OPIUM ET BELLADONE
Je me rappelle une pauvre dame qui avait un rétrécisse'ment du colon descendant. Je voulus un jour lui mettre un vésicatoire et je n’ai pas pu en trouver un qui prît. Elle y a été sensible à une ou deux années de distance.
Le sinapisme est dans le même cas. Il y a des cas dans lesquels des Rigollot de bonne qualité ne donnent lieu à aucune rougeur, à aucun picotement. Ceci arrive dans des conditions déterminées. Ce n’est pas une idiosyncrasie. On peut donner des règles qui permettront de dire que tel sujet sera très impressionné, tel autre indifférent. Ainsi les femmes nerveuses, hystériques, chez lesquelles il y a une véritable analgésie, ces femmes-là ne subi'ront pas l’impression du sinapisme, à beaucoup près, comme les autres sujets. Et quelquefois ils produiront un peu de rougeur et pas de phénomènes douloureux, qui sont une des conditions de leur action révulsive. Et ce que je dis là des femmes nerveuses, je le dirai des sujets analgésies. Ainsi les irritants agissent moins chez les sujets empoisonnés par le plomb dans les régions analgésiées que dans d’autres qui ont conservé leur sensibilité pour la douleur.
Voici maintenant l’opium et la belladone. Il y a des malades qui sont impressionnés par l’un, d’autres par l’autre. On peut deviner quels sont les sujets qui seront tolérants pour l’opium ou la belladone. Plus le sujet aura la pupille large, plus il aura de rétraction vasculaire avec une grande tension, plus la contractilité des vaisseaux sera active et plus il se montrera tolérant pour l'opium. De même et inversement, plus les pupilles sont étroites, plus le développement vasculaire est grand dans l’encéphale, et plus ils seront tolérants vis-à-vis la belladone. Gela est tellement vrai, que les adultes, en général, sont peu impression
gubler. Thérapeutique. 33
HABITUDE, ACCOUTUMANCE. [Trente-et-unième
nables par l’opium, qu’ils le sont beaucoup parla belladone, et que chez les enfants l’impressionnabilité pour l’opium est extrême et très amoindrie pour la belladone. Quelle est la différence? C’est celle-ci : c’est que chez les enfants la substance cérébrale corticale est tellement vasculaire, qu’elle en est rouge et que les novices ne manquent jamais de croire à l’existence d’une inflammation quand ils constatent cet état. Il faut peu de chose pour franchir la limite et pour que cette vascularité, très considérable et physiologique, devienne exagérée, excessive, morbide. Aussi les enfants ne tolèrent pas la plus légère dose de laudanum ou d’opium. Au contraire, vous pouvez leur donner de la belladone presque autant qu’à un adulte. Ce qui existe là, cette différence qui existe entre les âges, se montre également entre les individus de même âge, suivant les conditions dans lesquelles ils se trouvent. Pour l’opium, par exemple, on peut établir cette règle générale, c’est que la tolérance est d’autant plus immédiate que le sujet est sous le coup de douleurs plus vives et accompagnées de ces phénomènes de rétraction vasculaire dont nous parlions tout à l’heure. Il faut au moins l’une de ces conditions pour que la tolérance se montre. Ainsi les tétaniques tolèrent des doses énormes d’opium. 11 en est de même d’un individu affecté de névralgies, surtout dans de certaines conditions. Il y a des névralgies de deux sortes : les unes sont de pures modifications des nerfs, et d’autres de véritables névralgies congestives, des névrites, comme dit Bouillaud. Les unes sont justiciables du sulfate de quinine et des applications de sangsues, les autres de l’opium.
Il y a des insomnies opiniâtres en rapport avec un état d’ischémie durable de la substance cérébrale. Vous pouvez, dans ces cas, donner des doses extrêmement élevées d’opium
leçon.]