait que l'on montrât que la victime avait eu de l'ardeur de la gorge, de la soif, c'est-à-dire un phénomène contingent, subordonné à l'action topique dans l'entrée des voies respiratoires.
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