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LES SOLDATS DE VITELLIUS

Des rixes fréquentes et meurtrières avaient éclaté entre les soldats, depuis la sédition de Ticinum ; car la discorde persistait entre les légions et les auxiliaires, qui ne s'accordaient que pour combattre contre les habitants des bourgs. Mais le plus grand carnage eut lieu à sept milles de Rome. Vitellius y distribuait à chaque soldat, comme aux gladiateurs qu'on engraisse, des mets tout apprêtés, et la populace s'était répandue dans tout le camp et mêlée aux soldats. Quelques individus, par un badinage qu'ils croyaient plaisant, désarmèrent les soldats qui n'y pensaient pas, coupèrent leurs ceinturons et leur demandèrent ensuite s'ils avaient leurs épées. Cette plaisanterie révolta des cœurs peu faits à l'insulte ; les troupes se jetèrent l'épée à la main sur la foule sans armes. Entre autres victimes, le père d'un soldat fut tué auprès de son fils qu'il accompagnait; il fut bientôt reconnu et le bruit de ce meurtre s'étant répandu fit épargner des innocents. Rome trembla néanmoins quand les soldats qui avaient pris les devants coururent çà et là. C'est le Forum qu'ils cherchaient surtout, dans leur désir de voir la place où Galba avait été laissé gisant. C'était un spectacle non moins cruel qu'ils donnaient eux-mêmes, lorsque, vêtus de la dépouille hérissée des bêtes fauves et armés d'énormes javelines, ils heurtaient la foule qu'ils ne savaient pas éviter; et chaque fois qu'un pavé glissant ou quelque choc les faisaient tomber, ils s'emportaient en menaces, que leur bras et leur fer exécutaient. Des tribuns même et des préfets couraient avec des bandes armées, semant partout la terreur.

(Les Histoires, liv. II, ch. lxxxviii.)

Les « Histoires. »

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