‹ Cours de versions latinesChapitre 176 sur 214 · MAXIMIEN · texte numérisé non relu

MAXIMIEN

CCCXXYIII.

Quand j'étais jeune.

Tant que me sont demeurées la fleur de la jeunesse, la force de l'âme et de la pensée, j'ai été un orateur célèbre dans tout l'univers. Souvent les doux mensonges des poètes ont occupé mon imagination et j'ai dû à l'art des fïclions de vrais titres de gloire. Souvent, après avoir plaidé des procès, j'ai reçu des couronnes et l'on a donné à mon éloquence des récompenses dignes d'elle, des récompenses qui se sont déjà flétries avec mes membres qui se meurent. Hélas! qu'elle est petite la part de vie qui reste au vieillard ! J'avais encore un avantage qui ne le cédait pas aux précédents, une taille gracieuse et élevée ; à défaut d'autre qualité, celle-là plaît, toute muette qu'elle est. De plus, j'avais la force, ce bien plus précieux que l'or brillant et qui rehausse l'éclat d'un beau génie. Quand j'ai voulu essayer sur mon arc mes flèches rapides, la proie que je poursuivais a succombé sous mes traits. Quand il m'a plu d'entourer de limiers les forêts épaisses, j'ai abattu et non sans gloire de nombreuses bêles fauves. Tantôt je dépassais tous mes rivaux par la rapidité de ma course ; tantôt je les surpassais par mes déclamations tragiques. L'heureux mélange de tant de qualités en augmentait le mérite, comme la variété des formes fait briller davantage les ouvrages de l'art. Tout ce qui a coutume de plaire, quand on le considère en lui-même, plaît mieux encore, quand il emprunte un nouvel éclat aux choses qui l'en-

tourent. Au milieu de ces trésors de force, mon tempérament, capable de tout supporter, méprisait invinciblement toutes les menaces.

(Elégies, i, v. 10 et suiv.)

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