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TRENTIÈME LEÇON

Moyens propres à éviter raccumulation des doses, forme pilulaire raau-

vaise.

L'accumulation d'action diffère de l'accumulation des doses; des causes et de

la variabilité de l'accumulation d'action.

Messieurs,

Pour éviter raccumulation de doses, le moyen le meilleur c'est de ne pas employer les médicaments à l'état solide. Les pilules, et surtout les pilules si bien faites, enveloppées dans une robe métallique, sont des préparations mauvaises. Elles rendent des services, assurément, attendu que c'est le moyen le plus commode d'administrer les médicaments; mais c'est le moyen le moins sûr, et alors que vous aurez besoin d'agir sûrement, promptement, il ne faut pas les employer.

Il y a lieu aussi de recommander de faire les pilules d'une certaine façon : un peu de glycérine ajoutée favorise la dilution de la substance ei son absorption. Mais le plus souvent il faudra, lorsque vous aurez affaire à des maladies sérieuses ou graves, et lorsque vous aurez besoin de compter absolument sur les médicaments, recourir non seulement à des substances solubles, mais aussi à des substances dissoutes, sous la forme de sirops ou de potions, et même à l'état de solutions étendues, afin d'être sûrs de donner la dose équivalente aux effets que vous voulez produire.

Les dissolutions étendues rendent de très grands services; c'est à leur faveur qu'on peut mettre une quantité connue de substance dans une potion ; les sirops en rendent de grands aussi.

486 ACCUMULATION D£S MÉDICAMENTS. [Trentième

Vous savez que Trousseau, après avoir vu combien il était exposé à des accidents sérieux en donnant de la strychnine sous forme pilulaire à de jeunes choréîques, avait fini par formuler un sirop qui porte son nom et qui conienait du sulfate de strychnine, il produit des effets certaios, qui varient en raison de la quantité et de la réceptivité des sujets, mais qui sont toujours comparables; il donne p conséquent d'excellents résultats. 11 faut aussi que vous introduisiez des substances qui soient assez bien définies et assez sdlubles surtoilfâ l'aide de ceriainsadjuvants.lorsque vous usez de ces substances, il faut' toujours ajouter la sulstance adjuvante à la préparation que vous employez. Je m'explique :

Voici, par exemple, l'acide salicylique, qui est très peu soluble; il faut au moins donner en même temps une solution de bicartonate de soude. Je prends cet exemple, non parce que je recommande l'acide salicylique, mais para* que, cet acide élant une substance dangereuse en raisonde ion action topique, je lâche au moins de vous épargner '^ plus grand des mécomptes, en vous conseillant de remployer à l'état de sel.

Mais la recommandation que je vous fois pour cet acide.

je vous la ferai 'bien mieux à l'occasion du sulfote de quinine. Il est soliible, mais peu. Le sulfate acide Test relativement assez. 11 faut tâcher de transformer le sulfate neutre en sulfate acide. Aussi toutes les fois que vous prescrirez le sulfate de quinine à vos malades, fdudra-t-il leur prescrire à l'état dissous, et vous arriverez très souvent à faire prendre ce sulfate de quinine si amer même à des femmes, si vous leur expliquez les avantages attachés à celle m^' niére de faire. Si vous administrez le sulfate de qumine

Icçon.J SULFATE DE QUI^'^NE. 4S7

à rétdt solide et à des doses assez élevées, camme cela est souvent nécessaire pour guérir les fièvres "iÉlermîUentes intenses, èhbien, vous vous exposez, en' introduisant une masse d'au moins 35 "à "50 centigrammes à l'état cristallin solide, à déterminer des phénomènes d'irrîlalion gastrique plus ou moins intenses, et quand ces phénomènes se répètent, à donner lieu à une véritable gastrite artificielle, pour ainsi dire toxique, et qui survit à Tadministration du médicament. Si au contraire vous vous arrangez de manière à

'fevoriser la dissolution du sulfate de quinine en faisant suivre son ingestion d'une solution acîde, IdeMimonade citrique, par exemple, alors vous tous mettez* partiellement à'Vàbri de cet inconvénient. Mais vous faites mieux si vous idissolvez 'préalablement le sulfate de quinine dans Vlu jus de citron; vous pouvez avec une cuillei^ée'à café obtenir la dissohition de 25 centigrammes de sel, et je vous assure que cette solution Ti' est point désagréable à un grand nombre de malades et qu'elle donne alors des résultats doublement

'bons, en ce sens que vous évitez les inconvénients' locaux et que vons assurez l'action du sulfete de quinine, non seulement parce que tout est inlro'duit, mais parce qii'îl est presque instantanément absorbé à la faveur de cette grande solùbilité/Voilà'par conséquent une circonstance dans laquelle vous ne devrez pas manquer de faire accompagner

'la substance active de son adjuvant.

■ Il y a des circonstances cependant où vous ne pouvez pas avoir' la substance à l'état de dissolution. Vous êtes obligés de vous servir de substances qui deviennent solubles à la

'longue et qui, par conséquent, doivent être livrées aux premières voies telles que la pharmacie nous les offre. 'Je prends pour exemple le calomel. Tous ne pouvez pas

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le dissoudre. Il serait soluble dans des chlorures, mais ce ne serait plus du calomel, et vous le voulez avec ses qualités particulières. Voici quel est Tartifice dont vous userez. C'est un médecin anglais, Law, qui nous a appris comment on pouvait assurer les effets généraux du calomel. Voici comment il procède, et c'est comme cela que nous faisons tous aujourd'hui. Il administre le calomel ik doses excessivement minimes et très rapprochées. Les doses sont tellement minimes que par exemple ce sera un seul centigramme à la fois, dans du sucre de lait, afin d'augmenter la masse et de favoriser la division. On donne ainsi 5 centigrammes dans les 24 heures en 5 ou 10 prises. Sous cette forme, le calomel, malgré sa petite masse, détermine des effets considérables, et voici pourquoi : Il est introduit à doses très petites et il trouve dans les premières voies tous les adjuvants nécessaires à sa dissolution; non pas le chlorure de sodium — il est fort heureux même qu'il n'en trouve pas beaucoup, car il ferait du chlorure double — mais il rencontre du mucus dans lequel il se dissout. Il pénètre avec les matières albuminoïdes dans la circulation : puis une nouvelle dose arrive, très minime, comme la première; elle se dissout complètement, passe dans la circulation et va augmenter la dose qui existe déjà dans le sang. El ainsi de suite, la dissolution s'effectuant pour chacune des doses que l'on a fractionnées. Lorsque le calomel a été divisé ainsi, avec des doses très minimes, on obtient des effets considérables, tellement que du jour au lendemain, parfois, on voit des symptômes de salivation, et que dans l'espace de deux jours on obtient flne véritable sialorrhée, et dans li-oîs jours des phénomènes de stomatite mercurielle. Si au coniraire on avait introduit la même dose en une seule prise

leçon.] GALOMEL. 489

et si elle avait rencontré de la difiGcuIté à se dissoudre» elle aurait produit des effets d'excitation locaux considérables, et, reprise par la glande hépatique, elle eût été rejetée au dehors. Il y aurait eu des phénomènes d'irritation sécrétoire du foie» du côté de l'intestin des effets purgatifs ou cholagogues et non des effets généraux. Cette méthode a donné de très bons résultats, et elle est généralement employée pour produire des actions plastiques et diffuses.

J'arrive à vous parler d'un autre aspect de la question : de l'accumulation d'action. Nous venons de voir ce que c'était que l'accumulation de doses, voici maintenant ce que c'est que l'accumulation d'action.

On observe qu'en administrant un médicament à une dose toujours la même et en répétant cette administration plusieurs jours de suite, il survient des phénomènes dus à l'action de ce médicament, qui sont de plus en plus intenses, bien que, d'après les conditions dans lesquelles l'administration s'est faite, conditions de solubilité, d'état dissous même, on soit certain que tout ce qui a été administré chaque jour a été chaque jour absorbé, a dû produire tous ses effets et a eu le temps de s'éliminer, quand l'élimination pouvait se faire dans cet espace de temps.

Il ne faut pas confondre, vous le voyez, ces phénomènes d'une augmentation croissante de l'action médicamenteuse, la dose restant la même, avec la pseudo-accumulation d'action qui résulte dans certains cas d'une accumulation de doses et dans certains cas d'un changement de la préparation pharmaceutique. Car il est bon que vous soyez prévenus qu'il suffit de changer de préparation pharmaceutique pour voir survenir des accidents plus ou moins graves, en employant la même dose que la veille. C'est en-

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core wn point q«e •Vexpéfienre nous'apprend ûi sur lequel Trousseau avait insisté.

Il av«lt remarqué que lorsqu'il donnait de la strychnine, de l'extrait de'noix vomique en pihiJes, et qu'à certains moments'il était obligé d'tnutrmenter la'dose et lapréparaliciD pour t^btenir deséffètsphysiologîques^très'accctttiîés, il-mr- Tenait le lendemain, tout àcoup,'des'phéiroTnènes'phis ou moins graves de strjchnisme. Il avait fini' par rcnfiarqwerque ce n'étal! pas seulement une accumulatron de doses- qui produisait ces phénomènes, mais aussi le chani^nwni de ia sabstance'jSharmaceutiquei C'est -à^direqu'^u'hoilt d*ini certain temps les matières s'allèrent dans les OfficiiWFS et surtom dans les bocaux quand elles ont siibi leur ipréparation. Et si alors, après avofr administré une dose •consiéérâWe déjà d'extrait de nôixvonifque, on prend un* autre extrait, récemment préparé, très énergique par ronséqtjcnt, et qu'on administiela même dose, on a tout simplement des:phénomènes toxiques.* Vous voyez que ^'est là un phénomène différent de Taccumiilation d^action.

Mais voici un fait : Lorsque Ton i emploie une substsirce telle que la strychnine à l'état de sirop de stîlfîate lie strychnine, qu'on donne la substance par dobes fractionnées «l qu'on répète tous les jours la même dose, ici il ifya plus l'accumulation possible des doses, puisque tout est absott>é instantanément, il n'y a plus non plus changement lie substance, le sulfate de strychnine étant toujours seniblébleà lui-même, et pourtant, on voit cet accroissement progressif de l'action de la substance! Ce que je vous dis de la .strychnine se voit pour un très grand nombre de "substances. Comment expliquer ce' phénomène?

Il semble que les choses se passent conmie si'Ies inter-

Ifçon.j ACCUMULATION D*ACTIO*N. -491

valles entre les adminktratioDs succe^ives de 4q substance active étaient assez courts pour qu'une partie de l'action qui a été produite par les premières doses 'persiste encore quand on vient à administrer la dose suivante, et éinsi de suite.

Je suppose ce cas particulier que l'effet de la première dose puisse être représenté par 20, et que de cet effet représenté par 20 il subsiste la moitié le lendemnin, c'està-dire 10. Que le troisième jour il subsiste encore 5, le quart de l'action première. Tous comprenez d'avance ce qui va se produire. Loreque vous donnerez la même do^e donnant lieu à une action représentée par 10 trois jours de suite, s'il subsiste 10 de la première action, c'est donc une action représentée par 30 que vous aurez le second jour, et par 35 le troisième. On peut supposer toutes sortes de chiffres : ceux que j'ai choisis sont simples et vous rendent compte du phénomène. Nous allons maintenant chercher à nous expliquer le mécanisme par lequel peut se faire cette persistance de l'action de la substance qui est administrée toujours à la même dose, mais qui cependant donne lieu à des phénomènes de plus en plus intenses et constituent te qu'on appelle l'accumulation d'action.

Il est à remarquer que ces phénomènes d'accumulation d'action se montrent généralement avec des doses assez fortes, quelquefois modérées, mais rapprochées, et avec des substances qui ne font pas que traverser l'organisme. Vous comprenez bien que l'accumillation ne ^se fera pas avec des doses faibles, qui sont détruiles, éliminées ^facilement, nen plus qu'avec les substances qui «passent 'feraiiement dans l'organisme, qui n'agissent par exemple que sur les globules. Vous ^v«z que ces subêtances en

492 ACCUMULATION DES MÉDICAMENTS. ITreoiei.

général sont éliminées avec une grande rapidité, comm les gaz eux-mêmes; Téther, le chloroforme, ramroouiaque, enfin toutes ces substances qui agissent priDci[<ilement dans le sang, sont éliminées avec une grande rapidité, et Taccumulation est très difficile. Au contraire 1:5 substances qui séjournent plus ou moins dans réconoiuie, qui pénètrent dans les parenchymes, qui vont au moins ^ mêler soit aux principes immédiats, soit à la paroi cellulair elle-même, ou bien qui prennent part à la formation des tissus, ces substances-là sont des substances qui se monliv.r. particulièrement favorables à la production de ce qu'n appelle Taccumulation d'action.

Où trouvez-vous les substances au sujet desquelles ^c ait cité cetie accumulation? Je vous ai parlé tout à ï\n^' de la stnychnine, qui va agir sur les éléments de lamoeil': la pénètre, y séjourne. Vous trouvez encore le même lii^ à propos de la digitale, et c'est un des meilleurs exempl'^^ Nous y reviendrons, parce qu'elle présente une partiuhrite qui n'a pas été observée avec d'autres substances. V<iis observez le même phénomène avec Tarsenic, le mercure, k phosphore, le plomb. Le plomb, c'est précisément rexeiuf; le plus favorable pour vous démontrer l'influence qu'î» '"^ mode de pénétration de la substance dans l'organisme suie phénomène d'accumulation d'action. Ainsi, detrèspeiii^^'^ doses, mais répétées tous les jours, finissent par détermin»'' les phénomènes les plus graves, puisqu'il peut en résulltî des paralysies et la mort. Voilà ces substances.

Or ce sont précisément celles qui sont le plus adhérente? pour ainsi dire à l'organisme. Maintenant, comment comprendre leurs effets? Comment se rendre compte de la »wnière dont elles procèdent pour augmenter d'une maniera

leçon I ACCUMULATION D'ACTION. 493

progressive, la dose restant la même, leurs effets? On peut supposer qu'il se passe pour l'organisme vivant, sous l'influence des modificateurs que nous introduisons à titre thérapeutique, ce qui se passe dans les orages : Vous avez vu de grands peupliers qui sous le vent étaient inclinés, se relevaient, mais finissaient en fin de compte par faire un angle de 45*" et même moins par rapport à l'horizon. Chaque degré dans l'inclinaison dépassait le degré précédent. On peut supposer qu'il y a quelque chose d'analogue quand les médicaments commencent à produire leurs eflets : une déviation de la fonction de la cellule dans un certain sens, soit exaltation, soit aflaissement, débute; puis une nouvelle dose accroît la déviation. On peut admettre cette manière de voir, mais elle est un peu trop hypothétique, elle ne repose pas sur des données assez certaines.

En voici une autre qui semble plus facile à admettre, c'est la permanence d'une certaine fraction de la substance active dans le sein du tissu qu'elle modifie. Vous comprenez bien que .<?i, pour reprendre l'exemple de tout à l'heure, sur 20 parties de la substance active — je suppose digitale ou digitaline — il n'y en a que 10 qui soient ou éliminées, ou détruites chaque jour; s'il en reste 10 dans les éléments histologiques du bulbe, à la naissance des nerfs suspensifs, loi*sque le lendemain on ajoutera 20 nouvelles parties de digitaline, il y eu aura alors 30 qui se seront situées dans le bulbe pour modifier le jeu fonctionnel du cœur. Il semble que réellement c'est ainsi que les choses se passent. De façon que dans cette manière de voir il n'y aurait pas une grande différence entre l'accumulation de dose et d'action, et on dirait : V accumulation de dose y c'est V accumulât ion des médicaments dans les premières voies; V accumulât ion

Vàéi ACCUMULATION DES MJ^DICAMEI^TS. fTrenlièn»

d'acUon^j c'est Vaccumurlatioti des médicaments dans les lieux mêmes. oik ils accomplisMenl leur destinée. Et alors loul seiplique par ce séjour plu& ou moias prolongé dans rorgaoe que choisit la aubslaacô, acUve,, dont, elle fait élection.

Geci. convient à la géiiéralité des cas ; mais 1! explication est iofiuffisaate quand il s'agit de la digitale, car il y a là una particularité des. plus curieuses, bien connue depQi> longtemps^, mais qui. n'est pas encore su fQsamment étudiée dans tous ses détails, et. sur laquelle de récents travaux.Tiennent encore d'appeler l'attention des praticiens. Je veui parler de cette augmentation des phénomènes physiologiques du digitalisme,. après qu!on a. cessé Tadmiaistration delà digitale.. Ainsi, on en. voit très fréquemment rexeraple, lorsqu!on a administré la teinture alcoolique à la dose de 20 ou <>() gouttes par jour, ou bien Tinfusion à. la dose de 50 centigrammes^ ou; enfin la poudre de feuilles de digitale, et qu'on a obtenu ces phénomènes si remarquables, si litigieux daD^ ces derniers temps et bien expliqués aujourd'hui^ du raleolissement progressif des battements du cœur, de la rétpilation progressive de ces battements et de Faugmentation de la force de propulsiouj cardiaque. Au bout de cinqi ou six jouiv le pouls est tombé à 80, de lâO ou 150 qu!il avaii;; d'abord : le praticien prudent s'arrête et il laisse à la digitale le soin défaire le reste*, c'estràtdire d'abaisser lé pouls jusqu'à 60. Eh bien^. il arrive dans un grand nombre de cas que rabaissement du'pouls continue non seulement dans les ^heures, mais même dans les quatre ou. cinq, jours qui suivent. D^ telle sorte que le pouls, qu'on avait laissé à 80 encessanlié remède, finit par arriver à 40. Et ce ralentissement p^ut durer même un.temps plus long que celui que je viens d'indiquer. On. a cité dans plusieurs observations un délai pln^

leçoo^], DiGlTALËe. 495

loBg eufiorô^ ot moni regrûlté ami M» Quéveoiid a montré, dans, ses expériences que. ce ralenlisseoient qui succède ài radminislratioA; de la. digitale pouvait, durer dix^ quinze jour&. Eh . bien« ,cela' peut aller encore au delà! J'avai&^ der^ nièreroent dans mon service à Beaujon un homme affeeté d'une maladie org^que du cœur et chez. leqHcl la^ digilale avait été donnée à dose -convenable pour ralentiri lee-battemedat&: dui cœur. Sous nos yeux, .ce ralentissement. se pro* loBge& douze et quinze jours à 54,45 pulsatioas. Il est sorti disant qu'il voulait voir la fête du 30 juin, disanlque proba^ btemeat. il n'en vei rail pas d'autre: Dârozler. cite un cas où le rale&lissement s'est prolongé pendant vingt-cinq joui^.

Xe disque pour œs faits l'explication de tout à l'heuœ est insuifisante. Nous nous sommes contentés de dire qu'il restait un peu de la substance dans Torganedonl le médicament a fait 4 élection, lebulbe, le cerveau si vous voulez, et que cette portion. de substance qui reste là vient recevoir tous les jours.lecuHifdémentdee^loses apportées. Mais ici on. a. supprimé le médicament, jl faut d^nc faire intervenir une autre circonstance;.G!est évidemment la suivante : c'est que 1» substance ne pénètre pas immédiatement dans les^i^ganes qu'elle modifie; quA pendant un temps plus ou moins long eUe circule, ou hieUi qu'elle est en réserve dans les interstices du tissu cetlIuUiiB^ djm&.les lacunes initiales du réseau lymphatique, danstlesiocg^oies qui sont en train, de l'éliminer, mais^ qui; ruminent avec une certaine lenteur. Évidemment il faut admeitre aussiiqu'il y a une accumulation de doses dans le^yatëmeiciroulatoire et dans tous les oi-ganes qui peuvent seiwic de- réserve pour la substance active. Vous voyez, que plus nous étudions le phénomène, plus nous voyons que rancnmulatica.d'action et l'accumulation de doseront deux

496 ACCUMULATION DES MÉDICAMENTS. |Trentiè(n.>

choses très voisines. Et encore une fois : aceumulalion i^ doseSy c'est Vemmagasinement dans les premières voiei: accumulation d'actiony c'est Vemmagasinement dans Forgane où se déploie Vactivité de la substance médicamenteuse.

Maintenant, quelles sont les circonstances qui modirieot cette accumulation d'action? L'une des principales, et que j'ai déjà mise en relief, c'est la rapidité avec laquelle se fait l'élimination. Quand je vous ai parlé de l'arsenic je vous ai dit : Il se peut que des doses même assez fortes soient éliminées; mais avant de l'être elles ont produit déjà de> effets qui en se répétant déterminent une modalité fâcheuse de la part des organes digestifs et peuvent finir par user les ressorts de la vie. Cette même élimination, plus ou moins lente ou rapide, intervient encore ici, puisque la digitale ne doit de maintenir ses effets qu'à ce qu'elle est tenue en réserve dans les tissus. C'est donc qu'elle n'est pas éliminé'' au fur et à mesure de sa pénétration. En effet, c'est une des substances dont l'élimination est la plus difficile. Il semblo qu'elle s'élimine par un petit nombre de voies, et j'ai lieu J' penser qu'elle le fait surtout par le foie.

Ce qu'on sait bien, c'est qu'elle semble ne pas s'éliminer par la voie rénale — qui est cependant la plus ordinaire pour la plupart des substances — tellement qu'on n'a jamais pu retrouver la saveur de la digitale dans l'urine. Ainsi M. Quévenne, qui poussait le dévouement à la science à ses dernières limites, a dit qu'il avait beau faire, donner dans ses expériences ics doses extrêmement élevées de digitale, jamais il n'avait pu trouver à l'urine une amertume rappelant celle de la digitaline. Et cette substance est d'une amertume telle, qu'il suffît qu'il y en ait la moindre quantité

leçon.) RÂPiDlTË DE L'ELIMINATION. 497

dans un liquide, pour que le goût vous en donne la notion formelle. C'est tellement vrai, que lorsque vous prenez simplement une quantité infmitésimale de poudre de digitale amorphe, comme celle de Homolle, et que vous la mettez sur le bout de la langue, cela vous donne une saveur d'une amertume épouvantable. Et cependant, elle est à peu près insoluble dans l'eau. Vous comprenez par conséquent que si, étant à peu près insoluble, elle peut vous donner une telle amertume, c'est que son pouvoir organoleptique est excessif à ce point de vue. C'est à ce séjour si prolongé que la digitale doit de pouvoir se présenter aux organes qui sont destinés à être inQuencés pnr elle, quand elle a cessé d'être administrée.

Il y a toujours un certain degré d'accumulation d'action possible avec un certain nombre de corps, pour la quinin ' en particulier. Il suffit que les doses soient assez rappro^ chées, pour qu'il y ait toujours présente dans l'économie une quantité assez considérable de principe actif, laquelle finit par saturer, pour ainsi dire, peu à peu les organes sur lesquels elle agit, et pour que le phénomène d'accumulation se produise. C'est ce qui a lieu pour la quinine, la morphine, Tatropine.

Maintenant j'ai à vous parler d'autres circonstances qui modifient également l'intensité avec laquelle se produit le phénomène d'accumulation d'action. Cette accumulation est limitée par la destruction de la substance, par la rapidité plus ou moins grande avec laquelle se fait aussi la dénutrition, la désassimilation. Cela est tellement vrai, qu'avec des substances qui sont essentiellement cumulatrices^ comme disent les Anglais, c'est-à-diie avec les substances métalliques, on peut s'opposer à l'accumulation d'action, en s'op-

GUBI.ER, Thérapeutique. 32

498 AGCUMULÂTIOM DES MÉDICAMENTS. [TrentiiiM

posant i Taccumulation dans les éléments nerveux au moyen de l'iodure de potassium. Ainsi Melsens, qui le premier a montré Tinfluence de Tiodure de potassium, vient de recevoir un grand prix justement mérité pour de nouveaux travaux sur ce sujet. 11 suffît, dit-il, en même temps que les sujets sont exposés à des émanations de plomb, de leur administrer concurremment de Tiodure de potassium, pour que jamais ils n'arrivent à cette saturation des centres nerveux et oe présentent des phénomènes de paralysie. Par conséquent, c'est là un grand service rendu à l'humanité et, je le répète, c'est un prix bien décerné.

Il y a une autre circonstance qui limite encore l'accumulation d'action, c'est l'habitude. Sans doute, d'un côté nous voyons que les substances s'accumulent dans les centres nerveux et tendent à y déterminer des effets de plus en plus considérables, pouvant même devenir fâcheux à l'occasion; mais d'un autre côté il y a dans notre organisme une disposition qui se résume par le mot habitude, et en vertu de laquelle noua résistons de plus en plus à l'action des substances médicamenteuses ou toxiques, comme à toutes les conditions extérieures qui peuvent nous modifier. Essayons de comprendre ce que c'est que l'habitude, et comment nous pouvons l'interpréter.

Elle peut se résumer dans cette proposition : atténuation progressive de l'action des modificateurs avec lesquels nous sommes en contact. Seulement cette atténuation progressive peut être due, ou bien à ce que notre impressionnabilit^ diminue, ou bien à ce que nous réagissons avec une vigueur toujours plus grande.

L'affaiblissement graduel de l'action exercée par les modificateurs sur notre oi^anisme n'est pas égal pour tous. B

Jeçoo.] POISONS MINÉRAUX ET ORGANIQUES. 409

il y a des différences telles, qu'on a été obligé de chercher quelles pouvaient être les explications qu'on en pouvait donner. Mon illustre collègue Bouchardat a dit que ces différences tenaient à ceci : d'un côté nous trouvons des substances qui, à dose suffisamment élevée, deviennent nocives pour les organismes supérieurs; d'un autre côté, des substances qui sont toxiques pour tous les organismes, quel que soit le degré de réchelle sur lequel ils se trouvent placés. Or, dit-il, les poisons qui sont poisons pour tous les organismes sont des substances auxquelles on ne s'habitue pas; au contraire on s'habitue à celles qui ne sont poison que pour les organismes supérieurs. Loin de moi la pensée de vouloir réfuter cette manière de voir ; je crois même qu'elle exprime assez bien les choses. Mais on pourrait en tirer ceci : on ne s'habitue pas aux poisons communs à tous les êtres, parce que l'on ne s'habitue pas aux substances qui exercent leur action nocive sur les facultés qui appartiennent en propre à tous les êtres vi* Yanls, comme la nutrition et la génération. Tandis qu'au con* traire on s'y habitue quand elles n'atteignent que les facultés surajoutées, telles qu'un système nerveux avec toutes ces at^ Iributions si variées et toutes ces complications organiques que vous rencontrez dans les animaux supérieurs, facultés d'un ordre élevé, qui n'appartiennent pas aux êtres vivants essentidiement. Je dis que si la proposition formulée par Bouchardat était vraie » on devrait dire que les substances auxquelles on ne s'habitue pas sont celles qui sont nocives i ces fonctions pour ainsi dire élémentaires des êtres vivants; mais alors on ne devrait pas voir des substances qui sont des poisons d'une extrême violence pour les organismes inférieurs être tolérées par ceux qui sont placés aux plus hauts degrés de l'échelle* ^

hOO ACCUMULATION DtDS MÉDICAMENTS. ITrenUèoie

Vous connaissez tous la poudre de pyrèlhrc du Caucase. C'est là un poison d'une exirôme énergie pour les ôlres inférieurs, pour les insectes, les arachnides; mais pour des animaux supérieurs ce n'est presque rien : c'est tout au plus si elle peut être considérée comme désagréable. Il y en a d'autres, telle que la tanaisie, qui sont des substances désagréables — elles ne flattent pas notre odorat, voilà tout — mais qui ne nous empoisonnent pas.

Vous le voyez, il y a donc des substances qui sont toxiques pour les êtres inférieurs et qui respectent les êtres supérieurs, même quand elles sont prises dans des conditions analogues. Celte particularité m'éloigne de l'idée d'admettre, sans réserve, la proposition que je vous indiquais tout à l'heure ; et pour le dire en passant, cette possibilité de voir des substances inofTensives pour les organismes supérieurs produire des effets sur les inférieui's, laisse la porte ouverte à l'espoir de voir un jour les êtres inférieurs qui représentent, d'après Pasteur, la plupart des contages, combattus par des poisons particuliers, qui par bonheur ne seraient pas nuisibles aux organismes qui porteraient ces contages. Mais ce n'est là qu'une espérance, et jusqu'à présent nous ne voyons pas de faits qui nous promettent de la voir se réaliser plus ou moins prochainement.

Je crois qu'il y aurait une distinction plus réelle à faire entre les poisons minéraux d'un côté et les poisons organiques de l'autre. On ne s'habitue pas aux poisons minéraux : nul ne peut se mettre à couvert des intoxications par l'arsenic on par le plomb; il y a des gens qui réagissent plus ou moins, mais les accidents se produisent d'une manière inévitable. Au contraire, les substances organiques, destructibles, par conséquent, sont des substance^^^Huauelles nous finissons par

l.-çnn.l POISONS MINÉRAUX ET ORGANIQUES. 501

nous habituer. El s'il n'y a pas de Mithridalc vis-à-vis do l'arsenic ou du plomb, il y en a vis-à-vis de l'opium, de la belladone, du tabac surtout.

Voilà donc plutôt la vraie distinction : substances minérales d'un côté, substances organiques de l'autre. Encore faut-il faire une réserve. Il semble qu'il y ait des substances môme organiques auxquelles on ne s'habitue pas. Il y a des expériences anciennes de Cl. Bernard qui démontrent que si chez un animal on donne une certaine dose d'un certain curare et qu'on observe ce qui se passe, les effets durent tant de minutes; si le lendemain on recommence avec la même dose et la même substance, on obtient exactement les mêmes résultats, se déroulant de la même façon et durant le même temps. 11 semblerait donc que vis-à-vis le curare, il n'y au* rait pas d'accoutumance possible.

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