‹ Cours de versions latinesChapitre 166 sur 214 · FRONTON · texte numérisé non relu

FRONTON

GCGX.

Fronton à Marc-Aurèle.

Il est nécessaire', Seigneur, de vous préparer, quand vous devrez parier devant une réunion d'hommes, à sacrifier à l'oreille des auditeurs, non pas, certes, toujours et de toutes manières, mais en certains cas et à certains égards. Si vous le faites, je songerai que votre conduite est semblable à celle que vous tenez, lorsque, à la demande du peuple, vous récompensez ou vous affranchissez ceux qui ont courageusement égorgé des bêtes. Vous pardonnez même à des hommes coupables et condamnés pour leurs crimes ; mais c'est à la demande du peuple. Partout donc le peuple est maître et souverain. Aussi est-ce sur le goût du peuple que vous réglerez vos actions et vos paroles. Le suprême mérite pour l'orateur et le plus difficile, c'est de plaire à ses auditeurs, sans que la saine éloquence en souffre trop, d'employer les attraits qui charment Jes oreilles du vulgaire, sans tomber dans une afféterie excessive et déshonorante ; en un mot, d'éviter une sorte de relâchement dans la construction des phrases, défaut tout aussi grave que le dévergondage dans les pensées. J'aime mieux un vêtement d'une laine délicate et moelleuse qu'un tissu de lin ou de soie aux teintes efféminées. Je le veux pourpre, et non jaunâtre et safran. Vous aussi, qui par nécessité employez la pourpre et l'écarlate, vous devez à l'occasion, revêtir votre éloquence de la même parure. Vous le ferez, prince, et avec un tempérament, une modération et une mesure du meilleur goût. Je pressens, en effet, que tout ce qui a été jamais fait d'éclatant dans l'éloquence, vous le perfectionnerez, tant est grand le génie dont vous êtes doué et tant est énergique votre application à l'exercer, tandis que d'autres ont acquis une gloire éclatante par l'étude sans génie ou par le génie seul sans étude.

(Lettres, liv. 1, ch. vu.)

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