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BESANCON. — IMPR. ET STEBEOT. DE PA.UL JACQUIN

La Version latine est la reproduction, la traduction en français d'un texte latin.

Il ne faut donc en faire — ni un mot à mot banal ou une copie littérale, un calque servile, — ni une paraphrase plus ou moins brillante, une imitation infidèle, un comme u taire qui explique, mais ne traduit pas.

Cicéron semble avoir parfaitement indiqué la vraie nature et les conditions essentielles de la Version, lorsque, dans son De optimo génère dicendi (ch. vu), il nous dit qu'il a traduit en latin les harangues d'Eschine et de Démosthène, « non pas en interprète, mais en orateur, en reproduisant les pensées et les formes des pensées qui en sont comme la physionomie, dans des expressions conformes au génie de la langue latine : sentenliis iisdem, et earum fo?miis, tanquam flguris, verdis ad nostram consuetudinem aptis.... » L'illustre orateur ajoute qu'il « n'a pas cru nécessaire de rendre mot pour mot, mais qu'il a conservé la valeur de tous les termes ainsi que leur force : non verbum pro verbo necesse habui reddere, sed g'enus omnium verborum vimque servavi. » Il espère avoir réussi à reproduire les discours des deux plus grands orateurs de la Grèce, « en conservant toutes leurs beautés, c'est-à-dire les pensées et la forme des pensées, Y ordre des choses et

les mots eux-mêmes, en tant qu'ils ne sont pas contraires au génie de la langue latine : virtutibus utens illorum omnibus, id est sententiis, et earum fïguris, et rerum online, verba persequens eatenus ut non abhorreant a more nostro. »

Voilà les règles de la bonne traduction, qui doit reproduire exactement :

1° Toutes les idées, toutes les pensées du texte à traduire;

2° La forme et la physionomie originale de ces idées et de ces pensées ;

3° Mordre et la disposition des choses ;

•4° Les mots et le style, en les adaptant au génie de notre langue.

Il faut d'abord rendre avec une scrupuleuse fidélité le sens, tout le sens, rien que le sens du texte donné en version.

Guerre donc, non seulement à tout ce qui est contre le sens,

mais encore à tout ce qui est en dehors du sens,

à tout ce qui est en deçà ou au delà du sens.

Pour arriver à la fidélité parfaite qu'exige une bonne traduction, on ne saurait trop recommander aux élèves :

i° De se guider d'après le titre de la version, si elle en a un, ou. si elle n'en a pas, d'après l'idée générale du morceau, qui est comme le fil conducteur destiné à diriger l'esprit à travers les développements de la pensée d'un auteur ;

2° De tenir compte de la ponctuation avec un soin

intelligent, de manière à saisir toutes les nuances pré-

par les points, les deux points, les point et vir-

gule, les virgules, l'interrogation, l'exclamation, la parenthèse, etc. :

3° De comprendre le texte dans son ensemble, de se pénétrer du sujet par une lecture sérieuse et attentive du morceau à traduire, et d'en relier entre elles les diverses parties, au lieu de s'engager au hasard clans le texte. de l'expliquer phrase par phrase, comme on ne le fait que trop souvent, et d'aller ainsi à la découverte de la pensée d'un auteur qu'on risque de ne découvrir jamais.

Ce n'est pas assez de rendre les pensées, toutes les pensées d'un texte : il faut encore en reproduire la physionomie véritable, c'est-dire la forme, la couleur, le mouvement.

Pour cela il est absolument nécessaire :

1° De décomposer chaque phrase en ses différentes propositions ;

2° De se rendre compte de l'importance relative de chacune d'elles, de manière à mettre en relief, dans la traduction, la proposition principale et à grouper autour d'elle les propositions subordonnées, dans l'ordre le plus naturel et le plus logique :

3° De garder en français, autant que possible, les interrogations, les exclamations, les liaisons de mots, les tours de phrases, les images, les figures, les discours directs et indirects du texte latin ' .

Marmontel, dans l'Encyclopédie, critique à bon droit

(1) C'est l'usage pourtant d'employer en français le discours direct plutôt que ^e discours indirect, qui charge trop la phrase de qui et de que.

la traduction d'un texte de Cicéron donnée par La Bruyère dans son Discours sur Théophraste : « Quis uberior in dicendo Platone? quis Aristotele nervosior? Theophrasto dulcioni1)? qui est plus fécond et plus abondant que Platon? plus solide et plus ferme qu'Anslote? plus agréable et plus doux que Théophraste? »

C'est là un commentaire plutôt qu'une traduction. La physionomie de la pensée de Cicéron est changée, presque dénaturée. Uberior ne signifie pas tout à la fois plus abondant et plus fécond; nervosior ne veut pas dire plus solide et plus ferme ; ni dulcior, plus agréable et plus doux.

Marmontel propose la traduction suivante : « Qui a, dans son élocution, plus d'abondance que Platon? plus de nerf qu'Aristote? plus de douceur que Théophraste? » « Si cette traduction, ajoule-t-il, n'a pas encore toute l'exactitude dont elle est peut-être susceptible, je crois du moins avoir indiqué ce qu'il faut tâcher d'y conserver : l'ordre des idées de l'original, la précision de sa phrase, la propriété de ses termes. J'avoue que ce n'est pas une tâche aisée : mais qui ne la remplit pas n'atteint pas le but. ■■

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