HISTORIQUE
Mais nous arrivons à 1665, à une période vraiment sciem tifique, qui commence à Oxford, où l’on eut l’idée d’infuser d’abord des médicaments dans les veines des animaux. On en fit la proposition à l’évêque d’Exeter qui l’adopta; il faut croire qu’en ce temps- là les évêques ne faisaient pas partie de la Société protectrice des animaux. Gela fit naître l’idée qu’on pourrait peut-être bien injecter des médicaments dans les veines de l’homme, et peut-être aussi du sang. C’est là le point de départ de la méthode telle que nous la connaissons aujourd’hui.
C’est en 1665 que Lower pratiqua lapremière transfusion de sang. 11 fut suivi de près en Allemagne par Kaufmann.
Un moment on put croire, d’après les résultats annoncés, qu’on était en possession d’entretenir une perpétuelle jeunesse, de rajeunir même ceux qui avaient eu le tort de se laisser vieillir. Mais il arriva des accidents et le parlement de Paris prit un arrêté qui entourait l’exécution de cette opération d’une certaine garantie, qui était un honneur pour les médecins d’alors : il fallait être docteur de la faculté, de Paris pour avoir le droit de pratiquer la transfusion. Néanmoins l’opération ne tarda pas à tomber en désuétude et il faut arriver à 1818 pour la voir réapparaître.
Elle fut reprise aussi par MM. Prévost et Dumas sur les animaux, et enfin en 1823 par Magendie.
Depuis lors il y a eu une succession ininterrompue de transfusions* et j’ai là sous les yeux un certain nombre d’opérations indiquées par leur date. On peut dire que depuis lors, à aucune époque, on n’a cessé de faire des transfusions sanguines. C’est par elles que je commencerai; je vous parlerai plus tard des infusions médicamenteuses.
272 TRANSFUSION DU SANG. [Dix-huitième
Que faut-il injecter quand on injecte du sang,? On a tout essayé, le sérum, les globules, l’hémoglobine plus ou moins bien dissoute. On a essayé le sang en nature et le sang à peu près complet, mais cependant défibriné. Passons en revue ces différents moyens de faire la transfusion, et voyons ce qu’ils peuvent donner.
Commençons par le sérum : il ne donne que des résultats illusoires ou nuisibles. En effet, introduire du sérum qui, après tout, est un aliment, qui renferme de l’albumine en proportion considérable^ de la fibrine et tous les sels qui naturellement sont dans le sang, cela semble quelque chose au premier abord. Le sérum dans les expériences de Prévost et Dumas n’a jamais rien donné, il n’a jamais empêché les animaux de mourir, et cependant les expériences de Dieffenbach sont confirmatives de celles-ci. Il y a plus : il est nuisible. En effet, on a vu que 300 grammes "de sérum introduits dans l’économie d’un chien produisent des phénomènes nerveux convulsifs, une sorte d’agitation délirante, bientôt le collapsus et la mort en 24 heures. La conclusion est donc que, s’il y a quelque chose à faire à l’aide de là transfusion du sang, ce n’est point au sérum qu’il faut avoir recours. y
L’hémoglobine a été injectée sans qu’on obtienne aucun bon résultat. Je dirai même plus, c’est qu’elle est d’autant plus nocive qu’on l’introduit en quantité plus considérable. M. Paul Bert1 considère l’hémoglobine seule plutôt comme un poison que comme un agent de la respiration.
Quant aux globules, il est clair que si on pouvait les introduire un à un, sans difficulté, ils produiraient une certaine
1. Paul Bert, Leçons sur la Physiologie comparée de la respiration . Paris, 1870, p. 88.
leçon.]