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RECONNAISSANCES MILITAIRES

Deux, dans la substitution du mesurage au pas, à celui fait à l’aide de la chaîne; dans l’estimation même à vue de certaines distances, de divers détails, etc. L’habitude fait encore juger des choses sur lesquelles il faut plus particulièrement porter son attention, et de celles que l’on peut négliger sans aucun inconvénient. II est donc absolument nécessaire d’avoir beaucoup levé régulièrement, pour connaître la marche la plus simple et la plus générale, et pouvoir apprécier les erreurs causées par les avaries que peuvent subir les instruments.

On commencera toujours par déterminer, au moyen d’une triangulation, les points principaux auxquels on devra rattacher ensuite les levées de détails. Tout se réduira donc encore ■ ici à mesurer une base et des angles. Cette base pourra quelquefois être fournie par des cartes régulières appartenant au matériel topographique de l’armée , sinon on la mesure à la chaîne ou au pas.

Dans le cas où l’on doit la mesurer, la base sera prise sur un terrain uni, élevé s’il est possible, et tel que de ses deux extrémités on découvre une grande étendue du terrain à lever. De là, par le plus petit nombre de stations que l’on pourra, on passera à deux points occupant une position centrale dans la levée et susceptibles de servir de stations : de ces deux points, on rayonnera et l’on recoupera tous ceux qui peuvent être reconnus et servir de points de repère pour le détail. De cette manière, on multipliera le nombre des triangles, tout en diminuant la longueur de leurs côtés. Ceux-ci serviront à trouver une foule d’autres points, de telle sorte que le détail intermédiaire se fera facilement au pas et sans erreurs notables.

La levée de détail devra se faire presque entièrement par intersections ; car le chaînage régulier entraînant déjà dans des erreurs appréciables , on conçoit combien plus grandes encore seront celles causées par le mesurage opéré d'une manière approximative. Ainsi donc, on se rappellera les principaux moyens que nous avons indiqués pour déterminer un point sans mesurer de ligne : ce sontjes méthodes d’inleiscction et de recoupement, celles des segments capables, des courbes de recherche et par le papier à calquer.

On partira de chaque point de station ainsi déterminé, et l'on figurera à vue et au pas tous les déUùls qui se trouveront à droite et à gauche d’une direction qui sera celle d’un côté de triangle, ou qui fera avec l’un d’eux nu angle ((ue l’on observera et rap-

TOPOGttAHIIB.

portera immédiatement. De cette manière, on remplira trèsvite et assez exactement la surface de chaque triangle. Ceci est général et doit être appliqué à tous les terrains : si on lève en pays découvert, l’opération est facile ; et si l’on se trouve engagé dans un pays couvert, la dilHcuUé augmente, et cependant on ne devra recourir ü la méthode de cheminement qu’à la dernière extrémité.

Si le terrain est libre et que l’on ait quelques hommes et du temps à sa disposition, on fera signaler des arbres remarquables par leur position ou leur élévation -, puis alors, en s’élevant audessus du sol par tous les moyens qu’offriront les localités, on déterminera chacun des points qui doivent devenir stations et servir décentres aux petites opérations de détail qui, pour chacun d'eux, ne s’étendront qu’à moitié distance de stations environnantes. Ceux qui ont déjà levé savent combien une faible élévation d’un mètre seulement peut souvent augmenter l'étendue de l’horizon. L’olDcier à cheval aura donc déjà un grand avantage; mais alors il faut qu’il emploie un instrument qui n’ait {>as besoin d’établissement fixe : tels sont le sextant , la boussole à réflexion, 1a boussole Burnier et surtout la boussole Hossard. S’il n’a pu faire signaler les points qu’il a choisis, il devra s’efforcer de vaincre la grande difUculté qu’on éprouve à reconnaître le même objet vu sous des aspects différents ou diversement éclairés. Dès lors, tout le guidera : le sommet d’un arbre d’une forme ou d’une couleur particulières, une pointe de rocher, une cheminée, la fumée même qui s’en échappe, si la cheminée cesse d’être visible. 11 ne devra pas regarder comme perdu le temps qu’il consacrera à déterminer une bonne station : il le regagnera par la rapidité avec laquelle il opérera dans l’intérieur des triangles, certain qu’il sera de ne commettre que des erreurs médiocres, qui seront promptement rectifiées par la rencontre fréquente de points connus. Il y aura encore économie de temps en ce sens que, sur son croquis, l’ollicicr dessinera avec la certitude de ne pas revenir sur ce qu'il aurait fait précédemment, tandis que, par la méthode du cheminement, il ne tracera une ligne qu’avec la crainte de l’cITaeer l'instant suivant pour la rectifier; ainsi, non-seulement il dessinera plus vite, mais encore sa minute sera plus nette.

Mais enfin, le pays pourra être tellement boisé qu’il soit inipos^^ihle d’opérer autrement que par cheminement, et en ne se rallachant que de loin en loin à des repères connus. C'est aloi’s

HëCONNAISSANCES MILITAIItES.

que le travail devient très-pénible. Il faut déterminer, avec tout le soin possible, les directions principales que l’on suit et les points où elles se coupent : il faut faire, à chaque instant, des excursions à droite et à gauche pour trouver des issues et marcher en quelque sorte par une suite de petites reconnaissances partielles, avant de tracer une seule ligne sur le papier.

Nous avons nommé tout à l’heure quciques-fins des instruments dont on peut se servir dans ces sortes d’opérations : nous ajouterons que, dans le premier cas, celui où l’on peut employer les recoupements et intersections, ce qu'il y a de mieux et de plus prompt peut-être, c’est l’emploi de la planchette , mais de la planchette modifiée en raison des circonstances dans lesquelles on se trouve. Cet instrument de petite dimension se compose de plusieurs règles égales en longueur et largeur, réunies par une feuille de peau ou de forte toile sur laquelle elles sont collées. On les maintient, quand on veut faire usage de la planchette, dans un même plan, au moyen dedeux autres règles qui prennent une position rectangulaire sur les premières, en pivotant sur l’une de leurs extrémités; après quoi elles sont fixées par un petit crochet placé à l’autre extrémité {fig. 193). Quand on a terminé .son travail ou qu’on le suspend, on rend libres ces deux règles, qui alors se superposent sur la première et la dernière de celles qui sont réunies ; on roule alors le tout, qui est assez peu volumineux pour pouvoir tenir dans une fonte de pistolet. Cette planchette peut s’adapter sur un bâton armé d'un dard en fer que l’on plante en terre. On peut avoir une très-petite alidade que l’on construit soi-méme avec une règle ou un double décimètre triangulaire sur lequel on fixe deux clous ou deux aiguilles. Cette manière de lever est plus prompte, surtout quand on peut y ajouter un déclinatoire, en ce qu’elle évite la perte de temps qu’entraîne le report des angles observés à la boussole.

Cet instrument peut être employé avec ou sans un pied, qui .peut être un simple bâton ou le pommeau d’un sabre. Dans le cas où l’on opère en posant simplement la planchette sur la main, la haussant et la baissant allernalivemcnt pour s’assurer du pointé et de la lecture du déclinatoire, il ne présente plus la même exactitude que les goniomètres que nous avons mentionnés plus haut. Nous renvoyons au S 168 pour la comparaison des avantages et des inconvénients des différents modes d’opérer.

Une autre méthode approximative d’orientation prompte remédie à l’absence d’un déclinatoire : elle consiste à fixer un style

vertical sur la planchette, et poor cela on peut se servir d’une aiguille ou d’une épingle; un trace, avec le secours d’une montre, les ombres du sljie pour les différentes heures du jour, et le cadran solaire qui en résulte pourra, les jours suivants, servir à décliner toujours la planchette de la même manière. Il suffira de regarder sa montre chaque fois que l’on s’établira en station, eide faire tourner la planchette jusqu’à ce que l’ombre du style corresponde à l’heure à laquelle on opère. On voit que ce moyen n’csl pas d’une exactitude parfaite ; mais aussi ne l’indiquonsnous pas pour des levées régulières. Les conditions indispensables sont, que l’on ait une montre et qu’il fasse soleil. Cette dernière condition est satisfaite d’une manière presque certaine et continue pendant les deux tiers de l’année dans les contrées méridionales, comme l’Italie, l’Espagne et l’Algérie.

Quand on opère par cheminement, il nous parait préférable, pour le détail, de faire des croquis cotés sur carnet. On ferme ainsi des polygones, que l’on rapporte ensuite sur le papier avec la possibilité et la certitude même de faire aboutir les directions parcourues aux points où elles doivent réellement passer. Si la nature du pays n’a pas permis de mesurer une base assez longue, on en construit une de dimension double, au moyen de la méthode indiquée S 166.

Lorsque l’on n’a pas à sa disposition quelqu’un des instruments destinés à l’exécution des levées expédiées, on peut s’en construire soi-même de très-grossiers qui, malgré leur imperfection, pourront être encore utilement consultés pour la mesure des angles : tels sont un rapporteur, une fausse équerre, les deux branches d’un compas, une longueur variable mise à une distance constante de l’œil, au moyen d’une ficelle ou du bras tendu, longueur qui mesure la tangente de l’angle, enfin un triangle variable de forme, dont la base serait formée par une petite règle et dont les autres côtés seraient les deux parties d’une ficelle ayant ses extrémités fixées à la base, ficelle qui, pincée en différents points de sa longueur, donnerait des angles variables de grandeur, compris entre les deux parties qui la composeraient.

Nous avons dit que les levées expédiées et les reconnaissances militaires ne permettant plus l’emploi lent et embarrassant de la chaîne ou de la stadia, on évite autant que possible les mesures de distance en se servant du pas étalonné, pour connaître celles qui sont absolument indispensables.

RECONNAISSANCBS MILITAIRES.

Pour mesurer des distances sans les parcourir, on construit des petites lunettes à staJia qui, en raison môme du but qu’on se propose d’atteindre, ne peuvent pas être accompagnées de mires graduées. (Nous donnerons la description de la longue-vue-cornet de M. Porro, destinée à cet usage.)

La mire est remplacée par un objet se rencontrant souvent dans la nature, comme un arbre d’une essence spéciflée, une fenêtre, une cabane de paysan, un homme , un objet auquel on suppose une dimension constante, souvent inexacte, mais toujours approchée. D'autres fois, imitant alors la stadia à mire variable, on estime à l’œil, la portion de la mire supposée constante, embrassée entre les deux fils d’un réticule invariable.

Le premier procédé, analogue à la stadia à micromètre, exige le remplacement, par un système plus simple, de celui que nous avons exposé au S 123.

On emploie pour cela différentes dispositions dont les principales, représentées fig. 1 et 1 bis, planche Xl\, sont: l<>une série de fils parallèles équidistants ; 2° un verre plan mis au lieu du réticule. Sur ce verre sont tracées deux obliques AB,AB’, coupées par une suite de parallèles équidistantes. La plus grande des parallèles BB' correspond à la grandeuc de l’image de l’objet servant de mire, placé à la plus petite distance à mesurer. On amène l’image entière dans un cas quelconque, de manière à occuper toute la longueur d'une des parallèles, bb' par exemple. Si 0 est la distance répondant à BB', on aura évidemment, pour la distance correspondante à. bb' .-

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