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INCENDIE DU CAPITOLE SOUS VITELLIUS

On ne sait si ce furent les assiégeants ou les assiégés qui jetèrent le feu sur le toit : l'opinion la plus commune est que ce furent les assiégés, pour repousser les efforts de leurs adversaires qui faisaient des progrès. Du toit, la flamme gagna les portiques attenants à l'édifice ; bientôt les aigles qui soutenaient le faîte, et dont le bois était vieux, prirent feu et alimentèrent l'incendie. Ainsi brûla le Capitole, les portes fermées, et sans personne pour le défendre ou le piller.

Ce fut la plus déplorable et la plus honteuse catastrophe que la république eût éprouvée depuis la fondation de Rome ; elle n'avait aucun ennemi au dehors; les dieux lui eussent été propices, si nos mœurs l'avaient permis, et celte demeure de Jupiter, très bon et très grand, fondée par nos ancêtres sur la foi des auspices, comme le gage de l'empire, ce temple que n'avaient pu profaner ni Porsenna, quand la ville se fut rendue, ni les Gaulois, quand ils l'eurent prise, était anéanti par les fureurs de nos princes. Le Capitole avait déjà brûlé dans une guerre civile; mais c'était le crime d'un particulier; alors il fut assiégé publiquement et publiquement incendié. Et quel motif armait les Romains ? Où était le dédommagement d'un si grand désastre? Etait-ce donc pour la patrie que nous combattions? Le roi Tarquin l'Ancien avait fait vœu, dans la guerre des Sabins, de construire ce temple, et il en avait jeté les fondements plutôt dans l'espoir de notre grandeur future que dans la proportion des ressources encore faibles du peuple romain. Bientôt après, Servius Tullius, avec les contributions des alliés, puis Tarquin le Superbe, avec les dépouilles conquises sur l'ennemi, à la prise de Suessa Pométia, élevèrent l'édifice. Mais la gloire d'un tel ouvrage était réservée à la liberté. Après l'expulsion des rois, Horatius Pulvillus, consul pour la seconde fois, fit la dédicace de ce monument, dont la magnificence était déjà telle que, dans la suite, les immenses richesses du peuple romain le parèrent plutôt qu'elles ne l'augmentèrent. Il fut rebâti sur

le même emplacement, lorsque, après avoir subsisté quatre cent vingt-cinq ans, il eut brûlé sous le consulat de L. Scipion et de C. Norbauus. Sylla, vainqueur de ses adversaires, prit soin de le reconstruire ; il n'en fit pourtant pas la dédicace; c'est la seule chose qui ait été refusée à son bonheur. Le nom de Lutalius Catulus subsista parmi tant d'ouvrages des Césars, jusqu'à Yilellius. Tel était le monument que les ilammes dévoraient alors.

(Les Histoires, liv. VIII, ch. lxxi, lxxiii.)

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Les • Histoires. »

RÉVOLTE d'àNICÉTUS DANS LE PONT.

Les autres nations ne demeuraient pas en repos. Un bruit d'armes avait tout à coup retenti dans le Pont, excité par un esclave barbare, ancien préfet de la flotte royale. C'était Anicétus, affranchi de Polémon (1 , tout-puissant jadis et qui, depuis que le royaume avait été réduit en province romaine, ne pouvait souffrir ce changement. Il avait attiré au nom de Vitellius les nations voisines du Pont et séduit par l'espoir du pillage tous ceux qui étaient les plus nécessiteux : à la tête d'une troupe qui n'était point à mépriser, il se jeta brusquement sur Trébizonde, ville d'une antique renommée, bâtie par les Grecs à l'extrémité de la côte du Pont. Une cohorte y fut massacrée : c'étaient d'anciens auxiliaires du du roi, qui depuis avaient recules droits de citoyens romains et pris nos enseignes et nos armes, tout en gardant la mollesse et la licence des Grecs. Anicétus brûla aussi la Hotte romaine, et il avait la mer libre pour défier notre poursuite, Mucien ayant fait conduire à Byzance l'élite des galères liburniennes avec tous les soldats. Il n'y avait pas jusqu'aux barbares qui ne fissent la course effrontément, avec des navires rapidement construits, étroits de bord, larges de flancs, sans aucun lien d'airain ni de fer, qu'ils appellent camares. Quand la mer est agitée, à mesure que la vague s'élève, ils ajoutent des

(1) Polémon, roi de Pont, qui avait cédé volontairement sou royaume à l'empire sous Néron, en 63 après Jésus-Christ.

planches, jusqu'à ce que les bords se rejoignent en haut et les couvrent comme un toit. Ils roulent ainsi à travers les flots, et comme les deux extrémités se terminent également en proue et que les rames se déplacent, ils prennent terre indifféremment et sans péril par l'un ou l'autre bout.

(Les Histoires, liv. III, ch. xlvii.)

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Les « Histoires. »

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