ÉLASTICITÉ ORGANIQUE
qu’elle est différente chez les carnivores suivant le mode d’introduction. On est porté à penser, par conséquent, que c’est grâce à une destruction rapide dans les premières voies que les animaux herbivores échappent à l’action nocive des substances dont il s’agit. En effet, on comprend très bien qu’avec un travail digestif plus actif on peut voir se digérer pour ainsi dire d’une manière plus rapide les poisons. On peut admettre aussi que les sujets qui s’habituent éliminent de plus en plus vite les poisons.
Vous connaissez le rôle que joue l’élimination : c’est certainement par elle que nous échappons le plus ordinairement à l’action nocive des substances introduites dans l’économie. Je le répète : il est très probable que cette activité, de plus en plus considérable au fur et à mesure que ’organisme réagit, est la condition qui fait qu’il peut échapper aux conséquences plus ou moins graves de cette action.
Il y a aussi une autre hypothèse, c’est celle de la réaction de plus en plus énergique. C’est-à-dire que, par exemple, lorsque vous êtes exposé au froid, vous pouvez ou être déprimé, ou, au contraire, être excité; vous réagissez alors et vous effacez, par cette réaction, le phénomène positif pour ainsi dire de l’action du froid. Il avait déterminé à la périphérie une diminution de la température, une corrugation de la peau, une contraction plus ou moins énergique du darlos cutané; et puis, à la suite de ces phénomènes qui sont les phénomènes positifs, vous voyez une rougeur plus ou moins vive apparaître pour ainsi dire instantanément, grâce à la dilatation des capillaires tout à l’heure rétractés : puis la calorification s’exalte, et il se fait un relâchement des tissus. Ce que vous voyez là se produire vis-à-vis d’un re-
504 HABITUDE, ACCOUTUMANCE. [Trente-et-unièmc
mède, se produit également vis-à-vis de toutes les substances introduites dans l’intérieur de l’économie. On peut donc admettre que ces phénomènes réactionnels peuvent s’accroître progressivement, ou bien on peut admettre également que dans certains cas l’impressionnabilité vis-à-vis les substances venues du dehors s’émousse peu à peu; que peu à peu, la sensibilité allant diminuant, la substance, qui d’abord était très nocive, en raison de sa très grande impression, glisse, pour ainsi dire, et passe plus tard comme inaperçue. Je le répète, voilà les quatre hypothèses que l’on peut faire. Elles sont toutes plausibles, et je pense que c’est l’ensemble qu’il faut adopter pour comprendre l’habitude.
Mais ceci suppose de la part de l’organisme vivant une faculté d’adaptation qui est très remarquable et peut s’expliquer par le mot élasticité organique. C’est un phénomène très général. Vous n’avez qu’à l’examiner dans les deux règnes, et vous verrez qu’il existe partout. C’est cette élasticité qui fait que des êtres peuvent avoir une aire très étendue de multiplication et qu’ils peuvent, par des modifications soit fonctionnelles, soit structurales, se mettre en harmonie avec les conditions du milieu dans lequel ils sont appelés à vivre.
L’homme, n’est-il pas vrai, vit à peu près partout. Quand nous allons dans les pays tropicaux, nous nous mettons à l’abri de la chaleur par les courants d’air; dans les pays froids par d’autres artifices, par des maisons closes à murailles épaisses, peu conductrices, avec des doubles fenêtres, avec du feu. Nous échappons ainsi aux grands extrêmes de température. Cela ne veut pas dire, dans le cas que je suppose, que nous nous adaptions ; mais vous observez aussi,
leçon.]