VOMITIFS
sans arriver à produire aucun phénomène de morphinisme. Ceci, au contraire, est en opposition complète avec ce que vous voyez dans un certain nombre de cas, où des sujets sont exposés à la congestion cérébrale, et chez lesquels vous ne pouvez pas administrer des doses tant soit peu notables d’opium sans augmenter les accidents ou sans les fairo éclater, s’ils étaient sur le point de disparaître.
Il y a aussi d’autres catégories de remèdes qui présentent ces mêmes conditions, ou de tolérance, ou d’intolérance, même d’emblée. Les diurétiques agissent à la condition qu’il y ait une grande tension, par conséquent une ischémie générale, et surtout du côté des reins. Eli bien, lorsque vous donnez des diurétiques dans des conditions opposées à l’opportunité de leur action, ils passent comme s’ils n’étaient pas et ne produisent pas leurs effets. C’est ainsi que le vin diurétique de la Charité, celui de Trousseau, dans les conditions que je suppose, ne déterminent pas la diurèse; même ils font l’inverse, ils peuvent tarir la sécrétion.
Les vomitifs présentent ces conditions, ou de tolérance, ou d’intolérance : lorsque vous donnez même des doses faibles d’ipéca dans le but, par exemple, de déterminer tout simplement une hypercrinie des bronches; eh bien, vous provoquez très facilement le vomissement s’il y a préalablement une irritation de la muqueuse gastrique. Dans des conditions inverses, et dans des conditions particulières que nous ne pouvons pas encore bien expliquer, vous donnerez non seulement des doses élevées d’ipéca, mais aussi de tartre stibié qui sont en possession de produire presque constamment des effets émétiques : vous n’aurez rien. Par exemple, rien n’est difficile — je ne prendrai pas le fait de fièvre typhoïde adynamique, je prendrai des cas de névrosés — comme
516 HABITUDE, ACCOUTUMANCE. |Trente-et-unième
de faire vomir au milieu d’un accès de delirium tremens. Je ne vous dirai pas pourquoi, mais le fait existe. Gela rappelle même une habitude qu’ont cerlains praticiens et à laquelle j’ai moi-même recours dans des conditions déterminées : celle de donner des préparations alcooliques à haute dose pour arrêter les vomissements opiniâtres.
Abordons maintenant un point qui a son intérêt et qui touche à la question de la tolérance. Je vous disais que, suivant une prédisposition organique qui est irréductible à des conditions physiologiques parfaitement démontrables, il y avait une exagération dans les effets des médicaments ou au contraire une diminution; que cette diminution pouvait être telle que le médicament paraissait complètement toléré. 11 y a d’autres circonstances dans lesquelles, sous l’influence de cette même prédisposition, il y a des effets médicamenteux inverses de ceux qu’on a en vue et qui sont prévus pour le remède.
Voici par exemple l’opium: vous le savez, c’est en générai un moyen de diminuer les sécrétions; eh bien, il y a des circonstances dans lesquelles au contraire il les augmente. Dans quelles circonstances? Les voici. Vous avez par exemple un sujet empoisonné par le plomb, qui est atteint de douleurs, de coliques saturnines. Pendant ces douleurs il existe une ischémie profonde de tous les organes abdominaux, telle que le foie est réduit à sa plus simple expression. Eh bien, dans ces conditions-là, cette ischémie est telle que la sécrétion est impossible. Vous donnez de l’opium : non seulement il calme la douleur, mais même il ramène une certaine vascularité dans cet appareil, et à la faveur de ce retour du sangily a un accroissement de sécrétion du mucus intestinal.
Voici un individu chez lequel la diurèse est diminuée ou
leçon.]