SAINT PAULIN DE NOLE
CGGXXX.
Saint Paulin à Ausone.
Pourquoi m'ordonner, ô mon père, de revenir aux Muses, mes amours, que j'ai abandonnées ? Les cœurs voués au Christ se refusent aux Muses et sont fermés à Apollon. Jadis, je m'associais à toi avec un zèle égal, sinon avec un talent pareil, pour évoquer Phébus, ce dieu sourd, de son antre delphique, pour appeler les Muses divinités des poètes, et pour demander aux forêts et aux montagnes la faculté de parler, qui est un don de Dieu. Maintenant, ce Dieu suprême est la puissance nouvelle qui gouverne mon âme ; il réclame d'autres mœurs ; il demande pour lui ce qu'il a donné à l'homme ; il veut que nous vivions pour la vie véritable qui est le Père. Il nous défend de nous occuper, dans le loisir ou le travail, de vanités et de fables littéraires, pour que nous obéissions à ses lois et que nous contemplions sa lumière, quelque obscurcie qu'elle soit par les subtilités des sages, l'art des rhéteurs et les fictions des poètes, dont les erreurs et les frivolités remplissent les cœurs et n'embellissent que le langage, sans rien apporter qui concoure au salut et découvre la vérité. Quel bien ou quelle vérité pourraient posséder ceux qui ne connaissent pas le principe de l'univers, le foyer et la source du vrai et du bien, que personne ne voit qu'en Jésus-Christ?
(Poèmes, x.)
Sur la mort d'un enfant.
Hélas! que faire? Dans ma tendresse indécise, j'hésite et je doute ! Faut-il le féliciter? faut-il le plaindre ? Cet enfant est digne et qu'on le plaigne et qu'on le félicite. L'affection que j'ai pour lui me dit de pleurer, et cette même affection me dit de me réjouir. C'est la foi qui m'ordonne de me réjouir et la tendresse de pleurer. Je pleure, en voyant que ses parents ont si peu goûté ce fruit d'un doux amour et qu'il leur
a été donné pour si peu de temps. D'autre part, quand je songe aux biens immortels de l'éternelle vie, que Dieu prépare, dans le ciel, aux âmes innocentes, je me réjouis qu'il soit mort, après avoir fourni une courte carrière sur cette terre, pour aller jouir plus tôt des richesses divines et pour ne pas contracter les contagieuses maladies de la terre, dans le mélange avec les méchants et le frêle asile du corps.
(Poèmes, xxiv.)