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TRENTE-QUATRIÈME LEÇON

Antagonisme (suite)

Influence de la masse corporelle, du sexe, de l’âge, du tempérament, du genre de vie, de la race, des climats.

Messieurs,

Prenons encore dans l’élude de l’antagonisme l’exemple du bromure et de l’iodure de potassium. Il n’est pas douteux qu’il n’y ait un certain antidotisme de ces deux substances. Le bromure de potassium produit plutôt le calme dans toutes les régions, c’est un sédatif; tandis que l’autre est un excitant; mais ce n’en sont pas moins deux substances synergiques à d’autres égards, et qui par conséquent ne peuvent pas jouer le rôle d’antagonistes jusqu’au bout.

Prenons les substances hématosiques, qui accroissent la combustion respiratoire : les alcalins à petites doses, l’opium par son action sur les capillaires, les sels neutres qui dans le sérum jouent un rôle sur lequel j’ai insisté. Voilà des substances qui exercent une action stimulante sur l’hématose II en est d’autres, les acides libres, l’essence d’amandes amères, les cyaniques en général, l’acide arsénieux, qui ont une action plutôt calmante sur les phénomènes d’hématose. Sont-ce là de véritables antagonistes ? Non, car vous rencontrez souvent, parmi ces différentes substances que nous mettons en opposition, des activités qui sont semblables et qui agissent dans le même sens.

Voyez encore les substances plastiques opposées aux antiplastiques; voici les martiaux, le perchlorure de fer et les toniques en général, le quinquina, etc. ; voilà d’une autre part les mercuriaux, les alcalins. Ces substances agis-

HYPERCRINIE.

sent certainement d’une manière très différente au point de vue de la crase sanguine, mais elles sont loin d’être antagonistes, et cependant on les réunira pour agir sur des régions différentes, de manière qu’il y ait une résultante capable de donner lieu à des résultats thérapeutiques plus ou moins voulus, indiqués par les conditions du mal. Par conséquent, il y a des antagonismes très partiels entre un grand nombre de substances. On peut dire qu’il n’est pas possible de rencontrer une substance qui ne présente des propriétés antagonistes par rapport à une autre. Mais le fait de l’antidotisme est un fait exceptionnel; quelques substances peuvent modérer les effets de certaines autres, mais le jdus souvent ce sont des antidotismes tellement restreints, qu’il ne viendra jamais à la pensée de les opposer les unes aux autres dans un but de guérison.

Je n’en dirai pas autant de la médication. En effet, lorsque les anciens employaient les antidotes, lorsque aujourd’hui nous recommandons un certain nombre de substances pour combattre des empoisonnements, nous avons plusieurs buts et nous les remplissons par différents moyens. Parmi les antidotes il se trouve de véritables contrepoisons, dont la nature est capable de neutraliser des actions chimiques. Nous avons aussi des substances qui agissent en provoquant une hypercrinie, c’est-à-dire en poussant au dehors avec une grande énergie, en ouvrant toutes les issues pour faire sortir le poison quel qu’il soit, virus, venin. Puis il y en a d’autres qui exercent une action stimulante, qui a été considérée jusqu’à présent comme n’étant qu’adjuvante, comme l’action de l’ipéca. Mais les nouvelles expériences de Pasteur me font me demander sila stimulation énergique que l’on provoque chez des sujets en proie à un empoisonnement, si cette stimulation

ANTAGONISME

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très énergique àlaquelle on soumet les nègres mordus par le crotale n’a pas un autre résultat, c’est d’élever à ce point la température, qu’il en puisse résulter l’impossibilité, delà part du poison, de pulluler dans l’organisme. Toujours est-il que, dans toutes les médications usitées dans les pays tropicaux où habitent les animaux venimeux, les médicaments qui sont usités pour combattre l’intoxication comptent toujours au nombre de leurs propriétés celle de donner une sorte de fièvre artificielle. Tels sont les alcooliques , les substances aromatiques, toutes ces substances que les anciens appelaient alexipharmaques, et ces substances qui ont reçu des noms vulgaires dans les différentes régions, mais qui ont tous une même signification au fond : le nom de guaco , par exemple, au Mexique, qui est celui de toutes ces substances, quelle que soit la plante et quelle que soit sa famille. De même dans le Brésil, dans toute cette vaste étendue du bassin de l’Amazone, toutes les substances qui jouissent de lapropriélé de combattre les empoisonnements s’appellent des jaborandi. Vous voyez que dans la médecine populaire, et dans tous les pays, c’est toujours le même point de vue qui domine, et c’est celui auquel se plaçaient les anciens, les Grecs, les Romains, nos initiateurs dans les sciences comme dans les lettres. J’ajoute qu’il y a aussi dans ces substances ce qu’on appelle des antagonistes proprement dits, pharmacodynamiques, et c’est par hasard qu’ils se trouvaient réunis dans la même formule, comme hypercriniques, fébrigènes ou stimulants diffusibles.

Vous n’avez pas oublié que nous étudions les conditions élémentaires qui peuvent exercer une influence positive ou négative sur l’action médicamenteuse, c’est-à-dire les conditions élémentaires qui font que l’action médicamenteuse est

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augmentée ou diminuée. Eh bien, parmi ces conditions élémentaires, il n’en est assurément pas qui exerce une influence plus prépondérante que celle de la masse corporelle. C’est-à-dire que plus le sujet est grand, plus sa masse est considérable, et moins une dose déterminée de substance active produira d’effets physiologiques, et par conséquent thérapeutiques. Quand vous donnez une dose déterminée, d’un côté à un enfant, d’un autre à un adulte, vous comprenez bien que la dose pourra être excessive pour l’enfant et modérée pour l’adulte, que chez un homme ordinaire elle pourra être excessive, tandis que chez un géant elle serait au contraire moindre qu’il ne le faudrait.

Ce que le bon sens indique a été naturellement vu par tous les auteurs qui se sont occupés de posologie. Ainsi depuis Gaubius jusqu’à Yung et Hufeland, tous ont vu que la masse

exerçait une influence énorme sur l’intensité d’action médica-

menteuse, et on peut dire que cette vérité leur a paru tellement éclatante, que c’estengénéral d’après la masse qued’une manière inconsciente ou consciente, ils ont établi des rapports proportionnels de doses. Quételet, qui a beaucoup fait pour ces questions de statistique appliquées à la physiologie et même à la démologie, a publié en 1833 un tableau établi sur de nombreuses expériences. Il met d’un côté les hommes, d’un autre les femmes, il les prend à tous les âges, il prend la moyenne de pesées nombreuses et en donne le chiffre. Voici à quoi il est arrivé :

A la naissance, un enfant du sexe masculin pèse 3k,200, du sexe féminin 2 kilos.

A un an : garçon 9k,450, fille : 8^,790.

A deux ans, garçon llk,340, fille : 10k,670.

Enfin on voit s’accroître le poids chez les deux sexes, et

ANTAGONISME

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il arrive un moment où, à l’âge de douze ans, après que l’enfant du sexe masculin l’avait emporté sur le sexe féminin, il s’établit un équilibre : à douze ans même poids, 29\820.

Et à ce moment, le poids du jeune garçon est un peu inférieur à la moitié du poids qu’il acquerra lorsqu’il sera arrivé à son maximum, qui est de 63k,670, tandis que le maximum de la femme est de 56k,160.

Par conséquent, à douze ans, la jeune fille pèse un peu plus de la moitié de ce qu’elle pèsera ultérieurement.

Le poids augmente jusqu’à l’âge de quarante ans chez l’homme, de cinquante ans chez la femme. Il est vrai de dire que chez l’homme ce qui augmente dans une partie de son exist ence ce sont les masses musculaires, et chez la femme au contraire ce sont les masses graisseuses. Et l’embonpoint augmente chez la femme pendant longtemps alors que la menstruation a cessé. C’est pour cela que le poids maximum de la femme arrive à cinquante ans. Puis à partir de ces deux époques, qui sont pour ainsi dire le fasligium chez les deux sexes, le poids diminue et arrive à quatre-vingt-dix ans, chez l’homme à 57k,830 et chez la femme à 49k,330.

Si vous prenez ces chiffres, qui sont intéressants à consulter, et si vous établissez la proportionnalité, par rapport à l’adulte, que nous prendrons entre vingt et quarante ans, le poids, chez un sujet de quinze ans, est les deux tiers du poids de l’adulte; chez celui de douze ans, la moitié environ; chez celui de neuf ans il n’est que le tiers; chez celui de cinq ans, le quart; chez celui d’un an, le 7e; d’un an à 0, le 20e.

Si vous prenez le tableau de Gaubius pour les doses, vous verrez que ce tableau suit d’une manière assez exacte le tableau des poids fondé sur les très nombreuses expé-

leçon, j

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