‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 138 sur 148 · CURARE · texte numérisé non relu

CURARE

5il

ganes dont elles font élection, sur les fonctions élémentaires de ces organes, d’une manière inverse.

Voici par exemple le tétanos : il se caractérise essentiellement par la raideur tétanique, convulsive, plus ou moins prolongée de tous les muscles, et particulièrement de ceux qui appartiennent au sens de l’extension; mais ce raidissement, cette contracture qui constitue essentiellement le tétanos, peut dépendre de plusieurs conditions ou de la réunion de ces conditions : elle peut dépendre d’un accroissement delà contractilité des muscles; ou bien cela peut être une irritabilité plus grande soit des nerfs conducteurs du mouvement, soit des nerfs sensitifs associés; ou bien cela peut résulter de l’augmentation excessive de la force excitomotrice de la moelle, ou de la facilité avec laquelle la moelle se décharge. A la place d’une de ces conditions il peut y avoir la réunion de trois ou de quatre d’entre elles : action exercée sur les muscles, sur les conducteurs et sur le centre spinal.

Gela posé, vous allez comprendre pourquoi les espérances qu’on avait conçues des bons résultats antidotiques du curare contre le tétanos spontané et contre le tétanos artificiel n’ont pas répondu à ce qu’on attendait. Vella (de Turin) le premier, ayant été témoin des expériences de Cl. Bernard sur le curare, en avait inféré que, puisqu’il avait jeté le système contractile dans la résolution la plus absolue, il aurait le pouvoir de calmer le tétanos ou de s’opposer aux actions de la strychnine. Cela est vrai, si on se contente des phénomènes objectifs. C’est-à-dire que si vous introduisez du curare en quantité suffisante pour combattre les effets tétaniques, vous voyez ces effets céder, vous voyez une résolution plus ou moins absolue s’ensuivre. Est-ce

ANTAGONISME

[Trente-troisième

que vous avez triomphé, est-ce que vous croyez que votre sujet va guérir, parce que ses muscles se sont un peu amollis? Pas le moins du monde : bien que vous ayez obtenu un si bel apaisement de la contracture, le sujet n’en est pas mieux dans un grand nombre de cas, parce que le curare agit sur Tune des conditions qui font le tétanos et non sur l’ensemble.

Que fait, en effet, le curare? Nous le savons par les expériences de Claude Bernard et par celles surtout de Vulpian. Le curare agit, sinon uniquement sur le muscle lui-même, du moins tout au plus sur les expansions terminales des nerfs et sur les plaques terminales. Il n’est pas possible d’établir que l’action se limite aux muscles; mais par des expériences très bien faites on arrive à dire que le curare n’agit pas sur la moelle, sur les troncs des nerfs, pas même sur les divisions périphériques, de façon qu’on est réduit à dire que probablement il agit sur les muscles ou tout au plus sur les épanouissements des extrémités périphériques. Si le tétanos est la conséquence non seulement d’une excitation locale des muscles qui n’entre pas pour grand’ chose dans les phénomènes, non seulement d’une excitation des nerfs de sentiment qui conduisent les sensations de la périphérie vers le centre, mais encore et surtout de l’accroissement excessif de la force excito-motrice de la moelle : vous comprenez que, s’il en est ainsi, le curare ne pouvait que paralyser les muscles; mais vous n’avez rien fait à la moelle, et par conséquent vous n’avez rien empêché.

C’est pour cela que vous voyez si souvent des résultats négatifs et si rarement des résultats positifs qui, alors même qu’ils auraient lieu, ne serviraient à rien*.

11 faut en effet, lorsqu’une substance antagoniste veut

leçon.]

Page 1