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LES DÉLATEURS

Spectacle mémorable ! une flotte chargée de délateurs est abandonnée à tous les vents et forcée de déployer ses voiles aux tempêtes et de suivre les flots irrités sur tous les écueils où ils la porteront. On était heureux de contempler ces navires, dispersés dès la sortie du port, et de rendre grâces au prince sur le bord même de la mer, pour avoir, en sauvegardant sa clémence, confié aux dieux de la mer la vengeance de la terre et des hommes. On connut ce que peut la différence des temps, alors surtout qu'on vit que les plus scélérats des hommes étaient punis sur ces mêmes rochers où auparavant avaient péri les citoyens les plus innocents, et que toutes les îles, naguère peuplées de sénateurs, se remplissaient maintenant d'une foule de délateurs. Et ce n'est pas

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pour aujourd'hui seulement, c'est pour toujours que vous avez réprimé leur audace, en l'enveloppant comme d'un réseau inévitable de châtiments. Ils vont ravir la fortune d'autrui : qu'ils perdent celle qu'ils ont! Ils brûlent de chasser les autres de leurs pénates : qu'ils soient arrachés des leurs! Qu'ils n'offrent plus, comme auparavant, leur front de marbre et de fer à des stigmates incapables de les blesser et qu'ils ne rient plus eux-mêmes de leurs llétrissures; qu'ils s'attendent à des pertes égales à leurs profits; que leurs espérances cessent d'être plus grandes que leurs craintes et qu'ils ressentent autant de frayeur qu'ils en inspiraient. Déjà le divin Titus, avec sa grande âme, avait pourvu à notre sécurité et à la vengeance publique, et c'est pour cela qu'on l'a égalé aux dieux. Mais combien mieux ne méritez-vous pas le ciel, vous qui avez tant ajouté à des services pour lesquels nous avons fait un dieu de cet empereur! Y ajouter était pourtant d'autant plus difficile que l'empereur Nerva, si digne de vous avoir pour fils et pour successeur, avait fait à l'édit de Titus de si importantes additions qu'il semblait n'avoir rien laissé à faire à personne, excepté à vous, qui avez imaginé autant de sages règlements que si avant vous rien n'eût été trouvé. Que de droits ajoutés à ceux que vous aviez à notre reconnaissance, quand vous n'auriez dispensé qu'un à un tous ces biens! Mais vous les avez prodigués tous ensemble, comme le soleil, comme le jour, qui ne donne pas sa clarté partie par partie, mais la répand tout entière dès son lever, et qui ne luit point pour un ou deux hommes, mais pour tous à la fois. (Panégyrique de Trafan, ch. xxxv.)

Les « Lettres » de Pline le Jeune.

PLINE A ÉRUCIUS.

Je chérissais déjà Pompéius Saturnius : je parle de notre ami. Je vantais son esprit, même avant de savoir combien il est varié, combien il est souple, combien il est étendu; aujourd'hui il s'est entièrement emparé de moi ; il me possède ; il m'absorbe. Je l'ai entendu plaider avec véhémence et énergie, et je ne l'ai trouvé ni moins élégant ni moins

fleuri dans ses improvisations que dans ses discours étudiés. 11 a des pensées justes et nombreuses, une grave et belle composition, des expressions sonores et antiques. Toutes ces beautés, qui plaisent merveilleusement, quand la chaleur et la rapidité du débit les animent, plaisent encore, lorsqu'on les voit écrites. Vous penserez comme moi, dès que vous aurez pris en main ses discours : vous n'hésiterez pas à les comparer à n'importe lesquels des anciens, dont il est l'émule. 11 vous satisfera pourtant davanlage comme historien, soit par la concision, soit par la clarté, soit par l'agrément, soit même par l'éclat et la sublimité de ses récits. Il a la même vigueur dans ses harangues que dans ses plaidoyers ; il y est pourtant plus concis, plus serré, plus pressant. En outre, il fait des vers comme ceux de Catulle et de Calvus. Dernièrement il me lut des lettres qu'il disait être de sa femme : j'ai cru entendre du Plaute ou du Térence en prose ; que ces lettres soient de sa femme, comme il l'affirme, ou qu'elles soient de lui, ce qu'il nie, il mérite les mêmes éloges ou pour les avoir composées lui-même ou pour avoir rendu sa femme si instruite et si bien élevée.

(Lettres de Pline, liv. Ier, xvi.)

CGXGVIII.

Les <( Lettres » de Pline le Jeune.

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