FORMES D’ADAPTATION
lorsque vous examinez les choses de plus près, le phénomène très curieux des modifications fonctionnelles d’un coté, et à la longue des modifications nutritives de l’autre. Et quand elles se sont accentuées davantage, qu’elles se sont pour ainsi dire burinées dans la race, alors vous avez créé une race proprement dite, une espèce.
Par exemple un homme du nord va dans les pays intertropicaux; voyez comme les modifications qu’il subit sont intéressantes. Cet homme, qui avait un teint fleuri, je suppose, pâlit : qu’est-ce que cela veut dire? Qu’il perd de ses globules : cela signifie que les besoins de l’hématose sont de moins en moins considérables. C’est une manière de s’adapter à ce climat dans lequel il n’y a plus de combustion nécessaire, dans lequel vous n’avez plus besoin de brûler que pour faire de la force, puisque la température est presque en rapport avec celle du corps.
Les races méridionales se pigmentent de plus en plus : ceci est une chose éminemment remarquable. Qui nous dit aujourd’hui pourquoi les races se pigmentent? Par la raison que voici : c’est que, de toutes les vibrations des fluides impondérables, la plus active, c’est la vibration lumineuse, et que pour diminuer cette vibration il faut l’éteindre. Alors un pigment de plus en plus épais se produit à la surface de la peau et empêche la radiation solaire de produire les effets nocifs qu’elle peut causer.
Il en est de même pour les modifications du système pileux. La villosité s’accroît au fur et à mesure des besoins.
Il y a d’autres formes d’adaptation. Il y a les modifications nutritives et fonctionnelles qui se produisent : ce sont par exemple la diminution de l’activité de l’appareil respiratoire et l’augmentation de celle de l’appareil hépatique. Pourquoi?
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parce qu’il y a moins de choses à brûler et beaucoup de substances incomburées à éliminer, sous l’influence d’une alimentation qui ne se met pas toujours en équilibre avec les besoins.
Mais rapprochons-nous davantage des faits d’habitude pure et simple. En voici quelques-uns : Un sujet a été condamné au décubitus horizontal pendant un nombre plus ou moins considérable de jours. Il se lève. Eh bien, au moment du lever, ses jambes deviennent violettes. Qu’est-ce que cela signifie? Gela signifie qu’il n’y a plus d’équilibre entre la tension musculaire des membres inférieurs et la pression que les vaisseaux ont à supporter. Mais quand le sujet passe quelques heures levé, l’équilibre s’établit : cela a été remarqué par tous les physiologistes.
Voici encore quelques phénomènes analogues : Au fur et à mesure que l’on a répété l’action de la douche froide, vous voyez s’établir plus vite la réaction. D’abord il a fallu prendre des précautions, puis le sujet a réagi contre la douche, et d’une manière excessivement active, puis l’accoutumance s’est établie. Il semble donc que l’habitude soit une sorte d’équilibre qui s’établit entre les intensités des actions des médicaments et la réaction de l’organisme. C’est donc une sorte de tolérance qui s’établit à la longue.
Mais ce mot tolérance éveille d’autres idées dans l’esprit de bien des médecins. C’est bien autre chose que ce que je viens de vous exposer; elle a été en effet décrite d’après une école, celle de Rasori, qui a désigné sous le nom de tolérance quelque chose de tout à fait différent de ce que nous devons appeler de ce nom. Qu’arrive-t-il, en effet, dans les conditions où les partisans de Rasori se sont placés? On donne le tartre stibié à dose moyenne ou faible, il détermine
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de la nausée, des vomissements; et quand il est à dose un peu considérable ou que le sujet est très impressionnable, il en résulte des effets éméto-cathartiques plus ou moins intenses. Voilà les effets qui, suivant eux, appartiennent au tartre stibié. Ils manquent dans un certain nombre de cas, et s’ils se produisaient d’une manière certaine avec des doses moyennes, on les voit manquer quand on emploie des doses élevées.
Rasori a désigné ce phénomène sous le nom de tolérance. Mais remarquez que, même quand manquent les vomissements, il y a bien d’autres phénomènes qui se produisent : une extrême prostration des forces, un refroidissement plus ou moins général, une sueur froide et parfois visqueuse qui couvre tout le corps, le ralentissement du pouls et quelquefois sa précipitation. Cela dépend du degré et de la manière dont agit le médicament. Est-ce que c’est de la tolérance cela? Non : c’est de l’écrasement ! Ce n’est pas plus de la tolérance que cette impuissance dans laquelle un lutteur qui a tombé l’autre a placé ce dernier. Et la preuve que c’est de l’écrasement, c’est que, si vous étudiez plus au fond, vous voyez, en même temps que ces phénomènes que je viens de décrire, de la stupeur du système nerveux et un épuisement général des forces, tellement que le sujet ne se relève qu’avec difficulté. C’est une véritable maladie que vous lui avez donnée.
Mais voici des preuves qui vous montreront qu’il ne s’agit pas d’une véritable tolérance, mais bien d’une sorte d’écrasement. Cela rappelle la fameuse dépêche du gouverneur de Marseille qui, après avoir mitraillé l’émeute, disait : Tout est rentré dans l’ordre. Oui, dans l’ordre, et même dans la mort ! Généralement vous n’arrivez à ce degré de stupeur, d’abattement qui simule la tolérance qu’à
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la faveur de spoliations de matières et de forces plus ou moins abondantes, c’est-à-dire que vous n’y arrivez que quand vous avez produit préalablement des vomissements, des évacuations par le haut et par le bas. Ces efforts de vomissements exigent une énergie considérable de toutes les puissances musculaires de la respiration et despuissances accissoires; par conséquent, je le répète, il y a perte de matières et de forces. Aussi ces phénomènes ne se montrent jamais d’emblée. Ce n’est pas d’emblée que dans le cours d’une pneumonie vous obtenez la tolérance, même chez les vieilles femmes. J’ai vu cela à la Salpêtrière, où on donnait jusqu’à 80 centig. et un gramme de tartre stibié. Aussi ai-je vu la pustulation de l’estomac, et des morts qui avaient lieu par le fait même du tartre stibié. Je dis que même chez les vieilles femmes, par conséquent dans des conditions de diminution de forces, on ne voyait jamais la tolérance s’établir d’emblée. Et quand s’établissait-elle? Lorsque l’on avait affaire à des sujets tout à fait épuisés ou à des formes tout à fait graves, à des pneumonies typhoïdes. Les choses se passaient alors comme dans la fièvre typhoïde. J’ai constamment remarqué et je fais remarquer tous les jours à l’hôpital, et je vous ai déjà dit ici même, qu’il est impossible d’obtenir le vomissement chez des sujets qui sont dans un état adynamique. Pourquoi? Parce que pour vomir il faut de la force, il faut une synergie très active. On a remarqué aussi (Rasori) que la tolérance s’établissait plus vite pour l’estomac que pour l’intestin, en d’autres termes que ce qui disparaissait d’abord, c’étaitle vomissement, mais que la diarrhée continuait. C’est toujours par cette même raison que vous voyez s’échelonner ainsi la prétendue tolérance du tube digestif. 11 est clair que, puisque l’estomac ne peut manifester son intolérance que
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par des efforts excessifs, ils vont disparaître les premiers. La diarrhée persiste, parce que, pour que des matières liquides arrivent à être rejetées au dehors, il suffit que le sujet se retourne un certain nombre de fois dans son lit. Beaucoup attachaient à cela une certaine importance. Il n’y a rien de plus simple : cela s’explique par des conditions toutes physiologiques et pour ainsi dire physiques. En résumé, ce n’est donc pas là une véritable tolérance, c’est un épuisement plus ou moins considérable survenu à la suite des premiers effets du tartre stibié.
Ce que je viens de vous dire du tartre stibié s’observe avec la digitale. Avec des doses faibles de 10 centigrammes matin et soir, elle détermine un accroissement de tension par augmentation de la contractilité du système circulatoire périphérique, et surtout par augmentation de la force contractile du cœur. On donne de hautes doses : elle détermine des effets complètement différents, l’irrégularité, la précipitation extrême, la difficulté de la circulation, l’accroissement de l’œdème, même la cyanose, enfin les phénomènes les plus graves. C’est encore là, dira-t-on, un effet de tolérance. Non : c’est que la digitale a pour ainsi dire pressé le ressort et a déterminé des effets véritablement toxiques à la place de ses effets ordinaires.
Cependant il existe quelque chose de vrai à propos de cette tolérance : il y a une vraie tolérance qui peut s’établir d’emblée, et qui est pour ainsi dire l’habitude survenant immédiatement, sans l’intervention du temps. Cette tolérance vraie mérite d’être étudiée. Voici comment on peut la comprendre :
Cette tolérance vraie résulte de* la résistance plus ou moins considérable qu’oppose notre organisme à l’action
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des modificateurs extérieurs qui seront des médicaments. Elle est de deux ordres : elle est positive ou active. Et vous allez voir que ces distinctions sont utiles. .
Voici dans un premier chapitre les différents phénomènes qui peuvent se rapporter à la résistance active.
Il y a ces phénomènes de réaction dont je vous parlais tout à l’heure, réaction plus ou moins intense, subite, qui efface tout à coup les effets immédiats de la substance médicamenteuse ou des remèdes. C’est ainsi, par exemple, qu’on réagit contre le froid ou les grandes dépressions, ou contre la chaleur ou les stimulants, par ce phénomène que vous connaissez : une sudation plus ou moins considérable qui est un moyen de rétablir l’équilibre entre la chaleur intérieure et la chaleur extérieure. Puis il y a ces phénomènes de destruction à la faveur de la combustion, ou bien de destruction de ces mêmes substances à la faveur des produits qui sont fournis par l’économie et qui sont des moyens chimiques d’altérer les substances nocives. Enfin, c’est l’élimination plus ou moins rapide que nous retrouvons toujours.
Mais il y a aussi des résistances passives, c’est-à-dire d’une part la non-destruction, d’autre part le défaut d’absorption. Il semble qu’il y ait des cas dans lesquels, sans même que l’habitude ait eu le temps de s’établir, et d’emblée, il y a refus à l’absorption des substances actives; dans d’autres cas, c’est une diffusion de la substance active qui, se faisant dans une très grande masse, donne lieu à des phénomènes excessivement restreints ou même qui peuvent passer inaperçus. Si, par exemple, on introduit dans un organisme très développé une quantité de substance qui généralement est active chez la moyenne des sujets avec une
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TOLÉRANCE
stature moyenne, il est clair qu’il pourra se faire que, chez ce sujet, la quantité de substance qui est active chez d’autres ne produise pas ses effets. Ce que je dis là d’une très grande stature, je le dirai aussi des statures diverses en rapport avec les âges. Nous y reviendrons quand il s’agira de déterminer les différentes doses qui conviennent aux différents âges et aux différents sexes. Pour le moment, je vous signale cette différence entre le petit être naissant et l’adulte. Il est clair que la même dose, toutes choses égales, introduite dans ce petit organisme, devra déterminer des effets plus considérables que dans un grand organisme dont la masse est vingt fois plus considérable, et chez qui la quantité de sang destinée à recevoir la substance est aussi vingt fois plus considérable que chez l’enfant.
Mais il y a aussi la tolérance qui s’établit d’emblée en vertu d’une diminution d’impressionnabilité, d’une sorte d’inertie que manifeste l’organisme en présence des substances, et elle varie comme varie le mode d’action de différentes substances. Voici, par exemple, les spiritueux : il est certain qu’il y a des nations qui sont sobres et d’autres qui sont destinées à faire des excès bachiques. Mais il faut convenir que les habitudes soit de sobriété, soit d’excès alcooliques, sont bien un peu et même beaucoup en rapport avec les exigences des climats et avec les impressions que ces substances font sur l’économie. Gela est si vrai que des gens du midi qui s’en vont dans le nord arrivent à boire comme les gens du nord; que les Français, en Angleterre, se mettent à boire comme les gens du pays. Il y a une autre circonstance. Ce n’est pas le besoin que l’on a, mais aussi l’intensité de l’action des effets qui permet de boire beaucoup. Ainsi, il n’est point de voyageur ayant été dans le nord de la Russie,
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qui ne vous dise que, lorsque le froid est d’une extrême intensité — lisez les expéditions au pôle nord — on boit de l’eau-de-vie comme de l’eau, et sans se douter que l’on boit une substance alcoolique. C’est la vraie tolérance. C’està-dire que, sous l’influence de ces conditions d’anesthésie dans lesquelles se trouvent les différentes surfaces en contact avec les agents médicamenteux, il y a une diminution d’impressionnabilité par rapport à ces agents.
11 en est de même pour les températures. Suivant les conditions, le soleil peut déterminer, ou bien des accidents extrêmement pénibles, ou bien ne pas être senti du tout. Si un sujet est absolument bien portant, s’il a une grande tension, s’il n’a aucune propension à avoir des phénomènes de dilatation vasculaire, s’il n’a aucun point dans son organisme qui soit atteint de travail inflammatoire, il peut impunément s’exposer au soleil, il ne ressentira rien. Si au contraire il a déjà une céphalalgie congestive, il ne le pourra pas sans inconvénients. Si un sujet affecté d’une inflammation du poumon, dans le cours d’une affection thoracique de mauvais caractère, comme la tuberculose, est exposé au foyer un peu chaud de la cheminée en hiver, il sentira, juste au point où l’oreille du médecin découvre des phénomènes d’inflammation, une chaleur pénible. Vous voyez donc bien qu’il y a des conditions qui créent la tolérance ou l’intolérance.
Mais voici des faits bien plus curieux. Il semble, au premier abord, que tout le monde soit également justiciable d’un sinapisme ou d’un vésicatoire. Eh bien, il y a des gens qui ne répondent pas à l’action de la cantharide, et cela durera pendant une certaine période de temps, tout le temps qu’ils seront dans de certaines conditions physiologiques particulières. J’ai vu de ces cas.
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