‹ Cours de versions latinesChapitre 167 sur 214 · LES GYMNOSOPHISTES · texte numérisé non relu

LES GYMNOSOPHISTES

Il y a chez les Indiens el des hommes habiles dans l'échange des marchandises et des hommes qui affrontent bravement les combats. Il existe en outre chez eux une classe prééminente qu'on appelle les gymnosophistes. Ce sont eux que j'admire le plus, parce que ce sont des hommes habiles, mais non à propager la vigne, à greffer les arbres, à labourer la terre : ils ne savent ni cultiver les champs, ni dompter un coursier, ni soumettre un taureau. En quoi donc sont-ils habiles? Ils connaissent une chose qui lient lieu de toutes ces choses : ils cultivent tous la sagesse, les vieux maîtres aussi bien que les jeunes disciples. Il n'est rien dont je les loue autant que de haïr la torpeur de l'esprit et l'oisiveté. C'est pourquoi, lorsque la table est dressée, avant que les mets soient servis, tous les jeunes gens, venant de divers lieux et quittant leurs travaux, se réunissent pour le repas; les maîtres leur demandent ce qu'ils ont fait depuis le lever du soleil jusqu'à cette heure du jour. L'un rappelle que, choisi pour arbitre entre deux hommes, il les a guéris de leur haine, réconciliés gracieusement, délivrés de leurs soupçons et rendus amis, d'ennemis qu'ils étaient; ensuite un autre dit qu'il a obéi à tous les ordres de ses parents, et un autre qu'il est arrivé par ses méditations à quelque découverte ou qu'il l'a apprise par la démonstration d'autrui. Enfin, tous rappellent ce qu'ils ont fait. Celui qui n'a rien à rapporter qui mérite le dîner est mis dehors et renvoyé au travail sans avoir mangé.

(Les Florides, liv. Ier, ch. vi.)

Le « Traité sur le Dieu de Socrate. »

Rien ne m'étonne autant que de voir tous les hommes désirer vivre heureux et cependant ne pas cultiver leur âme,

alors que pour vivre heureux il faut la cultiver. Mais celui qui veut avoir la vue perçante doit soigner ses yeux, par lesquels il voit; celui qui veut courir rapidement doit soigner ses pieds, qui lui servent à courir ; de même, ceiui qui veut être vigoureux pour le pugilat doit fortifier ses bras, avec lesquels il lutte. 11 en est ainsi de tous les autres membres : ils demandent un soin conforme à leurs fonctions. Cela est facilement compris de tout le monde; aussi ne puis-je assez m'étonner, en réfléchissant en moimême, que les hommes ne cultivent pas leur âme à l'aide de leur raison. Il leur est à tous également nécessaire de savoir vivre, mais non pas de savoir peindre, de savoir faire de la musique : tout honnête homme peut mépriser ces arts sans encourir aucun blâme, aucune honte, aucune infamie. Je ne sais pas jouer de la flûte comme savait le faire ïsménias; mais je n'ai pas honte de ne pas être joueur de flûte. Je ne sais pas peindre comme Apelle, sculpter comme Lysippe; mais je ne rougis pas de ne pas être statuaire. Il en est de même de tous les autres arts, pour ne pas les passer tous en revue : il est permis de les ignorer sans honte. Mais dites, mon ami : « Je ne sais pas bien vivre, comme Socrale, comme Platon, comme Pythagore, et je ne rougis pas de ne pas savoir bien vivre. » Vous n'oseriez jamais le dire.

(Du Dieu de Socrate, vers la fin )

GCCXIII.

Les <( Nuits Attiques. »

Page 1