‹ Cours de versions latinesChapitre 116 sur 214 · A CORNUTUS, SUR LA VRAIE LIRERTÉ · texte numérisé non relu

A CORNUTUS, SUR LA VRAIE LIRERTÉ

Je n'ai certes pas pour but d'enfler une page de pompeuses bagatelles, bonnes à donner du poids à de la fumée. Nous parlons en secret, et, à l'instigation de la Muse, je vous donne à sonder les replis de mon cœur, et je suis heureux de vous montrer, ô Cornutus, mon doux ami, quelle grande place vous occupez dans mon âme. Frappez sur ce cœur,

(1) Lire dans le texte procidcavit en un seul mot.

vous qui savez discerner ce qui rend un son plein et dépouiller le fard d'un langage coloré. J'oserais demander ici cent voix pour dire en toute sincérité jusqu'à quel point je vous ai gravé dans les profondeurs de mon âme, pour révéler par mes paroles tout ce que mon cœur cache dans ses secrets replis de sentiments ineffables.

Dès que j'eus quitté la robe de pourpre, gardienne de ma timide enfance, et suspendu ma bulle en offrande devant les dieux Lares, à la ceinture relevée; dès qu'entouré d'aimables compagnons je pus, grâce à ma blanche loge, promener impunément mes regards par tout le quartier de Suburra ; au moment où la route s'ouvre incertaine et où l'inexpérience de la vie amène l'âme irrésolue entre des sentiers qui se croisent, je me mis sous votre discipline ; vous recueillîtes ma tendre jeunesse, ô Cornutus, dans le sein de votre sagesse socratique. Dès lors, une règle qui sait me charmer et que vous m'appliquez délicatement, a redressé les travers de mes mœurs ; mon cœur, pressé par la raison, travaille à se vaincre lui-même et revêt une autre physionomie sous votre main d'artiste ; avec vous, il m'en souvient, je consumais de longs jours; avec vous, je dérobais au

repos les premières heures de la nuit.

(Satire v.)

GGXX.

Les e Satires » de Perse.

l'avarice et la volupté.

Tu ronfles paresseusement le matin. « Debout ! dit l'avarice ; allons, debout ! » — Tu refuses; elle insiste. « Debout! dit-elle. — Je ne puis. — Debout ! — Et pourquoi faire? — Tu le demandes ? Apporte du Pont des poissons exquis, du castoréum, du chanvre, de l'ébène, de l'encens, des étoffes luisantes de Cos ; enlève le premier le poivre (1) nouveau du dos d'un chameau altéré; trafique, parjure-toi! — Mais Jupiter entendra! — Ah! imbécile, résigne-loi à gratter du doigt jusqu'au fond la salière épuisée, si tu prétends vivre d'accord avec Jupiter ! »

(1) Lire dans le texte piper e sitiente, au lieu do pipere.

Déjà ta robe est retroussée ; tu charges tes esclaves de ta valise et de la cruche au vin ; vite au vaisseau ! Rien n'empêche que tu fendes de ton vaste navire la mer Egée, à moins que l'adroite Volupté ne te tire à l'écart'pour te donner ses avis : « Où cours-tu de ce pas, insensé? où? qu'est-ce que tu veux? Sous ta poitrine brûlante fermente une mâle fureur que ne pourrait éteindre une urne de ciguë. Toi ! traverser la mer ! Toi ! t'asseoir sur des câbles ! prendre pour table un banc de rameur, boire un affreux clairet de Véium, qui exhale du vase au large fond l'odeur fétide de la poix? Qu'est-ce que tu demandes? Que tes écus, que tu nourrissais ici modestement au denier cinq, achèvent de suer, pour ton avidité, jusqu'au denier onze? Eh ! donne-toi donc du bon temps; goûtons les délices du présent. C'est pour nous qu'est faite la vie. Un jour tu ne seras plus que cendre, ombre, vain nom. Vis en te souvenant de la mort ; l'heure fuit; ce que je dis est déjà loin ! »

{Satire v.)

LUGAIN

La « Pharsale. »

Page 1