VÉSICATOIRE AMMONIACAL
qu’il s’agit devésiquer. Quel est le délai nécessaire pour obtenir le vésicatoire? trois, quatre, cinq minutes ou plus, quelquefois il faut un quart d’heure. Gela varie suivant la finesse de la peau, suivant la région sur laquelle se fait l’application. Ce délai de trois, quatre, cinq minutes est maximum dans la plupart des régions, quand vous avez affaire à de l’ammoniaque de bonne qualité. 11 paraîtra court à ceux qui n’observent pas de très près. En suivant les conseils des auteurs de la méthode, il faut plus que cela. Mais non seulement ce n’est pas utile, mais cela est nuisible. 11 faut suivre le précepte de Trousseau, c’est-à-dire qu’au bout de trois minutes il faut enlever l’appareil. Il ne faut pas s’attendre à trouver alors une ampoule faite, mais on observe que l’épiderme est un peu plus opaque que dans les régions voisines et, quand on y regarde de près, qu’il a perdu son aspect lisse et poli. Il est devenu un peu ridé. Dans ces conditions, l’opération est terminée, vous n’avez pas besoin de laisser davantage la substance appliquée sur la peau. L’épiderme est détaché; cela suffit, et non seulement cela suffit, mais c’est mieux. Si vous avez affaire à de l’ammoniaque très énergique, vous pourriez obtenir, en maintenant l’appareil, une escarrification qui serait exclusive de l’absorption, car celleci se fait en sens inverse de l’exhalation.
Là où il y a une hypercrinie, l’absorption est à peu près nulle. Par conséquent, si vous donniez lieu à un travail inlîammatoire excessif, ce serait vous mettre dans de détestables conditions pour obtenir l’absorption. Ce que je vous dis là des petits vésicatoires se réalise sur une grande échelle pour les grands.
Je n’oublierai de ma vie un pauvre diable qu’on apporta à l’hôpital, affecté de choléra; il n’allait pas trop mal, mais
[Treizième
188 MÉTHODE D IADE R M I QUE.
il succomba à un vésicatoire ammoniacal de 0m,25 de diamètre appliqué en ville. L’escarrification avait compris non seulement l’épaisseur de la peau, mais les muscles sous-jacents. Vous le voyez, il y a des inconvénients et même quelque chose de plus à employer l’ammoniaque sur une grande surface. 11 faut donc retirer l’appareil au bout de trois, quatre, cinq minutes tout au plus, et vous observez alors si l’épiderme a pris l’aspect ridé. S’il en est ainsi, vous le détachez, car il est mobile. Vous avez alors le derme à nu, semé d’une foule de petites saillies qui se composent de papilles, des bulbes pileux et des glandes sébacées. Cette surface, d’un rose plus ou moins vif, se met à fournir immédiatement une grande quantité de sérosité.
Si vous êtes très pressé, si vous appliquez la poudre de morphine sur cette surface en train de sécréter, vous n’aurez absolument rien fait pour votre malade, parce que la quantité de sérosité qui arrive incessamment finit, par entraîner la totalité de la substance active.
Il faut donc attendre, et enfin quand on voit que la surface, simplement humide, ne fournit plus cette sorte de rosée, alors vous êtes en droit d’appliquer la substance. Vous la couvrez par une rondelle de tissu imperméable et vous maintenez le tout avec des bandelettes de diachylon. Voilà le premier pansement fait.
Il y a aujourd’hui un procédé que l’on pourrait mettre en usage; nous avons maintenant du coliodion cantharidal très bien fait par un pharmacien de Lyon. Il ne donne la vésication qu’en quelques heures, mais il a l’avantage de constituer à lui-même son pansement. On n’a besoin de rien pour le protéger. Vous comprenez tout de suite les bonnes conditions que nous offre ce vésicatoire dans la question qui nous occupe.
Lcçoa.]
PRÉCAUTIONS A PRENDRE
Vous en feriez un grand comme une pièce de vingt francs, et après avoir vidé l’ampoule, vous la rempliriez, par une sorte d’inoculation, de la substance active qui se trouverait protégée par la petite carapace constituée par le collodion, puis tout serait dit, vous n’auriez pas d’autre pansement à faire, et vous pourriez y recourir à plusieurs reprises, attendu que sous cette calotte de collodion, la cicatrisation semble se faire plus lentement qu’au milieu de l’air ambiant.
Maintenant, quelles sont les précautions à prendre pour assurer l’absorption après cette première opération? Il faut les connaître, attendu que c’est un moyen ou parfait ou nul, suivant la manière dont on l’emploie.
Quand vous faites le pansement pour la seconde fois, vous voyez en général que la surface est devenue grisâtre au lieu d’être rosée. Allez-vous replacer dessus de la substance active? Non, car elle ne serait pas absorbée. Il faut avoir soin de l’enlever. Quelles substances emploie-t-on? Elles varient suivant le but qu’on se propose. Mais en général, quand il s’agit d’obtenir, par une si petite surface, l’absorption d’une suffisante quantité d’un principe actif, on s’adresse naturellement à ce qu’on appelle des alcaloïdes. A la rigueur, quand on n’a pas d’alcaloïde — et aujourd’hui encore il y a des plantes qui ne nous ont pas fourni le leur — on a quelque chose de très impur qui a l’aspect d’une mélasse, mais qui possède une certaine activité. On peut à la rigueur employer ces substances actives qui n’ont pas toute la pureté désirable, mais dont l’intensité d’action nous est connue.
Quels sont les avantages et les inconvénients de cette méthode? Autrefois on n’y voyait que des avantages. Il y a cependant quelques petits inconvénients.
Elle a l’avantage d’épargner l’estomac. Si on épargne
MÉTHODE DIADERMIQUE.
[Treizième
l’estomac, on se met à l’abri des révoltes de sa part. Si on empêche cette rébellion, qui se traduit par des vomissements, on ne s’expose pas à la perte de la substance active.
Lorsque par la méthode endermique, vous vous apercevez que vous avez dépassé le but et que vous produisez des effets trop considérables, vous avez la ressource de diminuer l’absorption, et même d’enlever une partie de la substance qui n’a pas encore servi. C’est-à-dire que vous pouvez pratiquer le lavage de la région et vous opposer ainsi à la pénétration ultérieure d’une proportion nouvelle de la substance trop active et qui aurait donné lieu à des phénomènes d’intoxication; et vous allez voir qu’il n’est pas inutile d’avoir ce moyen d’enrayer les accidents.
Un autre avantage de la méthode, c’est la rapidité d’action — je compare cette méthode à la voie stomacale, — c’est l’intensité d’action beaucoup plus grande. Je reviens constamment sur ce fait, parce qu’il est des plus importants en pratique. Lorsque vous introduisez quelque chose dans l’estomac, il se met en devoir de tout digérer, c’est-à-dire de tout transformer, et il en résulte que les médicaments donnés par l’estomac ne produisent des effets que comme le tiers, le cinquième de la masse introduite. Par conséquent si vous introduisez Or,Oi de substance par la voie endermique, vous aurez des effets plus considérables qu’avec la même quantité par la voie stomacale, et cependant, 0gr,01 par la voie stomacale est une dose notable, c’est la dose moyenne par laquelle on procède. C’est à peu près ce qu’il y a de principe actif dans une cuillerée de sirop de morphine. Par conséquent vous voyez que c’est une bonne dose, qui peut être un peu forte par la voie endermique.
Je vis un jour une dame très fort affectée d’une névralgie
Leçon.]