EFFETS DE LA TRANSFUSION
peut le dire, d’inconvénients, et donnant les résultats que je vais vous indiquer.
Quels sont les effets immédiats? Lorsqu’on vient d’injecter une quantité notable d’un sang plus ou moins généreux à un sujet qui est sous le coup d’une anémie profonde amenée par une hémorragie, et qui était d’une pâleur excessive, on voit le visage se ranimer, l’œil devenir un peu plus brillant, le pouls se relever s’il était misérable, reprendre un peu de volume ; s’il était un peu fréquent, il devient plus modéré, la calorification elle-même se reproduit un peu, la chaleur arrive vers les extrémités. Voilà les premiers effets, il y en a d’autres qui sont consécutifs.
Réveil de toutes les grandes fonctions, respiration, nutrition, et un réveil qui n’est pas du tout en rapport avec la quantité de matériaux nutritifs, de globules qui sont introduits. Il semble que dans un grand nombre de cas il suffise, pour ainsi dire, du coup d’éperon pour réveiller un organisme qui paraît très profondément atteint. On voit ensuite un retour plus ou moins notable des forces musculaires, la voix revient un peu, les fonctions nerveuses s’exécutent, le sujet reprend de la sensibilité, l’intelligence qui s’était obscurcie renaît, les sens spéciaux, tout renaît peu à peu et même assez rapidement. L’appétit revient, les facultés digestives, et puis le sommeil qui avait fui ou qui était remplacé par de la narcose reviennent. Et si le malade avait été exposé à des phénomènes nerveux, tels que de petits spasmes musculaires, des convulsions véritables, car vous savez que quand la diminution du sang est extrême, il arrive des convulsions comparables à celles de l’épilepsie, d’un raptus sanguin du côté des centres nerveux, on voit ces phénomènes cesser. Gela ne serait rien si nous n’avions que
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ces résultats primitifs et consécutifs et s’il ne restait pas un remontement plus durable et plus profond qui permît à l’organisme de se relever. Gela arrive aussi, mais à la condition que la cause qui avait amené l’anémie ne soit pas persistante, à condition que vous n’ayez pas affaire à des maladies dont Fi ss u e est nécessairement funeste. Si vous êtes en présence d’un de ces organismes qui, par une raison ou par une autre, ne peuvent pas se remonter, que vous galvanisez, c’est la meilleure expression, à l’aide de la transfusion, vous voyez au bout d’un certain temps, parfois un jour, quarante-huit heures, que l’organisme s’affaisse à nouveau, que toutes les fonctions s’alanguissent et qu’elles retombent dans les conditions antérieures, et vous voyez que la proportion plus considérable de globules, dont vous aviez déterminé le nombre, s’abaisse aussi.
Dans un cas dont j’ai été témoin, où l’opération a été pratiquée par M. Brouardel à Beaujon, il y avait avant l’opération 3200 000 hématies; on fit une injection de 350 grammes de sang et l’on vit ce nombre monter à 3 500 000. Au bout de trente heures, le nombre des globules était retombé au premier chiffre; le sujet succomba, ce qui nous montra qu’il était incapable de refaire par lui-même des globules. Cela vous donne le moyen de savoir quel est au juste l’état du malade.
On s’est demandé si les transfusions répétées ne pourraient pas permettre la durée de la vie pour ainsi dire artificielle, et enfin permettre à la longue le retour à la santé. Eh bien, les transfusions réitérées ne donnent pas de bons résultats chez les animaux, et la chose n’a pas été beaucoup pratiquée chez l’homme.
On a pris un lot de chiens, et on a soumis les uns à l’ab-
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sence d’aliments solides en ne leur donnant que de l’eau, tandis qu’aux autres on a donné de l’eau et fait des transfusions de sang répétées. Eh bien, les premiers ont résisté pendant vingt-trois jours, les seconds pendant vingt-huit, et ils sont morts, quoiqu’on leur fournît continuellement une quantité assez notable de sang. Vous voyez qu’il ne suffit pas d’apporter du sang, des globules, il faut encore, pour que la vie soit entretenue, que les organes digestifs soient appelés à fonctionner, qu’on introduise des aliments par ces voies, que ces aliments soient assimilables et qu’ils viennent jouer tous les rôles qu’ils sont appelés à jouer dans l’économie.
J’arrive maintenant à vous parler des indications et des contre-indications. Je vous demande la permission de distinguer la transfusion en plusieurs catégories. Il y aurait la transfusion préventive , destinée à prévenir les accidents d’une anémie extrême, et la transfusion répressive , destinée à réparer le mal fait par cette anémie. Celle-ci se partagerait en transfusion paltiative , c’est-à-dire avec du sang défibriné, et en transfusion vraiment curative , qui est celle qu’on pratique avec le sang en nature.
Transfusion préventive : Voici, par exemple, un sujet qui a subi un traumatisme effroyable, il a été relevé baigné dans son sang; cependant il en revient, et il s’agit pour le sauver de lui pratiquer une opération sanglante. Il est clair qu’un chirurgien reculera devant cette opération, s’il n’a pas le moyen d’enrichir cet organisme, qui est tout à fait appauvri de sang. Eh bien, il pourra, avant l’opération, pratiquer une transfusion qui représentera peut-être plus que la quantité de sang que le malade doit encore perdre du fait de l’opération, qui deviendra ainsi possible et très utile.
Mais parlons des transfusions répressives.
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11 y a d’abord la transfusion palliative, qui n’est destinée qu’à réveiller pour ainsi dire un instant l’organisme. Elle peut toujours être pratiquée, car il y a toujours indication à relever les* forces, et Brown-Séquard est allé jusqu’à dire qu’il fallait faire ces transfusions jusque dans l’agonie. S’il n’a pensé par là qu’à reculer de quelques heures le délai fatal, il n’y a pas grand avantage a opérer ; mais peut-être a-t-il pensé aux erreurs de diagnostic possibles. En tout cas, sans aller jusque-là, je dirai que dans un grand nombre de circonstances, la transfusion palliative peut être utile et peut être recommandée.
Enfin on a quelquefois besoin de régler ses affaires, un délai est quelque chose. Il y a aussi des questions de survie auxquelles sont attachés des intérêts matériels considérables. Demandez aux pairs d’Angleterre s’il ne serait pas bon quelquefois de pouvoir faire vivre un fils plus longtemps. Il y a aussi les questions dynastiques, dont nous n’avons pas à nous occuper, car à l’heure qu’il est le rôle de souverain doit être abandonné.
Transfusion curative : Celle-ci présente des indications et des contre-indications formelles. 11 est clair que si l’anémie dont il s’agit de combattre les effets est en rapport avec la cachexie cancéreuse, si c’est de la leucémie, de l’hémorraphylie (vous remarquerez que je ne dis pas hémophilie et j’écris avec un y). Comment voulez-vous combattre ces affections ? Il est clair que l’on ne peut rien espérer de la part d’une transfusion.
Si vous avez affaire à des empoisonnements qui résultent d’une lésion organique profonde ou de plusieurs lésions organiques telles que l’urémie, vous aurez beau transfuser un sang exempt d’urée, beau répéter ces transfusions, vous ne
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ferez pas que les reins n’aient subi une dégénérescence. Dans les maladies septiques c’est la même chose, le poison se renouvelant d’une manière continue, vous ne ferez rien. La vieillesse ? c’est une maladie tout à fait irrémédiable, depuis que la fontaine de Jouvence est tarie il n’y a plus moyen de rajeunir, bien quon ait dit avoir par transfusion rajeuni un vieux chien, mais j’aime à croire que c’était là une image. J’en dis autant d’un certain nombre d’états pathologiques qui ont été considérés comme justiciables de cette opération. Je vous racontais que Denys avait injecté du sang de veau chez un aliéné furieux et qu’il l’avait amélioré. Depuis, on a pensé qu’on pouvait modifier le caractère des sujets, surtout de ceux qui étaient dans des conditions pathologiques, en leur introduisant du sang de personnes jeunes et douces. Il est clair qu’il ne faut pas s’arrêter à cela.
Mais la transfusion vraiment curative peut à la rigueur rendre des services dans des conditions fâcheuses, telles que les anémies essentielles, spontanées. Dans lachlorose, lorsque les phénomènes d’anémie qui sont associés à ce grave état sont excessivement prononcés, il n’y a pas de raison pour qu’on ne pratique pas la transfusion. Il y a des chlorotiques qui sont dans un tel état de défaut globulaire, qu’elles ne peuvent pas faire un pas sans être absolument essoufflées. Il est clair que si dans cette période de leur affection, vous leur injectez du sang généreux, elles iront mieux. Le purpura, le scorbut comportent aussi l’emploi de ces injections. Les diathèses albumineuses et sucrées qui sont accompagnées d’une anémie très profonde peuvent être combattues par ce moyen. Les rétrécissements de l’œsophage, certaines affections plus ou moins sérieuses de l’estomac qui mettent
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un obstacle considérable à l’alimentation, et par conséquent aussi à la nutrition, comportent encore plutôt que l’introduction de peptones dans le tissu cellulaire, l’introduction de sang emprunté à un sujet sain et vigoureux. Mais voici les indications formelles : dans certains cas de lipothymie grave chez des sujets qui ont perdu une quantité modérée de sang, mais qui, énervés par une secousse morale, présentent une sorte de mort apparente qui peut ressortir à ces cas que Dupuytren appelait saignées nerveuses. Dans ces cas-là, comme dans ceux de léthargie, on pourrait injecter du sang avec avantage. Aussi dans certaines asphyxies et certaines intoxications où la mort est fatale, lorsque les globules ont été imprégnés, par exemple, d’oxyde de carbone, si vous pouvez retirer une partie de ce sang et le remplacer par d’autre de bonne nature, capable d’entretenir la respiration et les autres grandes fonctions, vous aurez tout simplement sauvé votre malade.
Mais voici le cas ordinaire, car il est peu probable qu’avant un certain temps on suive les conseils que j’ai donnés cidessus, c’est l’inanition des sujets privés de nourriture depuis longtemps; c’est une belle occasion de leur injecter du sang. Par exemple, dans certains épuisements tels que ceux qui succèdent à un allaitement prolongé, à des pertes de toutes sortes, vous pouvez encore relever momentanément le sujet et empêcher la continuation de l’épuisement. Il en est de même dans les vomissements incoercibles.
Et puis surtout dans les hémorragies très abondantes ayant succédé à un traumatisme accidentel ou bien à ce traumatisme physiologique qui suit l’état puerpéral. C’est surtout chez les femmes, à la suite de couches, quand on n’est parvenu par aucun moyen à arrêter ces hémorragies de un à
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deux kilogrammes de sang et même davantage, que les transfusions sont absolument nécessaires, et qu’il ne faut plus s’en rapporter aux efforts naturels. Aussi sur 93 transfusions pratiquées pour ce genre d’accidents on ne compte pas moins de 60 guérisons chez des femmes tellement épuisées qu’elles étaient moribondes, et que personne n’eût parié en leur faveur. C’est quelque chose que cela!
Quel est le moment où l’on doit agir, quels sont les indices auxquels nous reconnaîtrons qu’il y a nécessité de pratiquer la transfusion sanguine? On peut bien parler de collapsus profond, de torpeur, de pouls petit, mais ce sont là des choses vagues. Y a-t-il des points de repère plus précis, des signes indicateurs auxquels on puisse se fier davantage? Malheureusement il n’y en a guère. Quand il s’agit des animaux, où l’on prend toutes les précautions pour se renseigner, la balance intervient sans cesse, il est facile d’établir la règle que voici : c’est que quand l’animal a perdu un 18e suivant quelques-uns, un 20e suivant Milne-Edwards, de son poids, alors on intervient. Mais si vous réfléchissez à ce que représente relativement à la quantité du sang ce 18e du poids primitif de l’animal, vous verrez qu’en admettant 5 kilog. de sang en moyenne pour un homme de 60 kilog., il aura perdu les 8/5 de la masse totale de son sang ou bien les 4/5 si on s’arrête au 20e. Les 4/5 du sang, c’est énorme, il ne resterait plus alors dans l’économie qu’un seul kilogramme de sang ! En effet, c’est à peu près là l’évaluation à laquelle on peut arriver par d’autres considérations que je vais indiquer. Mais malheureusement, on ne sait pas quel était, au commencement de sa perte, le poids d’une femme, de façon qu’on ne peut savoir la quantité du sang perdu; d’autant qu’il s’en égare partout, dans les linges qu’il souille.
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11 y a un procédé qui sert à faire le diagnostic rétrospectif de la situalion. Voici ce qui se passe. On a injecté, par exemple, dans le cas de M. Brouardel (je prends celui-ci parce qu’on y a compté les globules), 150 gr. de sang qui représentent 19 gr. de globules en tenant compte de la composition connue du sang, ce sang a suffi à élever du 11e la proportion antérieure des globules, puisque de 3 200 000 nous sommes passés à 3500000; il y avait donc 190 gr. de globules en tout, puisque 19 gr. représentent le 11e. Eh bien, si le sang est à raison de 127 ou 130 gr. de globules pour 1000, nous trouvons qu’il ne devait y avoir chez le malade que lk,500 de sang. Mais il faut tenir compte de ce que les globules devaient être délayés dans une grande quantité de sérum dans le rapport indiqué entre 3200 000 et le chiffre moyen 5000000. Il y avait donc environ 5/12 d’eau dans le sang du malade, c’est-à-dire qu’il y aurait à ajouter à lk,500 que nous trouvons par le calcul, les 5/12, c’est-àdire 625 gr., ce qui nous donne 2k,125. Donc le sujet qui était dans des conditions si fâcheuses qu’on a cru la transfusion nécessaire, n’avait plus que les 2/5 de la quantité normale du sang. Vous voyez que par le calcul je suis arrivé au même chiffre que les expérimentateurs observant les animaux.
Il ressort de là qu’il y a lieu de faire la transfusion lorsque le sujet a perdu les 3/5 de la masse totale de son sang. Seulement, comme je vous le faisais remarquer, par malheur vous ne pouvez pas savoir avant d’avoir pratiqué la transfusion quelle est la quantité de sang qui reste en circulation. Si vous aviez à pratiquer des transfusions nouvelles, ce moyen serait bon.
J’en ai fini avec l’histoire de la transfusion. Elle vous a
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paru peut-être longue, mais le sujet est très important, et son importance estdejour en jour plus considérable. 11 s’est fait autour d’elle un mouvement considérable. Aussi, en prenant en bloc les transfusions effectuées même avec du sangdéfibriné, incapable de donner les résultats qu’on en espérait, bon, tout au plus, à réveiller un moment l’organisme, on voit que sur 270 cas de transfusion il y a eu au moins 150 succès.
Je me résumerai donc en concluant: que quand une méthode, qui est devenue facile à employer, exempte de véritables dangers, donne de pareils résultats dans des conditions où la mort est presque certaine, elle doit être recommandée, et qu’il faut rendre hommage à ceux qui se sont efforcés de la propager.
Gübler. Thérapeutique.