‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 137 sur 148 · STRYCHNINE · texte numérisé non relu

STRYCHNINE

Vous voyez , voilà les deux substances sur lesquelles la doctrine de l’antagonisme , poussée jusqu’à l’antidotisme parfois, a été établie. Ces deux substances ne sont pas des antidotes véritables. C’est qu’en fait, pour que l’antagonisme soit efficace ensuite, il faudra la réunion d’un nombre de conditions qui est tel qu’on ne le rencontre à peu près jamais. Vous comprenez bien que pour que deux substances se servent réciproquement d'antidote, il faut qu’elles soient antagonistes à la fois sur tous les points où l’action de l’une d’elles s’est portée. Car enfin, s’il y a un seul point qui échappe à l’action du contrepoison, alors vous aurez déterminé des phénomènes contraires dans de certains points plus favorisés , et vous aurez permis le développement progressif, excessif, léthal de tous les accidents qui se produisent d’une autre côté.

Je prends un exemple : Vous connaissez les effets du chloroforme administré par les voies respiratoires. Il produit des phénomènes d’excitation d’abord, de stupeur ensuite, et ces phénomènes s’échelonnent dans l’ordre suivant : les hémisphères cérébraux et les sens spéciaux, l’ouïe, restant le dernier de ces sens en éveil ; après les hémisphères, il porte son action sur la moelle épinière. Ce n’est que plus tard , à un degré trop avancé, qui est l’empoisonnement, que le chloroforme porte ses effets sur le bulbe, origine des nerfs de la paire vague, au nœud vital, comme Flourens l’a appelé. Je suppose que vous assistiez à un de ces empoisonnements par le chloroforme et que vous ayez sous la main de la strychnine. Le chloroforme a jeté le sujet clans un élat de résolution absolue; alors vous pensez que Cl. Bernard a dit que la strychnine est un moyen de réveiller les mouvements et d’exciter au plus haut degré la force excito-motrice de la

ANTAGONISME

[Trente-troisième

moelle : voilà une belle occasion d’employer le contrepoison. Mais justement, si vous employez la strychnine, vous réveillez la contractilité des muscles de la vie de relation; vous augmenterez beaucoup la puissance de la force excitomotrice de la moelle, mais vous n’agirez pas sur le centre bulbaire. Or, c’est là que se passent les accidents graves, c’est là que va être la cause de la mort. Quand il s’agit de l’organe qui tient sous sa dépendance la circulation centrale, la respiration se trouve compromise : on n’a pas le moyen d’attendre, il faut respirer. Vous voyez donc qu’il ne suffit pas d’avoir un antagonisme assez général, il faut qu’il se produise partout, et surtout du côté des organes qui sont essentiels à la vie. Il faut aussi que l’action de la substance jouant le rôle d’antidote soit adéquate à l’action de la substance nocive toxique. Car enfin, à supposer même que vous ayez un antagoniste parfait dans une substance telle que l’ésérine pour l’atropine, si vous donnez une faible dose d’ésérine, eh bien, il est clair que vous ne combattrez pas les effets d’une dose massive d’atropine. Cet exemple me servira à vous faire comprendre que si vous administrez, à dose qui vous paraît équivalente, une substance dont l’action ne sera pas équivalente en réalité sur les organes essentiels à la vie, vous n’aurez rien fait. Ainsi, jamais vous n’arriverez à calmer l’empoisonnement par la strychnine à l’aide d’un alcaloïde comme la solanine, dont l’efficacité est moindre que celle de la strychnine. Ainsi, il faut non seulement que l’opposition se fasse partout, mais qu’elle se produise aussi d’une façon équivalente; que la substance antagoniste soit adéquate dans ses effets à la substance toxique. Il faut que les substances qui agissent comme antidotes l’une par rapport à l’autre, agissent sur les appareils ou sur les or-

leçon.)

Page 1