PLINE A TACITE. — DISCUSSION LITTÉRAIRE
. J'ai de fréquentes discussions avec un homme savant et habile qui, dans l'éloquence du barreau, n'aime rien tant que la brièveté. J'avoue qu'il faut y tenir, si la cause le permet; autrement, ce serait une prévarication que d'omettre ce .qu'il est utile de dire et même d'effleurer, en courant, ce qu'on doit inculquer, graver dans notre esprit, répéter. Dans la plupart des causes, l'amplification ajoute de la force et du poids aux idées. Pour qu'elles pénètrent dans notre esprit, comme le fer dans un corps, il ne faut pas tant frapper qu'appuyer. -A ces raisons, notre homme me répond par des autorités : il étale à mes regards les harangues de Lysias, chez les Grecs; chez nous, celles des Gracques et de Caton, dont la plupart sont brèves et concises. A Lysias, j'oppose Démosthène, Es-
chine et un grand nombre d'autres ; aux Gracques et à Caton, César, Cœlius, et surtout Marcus Tullius Cicéron, dont la plus longue harangue passe pour la plus belle. Certes, il en est d'un bon livre comme des autres choses bonnes en soi: plus il est grand, meilleur il est.
Mon adversaire, homme subtil et difficile à saisir dans la discussion, échappe à ces raisonnements et à beaucoup d'autres de même espèce que j'ai coulume d'employer, en prétendant que les orateurs mêmes, sur les harangues desquels je m'appuie, ont prononcé des discours plus courts que ceux qu'ils ont publiés. Je pense tout le contraire : témoin bien des harangues de nombreux orateurs, où ils se sont contentés d'indiquer, dans un simple sommaire, quelques chefs d'accusation. Autre chose, en effet, est un bon plaidoyer, autre chose un bon discours.
{Lettres, liv. Ier, xx.)
GCXCIX.
Les « Lettres » de Pline le Jeune.