‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 55 sur 148 · AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS · texte numérisé non relu

AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS

iléo-lombaire. Je conseillai un petit vésicatoire saupoudré de morphine, laquelle fut prise à la pharmacie Mialhe. Elle fit une première application de 0«r,01 le matin, puis une autre à la fin de la journée. Le lendemain matin, vingt-quatre ou vingt-six heures après la première application, elle remit encore un autre centigramme, les deux premières doses étant séparées par une longueur de temps considérable. A peine y avait-il une demi-heure que ce nouveau centigramme était appliqué, qu’elle fut en proie à une intoxication des plus graves et qu’elle fut, en un moment, moribonde.. J’arrivai quelques moments après, pour la trouver dans un état très alarmant : offrant une pâleur mortelle, des pupilles extrêmement étroites, dans un état de somnolence qui était du coma et vomissant tout ce qu’on lui donnait. Avec cela un pouls misérable. Je crus qu’elle allait mourir; elle en revint cependant.

Vous comprenez qu’il était important de ne pas laisser l’absorption continuer : après l’avoir flagellée et lui avoir administré du café, je m’empressai de laver le petit vésicatoire à la surface duquel il y avait encore de la morphine.

Vous voyez que ce que je vous disais tout à l’heure a son importance : pouvoir arrêter dans une certaine mesure l’action de la substance, c’est là un avantage.

J’ai à vous signaler un inconvénient, c’est cette grande intensité d’action. Mais en voici d’autres petits qui n’ont de valeur qu’auprès des sujets pusillanimes. Par exemple, toutes les applications sur le derme mis à nu sont douloureuses : que vous appliquiez les choses les plus calmantes ou les plus irritantes, au premier abord c’est tout un.

Le malade accuse toujours une grande douleur. Ainsi si vous mettez de la morphine sur un vésicatoire, le malade —

MÉTHODE DIADEUMIQUE.

[Treizième

les femmes sont plus courageuses — le plus énergique se mettra à hurler. A plus forte raison quand il s’agit d’autres substances. Le derme n’est pas fait pour les substances irritantes, tandis que l’estomac est très tolérant, habitué qu’il est à recevoir un peu de tout. Il y a des substances qui, introduites dans l’estomac, produisent à peine une petite sensation de picotement, et qui jetées sur le derme dénudé y produisent une douleur cuisante, et de plus une sécrétion exagérée. Ainsi la digitaline à la surface du derme peut aller jusqu’à produire de petites escarres. Vous voyez donc qu’il y a quelques petits inconvénients.

Il y a aussi des conditions dans lesquelles l’absorption peut faire défaut, c’est quand, l’application étant faite trop rapidement, il y a encore des sécrétions qui entraînent la substance active.

Au point de vue de la comparaison à établir entre les méthodes hypodermique et endermique, voici ce que nous devons dire : le petit avantage que présente la méthode endermique, c’est de ne pas exiger unedgrande habileté de la part de la personne qui la manie.

A la rigueur, ce peut être un membre de la famille qui applique la poudre. Au contraire quand il s’agit d’injections, il faut des gens qui soient un peu habiles, initiés aux pratiques de l’art, ou bien des gens qui aient un certain courage et qui se fassent eux-mêmes les injections hypodermiques. Gela ne se rencontre pas toujours, et par conséquent la méthode hypodermique exigea peu près toujours l’intervention du médecin. Or, vous comprenez qu’il ne peut pas toujours être présent; c’est là un petit inconvénient pour la méthode hypodermique. C’est à peu près tout ce qu’on peut dire en faveur de la méthode endermique, comparée à elle.

leçon ] MÉTHODE EN T O DERMIQUE.

J’arrive aune autre division des voies d’introduction, c’est ce qu’on peut appeler méthode entodermique. Cette méthode qui n’est guère usitée d’une manière systématique, peut cependant être employée dans un certain nombre de cas. Elle a été inaugurée par Lafargue, de Saint-Émilion, en 1836, qui s’est inspiré de la pratique de la vaccination.

Il s’était dit : de même qu’avec la lancette on introduit du virus vaccin, de même on pourrait introduire des substances médicamenteuses.

Il faut dire qu’il n’était pas le premier, car un certain nombre de siècles avant lui, Aetius avait recommandé d’introduire sous la peau, à l’aide d’instruments tranchants, des substances très actives. Au point de vue thérapeutique, par conséquent, l’idée était vieille. Voici comme procédait Lafargue : il se servait d’une lancette, à l’extrémité de laquelle il avait déposé la substance active, mais réduite en bouillie, c’est-à-dire cimentée pàr une solution gommeuse ou par de l’eau. Il plongeait la lancette dans l’intérieur de la région sur laquelle il voulait agir.

Il y avait aussi une modification de ce procédé qui consistait bien à introduire cette même bouillie dans l’épaisseur du derme, mais encore à mettre sous un verre de montre une solution concentrée de la substance active.

En réalité il y avait deux moyens d’introduire la substance.

Les produits qu’on inoculait étaient aussi en général des alcaloïdes, car, déjà, on connaissait la quinine, la morphine, l’atropine. Ces substances étaient celles dont l’usage était le plus recommandé.

Mais ce n’était pas uniquement pour produire des effets généralisés que ces sortes d’inoculation avaient été mises en usage. Elles ont été employées aussi en vue de produire

cibler. Thérapeutique. 13

194 MÉTHODE HYPODERMIQUE. [Treizième

tantôt la révulsion, tantôt même l’ulcération et la destruction de parties plus ou moins altérées. Ainsi, par 'exemple les nævi vasculaires qui sont si fréquents dans la jeunesse, qui souvent s’effacent, et qui aussi souvent grandissent (faisant le désespoir de celui qui les porte et de ses parents) ont fait s’ingénier les médecins pour les faire disparaître. Sans doute on peut employer les caustiques, mais ils sont désagréables; aussi a-t-on essayé de moyens plus inoffensifs et moins inquiétants en apparence; on a eu recours à la vaccination. C’est ce que faisait Lafargue; seulement, au lieu de vacciner superficiellement, on plongeait la lancette chargée de vaccin dans l’épaisseur du tissu artériel ou veineux.

On a aussi introduit des substances inertes qui développaient un travail inflammatoire. On a même mis dans ces mêmes tumeurs de l’huile de croton.

Toutes ces substances produisent dans les tumeurs une inflammation ou spécifique ou vulgaire, après laquelle vient une ciatrice qui prend la place du nævus.

Lafargue a, vous dis-je, eu l’idée d’employer l’huile de croton comme moyen de révulsion énergique. Cette huile, appliquée sur la peau, détermine une irritation assez vive et produit de grands effets. Il a pensé que son inoculation déterminerait des effets plus intenses et par conséquent amènerait une sédation encore plus considérable.

Cette idée a été reprise par un vétérinaire de la Westphalie. Il a fait de ce procédé quelque chose qu’il applique à tous les cas, et il a imaginé même un instrument qu’il appelle le réveilleur de la vie.

Cet instrument se compose d’un tube contenant un ressort à boudin, qui entoure une tige supportant des aiguilles fichées dans une petite masse de plomb. On tire sur la tige

leçon.]

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