‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 72 sur 148 · SYMPATHIE DE CONTINUITÉ · texte numérisé non relu

SYMPATHIE DE CONTINUITÉ

qu’elle se répand non seulement dans le tissu cellulaire souscutané, mais aussi au travers des orifices vasculaires et le long des trajets nerveux.

Il y a ancore un autre mode de propagation de ces actions, c’est ce qu’on désigne, depuis John Hunter, sous le nom de sympathie cle continuité et de contiguïté; ce que j’explique, moi, par la polarisation des éléments histologiques. Le fait est facilement mis en évidence pour ce qui concerne le système musculaire. Je fais voir dans certains cas morbides qu’en frappant avec l’extrémité du doigt sur un muscle, on produit un nœud, puis des ondes qui vont jusqu’à l’extrémité de la fibre musculaire : ces ondes qui se propagent ainsi ne peuvent être produites que par la propagation de l’excitation déterminée par la percussion dans un seul point. Il n’y a pas de filets nerveux qui puissent rendre compte de ce phénomène. C’est l’analogue d’une pierre qui tombe dans l’eau et qui produit des ondes concentriques jusqu’à l’extrémité d’un étang.

Il y a enfin transmission par les actions réflexes ou par d’autres qui leur ressemblent beaucoup. Vous savez que si on excite une région déterminée, on fait naître des excitations dans une région en connexion nerveuse avec celle-ci, et je ne vous citerai qu’un exemple, c’est celui du grand sympathique qui transmet les excitations périphériques jusque dans l’intérieur des organes parenchymateux; de même des phénomènes de sédation se transmettent de cette façon depuis la partie calmée jusqu’aux parties en connexion nerveuse avec elle.

J’ai signalé, il y a quelque temps, des phénomènes dont je vous ai déjà entretenus ici et que j’appelle des échos. C’est là quelque chose d’analogue à des actions réflexes.

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Yoici en quoi consistent ces échos : étant donnée, par exemple, une douleur à la cuisse, il y a un retentissement à la partie supérieure du tronc ; si la douleur siège à la base du thorax, il peut y avoir retentissement jusque dans le petit doigt, sans que la douleur suive le trajet connu du brachial cutané.

Nous ne savons pas aujourd’hui pourquoi ces retentissements existent; mais vous comprenez que puisqu’ils ont lieu pour la douleur, ils peuvent exister au point de vue de la sédation, qui ainsi se propagerait par le mécanisme des échos. En somme, la modification considérable au point de vue physiologique et thérapeutique, déterminée soit dans le lieu même de l’introduction du médicament, soit dans une région plus ou moins étendue, et cela d’une manière plus profonde que partout ailleurs, s’explique par les trois conditions que je viens de vous dire : d’abord Yimbibition , ensuite la sym pathie de continuité et de contiguïté; enfin par ces phénomènes d 'écho analogues aux phénomènes réflexes et sur lesquels je viens d’appeler votre attention.

Parmi ces conditions, il y en a une, l’imbibition, qui va nous rendre compte de ce phénomène si étrange d’analgésie, qui existe à la suite de toutes les injections sous-cutanées, quelle que soit d’ailleurs la substance introduite sous la peau. C’est une chose vraiment remarquable de voir que vous pouvez introduire sous la peau une substance qui excite comme la strychnine, qui brûle comme l’aconitine, qui narcotise comme la morphine, ou bien de l’eau pure, ou de l’eau distillée, et que vous obtenez toujours le même résultat, au bout d’un certain temps, toujours de l’analgésie.

Quelle est donc la condition commune à tous ces cas? Cette condition me paraît facile à saisir. Lorsque vous introduisez

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des médicaments sous la peau, vous introduisez de l’eau. Quelle que soit d’ailleurs la nature de la substance, ce qui domine d’abord c’est la présence de l’eau en quantité plus ou moins considérable. Eh bien, cette eau qui pénètre dans les interstices du tissu connectif, pénètre également dans les éléments histologiques. Car il faut que vous sachiez que les éléments histologiques sont plus ou moins chargés d’eau ou, en d’autres termes, hydratés. Ils le sont beaucoup chez les gens pléthoriques et chez les gens anémiés qui ont des hydropisies. Ils sont dans d’autres castrés asséchés et amincis.

Comparez ce qui se passe dans les éléments histologiques d’une région restée saine, avec ce qui se passe dans la région analogue mais enflammée, vous verrez que ces derniers sont plus volumineux que les autres. Tout le monde a décrit cela; les éléments du tissu cutané embryonnaire sont très gonflés quand le travail inflammatoire est considérable et ils deviennent alors troubles et granuleux. ï ly a donc des degrés d’hydratation et c’est cette hydratation qui est la cause delà diminution des différents modes de la sensibilité et en particulier de la diminution de sensibilité pour la piqûre ou douleur.

Si vous voulez que nous empruntions à la pathologie un terme de comparaison, je vous renverrai à ce qui se passe chez les sujets qui ont de l’anasarque. Là où il y a de l’anasarque la peau est presque insensible, et vous trouvez que la sensibilité à la douleur y est affaiblie. Explorez précisément au-dessus de l’endroit où cesse l’anasarque, et vous trouverez que la sensibilité y est intacte. La cause de ce phénomène n’est donc pas dans l’étatgénéral, mais dans une condition locale, résultat de l’infiltration non seulement du tissu cellulaire, mais des éléments histologiques eux-mêmes. Voilà pourquoi on obtient des effets si notables au point de

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vue de la sédation douloureuse, en injectant sous la peau une seringuée d’eau pure.

Ce fait a été observé pour la première fois dans le service de mon excellent ami le Dr Potain, par M. Dieulafoy. Ce fut par erreur que l’on injecta de l’eau pure, et cependant le malade affirmait que sa douleur avait été soulagée à partir de ce moment. On aurait pu croire que c’était là une de ces illusions de malade, comme on en voit tant, mais il n’en est rien. J’ai vu des cas évidents dans lesquels l’on obtenait une sédation qui, il est vrai, ne durait pas aussi longtemps qu’après l’introduction d’une substance calmante. J’ai vu ceci : un de mes malades qui avait une de ces névralgies que j’appelle congestives — et c’est un des cas dans lequels les injections aqueuses réussissent le mieux — avait l’habitude de recevoir des injections de morphine. Je ne voulais pas qu’il s’y habituât et, sansle lui dire, jelui fis une injection d’eau, le laissant convaincu que c’était de la morphine. Le lendemain il me disait : J’ai été très bien pendant quelque temps, mais la douleur a reparu, il est probable que la solution est éventée. Je lui faisais ce jour-là une véritable injection de morphine et il était complètement soulagé pour longtemps. Je répétai dix fois les injections d’eau, et toujours il me disait la même chose : Je n’ai eu qu’une sédation d’un moment. Ces faits se sont présentés souvent à mon observation, et ont été vus d’ailleurs par un grand nombre d’observateurs après MM. Potain et Dieulafoy. Dernièrement, il y a eu un travail publié sur ce sujet par le Dr Montecorvo (de Rio-de- Janeiro).

La sédation dure aussi longtemps que dure l’hydratation, et quand l’eau est disparue, la douleur revient comme auparavant. Les effets ne sont donc que des effets instantanés.

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