‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 70 sur 148 · ROLE DES ALGUES · texte numérisé non relu

ROLE DES ALGUES

à la lumière. Je dis donc que ce sont des algues, parce qu’elles vivent dans l’eau.

Ces algues se développent d’une manière rapide et on peut dire fatale dans toute solution faite depuis un certain temps. Elles y jouent un grand rôle : d’abord elles font disparaître une certaine proportion de la substance active et elles constituent ensuite de véritables corps étrangers; je n’ai pas besoin de vous faire comprendre les inconvénients qu’à ce titre elles peuvent avoir. Ce que je vous disais tout à l’heure des cristaux s’applique bien mieux encore à des végétaux qui ne se détruisent pas facilement. Mais il y a une autre circonstance à vous faire remarquer, c’est qu’elles diminuent considérablement le titre de la solution que vous devez employer. J’ai émis la pensée — car c’est moi qui ai signalé le premier la présence de ces algues dans les solutions hypodermiques — qu’elles débarrassaient la solution d’une partie de la substance active, parce que cette substance est azotée et que l’algue, comme toutes les cellules végétales jeunes, a besoin d’une substance azotée pour se développer. Je continue à avoir cette opinion, et je suis convaincu que l’algue vit aux dépens de la solution. Maintenant, elle agit aussi par un autre mécanisme, c’est celui sur lequel Hipp. Bourdon a appelé l’attention. Vous savez que les filaments, les substances pointues sont un centre d’attraction pour les substances qui peuvent se déposer dans le sein d’une solution. C’est pour cela qu’on traverse par des fils le sirop dans lequel on veut produire des cristaux de sucre candi. C’est pour cela que vous voyez, dans les régions calcaires, les radicules des plantes qui plongent dans l’eau, chargées des principes tenus en dissolution. Eh bien, ces algues, ainsi développées dans l’intérieur de la solution destinée aux injections pro-

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duisent le même effet. Vous voyez qu’il y a inconvénient à laisser développer ces végétaux.

Quels sont les moyens d’empêcher ce développement? tous les antizymotiques du monde. Vous savez que les antizymotiques, les antifermentescibles sont très nombreux et qu’ils ont des manières d’agir très diverses. Il faut faire choix de ceux qui sont à la fois le plus efficaces et le plus inoffensifs. Il est clair que, parmi les antizymotiques, vous avez les sels de mercure, mais vous savez bien pourquoi vous ne les emploierez pas. Vous prendrez quelque chose d’inoffensif, par exemple le borax, sur lequel M. Dumas a appelé l’attention en le signalant comme excellent antiseptique. J’explique son action en disant qu’il joue le rôle d’alcalin et que les végétaux inférieurs ne peuvent se développer activement que dans un milieu acide. C’est ce que déjà Dutrochet avait établi; c’est ce que j’ai appliqué au développement du muguet. Vous pourriez employer également de l’hydrolat d’eucalyptus, ou de la glycérine, ou de l’eau de laurier-cerise. M. Limousin, dans ces dernières années, a conseillé l’emploi de l’acide salicylique, dont la meilleure propriété est d’être antizymotique , c’est-à-dire de mettre un arrêt très considérable au développement des êtres inférieurs. Cet acide peut donner de bons résultats; mais l’action de l’acide phénique, même au millième, est meilleure, car il est incomparablement plus actif. On pourrait, à la rigueur, employer une solution d’acide benzoïque comme l’ont fait MM. Gosselin et Albert Robin. La vanilline serait aussi un bon moyen. Par l’un quelconque de ces agents, vous pouvez retarder assez longtemps le développement des algues, pour que vous puissiez user votre fiole, sans qu’il s’en soit développé en quantité au moins considérable.

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Maintenant, nous arrivons aux précautions à prendre en ce qui concerne l’individu auquel vous allez faire l’injection. Lorsque vous voulez pratiquer une injection, il faut commencer par évaluer la profondeur à laquelle vous devez pénétrer, attendu que ce n’est pas dans les cellules, dans les mailles profondes du derme et dans le tissu cellulo-adipeux qui le remplit, que vous devez porter l’injection. Il faut que vous pénétriez, non pas sous l’épiderme, comme l’a dit un professeur d’une université, car vous pensez bien qu’on ne peut rien introduire sous l’épiderme; non pas non plus dans le derme ; je vous ai dit qu’il y avait là des inconvénients graves, et que les sortes de galeries faites par les novices étaient la cause des accidents les plus désagréables, des escarres particulièrement. Ce n’est pas davantage dans la partie profonde du derme et dans ces mailles où se trouvent des masses plus ou moins globuleuses de tissu cellulo-adipeux qu’il faut opérer ; là vous donneriez lieu à des escarres, à des inflammations, à des espèces de clous profonds. Non; il faut aller dans le tissu cellulaire lamineux, sous-jacent à celui-ci; il faut aller sur le fascia superficialis superficiel et même profond. C’est pour cela que je ne veux pas me servir du mot liypoderme introduit dans la science par Béhier, parce qu’il s’applique davantage au tissu celluloadipeux sous-jacent au derme. Il faut donc que vous sachiez à quelle profondeur vous devez pénétrer : si vous avez affaire à quelqu’un de maigre, il est clair que votre trajet sera court; si à quelqu’un d’obèse, vous serez obligé d’introduire l’aiguille tout entière. Il faut donc que vous commenciez, au préalable, par faire un pli à la peau, pour vous assurer de son épaisseur. 11 faut vous assurer aussi que vous n’êtes pas dans le voisinage d’un vaisseau un peu considérable, car il y au-

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rait inconvénient à l’ouvrir. Si c’est une veine, il pourrait sortir une petite quantité de sang qui suffirait à effrayer beaucoup de gens; de plus vous pourriez introduire un peu de substance dans la veine. Or, je dois vous dire qu’il y a des gens qui ont été, pour ainsi dire, foudroyés par une injection hypodermique, quand on avait fait pénétrer la substance dans une veine. Gela est arrivé pour la morphine chez des gens qui avaient l’habitude d’en prendre. On en revient toujours, car les poisons organiques ne tuent guère, si on ne succombe pas du premier coup ; seulement il est désagréable de voir son malade s’affaisser. Cela est arrivé à des clients, et aussi à des médecins qui se pratiquaient des injections eux-mêmes, et M. le docteur Chouppe ayant eu le malheur, en se faisant une injection de morphine, de rencontrer une veine, tomba dans un état syncopal. Car, en dehors des vaisseaux, si l’absorption s’effectue vite, elle n’est pourtant pas instantanée comme dans le cas présent.

Maintenant que vous savez les précautions à prendre eu égard à l’instrument, à la solution et au sujet, voyons quel est le procédé opératoire.

Comment vous y prendrez-vous? Il faut bien savoir cela, parce que bien des gens ignorent la façon de faire une injection. Vous faites un pli à la peau, en la prenant dans toute son épaisseur, et c’est à la base du pli, parallèlement à sa direction, que vous introduisez l’aiguille. Vous poussez alors lentement sur le piston, toujours sans lâcher le pli que vous tenez de la main gauche, et vous introduisez ainsi la solution. Vous irez avec lenteur, comme je viens de le dire, surtout si la quantité de liquide à injecter est un peu considérable. La lenteur devra être d’autant plus grande, d’autant plus majestueuse que le tissu cellulaire sera moins

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lâche et moins lamelleux. Si le tissu est un peu adhérent, si la peau ne se détache pas très facilement, alors il faut procéder avec une grande lenteur, parce que si vous injectez avec une certaine vivacité, ou bien vous distendez trop fortement les lames du tissu connectif, ou bien même vous arrivez à en déchirer quelques-unes. Alors vous avez des inconvénients assez notables : un exsudât plastique, un travail inflammatoire, qui sont un obstacle à l’absorption. Bref, sans obtenir de bons résultats, vous avez des inconvénients. Il y a donc nécessité de pousser l’injection, avec une grande réserve.

Il y a maintenant une remarque à vous faire. C’est que si vous avez affaire à une personne brune, jeune, maigre, appartenant aux races méridionales, sémitiques, ou simplement espagnoles, il faudra vous défier, vous rencontrerez une résistance opiniâtre. Il faut que vous sachiez cela, parce qu’il faut que vous ayez le courage de vouloir pénétrer. Au contraire, si vous avez affairé à une personne blonde, à peau fraîche et rosée, comme une Anglaise, alors vous pénétrerez facilement. Vous entrerez d’autant plus facilement que le sujet sera plus gras. Ceci vous rappelle ce que vous i voyez quand vous essayez de briser la tige d’une plante qui ; est gorgée de sucs : elle se brise avec une grande facilité. Si,

!au contraire, vous avez commencé par la laisser se dessécher un peu, elle ploie et ne rompt pas. Eh bien, quand la peau est très distendue, l’aiguille entre avec une grande facilité.

Ce que vous voyez là dans l’état physiologique, vous le retrouvez dans l’état pathologique ; j’ai encore en ce moment-ci dans mon service un malade qui présente une singulière névrose du côté droit de la tête et du bras droit, avec atrophie des muscles et hypertrophie du tissu banal. Eh bien, dans cette peau distendue et pour ainsi dire gorgée de

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sucs, l’aiguille pénètre pour ainsi dire par son propre poids.

Quels sont les effets locaux? Il y a d’abord une sensation de piqûre, de picotement, de brûlure quelquefois peu notable, souvent cruelle. Ainsi, les injections d’aconitine ne peuvent pas se généraliser en raison de cette impression de chaleur et de cuisson qu’ellesoccasionnent, impression qui est tellement pénible que les malades aiment mieux garder leur névralgie que de se faire faire une injection. Au bout d’un certain temps la douleur s’apaise et vous voyez se développer autour de la piqûre une petite aréole inflammatoire; vous voyez la peau ainsi que le trajet tout entier parcouru par l’aiguille se gonfler. Dans un certain nombre de cas, il se développe même une véritable urticaire. En même temps, il y a une exagération de sensibilité ; et si vous interrogez les gens qui savent s’observer, ils vous diront que le passage du doigt sur la piqûre leur est désagréable. Mais il ne s’est pas écoulé deux, trois, quatre minutes, que tous les phénomènes se sont renversés; c’est-à-dire que l’hyperesthésie fait place à un calme profond, à une diminution de la sensibilité pour la douleur et même pour un certain nombre de cas, à de l’analgésie véritable. Ce phénomène est général. Il a été remarqué par des observateurs consciencieux, qui ne font usage que d’un seul remède. Ainsi, par exemple, le docteur Normand1, à qui nous devons la connaissance du parasite regardé comme la source de la diarrhée de Cochinchine, m’a communiqué ses observations sur l’analgésie produite par le bromhydrate de quinine. Elle existe, quelle que soit la substance employée, et, chose singulière, lorsque vous avez introduit de l’eau distillée, vous observez le même phénomène.

\ . Normand, Mémoire sur la diarrhée de Cochinchine. ( Archives de médecine navale , 1877, t. XXVII.)

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