CHAPITRE IV
UK LA VISION.
.315. ConxtrucUun de l'œil. Avant de donner la description des instriinients fondés sur lu réflexion et la réfraction, il est indispensable de se rendre compte de la sensation produite par la lumière sur l’organe de la vue et, par conséquent, de s’occuper de sa construction. Nous ne parlerons que de l'œil lui-méme, considéré dans ses rapports avec la lumière, en renvoyant aux traités d’anatomie et de physiologie ceux qui en désircraieut une description complète.
L’œil présente la forme de deux segments de sphères de rayons différents et se raccordant suivant un petit cercle {fig. 249). On les nomme cornée transparente et cornée opaque. La première est la partie antérieure de l’œil : c’est le segment sphérique le plus petit, et celui dont la courbure est la plus considérable- La seconde se compose d une enveloppe extérieure nommée sclérotique , d’un second tissu d’une couleur foncée et désigné sous le nom de choroïde : son but est de rendre obscur l’iatérieur de l’œil, pour éviter la réflexion de la lumière qui pénètre dans cet organe, et, par suite, la co'nfusion qui en résulterait. Une troisième membrane est appliquée intérieurement et vers la partie postérieure: celle-ci est blanche et translucide.
Elle n’pst autre chose que le prolongement des nerfs optiques qui, partant de la portion du cerveau nommée tubereuUs quadrijumeaux, et après avoir traversé la sclérotique et la choroïde en un point, s’épanouissent ainsi : on la nomme rétine. C’est sur elle que viennent se former les images des objets situés en avant de l’œil. C’est elle, dont la sensibilité est extrême, qui, suivant l’opinion le plus généralement adoptée, reporte au cerveau la sensation que produisent sur elle les rayons lumineux qui l’atteignent. Une sorte de cloison, nommée irie, sépare les deux segments sphériques. Elle est percée d’un trou, la pupille, qui varie de dimension, suivant la plus ou moins grande quantité de lumière qui doit la traverser pour rendre la vision plus nette. Un peu en arrière une autre cloison membraneuse soutient le cristallin , véritable lentille biconvexe d’une réfrangibilité plus grande que l'/utmewr aqueuse qui remplit toute la partie antérieure de l’œil. La chambre postérieure contient un autre liquide plus dense que le premier, et moins que le cristallin ; il est visqueux et désigné sous le nom d’humeur titrée.
316. Rien de plus simple actuellement que de suivre la formation de l’image sur la rétine. On voit d’abord que de tous les rayons lumineux partant d'un point S {^g. 2i9), il n’y a que ceux qui traversent la pupille qui puissent aller rencontrer la rétine : tous ceux qui frappent l'iris sont réfléchis extérieurement. La forme sphérique de la cornée transparente et la densité du liquide qu’elle contient, plus grande que celle de l’air, rendent les rayons lumineux qui s’y introduisent moins divergents : il entre donc dans la pupille plus de lumière que relie contenue dans le cône dont elle serait la base, et -qui aurait son sommet en S. Scs rayons diminuent encore de divergence en traversant le cristallin, et en sortent convergents. Il existe une relation admirable entre les formes et les réfrangibilités des parties constituantes de l’œil, telle que, dans l’état normal, c’est précisément sur la rétine que sont les foyers de tous les points du corps que l’on examine.
Pour construire l’image d’un objet AB {fig. 249) , remarquons qu’en répétant ce que nous avons fait pour une lentille, il faut construire pour chacun des points, ou seulement pour les points extrêmes A et B, les rayons qui passent par le centre optique du cristallin. Leur croisement en ce point nous indique que l’image doit se former renversée.
VISIOX.
On s’assure que la sensation de la vue est eCTectivement produite par une image réelle et renversée au moyen d’une expérience fort simple, qui consiste à placer, dans une ouverture pratiquée à un volet , l’œil d'un bœuf nouvellement tué. On a d’abord mis à nu la rétine vers la partie postérieure de cet œil, en enlevant la sclérotique et la choroïde. Dans cet état de choses, l’observateur placé dans l'intérieur de la chambre, privée d’ailleurs de toute autre lumière, aperçoit sur la rétine l’image renversée des objets extérieurs.
Cette expérience, qui parait concluante, ne serait pas cependant en contradiction avec une hypothèse plus récemment établie par M. Lehot, et suivant laquelle les images se produiraient à trois dimensions dans l’humeur vitrée elle-même. A celle-ci il attribue la propriété de n’étre pas inerte, mais, au contraire, de jouir d’une sensibilité qu’elle communique à la rétine ou épanouissement du nerf optique avec lequel elle est en contact: en effet, cette image étant réelle serait encore aperçue dans l’expérience précitée, par suite de la transparence de la rétine. Nous n’entrerons pas dans de plus longs détails sur cette hypothèse, notre but n’étant ici que d’expliquer les faits, sans prétendre remonter aux causes premières qui seront longtemps encore un mystère pour les savants qui s'occupent, bien plus spécialement que nous, des phénomènes de la nature.
317. Redressement des objets. En réfléchissant à ce qui se passe dans l’opération de la vision, on reconnaît aisément l’erreur dans laquelle tombent ceux qui disent que les objets nous apparaissent renversés, et qu’ils sont redressés par une sorte de travail de l’esprit auquel on ne fait pas attention, répété qu’il est à tous les instants de la vie. Us confondent les objets situés extérieurement avec une sensation intérieure ; l’image qui se forme sur notre rétine n’est pas soumise aux effets de la vision : elle en est le résultat. L’impression produite par un point ou par le cène lumineux qui en émane arrivant suivant la direction des génératrices de ce cène, notre pensée conçoit immédiatement que l’objet qui a produit cette impression est situé sur le prolongement des rayons lumineux qui ont éveillé la sensibilité de la rétine. Ce n’est que pour signaler cette erreur, et pour employer une locution consacrée, que nous avons intitulé ce paragraphe ; redressement des objets.
318. En nous reportant à ce que nous avons dit des lenlille.s,
30(j OPTIQUE.
n" 312 , il semblerait résulter que, pour une seule distance de l'objet à l’œil, la vision soit bien distincte : situé plus près, l’objet produira une image qui se formerait au delà de la rétine, si celleci n’interceptait piis les rayons réfractés, en coupant chacun des cônes suivant un petit cjurcle. Placé, au contraire, à une disUnce plus grande , le point lumineux a son foyer en deçà de la rétine qui coupe encore les cônes, c’est-à-dire leurs secondes nappes suivant de petits cercles. 11 résulte de là que, dansl un et 1 autre cas, la vue doit se troubler : car, tous les points d’un corps produisant de semblables figures , il y aura confusion par suite de leur superposition. C’est en effet ce qui arrive quand les objets sont situés beaucoup trop loin ou beaucoup trop près; mais il est des limites assez étendues, entre lesquelles la vision conserve sensiblement la même netteté. Cela tient à ce que, dans de certaines circonstances , le déplacement du foyer est très-petit eu égard à celui de l’objet. N’avons-nous pas vu effectivement, n“ 310, qu’entre les deux positions d’un objet à l’infini et à une distance centuple de la distance focale principale, il n’y avait qu’un 99' de déplacement pour le foyer? Ceci ne s’applique pas exactement à ce qui se passe par rapport à l’œil : car il faudrait faire entrer dans la combinaison des formules les différents indices de réfraction, les rayons de courbure, etc. ; mais celasuflSt pour justifier ce que nous avons dit, qu'entre de certaines limites il est un espace nommé le champ de la vision, dans lequel les corps sont vus distinctement. Bemarquons encore qu’après avoir considéré un objet rapproché, l’œil ne se trouve pas immédiatement apte à en apercevoir un second plus éloigné, el réciproquement; il n’y a possibilité de vision qu’après quelques instants écoulés. Nous conclurons évidemment de ce fait qu entre certaines limites l’œil a la faculté de se contracter pour amener la rétine au point de formation de l’image réelle. C’est surtout à celle cause qu’on doit attribuer l’étendue du champ de la vision distincte.
819. Estimation de la distance. L’angle que forment les axes dos yeux dirigés sur un même point augmente ou diminue suivant que le point est plus ou moins rapproché. Celle relation entraîne uneeslimaliou instinctive de la distance. Quand un corps est extrêmement près de la personne qui l’examine, celle-ci est forcée de faire trop incliner l’un vers l’autre les axes des yeux, et il en résulte une déviation fatigante qui constitue un strabisme accidentel L’angle optique devenant sensiblement nul, toutes les