‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 85 sur 148 · SUBSTITUTION · texte numérisé non relu

SUBSTITUTION

excité, mais ne s’est-il fait que cela? L’iode a-t-il perdu ses qualités de résolutif, lorsqu’on l’emploie en faible proportion, ou bien, dans le cas contraire, d’agent de phlogose ? Et à la faveur de cette résolution qui constitue l’un des effets propres de l’iode, à la faveur d’un travail de suppuration, la tumeur a pu disparaître. Mais ce n’est pas là de la substitution.

Quand il s’agit de nitrate d’argent c’est encore la même chose : il ne substitue rien, il produit une escarre dans la profondeur des organes où on le dépose et cette escarre est éliminée par suite de suppuration.

Nous connaissons cela, on opère de cette façon depuis très longtemps; àl’aide du fer rouge, à l’aide d’un cautère on détermine des fontes purulentes et des résolutions consécutive s.

Le nitrate d’argent, là non plus, n’a pas encore substitué une inflammation particulière à une autre inflammation. Par conséquent, vous le voyez, dans les cas qui ressortissent à cette méthode, il n’y a pas lieu d’employer ce mot de substitution.

Voici un autre exemple employé autrefois pour appuyer cette façon de parler. On disait : Vous avez affaire à une ophtalmie purulente des armées ou des nouveau-nés, contagieuse en un mot. Vous introduisez entre les paupières du nitrate d’argent et vous substituez à l’inflammation spécifique une autre inflammation franche, violente, mais enfin qui fait disparaître l’inflammation contagieuse. Vous ne faites pas cela. Lorsque vous avez introduit du nitrate d’argent entre les paupières chez un enfant qui a une ophtalmie purulente, vous avez détruit le contage, et si vous pouviez le détruire sans provoquer d’inflammation, vous auriez mieux fait encore. En d’autres termes, vous voyez qu’on arrive toujours dans cette méthode substitutive à expliquer les faits

NJ ECTIONS PARENCHYMATEUSES. [Dix-huitième

par un certain no mbre de lois autres que celles qui sont censées en rendre compte. Ce sont des faits artificiellement rassemblés.

Le professeur de Reims qui a mis en avant ces injections a bien été un peu précédé dans cette voie. Je ne vous dirai pas que Nélaton introduisait dans les furoncles, devenus presque des anthrax, quelques gouttes d’alcool pour les faire avorter, cela rentrerait plutôt dans la méthode entodermique ; mais Jobert de Lamballe a déjà proposé d’introduire quelques gouttes de teinture d’iode dans les épididymes engorgés. Quoique l’on puisse encore joindre à ces exemples antérieurs à Luton les injections dans des cavités séreuses telles que la tunique vaginale, cependant il faut rapporter au professeur de Reims le mérite qui lui appartient. R a élevé tous ces faits à la hauteur d’une méthode générale, et, certainement dans un certain nombre de cas, il a obtenu des résultats intéressants. Il est vrai que dans d’autres ils furent nuis ou fâcheux, et illusoires le plus ordinairement.

L’injection parenchymateuse a été dirigée contre des névralgies rebelles et d’abord contre la sciatique. On tremble à priori à la pensée qu’on va introduire jusqu’au voisinage du sciatique altéré, dans sa fonction au moins, des substances telles qu’une solution concentrée de nitrate d’argent, capable de déterminer une inflammation phlegmoneuse autour d’un nerf si important. Qu’on se rassure. Sans doute le nitrate d’argent et les autres substances plus ou moins caustiques, introduites par Luton et par d’autres, ont déterminé dans les régions cellulaires profondes ces phénomènes de phlogose et de suppuration; mais par bonheur il y aune soupape ouverte à ces produits de l’inflammation suppurative, c’est le trajet lui-même de

leçon.] INTRODUCTION DANS LES VEINES. 269

l’aiguille . Quand ce trajet s’est bouché, des accidents sont survenus; mais il reste souvent ouvert parce qu’en retirant l’instrument, on laisse presque toujours quelques gouttes de la solution caustique dans l’intérieur du trajet. Alors au bout de quelques jours on voit sortir les matières plus ou moins séreuses, plus ou moins purulentes sans avoir causé un grand dommage au nerf dans le voisinage duquel l’inflammation est établie. Mais, je le répète, c’est grâce à cette circonstance qu’on ne voit pas souvent des accidents plus considérables survenir. En tous cas, je vous mets ici en garde contre des illusions partagées par de bons esprits : c’est que ce n’est là qu’un soulagement d’un moment, et que' le plus souvent après avoir vu se produire une espèce de calme, on voit les choses repartir comme de plus belle et la névralgie recommencer. J’ai eu l’occasion d’être témoin d’un fait de ce genre, chez un des hommes les plus éminents delà profession médi cale qui, malgré moi, voulut se faire faire des injections de nitrate d’argent. Elles produisirent des abcès, mais absolument rien au point de vue thérapeutique.

J’arrive maintenant à la dernière des voies d’introduction, l’introduction par le système vasculaire et, bien entendu, particulièrement par les veines, puisque c’est là le point le moins dangereux.

Cette introduction est déjà vieille ; elle date de plus de deux siècles, car la première injection dans les veines a été pratiquée en 1665. Ce n’est pas qu’on ne trouve des traces d’introduction dans les veines remontant beaucoup plus haut. Il y a par exemple des vers d’Ovide qui semblent indiquer qu’on avait pratiqué ou qu’il croyait à la possibilité de pratiquer des injections intra veineuses, des transfusions de sang

270 TRANSFUSION DU SANG. [Dix-huitième

en particulier, car il dit1 :« Retirez-moi ce vieux cruor afin que je puisse emplir mes veines vidées par un sang juvénile.»

On a pris cela au pied de la lettre et on a cru que c’est la transfusion qu’il désigne. Évidemment c’est là une image. Il disait tout simplement : Que je voudrais voir sortir ce vieux sang pour le remplacer par un sang plus jeune, plus généreux! Ou peut être : que si on lui retirait tout son vieux . sang il lui en reviendrait un plus jeune. Mais si nous quittons la fable et la poésie, nous voyons que les injections intraveineuses de sang remontent cependant encore assez loin.

Rien là, cependant, d’absolument authentique, c’est pour cela que je ne vous ai pas dit qu’on les connaissait depuis quatre siècles. Cependant il y a un fait qui paraît indiscutable, c’est celui qui est relatif à Innocent VIII, qui, étant tombé dans un état de marasme assez profond, fit venir un médecin juif qui eut l’idée de lui transfuser du sang. Le sang fut emprunté à trois petits garçons qui en périrent, probablement parce qu’on leur en avait trop tiré. Cette opération se pratiquait en 1492, c’est-à-dire l’année même de la découverte de l’Amérique. L’opération n’empêcha pas Innocent VIII de mourir ainsi que les trois enfants, de façon que le médecin juif fut obligé de s’enfuir.

On dit aussi que, en 1615, Libavius, dont le nom est célèbre en chimie, aurait pratiqué une transfusion, mais cela n’est pas sûr; les détails manquent, je ne m’arrêterai pas à cette objection que cela aurait eu lieu quatre ans avant la découverte de la circulation par Harvey, car il n’était pas nécessaire qu’on la connût pour savoir qu’il y avait du sang dans les veines.

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