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VINGT-NEUVIÈME LEÇON

De rinsigniflancc de certaines doses, du minimum thérape itique, tolérance et intolérance, état des organes d'absorption, moyens propres à favoriser l'absorption, conditions individuelles, état des sécrétions.

De l'accumulation des médicaments.

Messieurs,

Je poursuis cette énumération des conditions qui font varier Taclion médicamenteuse, et je vais vous parler de rinsignifiance de certaines doses.

On pourrait croire que si une substance agit comme 1Q avec une certaine dose, elle agira comme 1 avec une dose dix fois plus petite. Les choses ne se présentent pas ainsi. Il y a un minimum au-dessous duquel la substance n'agit plus et passe, pour ainsi dire, inaperçue. Par exemple, vous pourrez administrer un milligr. de tartre slibié sans déterminer de nausées ou de vomissements, à moins qu'il ne se produise le phénomène d'accumulation de doses dont nous parlerons tout à l'heure. De même, ainsi que je le répète toujours, vous pourrez donner un gramme d'huile de ricin sans arriver àpurger, et cela tous les jours de l'année. Cependant vous aurez administré en un an 365 grammes d'huile de ricin ; mais il n'y en aura jamais eu assez à la fois dans l'oi^anisme pour produire des effets sensibles. Ce que vous vérifiez ici facilement avec de l'huile de ricin existe pour d'autres médicaments dont l'action est moins visible. Il faut des doses efficaces, comme je l'ai écrit autrefois dans le livre de Trousseau ; au-dessous de ces doses il n'y a pas d'effets produits.

Une autre réserve à faire relativement à la proportionnalité des doses est celle-ci : non seulement les effets ne sont

470 INSIGNIFIANCE DE CERTAINES DOSES. IVingt-neuvIJ-nw

pas proportionnels à la dose, mais vous voyez à certains moments raccroissement de la dose s'efiectuant toujours changer le sens des effets produits d'abord.

Je vous citerai, par exemple, Topium, la morphine. Avec des doses minimes : excitation, stimulatkm éJ)rieuse ; lelkment que les Orientaux recherchent celle stîmalation, el vont souvent au combat alors qu'ils ont pris une certaine dose d*opium. Il faut une dose d'opiura relativement faible pour déterminer une stimulation circulatoire analogue à celle de Talcool. Au contraire, à dose pkis élevée vous trouvez ces phénomènes de congestion du coté de Tencépbale qui font de l'opium le premier des hypooliques el des stupéfiants du système nerveux sensitif.

Ce qui se produit pour l'opium avec des dosas plus ou moins élevées ou Ëiibles dont je viens de parler, se produit pour la digitale, que nous voyons produire des pbénoHièaeâ absolument contraires avec des doses moyennes ou excesr sives et qui ont passe la mesure. Avec des doses moyeaftes vous voyez le pouls se ralentir, chaque pulsation augroeat^ei de force, la circulation périphérique se faire avec d'autaal plus d'activité que les révolulioos cardiaques sont aM)i&< nombreuses; au centralise, vous voyea la leosion augmenter lorsque la do5e est dépassée. Elle n'est pas Uwjoitrs dépassée par le fait de l'introduction de doses BMâsive^ mais par suite de t'accomulatioai vous «Ofez des pbénomèaes

contraires à ceux-là. Le pouls s'ajccélère d'abord, Undi^^ qu'il avait subi un ralentissement favorable à la cûrcnlaiion; à ce moment, la circulation s'embarrasse, le pouls devient irréguUer et insensible ; ce sont des phénaamèncs inverses. Vous oblenex en môme temps tons ces phénemènes d'iatolérance qui sont bien connus dans rhîstoire de la digitale.

leçeo.l TOLÊRÀNCK ET INTOLERANCE. iJI

Par conséquenti vous le voyez, non seulement les phénomènes physiologiques ne s'accroissent pas toujours avec les doses, mais même ils changent pai^fois de sens.

Nous venons de voir quelle est rinfluence des doses sur la puissance thérapeutique, avec toutes les réserves qui ont dû être faites pour faire comprendre des faits en apparence paradoxaux. Je vous ai paillé aussi de Tinfluence de toutes les circonstances d'ordre physico^^liiinique qui existent du côté des remèdes, telles que la facilité avec laquelle ils peuvent se dissoudre. Il nous faut maintenant étudier quelles sont les influences, du colé du sujet, qui modifient Tactivilé des médicaments.

Il y a de sa part des conditions tantôt éminemment favorables, tantôt très défavoiables ; quant à Taction médicauienteuse,ii faut les connaître et s'en rendre compte, parce que vous aurez, selon les cas, à prendre certaines précautions pour arriver à faire accepter les médicaments ei à assui^er leurs effets. Je passerai en revue tour à tour rétat des organes, les fonctions, Tactivité, Tinertie, rimpressionnabihté naturelle ou acquise du sujet, Tintolérance et la tolérance. Je vous dirai quelques mots des ^es, des sexes, des races, car il y a des dilTérences considérables au point de vue de la manière dont les races répoodeal aux médicaments, et ce n'est pas la partie la moins iniéressante de notie sujet.

D'abord, état des organes d'absorption. Nous trouvons ici des conditions de tension vasculaire qui sont d'une importance extrême, et vous verrez que dans la pratique ancienne iMi en avait compris L'importance alors que la science était moins avancée. Tantôt la tension est active^ tantôt la tension eMlpa$sive.

472 ÉTAT DES ORGANES D'ABSORPTION. (Vin^neiiTièiM

Est-il besoin de vous donner la définition de ces mots? Oui, car je vois qu'il y a des confusions déplorables. En général on confond deux phénomènes distincts et quelquefois opposés. On confond la tension passive, que je représenle par mon doigt serré entre deux autres, tension qui est bien passive, puisque je refoule et que je maintiens accumolé à son extrémité le sang qui y était, avec la tension active, qui consiste en ceci : qu'il y a non seulement une force de propulsion considérable de la part de l'organe central, mais aussi une contractilité très énergique de la part de tout le système vasculaire. Avec ces deux conditions, propulsion forte, rétraction forte, vous aurez ce qu'on appelle la tension élevée. C'est la seule à laquelle on ait égard en général, et cependant il y a des cas dans lesquels la tension est purement passive, résultant d'une diminution de la contractilité des vaisseaux. Elle est passive à ce point de vue, mais elle est cependant le résultat d'un travail qui se fait, puisque les vaisseaux ont perdu leur tonicité. La tension passive augmente sous l'influence d'une grande quantité de liquide absorbé, ou présent dans le sang. C'est ce qui existe dans la pléthore aqueuse véritable ou lorsque le sang est très abondant. Nous aurons cette pléthore véritable avec des conditions particulières et variables, comme cela a été indiqué par Magendie; ainsi une sorte de pléthore conditionnelle et éventuelle existe momentanément après un repas, quand on a introduit beaucoup d'aliments et de boissons, et vous verrez des différences énormes au point de vue de la pléthore aqueuse suivant que l'on est ou non h jeun de boissons. Cela est tellement vrai, qu'au lendemain d'une saignée générale ou locale, après avoir constaté la veille l'absence de toute espèce de bruit dans les vaisseaux du

leçon.) MOYENS DE FAVORISER L'ABSORPTION. 473

COU, on trouvera le lendemain, quand le malade aura bu, réparé sa masse en introduisant de Teau, qu'il a le plus magnifique soufQe d'anhémie, d'hydrémie qu'on puisse entendre : un bruit à deux courants, bruit de diable. Vous le voyez, lorsque Ton a extrait une grande quantité de sang, il n'y a pas trace de bruit; ce bruit n'arrive qu'après la réparation. Il y a aussi des tensions passives locales qui résultent d'obstacles mécaniques à la circulation veineuse, comme dans les cas de déclivité prolongée avec stase plus ou moins considérable, comme dans les cas de compression d'une veine importante. Dans ce cas de stase veineuse, il y a une difficulté à l'introduction des médicaments par la voie cutanée. Il y a aussi des cas dans lesquels une hypérémie active, véritable phlogose plus ou moins intense, tantôt catarrhale, tantôt plastique, apporte un obstacle à l'absorption. Or tout le monde sait que lorsqu'il existe une inflammation la surface enflammée est peu apte à recueillir la substance active qu'on dépose à sa surface.

Il y a UQ certain nombre d'applications pratiques à faire de cette condition de la diminution de l'absorption sous rinfluence de la tension passive exagérée. Cela vous indique, en effet, que lorsque vous voulez avoir une absorption aussi rapide que possible, il ne faut pas administrer les médicaments lorsque l'estomac est rempli ou lorsqu'il y a pléthore déterminée par un bon repas. 11 y a encore une autre conséquence qui est bien connue, c'est que, lorsque l'on veut empêcher l'absorption, on crée artificiellement un obstacle au retour du sang veineux. Quand on a été piqué ou mordu par un animal, sans doute on cautérise, mais on n'a pas toujours de cautère, tandis qu'il est simple de faire une compression, de manière à pouvoir attendre le moment prochain où on aura

AlA MOYENS DE FAVORISER L^AftSORFTtOIl. (\'ingt-ncavi«ae

un caustique capable de melire à l'abri des aoeideuls ultérieurs* Cela vous montre eacore que, lorsque viens voulei favoriser l'absorption par une surlKe teOe qoe la suriace cut.mée préparée par un vésicatoire, il iai^ s'arranger defaçoi à ce que celte surface vésiqoée ne soit pas enflamiBée. Aiisî, il est d'observation que lorsqu'un vésicatoire est très ea- Hamme il absorbe très peu, et que des doses même fortes d< morphine ne produisent aucun effet général. Il y a em-ore cette autre conséquence : c'est que, lorsque vous vouiez ijbtituer un traitement qui exige Tintroduction, par voie d'absorption, d'une substance inédicainenteiise, et que vous avei affaire à un sujet plétborî^ue, que ce sujet préseale àta hypérémies plus ou moins nombreuses» ua foie groâ,coiiUDe les goutteuse ou ies gens qui vivent d'une vie un peu trop large, il faut débuter par une spoliatioa. Si vous ne commencez pas par vider, pour ainsi dire, votre loalade^ vous n'obtiendrez presque rien des médicameutSw Âiasi il faul 1res souvent employer les cméto-cathartiques cbez ks rhumatisants que vous voulez soumettre à f influence , soit du su Haie de quinine, so4t de toute autre substance qui dok être absaii>ée. Vous en ferez autant torsque daas le cours d'une maladie du cœur vous voudrez employer la digitaU ou les diurétiques. Lorsque vous aurez à faire à ces bomottâ qui sont bourrés^ commencez, je le répète, par les déseokplir. Ce n'est que lorsque vous aurez fait en partie le vide que vous pourrez utilement faire absorber la digitale. 11 en est de n^me pour les sudoriûques : ils n'agissent pas chez les gens qui sont gonflés de sucs. Quand vous vous servirez des aniiplastiques, vou^ aurez besoin de denutoder au mercure ses vertus purgatives avant les autres. Je suppose que vous avez ailaire à une maladie, belle que le psoriasis. Si

ïùçm.\ HO YENS D£ FAVOM&SK& L'AISO&PTIO.^. 415

VOUS voulez dooAer du mercure^ il faudra conuoeacer par purger le ualaile à phisieurs reprises. A plus forte raison âaas la médicalioB résolutive ; il est clair qu'ici il £aiul commencer par enlever des tissus tous les raatériaui^ qui évideminent s'opposaient à l'action résolutive de l'iodure de potassium et des autres siédiGaaients.

MaBlesani, il j aussi des cas dans lesquels la tension active est augmentée. C^est à peu près Tinverse de ce que nous venons de dire qu'il faudrait prendre pour l'appliquer kL Si vous avez une tension active très grande, et en même temps une viduilé des mailles du tissu cellulaire, alors vous possédesi la cii constance la plus iavorable à l'absorption et par conséquent à l'action médicamenteuse* C'est la eouAre-partie de ce que je viens de vous dire. Gela est si vraiyOelte connaissance des faits est tellement ancienne, que cbez toutes les populations vous trouverez établie une pratique qui consiste à diminuer cette tension active, à dimi- Buer cette rigidité vasculaire, à favoriser par tous les moyens la tension passive dont .^e vous montrais tout à l'beure'les inconvénients. Pw exemple, lorsqu'un nègre, anADtiUes,aji Sénégal, est mordu par un serpent venimeux, on ne manque jauiais de le soumettre à Facticm des alcootiques à haute dose, en même temps qu'on lui doone des sudorifiques. On le grise, on le laisse ivre-mort, lorsqu'on vent l'empêcher de mourir de l'action d'un poison tel que le venin du crotale oo du trigonocépliale. Pourquoi celte pratique? Pïu*ce que pendant cette action énergique de Talcocd il y a,ninsi que vous le savez, une tension congestive universelle. Ces gens-là sont bypérémiés partout, et pendant qu'ils sont sous le coup de cette bypérémie générale ils u'nbeorbent pas, et par conséquent écb2q)pest à Tactton

476 ËTAT DES ORGANES D'ABSORPTION. IVingt-newièDc

mortelle OU très nocive du poison, attendu que, pour les poisons comme pour les médicaments, ce qui fait Tactivil^ c'est la quantité qui est présente à la fois dans rorganisoir et qui peut agir, à un moment donné, tantôt sur le système nerveux, tantôt sur le cœur. Vous voyez qu'il y a dt ces pratiques populaires qui nous montrent combien, a Taide de l'instinct, on arrive à déterminer certaines conditions physiologiques que la science ne découvre (p^ plus tard.

Il y a aussi des conditions chimiques, du côté des caviit> dans lesquelles doit se faire l'absorption, qui font >^iie! l'activité plus ou moins considérable des effets physiolugiques et thérapeutiques. Nous savons que les acides, lt> alcalis, les substances albuminoïdes, les substances grasses sont sinon indispensables, du moins très utiles pour favoriser l'absorption d'un certain nombre de médicaments qui ^0Di difficilement solubles par eux-mêmes. Il suffira de connaiire cette règle générale de la nécessité de corps adjuvants, |x»uf comprendre que, suivant qu'ils seront abondants, rares ou nuls, il y aura facilité, difficulté ou nullité d'absorption. Ain^> l'acescence stomacale va favoriser l'introduction de toutes les substances qui réclament des acides pour pénétrer (lan> l'économie, tels que les métaux, les sels acides très peu solubles. De même la condition inverse empêchera l'absorplioD L'alcalescence de l'intestin est favorable à l'absorption duo certain nombre de substances et en particulier de ra<ii^^ arsénieux, ainsi que des sels formés de bases alcalines et U'rreuses, et qui ont des acides qui leur communiquent lear insolubilité. Ainsi les tartrates, les oxalates de chaux, i^ potasse et de soude sont peu solubles quand ils sont acides; c'est le contraire quand ils sont alcalins, basiques. Parconse-

leçon.| CONDITIONS INDIVIDUELLES. 477

quent ils peuvent pénétrer avec plus de facilité quand la dose d*alcali qu'ils rencontrent dans l'intestin est plus considérable.

Nous en dirons autant des différentes proportions de chlorures alcalins, de matières albuminoïdes, de matières grasses qui servent à favoriser Fintroduction de certaines substances métalliques, solubles dans les matières albuminoïdes, ou bien l'introduction du phosphore, du soufre solubles dans les matières grasses.

Quand on donne un bouillon trop salé en même temps qu'une dose élevée de calomel, il peut en résulter un véritable empoisonnement, par la formation d'un chlorure double très vénéneux. Le chlorure de sodium peut même avoir été accumulé par une alimentation très salée avant l'introduction du médicament. Il est clair que vous n'obtiendrez pas le même effet chez des sujets soumis à la privation de sel, comme dans certains sièges. De même pour les subtances albuminoïdes : elles sont favorables à la dissolution d'abord, à l'absorption ensuite, des substances solubles à leur faveur.

Parmi les autres conditions individuelles, nous en trouvons quelques-unes qui sont sans grande importance : la vitesse de la circulation, la rapidité avec laquelle se fait la pénétration dans les tissus. Mais il y en a d'autres qui ont une importance réelle et même majeure.

Telle est, pai* exemple, la rapidité du tourbillon moléculaire. Cette rapidité a une grande importance sur les actions physiologiques des substances qui doivent prendre part à la formation des tissus, puisque la rénovation s'en fait plus ou moins rapidement. 11 y a aussi la rapidité de la destruction des substances : car il ne s'agit pas de la quantité introduite

41H CTAT DES SÊCKÉTIOXS. |Vingt-fKaTiè««

OU qvî a rircalé; il s'a«fii de celle qoi se Inoa^e, i «i momeBl donné, pins ov moîas anoBive. On eoHqpreod que si une subslaoce, même introduite en ^rrande quantité, se d»^trak ïïkw nne eitréme fectiité, il nV es a jasuis assez pour prodaîre, ou 4ts effets IhënqpeuUques, ou des efleu toxicpies.

Mais fiiie condition qm est Trameot frèfOoéérmwÊeptm modilier riolemiié iles actiow pbysfoiopi^wes, c'esi l'état des sécrétions. Si les sécrétions saiÎTaîre, biliaire el swloat iirinaîre se font avec une (grande activité, et si par oonséfnenl rémonriion est excessrfemenA rafnde, H y aura les pha grandes difficultés à produire des eflets aiédteaHaeaieiii un peu considérables, et pour les obtei^ir il tawdlra istroiair^ des doses qu'on appelles massives. Si eette condition est excellente dans un ceitain nombre de oas, aioia ^il s'agit de (K>ison i éliminer, elle est a« eoalraire déleataWe ^pwod il s'agit d'effets médicamenteux.

Supposez mainteaaat des sécrétîoas laagniojaates, siaoi tout à Élit taries, uae bouche sèdK, de TaMurie ou de fotigiuie; dans ces condilions-là des doses même très miniroes de substances actives prodainonl des eflels considérables ; il faudra v(Mbs fenw* en déliaace. Lora donc que to«s aarei A introduii^e des médicaments d'une giaode éaergie,svrloat chez des sujets qui decnandeot i être respectés phas tp» les aulres, chez les gouttevx, il faudra voos iafonneraveelapius grand soin s'ils urinent beaucoop e« pou. Si loers reios sécrètent abondamment, tous poarrec leur donner âa colchique et toutes sortes de substances actives^ saas avoir trop peur de dépasser les timiies des eléts Ihérapealiqocs fouUfs; si an contraire les urines sont rares, s^ ne nndent que 500 on 600 grarnunes dans tes tt hennas, défiex-

Icçon.l CONDITIOI^S D'ÊLIMINATIOK. i79

VOUS : ne donnée que des doses faibles, parœ qu'il pourrait arriver que, raccumulaliou se faisant, vous dépassicE de beaucoup la dose thérapeutique. C'est dansées cas qu'on voit suneoîr des accidents quelquefois formidables, sous l'influence de doses moyennes.

Vo«s voyez qu'il est indispensable de tenir compte de ces conditions d'élimination et de sécrétion. C'est ce qui fait qu'un certain nombre des substances que nous employons peuvent être tour i tour tolérées ou produire des effets tonqnes.

Le sulfate de quinine, qui, s'il s'accumule, peut déterminer des effets désagréables : troubles visuels, bruits d'oreille, surdité qui quelquefois persiste pendant des mois, même des années, qui même peut devenir indélébile, peut, au eontrmre, dans d'autres cas, à dose même élevée, ne déterminer aucun de ces symptômes, au moins d'une manière fSdieuse : vous n'aurez qu'un peu d'ivresse qu inique et pas d'accidents. La différence, c'est que dans le premier cas il n^avah point d'excrétioBs, l'urine était rare; <iue dans le second elle était abondante.

n es est de même pour l'acide salicylique, qui tantôt détermine des effets très graves, la mort même, et tantôt est parfeitement toléré. Cest qv^ tantôt il détermine de TolisQrie et même de Tanurie, lorsqu'il rencontre un rein très irritable, et qu'au conti-aire, chez d'autres sujets, il ne fait qu^activer la sécrétion urinaire.

Pour rarsemc c'est la même chose, le vous ai fait voir qu'il ne fidiait pas juger de l'activité, de la puissance de Tarsenic, seulement d'après la dose, mais surtout d'après la quantité qui pouvait être retenue. S'il s'élimine, ce n'est rien; si au contraire il est retenu, alors qu'il n'en

4S0 ACCUMULATION DES MÉDICAMENTS. IVingi-neuvièae

entre même qu'une petite quantité» cela peut devenir 1res

grave.

Dans la pathologie vous trouvez des faits semblables : D'où vient qu'avec une lésion avancée des reins, il existe des malades qui ont l'air de se bien porter et qui n'ont jamais d'urémie? Cela vient de ce qu'ils urinent beaucoup. Mais il ne faudrait pas croire qu'ils urinent simplement i, 2 litres par jour : c'est 3, 6, 8 litres dans les 24 heures. J'ai encore dans mon service un homme qui présente ce phénomène et qui, vu la grande quantité d'urine rendue en 24 heures, n'a jamais eu un seul symptôme d'urémie. Supposez les conditions inverses : le filtre est bouché plus ou moins; vous verrez alors apparaître tous les accidents de l'urémie avec le cortège grave qu'ils présentent. Au résumé, la réunion de ces deux conditions : d'une part absorption facile et excrétion dirncile, d'autre pari absorption diflicile et excrétion rapide, donne lieu à des phénomènes entièrement opposés : dans le premier cas, à une augmentation considérable de tous les effets physiologiques et parfois toxiques des substances introduites; dans l'autre cas, si la compensation s'établit entre l'apport et la sortie, entre les exportations et les importations, il n'y a aucun phénomène produit et point d'effets toxiques. Ici encore je vous rappelle l'acide salicyiique et l'arsenic.

J'arrive à vous parler d'une question très intéressante par plusieurs côtés, d'abord par les phénomènes produits, et ensuite au point de vue pratique : je veux parler de l'accumulation des médicaments. Cette accumulation comprend deux ordres de faits qui sont moins différents qu'on ne le suppose en général : l'accumulation d'action et Taccumulation de doses.

Parlons d'abord de l'accumulation des doses : c'est la

Ieç3n.| ACCUMULATION DES MÉDICAMENTS. 481

partie la plus facile à comprendre, c'est celle, d'ailleurs, qui donne lieu aux effets les plus fâcheux. Cette accumulation de doses consiste en ceci : au fond, c'est une sorte d'entassement, dans les premières voies, des substances qui sont introduites, et qui, au lieu de traverser les membranes qui leur sont ouvertes, restent là, sans se dissoudre, sans pénétrer et sans agir. Seulement il y a deux cas : tantôt ces substances constituent une sorte de gisement mélalliquey ainsi que je Tai appelé dans une autre occasion, et ce gisement reste là, sans subir aucune modification nouvelle. Dans d'autres cas, au contaire, c'est une sorte de réserve seulement, comme nous le dirons tout à l'heure, qui est reprise plus lard pour pénétrer dans la circulation. Cherchez lesconditionsdecesaccumulations; il y enadeux: Dans le premier cas l'accumulation dépend de ce qu'il y a un défaut d'absorption. La substance est soluble comme à • l'ordinaire, elle l'est même quelquefois d'une manière très marquée ; mais ce qui manque, c'est le pouvoir absorbant de la surface avec laquelle elle est en contact, et ce défaut se rencontre dans des cas très divers.

Celui qui vous éclairera le mieux, c'est ce qui arrive dans le choléra. Dans cette maladie vous donnez des médi-^ caments plus ou moins actifs, et ils ne produisent aucun effet ; on suppose qu'ils sont mauvais, qu'il est inutile d'y avoir recours : pas du tout. Cela lient à une autre circonstance, comme vous le verrez ; cela tient à ce que ces médicaments ne sont pas dissous, et dans d'autres cas à ce que^ introduits sous la forme dissoute, ils rencontrent une muqueuse inapte à l'absorption, parce qu'elle sécrète trop. Car vous savez qu'il y a un rapport inverse entre l'absorption et la sécrétion. S'il y a des hypercrinies énormes, il n'y a pas

GUBLEB, Thérapeutique. 3 1

482 ACCUMULATION DES MÉDICAMENTS. [Vingt-neavièmc

d'absorption. Mais vous pouvez aussi rencontrer ce défimt d'absorption produit p^ar des^ substances asséchantes. . Ainsi,, par exemple, vous pouvez, ^près avoir introduit dans le lube digestif de hautes doses d'opium ou do beIladone„assister i rimpunité de l'organisme pour certaines substances qui ne peuvent plus être absorbées. La muqueuse. non seulemenl est stupéfiée, mais elle est^asséchéeu

Il y. a. d'autres cas dans, lesquels, la. faculté. ahsorbanle étant intacte, ja substance introduite s&p^résenle dans des conditions d'enrobement, au milieu.de matières inertes, dures ou bien qui ne sont pas capables de. se dissoudre.. £t alors, dans ces cas-là, il n'y a pjoint d\effet, [las d'absorption possible, parce qu'elle ne peut s'effectuer que sur les substances dissoutes; toutefois avec laréservequdjevovs ai faite autrefois,, qu'il y avait absorpjtion des substances solides, mais que c'était une pénétration mécaniq|i& analogue à celle du brin d'herbe, au travers du Polyportts lucidtLs,

Nous trouvons donc d'un côté les bols, les pâlules pJus ou moins anciennes qui résistent! l'action.délayanle et dissolvante de l'eau et des différents liquides q\ii isoni renfermés dans les premières voies : je vous ai cité ces cas: de piilules perpétuelles formées par des substances p^eusoluhkS) comufi la résine; je vous cite ici les pilules faites de substances plus faciles à dissoudre, c'est-à-dire d'extrait d'.opium, mais pilules anciennes. On rapporte le fait. d'un homme q|ii avait succoimbé au tétanos sans avoir retiré aucun effet.de l'oiûuffl donné à haute dose, mais dans l'intestin duq\iel on a retrouvé un picotin de pilules d'opium intactes. Ce. même fait s'est produit aussi dans le choléra. La conséquence de ceci) c'est qu'il faut toujours administrer l'opium, sous la forme soluble.

leçonl AGQlIMniJilTlOCf DBS MÊDCGAMB.VTS-. i83

II: y. a aussi, des subslanoes loès insolubles, par ellesmêmes, ielles^ que le&mélauKy.ceitain& sels molalliqueS) cer* tains chlorures des deraièi^es sections, certains sels, acides même par lîaoide tartrique^ qui peuvent également s'accumuler par le même procédé de leur insolubilité plus ou* moins considérable dans, les premièi^s. voies. Bh bien, je disai&que, quel quefùble mécanisme em vertu duquel cette* accumulation se faisait, il y avait deux cas à distinguer :

Tantôt les substances qui ont été introduites restent indéfiniment à l'état de corps étranger; tantôt ce sont simplement des réserves qui seront reprises et qui agiront ensuite.

Comme exemple du premier fait, je vous citerai les véritables bézoards de magnésie, qu'on rencontre si fréquemment dans rinlestindeschevaux.On en a trouvé ainsi dans le caxum d'un vieil Anglais qui prenait tous les matins une cuillerée pleine de magnésie : elle ne trouvait pas toujours suffisamment d'acide chlorliydrique, lactique ou carbonique pour se dissoudre, alors elle s'accumulait dans la partie de l'intestin où existait la diffi'ulté mécanique la plus grande à ce qu'elle fût éliminée. Ce bézoard était plus gros que le poing.

Il yaaussi,disais-je, des réserves. C'est-à-dire que les substances seront reprises plus lard. C'est ce qui est arrivé dans le choléra. Ces mêmes pilules d'opium qui ont été retrouvées, dans un certain nombre de cas, non altérées, ont fini par être attaquées, et on a assisté à ceci : dans lavigueur de l'affection on a administré des doses élevées d'opium et on n'a rien produit ; puis les choses changent spontanémont , c'est-à-dire que la réaction commence, et avec elle des conditions nouvelles du côté des muqueuses digestives; l'hypercrinie fait place à une cerîaine sécheresse. A ce moment l'absorption s'exerce; les pilules se dissolvent au moins

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