‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 67 sur 148 · CHOIX DE LA RÉGION · texte numérisé non relu

CHOIX DE LA RÉGION

filamenteux, parce que dans les régions où le tissu cellulaire est filamenteux, les injections ne réussissent pas; elles donnent lieu à des inflammations plus ou moins vives, comme cela a lieu, par exemple, à la face dorsale de la main, quand elle est maigre.

Il en serait de même aux paupières, au scrotum, dans des régions où le tissu cellulaire est délié. Il faut autant que possible choisir des régions dans lesquelles la vascularité soit assez grande et dans lesquelles il n’y ait pas une sensibilité exquise.

Pourquoi faut-il une grande vascularité?' Parce que l’absorption s’y effectue d’un manière plus rapide.

Pourquoi ne faut-il pas une région sensible? Parce qu’elles sont en même temps plus disposées au travail inflammatoire.

Il y a un certain nombre de régions qui offrent les conditions que je viens d’indiquer. Pour ceux qui croient que l’absorption s’effectue également partout et qui ne voient d’autre intérêt à choisir que la commodité, il n’est pas nécessaire de se préoccuper de ce que je viens de dire. Ainsi un médecin étranger a pensé qu’on pouvait mettre la substance indifféremment dans toutes les régions. Mais tous les observateurs qui ont regardé de près les choses sont d’un avis opposé, et on en est tellement persuadé, qu’on a essayé de tracer une échelle des facultés absorbantes, depuis la région qui absorbe le mieux, jusqu’à celle qui absorbe le moins.

On l'a disposée ainsi : 1° région des tempes et des joues; 2° région hypogastrique; 3° le devant du thorax; 4° région sus et sous-claviculaire; 5° la face interne du bras et de la cuisse; 6° la nuque; 7° la partie externe de la cuisse; 8° la partie externe du bras; 9° l’avant-bras; 10° la jambe; 11° le pied, 12° le dos.

214 INJECTIONS HYPODERMIQUES. [Quinzième

Eh bien, si nous jetons un coup d’œil d’ensemble sur ce tableau, il semble en résulter que les régions les plus centrales sont celles qui absorbent le mieux, et que plus on se rapproche de la périphérie, plus on voit diminuer les facultés absorbantes du tissu cellulaire sous-cutané.

Je dois faire quelques réserves relativement à cette manière de graduer les facultés absorbantes. Je ferai remarquer qu’on ne semble pas s’être mis en garde contre une des causes d’erreur qu’on rencontre le plus souvent, c’est que lorsque l’on fait une injection sur une région qui n’est séparée de la peau que par un espace peu considérable, on peut avoir, par diffusion, des phénomènes qui ne semblent pouvoir résulter que de l’absorption préalable et du transport par la circulation. Je m’explique. Si vous voulez savoir si une substance détermine des effets tétaniques sur une grenouille, vous lui faites une injection sous-cutanée, mais il faut vous garder de la faire dans le voisinage de la colonne vertébrale, parce que vous pouvez être sûr qu’il y aura des phénomènes produits par l’imbibition seule des tissus et par le transport de la substance au contact de la moelle.

Dans ces conditions, ce que vous obtenez avec des convulsivants, vous l’avez aussi avec du chloroforme, avec du chloral, avec toutes les substances qui peuvent exercer une action irritante sur le centre spinal.

Quand je vois que la région des tempes est indiquée comme celle qui absorbe le mieux, et qu’on a fait surtout les expériences avec de l’atropine, je me demande si dans un certain nombre de cas, la mydriase n’était pas le résultat de la diffusion de la substance active et non pas d’une absorption plus rapide.

Je ferai remarquer aussi qu’il y a là des choses un peu

leçon.] TOLÉRANCE 1)E CERTAINES RÉGIONS.

subtiles : qu’on nous montre que la face externe de la cuisse absorbe plus vite que la face externe du bras ! j’ai fait bien des expériences, et j’avoue que je n’ai jamais remarqué de telles différences. Cela me semble bien subtil!

Néanmoins, je reconnais qu’il y a des régions qui absorbent plus vite que d’autres, et ce sont précisément celles qui correspondent au sens de la flexion et dans lesquelles la vascularisation est plus grande, la température plus élevée.

Ma conclusion est la suivante : puisqu’il faut une région qui présente une grande facilité pour le mécanisme opératoire, une peau qui se plie facilement, c’est-à-dire qui soi superposée à une couche de tissu cellulaire fâche et souple, puisqu’il faut une région dans laquelle l’irritabilité ne soit pas grande, il n’y en a que peu qui répondent à ces conditions. La meilleure de ces régions, c’est la ceinture et l’abdomen. Vous êtes sûr, là, de n’avoir presque jamais d’accidents et de pouvoir compter sur une absorption intégrale et rapide.

Il y a un autre point de vue auquel on peut se placer, c’est celui de la tolérance la plus absolue pour toutes les substances irritantes. Il y a, en effet, un certain nombre de substances médicamenteuses qu’on introduit dans le tissu cellulaire, et qui, quelques précautions qu’on prenne, alors même qu’on les associe aux substances albuminoïdes, sont irritantes, dans une certaine mesure, pour le tissu cellu laire. Ainsi, les sels de mercure conservent des qualités éminemment irritantes et, malgré tout, on n’échappe pas, dans un grand nombre de circonstances, à des nodus inflammatoires et quelquefois à des abcès furonculeux. Il faut donc choisir la région qui soit la plus tolérante dans ces cas, et il y en a une, c’est la région du dos, entre les omo-

INJECTIONS HYPODERMIQUES

[Quinzième

plates. Là, la peau du dos fait facilement un énorme pli, la région est d’ailleurs peu sensible, ce qui doit toujours guider quand il s’agit d’injections. C’est là que vous ferez des injections de sels mercuriels, presque sans aucun inconvénient, c’est là que j’en fis il y a quelques années.

Ainsi, d’une part, si vous vous placez au point de vue général de la facilité d’absorption et de la facilité d’opération, vous pouvez choisir la ceinture; d’autre part, si vous avez à faire tolérer des substances éminemment irritantes, vous choisirez le dos.

Il y a un autre point de vue auquel on se place aussi quelquefois. On veut agir sur un organe ou sur un appareil d’une manière prédominante et on tâche de déposer la substance active dans le voisinage delà région, de l’organe qu’il s’agit de modifier. Mais le chemin géométriquement le plus court n’est pas toujours le meilleur. Il y a des détours qu’on peut prendre pour arriver à modifier un système, rapidement et énergiquement.

En général, lorsque nous voulons calmer une douleur, nous portons la substance narcotique, stupéfiante, dans le voisinage de la région douloureuse. S’agit-il d’une sciatique? c’est au-dessous du pli fessier que nous mettons la substance, car entre elle et le nerf, la distance n’est pas très grande au point de vue géométrique ; cela réussit bien dans ce cas. C’est une condition qu’il faut tâcher de réaliser pour obtenir des effets thérapeutiques aussi considérables que possible, sur les parties affectées, soit de convulsions, soit de spasmes.

Mais il y a d’autres circonstances, comme je vous le faisais entrevoir tout à l’heure, où l’on peut s’éloigner beaucoup de la région à modifier, à la condition que la région sur laquelle on fait l’application du remède, soit en connexion

leçon.]

Page 1