CORNELIUS SEVERUS
GGXVIII.
Sur la mort de Gicéron.
Et les têtes de ces hommes magnanimes, qui semblaient respirer encore, étaient exposées sur la tribune, leur propriété; mais celle de Cicéron assassiné attirait tous les regards, comme si elle eût été seule. C'est qu'alors revenaient à tous les esprits et les grands actes du consul, et les serments des conjurés, et les complots criminels qu'il sut découvrir, et l'attentat des patriciens étouffé à sa naissance, et le châtiment
de Céthégus, et Catilina précipité du haut de ses rêves scélérats. Que lui ont servi la faveur et le concours du peuple, des ans comblés d'honneur, une vie passée dans le culte des arts sacrés? Un seul jour a ravi au siècle son plus bel ornement, et, frappée du même coup, l'éloquence latine est réduite à un triste silence. Cet homme, qui naguère était Tunique soutien et le salut des affligés, la tête et la gloire éternelle de la patrie, le vengeur du sénat, l'organe public du forum, des lois, des mœurs, de la paix, un fer impitoyable le condamne à un silence éternel. Ces traits défigurés, ces cheveux bJancs qu'un crime a souillés de sang, ces mains sacrées, instruments de si grandes œuvres, un citoyen les a foulés d'un pied superbe (1), et il n'a pas vu derrière lui les destins changeants et les dieux vengeurs. Non, jamais dans l'avenir Antoine ne se lavera de ce forfait. La victoire plus clémente n'avait fait subir un pareil traitement ni à l'Emathien Persée, ni à toi, cruel Syphax, ni à Philippe, l'ennemi déclaré des Romains. On triompha de Jugurtha en lui épargnant tous les outrages, et, succombant sous notre haine, le farouche Annibal emporta du moins vers les ombres du Styx des membres qui n'étaient pas mutilés.
(Fragment sur la Mort de Cicèron, tiré de la Guerre de Sicile.)